(en réponse à un message du Dr Eliane Camhy – Nos Frères de la Diaspora sont en danger cliquez ici)
« Venez vivre en Israël et vous changerez d’avis » s’entendent dire souvent, sur le ton du reproche, les Juifs de la diaspora, dont je suis. Argument suprême, censé couper court à nos critiques ! Faut-il pour nous accorder le droit de porter un jugement sur l’orientation de ses dirigeants, vivre en Israël ? Faut-il, lorsque nous croyons sincèrement que les options gouvernementales ne servent pas les intérêts des Israéliens, et, par voie de conséquence, ceux des Juifs du monde, nous taire pour ne pas desservir notre camp ? Non seulement nous taire face à l’adversité mais également entre nous ?
| Y a-t-il place pour des sionistes comme moi, hors des frontières d’Israël ? Ai-je ma part, si modeste soit-elle, dans le débat, moi qui ai ma famille en Israël et, sans doute, un jour prochain, ma fille, moi qui participe à des volontariats dans les bases de Tsahal (Lire : Le Volontariat civil par Georges Namiech ), moi qui préside une association culturelle juive qui lutte contre l’antisémitisme et moi, qui, au côté de tant d’autres, use de ma citoyenneté républicaine, même en vain, pour agir en faveur de la libération de Gilad Chalit ? J’ai encore la faiblesse de le croire. |
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Et bon nombre de mes amis juifs français, impliqués dans la vie politique et sociale françaises, le croient aussi quand ils trouvent encore le courage, les arguments et la crédibilité pour défendre Israël, indépendamment de la politique de Netanyahu qu’ils désapprouvent. Ces amis sont des alliés reconnus d’Israël qui ont servi et servent encore le droit à l’existence et à la sécurité de l’Etat juif. Il serait risqué de les considérer comme perdus pour la cause et de les exclure de la bataille de l’opinion publique et des orientations des politiques internationales des états où ils résident. Opinion publique internationale qu’Israël aurait tort de continuer à déconsidérer.
En prétendant parler à la conscience de tous les Juifs du monde, en osant faire la distinction subtile entre bons et mauvais Juifs, en s’appropriant la mémoire commune et le pouvoir de définir l’intérêt de notre peuple, en s’érigeant en représentants de toutes les victimes juives passées, présentes et à venir, nos censeurs s’arrogent le droit de parler au nom d’une logique moralisatrice suprême. Ils affirment que nous sommes en danger car nous sommes victimes d’une propagande médiatique antisémite tout azimut. En conséquence, il ne nous resterait que la solution de suivre « inconditionnellement » les choix des gouvernements d’Israël. Sommes-nous à ce point des irresponsables incapables d’analyse et de clairvoyance ?
Mais que dire alors des opposants israéliens ? Qu’ils n’aiment pas Israël ou, pire encore, qu’ils sont des traîtres à la patrie et à leur identité ? Doit-on les faire taire par la force, les obliger à émigrer et les contraindre à l’apostasie ?
Ah, la pensée unique ! Tentation permanente des ennemis de la démocratie qui pensent que la raison du plus fort, la leur bien entendu, est toujours la meilleure et que la citoyenneté n’a de place que dans la docilité !
Personne ne détient le monopole de la judaïté et encore moins celle de la judéité, pas même, selon moi, l’orthodoxie judaïque et ses règles sélectives et exclusives, comme personne ne détient la solution évidente au conflit israélo-palestinien.
Non, décidément, il n’y a pas de pensée unique juive, et il n’y a pas de Juifs détenteurs de la Vérité absolue, pas même ceux qui sont au pouvoir par la volonté de la majorité. Nous avons droit à nos différences, à nos choix dès lors qu’ils s’inscrivent dans le respect des autres différences, des Juifs et des non juifs, et nous avons l’obligation de nous battre pour que, non seulement nos adversaires et nos ennemis reconnaissent notre diversité, mais également nos propres frères. Ne l’oublions pas, le racisme fait son nid dans cette globalisation ! Quant à la tentation du repli et le sentiment de persécution perpétuelle, cette position est contre-productive puisqu’elle accentue notre isolement planétaire. On peut avoir raison contre tout le monde quelques fois, mais si l’on croit avoir toujours raison contre tout le monde alors c’est que la raison nous manque.
A moins qu’il existe, comme les religieux le croient, une raison mystique, une Vérité immuable, révélée à ceux qui savent… et qui auraient mission de guider l’opinion des fidèles, voire même de leur donner des consignes de vote ! Bref, une vision religieuse de la temporalité, fondée sur un message divin, non négociable. Ce message de l’au-delà serait-il à ce point équivoque pour laisser libre cours à des interprétations diverses, voire contradictoires, allant jusqu’au soutien à un Avigdor Liberman ?
Pour ma part, je ne pense pas qu’un peuple, quel qu’il soit, même supposé « élu », soit bon et juste par nature ou par une quelconque grâce divine transcendante ou immanente. Aucun peuple particulier, sinon l’humanité tout entière, n’est, selon moi, investi seul de la mission supérieure de parfaire le monde. Si la vie a un sens il est, me semble-t-il, dans l’obligation de préserver la Vie, ici et maintenant. Aussi, ce qui me préoccupe, n’est-il pas tant de savoir si la terre d’Israël a ou non été donnée aux Juifs par Dieu, mais c’est que les Juifs qui le désirent aient un Etat, héritage de l’histoire, où ils puissent vivre en paix.
Les Juifs de la Diaspora ont eux aussi leur part de souffrances, leurs frustrations, leurs dilemmes, leurs doutes, leurs indécisions qu’il serait indécent d’évaluer en fonction d’une prétendue échelle doloriste. Et le confort matériel apparent qu’ils affichent est souvent l’arbre qui cache la forêt de leur mal être. Aussi le chantage à la solidarité communautaire, servant à légitimer la politique d’union sacrée de tous les Juifs du monde derrière les dirigeants israéliens, quels qu’ils soient, m’est-il insupportable.
Georges Namiech (Othis le 20 décembre 2009)
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Juive de la diaspora (fr/ch), 70 ans, 3 enfants, 5 petits-enfants, mon mari expatrié d’Alexandrie le 5.12.1958, sionistes et athés tous les deux.
Une immense famille et de nombreux vrais amis en Israël.
2 à 3 voyages par année nous maintiennent en contact permanent, en dialogue pas toujours celui espéré mais il a la qualité d’étre le lien entre nous indestructible envers et contre tout.
J’ai eu l’occasion de participer à trois séjours Sar-El (Julis, Haïfa; Tel-Hashomer) ces expériences m’ont confirmée dans ma nature profonde solide et battante.
Au plaisir,
Evelyne Benzakein