Le Mellah, était envahi dès les premières lueurs du jour jusqu’à la tombée de la nuit par une longue procession de marchands, de harangueurs et de professionnels. Ils traînaient dans les ruelles du quartier pour vendre leur marchandise, ou proposer leurs services.
Dans le Souk (Marché) les interpellations et clameurs régulières des vendeurs régnaient en maître et parfois dégénéraient en une cacophonie assourdissante

Un matin, un attroupement singulier interrompit le rituel de nos courses hebdomadaires. Au milieu d’un essaim de femmes juives se tenait un vendeur de miel. Ce dernier, un arabe d’une quarantaine d’année, haut de taille, et portant une longue djellaba foncée, commentait les fabuleuses vertus du miel naturel. Ses cheveux gris, coupés courts étaient couverts d’un fez et malgré l’absence de ses dents frontales, il souriait très souvent. Il y avait cependant un quelque chose de rébarbatif dans ses yeux bruns et son nez crochu, ou du moins il me semblait.

Ma grand-mère s’approcha de la troupe et moi soudée à elle, luttait pour me frayer un chemin entre les jupes gonflées des dames qui encerclaient le vendeur. Sur le sol nu, il avait placé une quantité extraordinaire de bouteilles de miel dûment scellées.

Le prix qu’il demandait pour sa marchandise était apparemment si attrayant qu’il fascinait même les plus indécises.

« C’est trop beau pour être vrai, » dit ma grand-mère soupçonneuse. « Un litre de miel pour vingt francs est trois fois rien! Je dirais même que c’est un cadeau. »

Elle se baissa vers les bouteilles et demanda au vendeur de lui permettre de goûter à son miel.

« Madame, » répondit le vendeur. « Je peux vous assurer que c’est du miel pur. Il vient des vastes vallées de l’Ourika. Pas besoin d’ouvrir les flacons. Regardez, dans l’embouchure flottent encore des petits morceaux de ruches d’abeilles. »

Chose vraie effectivement, de bons morceaux de ruche étaient coincés dans l’embouchure des bouteilles. Toutefois, ma grand-mère trouvait la couleur du miel douteuse, qui était trop claire à son goût. Mais elle se rappela une fois avoir consommé du miel avec une texture dorée semblable qui provenait d’une culture gérée dans une orangeraie. Grand-mère restait quand même très sceptique. Trop de vendeurs de miel arabes avaient dupés les habitants juifs du quartier sans que ceux-ci ne considèrent sérieusement porter plainte. La police locale étant évidemment musulmane, les juifs avaient peu de chance d’être traités équitablement. Précaution devenait l’ordre du jour quand il fallait commercer avec les arabes locaux qui généralement réussissaient dans la grande majorité de leurs petits larcins contre les juifs.

Le miel est très sain pour les enfants, répétait sans cesse le vendeur et son prix était si attrayant, seulement vint francs, presque donné.

« Bon, » dit Grand-mère avec un soupir, « donnez-moi donc une bouteille. J’espère seulement que vous n’êtes pas en train de nous rouler. »

« Mais non, madame, je n’oserais jamais, » dit le vendeur avec un sourire onctueux avant de happer les vint francs de la main de ma grand-mère.

Chez nous, comme elle l’avait soupçonné, Grand-mère vint à découvrir que le contenu de la bouteille était toute autre chose que du miel. C’était simplement du sucre fondu qui après une nuit dans notre chambre froide se transforma en solides cristaux. Sa vue la mit purement hors d’elle. Les petits morceaux de cristaux de sucre étaient visibles sur les parois de la bouteille et jusque dans son embouchure.

« Comme j’aimerai étrangler ce vendeur, » dit-elle dans un moment de rage. Sa déconfiture nous fit tous éclater de rire, et afin de calmer son courroux, les occupants de la maison changèrent de sujet.

« Si je le revois un jour, il m’entendra, » se promit-elle.

Pendant de longs mois, on ne vit plus le vendeur de miel. L’aventure de la bouteille de miel fut totalement oubliée jusqu’à ce fameux clair matin d’été, quand notre filou refit son apparition dans le marché du Mellah avec sa large panoplie de flacons remplis de liquide doré.

« Mesdames, mesdames, du miel pur des montagnes, délicieux et sain pour vos enfants, » répétait-il de haute voix, comme une vieille litanie.

Ce fut moi qui le reconnus immédiatement et partis en informer ma grand-mère.

« Ton escroc est là encore une fois avec son lot de flacons de miel. Que penses-tu faire? » lui demandais-je avec anticipation.

« Suis-moi, mais reste calme et n’essaie surtout pas d’interférer dans mes négociations, » me répondit-elle en clignant de l’oeil.

Je me délectais de son sourire de satisfaction! Déterminée à observer sa tactique, je la suivis tandis qu’elle héla le marchand en lui demandant,

« Bon monsieur, combien voulez-vous pour un litre de miel, » le questionna-t-elle devant mes yeux écarquillés.

« Vingt francs seulement madame, ce n’est pas cher, » rétorqua le marchand.

« Ce n’est pas donné non plus, » répliqua Grand-mère, laconique. « Je prendrais une bouteille seulement. »

Le vendeur lui remit une bouteille contenant le même liquide clair, identique à celui qu’il lui avait vendu quelques mois plus tôt avec les petites miettes de ruche d’abeilles flottant dans l’embouchure du récipient. Je levais la main pour secouer la jupe de ma grand-mère afin d’attirer son attention et lui rappeler qu’elle se faisait rouler encore une fois, mais celle-ci m’ignora. Je la vis soudain soutirer un billet de banque de mille francs de son porte-monnaie, et demander au vendeur,

« Avez-vous de la monnaie à me rendre car je n’ai en main que ce billet de mille francs. »

« Aucun problème, » répondit le vendeur en ouvrant sa large sacoche d’où il extirpa la monnaie requise qui totalisait neuf cent quatre vingt francs et les remit à ma grand-mère.

Grand-mère se saisit de la bouteille et de sa monnaie, sourit au vendeur et tourna les talons.

Une fois chez nous, je laissais ma rage déborder.

« Mais pourquoi as-tu acheté encore une bouteille? » lui demandais-je.

« Calme-toi enfant, » me dit-elle en me souriant. « Je n’ai nullement perdu la boussole, ou du moins pas encore, crois-moi. J’ai payé cet individu avec le genre de monnaie qu’il méritait, » me répondit-elle, suivi d’un rire très fin.

« Que veux-tu dire? » demandais-je sérieusement anxieuse.

« Le billet de banque qu’il a reçu est un faux, aussi faux que son miel, aussi faux que lui-même. Au fait, je n’ai pas seulement récupéré mon argent, mais aussi je l’ai fait payer pour toutes ses autres pauvres victimes, » me dit Grand-mère en me clignant de l’œil.

« Ce n’est guère très intelligent, » je répondis. « Il va se lancer à ta recherche et exiger son dû, ou bien il ira simplement à la police pour déposer une plainte contre toi. »

« Il n’osera jamais, » répliqua Grand-mère avec assurance. « Parce que j’ai en main la preuve de sa fourberie que j’exposerais à la police au cas où il placera une plainte. J’ai aussi parlé avec quelques femmes de notre quartier qui ont subit le même sort que moi et elles ont la ferme intention de se joindre à moi au besoin. Je suis certaine toutefois, qu’il ne se rendra jamais à la police, car je ne doute pas un seul instant qu’il compte des victimes juives et musulmanes aussi. »

« Mémé, » je remarquais avec appréhension. « C’est un péché de voler ses semblables. »

« Je sais cela enfant, mais pas un quand on vole un voleur. »

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3 Reponses to “Le Vendeur de Miel Par Therese Zrihen-Dvir”

  1. vedrine dit :

    Bonjour Madame Zrihen-Dvir,

    je viens de lire votre récit et sincèrement je trouves cela triste et j’aurais aimé que ce soit une histoire avec du bon miel vendu par un fière apiculteur pour que des mamies puissent faire goûter à leurs petits enfants le délice et les bienfaits de ce nectar.Seulement il n’en n’est rien..Dommage
    Puis-je quand même me permettre de vous signalez que le miel quand il est mis au frais, il se solidifie en créant des cristaux de sucre qu’il peut-être très claire, souvent des miels très fins, et certains cristallisent naturellement en effet en raison des fleurs butinées ils sont plus ou moins riches en fructose et glucose .
    Ne prenez pas mal ma remarque je pense que c’est bien de le dire et ça n’enlève en rien la véracité de l’histoire.

    Cordialement antoine védrine

  2. Dora dit :

    Vendrine Bonjour,
    C’etait chose tres commune le miel artificiel que les arabes vendaient pas seulement aux juifs mais aussi aux musulmans.
    Je consume du miel aujourd’hui que je mets dans le refigerateur.
    Il ne se transforme pas en cristaux.
    Il devient plus dense, meme se solidifie, mais sa texture ne se transforme jamais en cristaux.
    Si votre miel se transforme en cristaux sachez que vous n’avez pas du miel pur.
    Bon week-end.
    Dora.

  3. YOUNES dit :

    BEAUCOUP DE GENS CROIENT CONNAITRE LE MIEL ? IL Y A BEAUCOUP DE FANTASMES CHEZ LES GENS; TOUS LES MIELS FINISSENT PAR DEVENIR SOLIDE/DUR/CREMEUX/VOIR GRANULEUX FINS OU GROS TOUS DEPENDS CE QUE LES ABEILLES ONT BUTINEES; C EST UN GAGE D AUTHENCITE DU MIEL SI CELUI CI DURCIT, on dit que le miel se protege pour se conserver plus longtemps en devenant dur. les miels qui ne durcissent pas sont connus tel que l acacia miel tres clair couleur pale (ressemblant a la couleur de l eau)tous deviennent solidetoutefleurs,dechataignes,colza,foret,tournesol,oranges,eucalyptus,la lavandes,le miel peut etre chauffe a mort il ne durcira pas comme dans les grandes surfaces car les gens preferent des miels liquides donc les professionnels fonts tout pour que le miel ne durcissent pas donc ils le chauffent sup à 90 degres; il faut savoir aussi tous les miels ne deviennet pas dur dans les memes periodes il ya des miels qui vont durcir en 2 semaine tel le colza d autres e 2 mois miels toutes fleurs, 4/5 mois pour le chataigné ou de foret ….moralite il vaut mieux acheter et manger du miels figés/dur/cremeux signe d authenticite ..oh fait le miel chauffé dans les grandes surfaces a 2 sous a perdu toutes ces vitamines en le chauffant sup à 90 degres. un amis qui connait les abeilles

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