La lettre
Hanna Katznelson, sœur du journaliste Berl Katznelson lui a écrit cette lettre :
"La conversation d’hier avec Shin (nom d’une personne du Hatser) m’a montré que je ne suis pas la seule à souffrir. D’après moi, nous sommes venus trop jeunes au pays et on s’est mis trop tôt au travail. Nous avons travaillé durement. Notre but était d’aller étudier, de s’instruire, de rencontrer d’autres personnes de notre âge mais nos projets sont restés vains et il nous a fallu travailler. Dans notre plus proche entourage, on rencontrait des personnes créatives que l’on jalousait. Nos forces de création étaient immenses mais nous n’avions aucune possibilité de les exprimer. En Israël la vie n’était pas ordinaire et pour nou,s idéalistes, nous avions besoin de beaucoup de forces spirituelles. Mais, où donc, pauvres enfants que nous étions, aurions nous pu trouver ces forces!
La force d’avoir un idéal n’était pas suffisante pour nous les jeunes. Cet idéal faisait partie intégrante de nous comme boire de l’eau de la rivière sinon il nous était impossible de nous attacher au pays. Sans notre croyance et notre expérience de la vie nous n’aurions pas pu continuer d’y vivre. L’Histradout Ahaklayt (agricole), le petit moshav, ici, nous ont beaucoup aidés à maintenir notre foi et notre idéal. Nous aspirions à garder notre temps et nos forces pour travailler, pour notre vie future. Et que nous a donné le vieux Gordon et les autres?! Leur demander n’importe quoi était impossible car ils nous ont tout donné, même ce qu’ils n’avaient pas. Nous n’avions plus rien à leur demander, alors que nous restait-t-il?! Plus de force de vivre et beaucoup de souffrances. Mais nous n’avons pas oublié qu’il nous restait à vivre notre Vie de pionnier."
Gan Rachel
Arriva au Hatser, l’agronome Hanna Mayazel et aidé d’Arthur Ruppin elle fonda une école agricole pour le sexe féminin en dehors des murailles de l’implantation. (La ferme des jeunes femmes). Parmi ses premiers élèves Rachel Bluwstein (née en Russie en 1890née en Russie en 1890, poète, sioniste, morte de tuberculose en 1931 après s’être fait soigner à Paris. Elle est enterrée au cimetière du kinnereth)
Hanna et Rachel furent les deux seules femmes qui travaillèrent pour la création de la ferme qui s’occupèrent des travaux agricoles (1912-1919) ; quand elles l’abandonnèrent Hanna se mariea avec Eliezer Yoffé pour aller vivre à Nahallal.
Rachel fut une grande espiègle et eut beaucoup d’amoureux. Après deux ans passés dans la ferme, Hanna lui proposa d’aller étudier l’agronomie en France, tout d’abord Rachel refusa mais influencée par plusieurs personnes dont Samuel Dayan et David Gordon elle se sentit obligée de partir. A Paris, elle apprit trop peu le français et les cours furent très difficiles à suivre ; à cette époque elle fut la première femme à étudier l’agronomie. Elle se rendit aussi en Italie pour apprendre la sculpture, malheureusement elle dut retourner à Paris pour se faire soigner de sa tuberculose.
Revenue au pays Rachel demanda à travailler dans les champs mais elle dut se plier aux exigences de la communauté qui lui trouva un poste de garde d’enfants dans le kibboutz de Déguénia et aussi dans le moshav d’Allumot. A Allumot les conditions de travail des filles furent épouvantables, il n’y avait pas beaucoup d’eau puisqu’il fallait la remonter du lac de Tibériade et il n’y avait que 10 lits pour 14 filles. Elles durent travailler toute la journée et le soir, éreintées, car les appareils agricoles étaient très succincts, elles étaient obligées de suivre des cours d’agronomie.
Les palmiers dattiers
Dans les années 30, il n’y avait pas encore de palmiers dattiers en Israël. Ben Tsion Israël du moshav Kinnereth décida de se rendre en Irak pour en importer.
Muni de sa seule volonté, Ben Tsion partit en stop jusqu’à Bagdad pour essayer d’acheter des palmiers. Petit de taille, ne parlant pas un mot d’arabe, il arriva dans la ville où il prit contact avec des Juifs. On l’envoya à Basra qui était le plus grand centre de vente des palmiers dattiers d’Irak. Grâce à sa détermination et à ses yeux bleus qui parlaient pour lui, on lui enseigna comment prendre soins des dattiers qui comptent 77 espèces différentes. En revenant dans la ville il eut la grande surprise de voir un camion rempli de palmiers dattiers que lui offrit, au péril de leur vie, les membres de la communauté juive et sioniste de Bagdad. Ben Tsion arriva en Israël la veille du Seder de Pessah avec pour cadeau les palmiers des Juifs d’Irak (1934)
Il partit de nouveau au Kurdistan cette fois-ci et ramena un deuxième camion d’arbres, puis il ira encore à cinq reprises en Iran, toujours pour acheter des palmiers et c’est grâce à ce Juif têtu, plein courage et de bonne volonté que nous avons des plantations de palmiers dattiers florissantes au pays. L’idée folle de faire pousser ces arbres en Israël ne serait jamais venue à l’idée de quiconque sauf de cet homme passionné. Son entourage le décourageait, mais il s’acharna et traversa tout Israël pour essayer de convaincre les Juifs de planter des palmiers car leur prix d’achat était modeste ; Malheureusement il disparu en 1954 lorsqu’un avion s’écrasa sur lui. Un autre pionnier Tsoler, aussi passionné que Ben Tsion mit en œuvre le travail commencé par son collègue et le résultat des plantations de dattiers au pays dont nous n’avons que dix espèces est une très grande réussite jusqu'à ce jour.
Après l’un de ses voyages, les arbres furent entreposés dans de la terre, dans une cale de bateau en attendant son départ mais celui-ci eut deux semaines de retard et à son arrivée au pays les arbres s’étaient dégénérés, ils étaient méconnaissables. Pour résoudre le problème, Israël Ben Tsion qui n'arrivait pas à trouver la solution à son problème fit appel à des pionniers d’Irak pour qu’ils viennent identifier les palmiers de manière à les séparer les uns des autres selon leurs espèces. Ils arrivèrent et sauvèrent ces palmiers. Ce sont ces palmiers qui ont été planté en souvenir de Rachel dans ce jardin qui porte son nom et on peut encore les admirer aujourd’hui
La tombe de Bouba.
En 1930 tout manquait dans le pays et principalement dans la région du Kinnereth. Pourtant il y a eu Bouba La seule mule de toutes les moshavot. Elle allait de moshav en moshav et dès qu’elle finissait son travail dans l’un d’eux, elle était demandée dans le suivant. Bouba n’était pas une simple mule des moshavot car elle connaissait son travail par cœur ; personne ne la dirigeait, elle allait bon train le long des sillons et ensemençait. En cette période si difficile, les pionniers qui n’avaient aucunes commodités, ni eau, ni argent, encore moins le droit de se plaindre malgré la chaleur torride et les Arabes qui les attaquaient sans arrêt devaient travailler sans relâche. Ils trouvèrent en Bouba une véritable amie car c’est sur elle qu’ils s’épanchaient étant certain que rien ne serait répété. Ils se confiaient à elle tout en faisant leur travail, Bouba écoutait, travaillait, peinait mais ne les trahit jamais.
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Ce fut la première assistance sociale d’Eretz Israël. Bouba a été la première et seule mule retraitée, elle fut mise dans un local pour finir ses jours. Lorsque sa dernière heure arriva, elle eut l’honneur d’être enterré (et non pas jetée dans une fosse) avec un véritable cérémonial. Sur sa tombe une épitaphe : A Bouba qui a semé, cultivé et labouré avec fidélité la terre de Kinnereth entre les 1920 et 1930. Son souvenir reste dans la postérité de Kinnereth. Aujourd’hui sa tombe fait face aux viviers et aux plantations de palmiers dattiers qui appartiennent au kibboutz Kinnereth et lorsque les ouvriers entreprirent les travaux des viviers, ils contournèrent le terrain où est enterré Bouba par respect pour elle et en souvenir de sa fidélité.
Le kibboutz Kinnereth exporte les dattes des 5.000 arbres leur appartenant et une usine a été ouverte pour préparer les colis à l’exportation.