En amont de nos attitudes, il y a les dispositions d’esprit qui y mènent. C’est précisément ces dispositions, ces racines qui nous conduisent à agir. Il est nécessaire dans le cadre de notre réflexion sur fanatisme et intégrisme de débusquer ces germes malfaisants et de les désigner en pleine lumière. D’abord, mettons nous d’accord sur le sens des mots.

L’intégrisme traduit une volonté d’intransigeance et de purisme liée à une religion. Le fanatisme exprime un zèle, une intransigeance aussi au bénéfice d’une idéologie qui peut être de nature religieuse mais pas nécessairement. Le fanatisme est souvent un état d’esprit qu’on retrouve chez les politiques, les religieux, les artistes, les libres penseurs etc…

Ces manifestations accompagnées souvent de violence et d’intolérance sont l’expression d’une détérioration de la personnalité. Elles indiquent, en effet, une atteinte des fondements mêmes des données constitutives du caractère.

Ces données ainsi altérées contribuent à persuader l’homme que son insuffisance, sa médiocrité et sa petitesse l’empêchent de penser par lui même, d’estimer, d’apprécier par le seul concours de ses facultés. Ainsi fragilisé, elles amèneront l’individu concerné à se situer derrière quelqu’un ou quelque chose qui sera la référence à son comportement. On cessera d’être original, particulier, irremplaçable, libre en un mot. Ce quelqu’un (ou ce quelque chose) dans le sillage duquel se situera notre espace vital pourra, selon le milieu familial, social, ou culturel être un enseignant, prêtre, pasteur rabbin, imam ou renverra à une idéologie, une religion ou apparentés, gourou, secte etc…

En dépit d’une différence sur la référence obligatoire à une religion pour l’intégrisme et la prééminence d’un état d’esprit pour le fanatisme, ces deux perversions ont en commun l’abandon de tout sens critique. Ceux qui en relèvent ne croient pas en leur capacité de comprendre par eux-mêmes. Bien entendu, cette carence ne sera avouée que rarement. Elle s’habillera du prétexte de la fidélité, de l’obéissance et se dévoilera parfois lors d’une rencontre avec le psychologue ou le médecin quand le mal être et la souffrance seront tels qu’il faudra consulter.

Somme toute, cet état est toujours précédé, (consciemment ou non) d’une forte dévalorisation de soi.

Mais comment en arrive t-on là ? Et surtout, comment éviter d’y sombrer ? Délogeons donc ces dispositions d’esprit et tout ce qui facilite leur éclosion.

Il y a des signes avant coureurs. Chez l’adolescent, par exemple, l’esseulement, (pas la solitude) la timidité, bref, tout ce qui est de nature à provoquer la rupture avec la famille, le milieu et à désigner l’autre comme un intrus, doivent être des signaux. Bien entendu, ils n’annoncent pas fanatisme ou intégrisme mais doivent susciter la vigilance car ils confirment la vulnérabilité et peuvent être le prélude à de multiples fatalités désastreuses comme l’usage de stupéfiants, les déviances comportementales, la violence… etc

L’accumulation de ces frustrations fera éprouver, plus tard, chez le jeune adulte le besoin de diluer, de dissiper la peur qui en résulte, et qui s’exprimera par une appréhension à l’intégration sociale dans un premier temps pour devenir ensuite une véritable angoisse, quant à toute initiative visant le contact, la rencontre.

Il devra trouver des forces pour neutraliser l’attirance vers le néant, que l’installation de l’angoisse fera éprouver. Et la toute première manifestation pathogène confirmant la recherche de ces forces et la fébrilité qui l’accompagne nous confronteront à la naissance d’une attitude significative assez répandue dans les maladies de l’esprit de cette nature : l’agressivité.

Pourquoi devient-on agressif quand on est angoissé et envers quasiment tout le monde ? Pourquoi l’angoissé se réfugie t-il dans l’agression sous les formes les plus diverses.

De qui a-t-on vraiment peur et pourquoi ?

Un des symptômes de cette pathologie est la peur de l’autre, surtout si cet autre est différent, si son mode de vie ne ressemble pas à celui adopté par celui qui est concerné.

La peur s’alimente d’abord et essentiellement de la différence. Les repères étant forcément dissemblables, le premier fondement de l’appréhension reposera sur la crainte, pas nécessairement consciente que, précisément, les références de l’autre sont plus vraies, plus convaincantes que les siennes. D’où la peur de l’influence que cet autre pourra exercer et qui se traduira d’abord par le verrouillage vers l’extérieur considéré comme la source des attirances néfastes. Evidemment, on ne sera pas dupe des prétextes invoqués : risque de souillure et de pollution morale etc…

L’agressivité sera, par exemple, chez ceux dont la religion est le refuge, le refus du dialogue sous prétexte, que les non observants, sont par définition des « méchants » dont on n’apprend rien. Elle sera aussi l’assimilation d’un désaccord à une attaque délibérée. Toutes les relations avec le monde étranger au sien seront vues sous l’angle d’un rapport de force.

Et dès qu’il sera confronté au pourquoi ; la forme de sa réponse variera mais le fond sera toujours une référence à ce qui nous dépasse : « c’est la volonté de D… »

Ce repli entraînera l’élimination des canaux de transmission du monde moderne : radio, TV, cinéma, en un mot, tout ce qui pourrait devenir source de comparaison, donc de jugement et de disqualification. Dans le cadre de la dimension religieuse, la répartie est facile car la référence à la transcendance justifiera tout et neutralisera toute répartie : « D…le veut ! C’est écrit. » etc…

L’auto critique sera vaine, le doute sera balayé, en surface néanmoins car le corps protestera par des révoltes salvatrices mais on saura le maîtriser, donnant ainsi plus de vigueur aux nouvelles manifestations de révolte. L’agressivité libèrera une énergie autant sinon plus puissante que la peur. Le néophyte l’utilisera en la justifiant au nom du respect de la tradition. On le voit, le point de départ de l’agressivité c’est d’abord et essentiellement la peur. Mais avant la dimension religieuse, on constate le même phénomène de peur avant l’agressivité sous d’autres paysages culturels.

Les enseignants savent d’expérience comment, sans raison objective, une classe devient subitement tendue, explosive. Les enfants qui dissimulent rarement leur ressentiment se regardent menaçants et l’adulte sait qu’il devra être prudent au moment de la sortie… Fréquemment la proximité de l’orage est une source de peur viscérale qui amène les enfants à devenir agressifs.

Et c’est la peur qui, tant sur le plan individuel, familial que collectif engendre la plupart des conflits.

Il devient alors quasiment impératif pour celui (ou celle) qui souffre de cette angoisse liée à la difficulté de gérer les forces et courants de vie, de quitter cette société, de s’extraire de cette concentration d’hommes et de femmes qui vivent différemment et parfois sereinement et l’amènent, bien malgré lui, à voir se colorer le champ de sa conscience des couleurs du doute mortel.

Il s’avère alors impératif de bloquer toute interrogation sur soi-même, de neutraliser le raisonnement, parce qu’on se sait faible et incapable d’affronter les conséquences qui pourraient résulter de cette autocritique. On sort du monde ; ou plutôt on quitte le monde en auréolant sa fuite des lauriers glorieux du renoncement. Parfois on se réfugie dans des milieux à forte concentration d’insatisfaits où l’on pourra rapprocher sa plainte des lamentations collectives sur la société des hommes sans que cette récrimination ne puisse se transformer en reproche ou critique mettant en question la responsabilité individuelle.

On aura remarqué que l’histoire de certaines religions n’échappe pas à la règle qui fonde la peur comme motivation à leur établissement. L’exemple est tout à fait significatif concernant la naissance du christianisme. Dès que ce dernier s’aperçoit que sa condamnation du Judaïsme entraîne son impossibilité à s’impliquer dans le processus historique, parce qu’à l’opposé de la tradition d’Israël, il n’a pas les clés que cette implication historique impose, il ne peut dissiper une vraie panique qui l’amène à s’éloigner d’un piège mortel.

Aussi proclame t-il la règle qui intègrera le renoncement dans la cohérence théologale : « Mon royaume n’est pas de ce monde. » Là aussi l’évasion du monde se nimbe dans la vertu du sacrifice.

On retrouve là sur le plan collectif la règle du particulier : la peur, l’incapacité à assumer entraînant le rejet global.

Il va sans dire que le renoncement, à la société pour l’individu, à l’histoire pour le christianisme sous tend le corollaire incontournable d’une agressivité farouche liée précisément aux frustrations auxquelles le sacrifice expose.

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6 Reponses to “CHRETIEN, JUIF, MUSULMAN OU LAÏC: FANATISME, MODE D’EMPLOI Par Arnold Lagémi”

  1. KIKOUTA dit :

    Si l’on peut convenir que l’humain(homme ou sujet philosophique) est tripartite( corps, âme et esprit), alors la peur ou le refuge ne peut être source de cette théologale : « Mon royaume n’est pas de ce monde. »

  2. avaltoulouse dit :

    Oui, les problèmes du fanatisme que vous décrivez sont connus mais j’irais plus loin encore :

    Pour les enfants modernes la religion n’est qu’une simple méthode pour accéder au bien être.

    Ce n’est en rien un progrès et une recherche de la vérité mais plutôt une fuite lâche des réalités absolument identique aux bobos des centres villes qui mangent bio pour se donner bonne conscience, identique aussi à ceux qui crachent sur Israël.

    La plupart des religieux ne sont que des postmodernes parmi d’autres qui s’ignorent.

  3. LANDRY dit :

    Vous parler de chose que vous ne connaissez pas, il ne faut pas faire une généralité. Je connais la peur, j’ai été sous sa domination pendant 40 années. Dieu soit loué il m’en a libéré. Mais je n’étais pas agressive ou violente. La peu est un mauvais esprit qui vous tien lié. Ne confondez pas foi et religiosité qui est la cangrène des églises.

  4. haffner claire dit :

    cher Monsieur,
    shalom,
    puisque vous citez une parole de Jésus, »mon royaume n’est pas de ce monde » permettez moi de réagir simplement en tant que catholique en soulignant simplement qu’il est toujours très dangereux – et les fanatiques sont des virtuoses en la matière – de sortir une parole de son contexte et d’argumenter à partir d’elle pour tirer des théories assez branlantes. On pourrait en faire autant avec toute la Bible, on ne s’en est malheureusement pas privé, ce qui a justement abouti aux excès que vous déplorerez dans votre article. En toute objectivité, je vous renvoie donc à la lecture de l’Evangile selon st Jean, chapitre 18 ou Jésus parle avec Pilate, procurateur romain, pendant sa passion, cela vous permettra de re-situer cette parole dans son contexte.
    shabbat shalom, soeur Claire

  5. Arnold Lagémi dit :

    Chère Sœur,

    Je n’ai vraiment pas compris les raisons qui vous ont amené à penser que je pouvais ignorer le contexte dans lequel Jésus a proclamé « Mon royaume n’est pas de ce monde ».
    Pour un fils de jèse, c’est le minimum, non ?
    Par ailleurs, la connaissance du contexte ne modifie pas, me semble t-il, la portée de l’affirmation qui, en elle-même, traduit une conception de l’homme et du monde radicalement opposée à celle de la Tradition Juive.
    Rappelez vous, c’est après que Pilate lui ait demandé : « Es tu roi des Juifs ? » que Jésus a répondu : « Ma royauté n’est pas d’ici, car si c’était le cas, je me serais défendu » (physiquement s’entend).
    Cette réponse est certes un programme, c’est aussi l’annonce d’une rupture avec tout ce qui précède. Et, quand bien même, elle serait extraite du texte, elle n’en conserve pas moins toute sa fraîcheur et son originalité révolutionnaires.
    Ne croyez vous pas, qu’il se trouve des vérités universelles, comme par exemple, « Tu aimeras ton prochain comme toi-même » Lev 19,18, qui n’ont nul besoin de s’insérer dans un contexte pour signifier quelque chose d’essentiel ?
    Il ne me semble pas, enfin, que la référence à la conception chrétienne du royaume de D… dans le cadre de mon article, puisse apparaître comme citation abusive, sortie de son contexte, etc….
    Bien au contraire, car « je me serais défendu » confirme bien la part de renoncement qu’implique la conception chrétienne du refus de l’histoire. C’est précisément ce que je voulais démontrer.
    Respectueusement à vous, Chère Sœur et…CHABAT SHALOM.

  6. mp - Michel dit :

    « à s’impliquer dans le processus historique, parce qu’à l’opposé de la tradition d’Israël, il n’a pas les clés que cette implication historique impose, il ne peut dissiper une vraie panique qui l’amène à s’éloigner d’un piège mortel. »

    Je suis interressé par ce que vous dîtes, mais je ne comprends pas à quoi vous faites allusion, quelles sont ces clés, et ce piège mortel ?
    Etant chrétien, je ne me sens pas concerné par « un refus de l’histoire » mais bon on ne sait jamais. D’autre part je suis d’accord avec vous que quelque soit l’époque le chrétien n’a pas à condamner le judaïsme qui, il me semble a été pour le peuple juif de la diaspora le seul refuge et la sauvegarde de son unité et de sa foi. Mais faites attention de ne pas pratiquer la même erreur par une sorte de mepris inverse, mais lequel, celui de l’église ou de l’évangile lui même ?
    Pour celui de l’église Je comprends tout à fait votre point de vue : avec un tel passif comment le christianisme pourrait-il vous paraître sympatique ?
    L’erreur de l’église a été « d’entrer en politique » à mon point de vue, c’est là qu’elle est devenue persécutrice : elle s’est mise à porter l’épée, et a devenir une puissance séculière.
    C’est là l’erreur, fondamentale : les chrétiens et le christianisme n’a pas à prendre le pouvoir politique, en tant que tel, c’est contraire d’après moi, au message de Jésus et de la bonne nouvelle. En tant que chrétien évangélique je me démarque avec la dernière énergie des lobbies évangéliques politiques aux états-unis. Si je n’ignore pas que nous puissions avoir une influence politique je suis contre l’engagement des chrétiens en tant que tel dans la politique, comme l’ont fait certains présidents américains, contre les lobbies politiques et financiers. Cela ressemble à s’y méprendre à la démarche théocratique. Non sens, car tant que le messie n’est pas apparue dans sa gloire il ne peut être question d’instaurer un « Royaume du Christ dans ce monde » avec une politique conduite par un homme, comme le pape ou un groupe d’hommes « chrétien » en tant que tel, dans un gouvernement. Bien que citoyen dans notre pays et donc défenseur légitime d’une nation légitime, nous sommes « des étrangers et des voyageurs sur la terre », et notre cité à nous est dans les cieux. La volonté de gouverner est une erreur grave de l’église (qu’elle quelle soit, quelque soit l’époque) d(ailleurs je me demande si gouverner n’est pas utopie, c’est juste un mal necessaire. Seul le Messie peut et a la capacité de gouverner le monde : et c’est ce qu’il fera quand il viendra, soudainement, du haut du ciel, et qu’il mettra un point final à notre histoire de guerres et de génocides, et des probables guerres atomiques à venir.
    Justement l’histoire des papes nous a donné l’exemple de telles tentatives, ils ont largement dominés, en occident en pesant sur les lois, en faisant et en defaisant les rois, en faisant les croisades qu’il faut bien appeler des guerres en humiliant les peuples qu’ils voulaient.
    Si le christianisme avait écouté Jésus – celui qui prendra l’épée périra par l’épée – et ne s’était pas engagé dans la voie dangereuse de la prise du pouvoir, si l’église à l’instart de Jésus avait refusé l’empire et le trône, l’histoire aurait été sans doute différente.
    Notre foi implique justement le renoncement à la théocratie tant que celui qui en a la légitimité divine n’est pas apparu du ciel (du ciel, j’y tiens, cela exclu les faux). Selon moi, le message du Christ, puisque christianisme il y a, apporte un message radical qui ne concerne pas au premier chef les nations ou la politique des nations, mais l’individu en son coeur et esprit pour être temple de son Créateur. Ca ne s’impose pas par la force et les armes.
    Les théologiens auraient dû se souvenir de Cyrus, le non-juif qui instaura un régime laïc et fit droit à la religion juive, comme aux autres.

    Tant que l’église a un territoire, des ambassadeurs, et un roi, en somme un pouvoir séculier sur ce monde, elle donnera l’exemple d’une hiérarchie religieuse sans doute, mais qui a perdu l’Onction que Dieu donne à ceux qui lui obéissent et qui donc ne saura pas reconnaître les temps de sa visitation à elle : quand Herzl est venu voir le pape, ce fut un « non possumus » dans la ligne de tout ce qui précédait, un fiasco prophétique. Bien que non catholique, je me sens concerné, par solidarité chrétienne, et j’ai honte.
    Tous nous pouvons demander pardon, pas seulement Jean-Paul II.
    Il n’est plus temps de pleurer sur Jérusalem, j’entend le son du shofar :
    - Consolez, consolez mon Peuple, car il a reçu au double de tous ses péchés.
    Nous avons historiquement passé notre temps à nous tromper au sujet des juifs. Et Martin Luther par dessus le marché.
    Je précise la citation que vous avez faite des paroles de Yechoua, en oubliant un mot qui a toute son importance : « MAINTENANT mon royaume n’est pas de ce monde. »
    Sous entendu, un jour il le sera, du moins c’est ce que je crois, après avoir pendant deux mille ans porté son propre fruit dans d’innombrables vies individuelles, celles-ci grandes figures pastorales littéraires, ou scientifiques et illustres, celles là obscures telle la mienne, bref tous ceux qui croient en Lui à titre personnel, indépendament des églises et de leurs lourdes fautes.
    Shalom cordialement

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