1966 - Un jour un photographe vint dans le studio de l’artiste pour photographier ses travaux. David proposa de raccompagner son ami avec son vélo solex. Il était tard, la nuit tombait et David Palombo en roulant se heurta de plein fouet sur une barrière de fils de fer barbelés que les religieux des quartiers extrémistes environnants déroulaient avant Shabbat pour clôturer le quartier. David connaissant le chemin par cœur de jour ne les vit pas. Il les reçut en pleine poitrine. Il resta quelques moments dans le coma et mourut en pleine force de l’âge, avec des projets plein la tête et des commandes pleins ses tiroirs.
David Palombo est né en 1920, un jour de Yom Kippour à Jérusalem
Jour de naissance et de mort des Justes-
Son père se sauva de Turquie pour ne pas être incorporé dans l’armée et s’installa en Egypte, il travailla en tant que tailleur chez un riche commerçant et grâce à celui-ci David se retrouva à Jérusalem. Les parents Palombo peu fortuné envoyèrent David étudier à l’Alliance pendant huit ans. A l’âge de quatorze ans il quitta l’école pour commencer à travailler à la poste, il y restera vingt-sept ans. Il commença comme simple employé et termina sa carrière de postier avec le grade de technicien supérieur grâce à son cerveau ingénieux. Pourtant les conditions de travail étaient très pénibles et le nombre d’heures incalculables.
En 1940, David Palombo eut vingt ans. Il prit une année Sabbatique pour aller étudier dans l’atelier de peinture de l’école Bézalel. Le travail lui plut etplus tard il demanda sa retraite anticipée à la poste. A l’école Bézazel il fit la connaissance de Zeev Ben Zvi et il devint très vite son ami, son élève et son fils spirituel.
David Palombo apprit à travailler toutes sortes de matière comme la terre, le bois, la pierre et surtout le cuivre dans l’atelier de son maître. Le travail du cuivre était la spécialité de Zeev Ben Zvi. David réalisa plusieurs sculptures dans cette matière, à cette époque il était un sculpteur réaliste. Nombreuses de ses sculptures ne furent pas exposées pour ne pas choquer les religieux. David prit en charge la galerie de peinture de son maître jusqu’à sa mort prématurée. Malheureusement sa femme ne reprit pas sa suite tout occupée à élever leur fille âgée à peine d’un an et de son père qui arrivait du Chili.
David Palombo se rendit en France à « l’école juive de Paris » où il s’adonna à l’art abstrait. Bien que séfarade et n’ayant rien connu de la Shoa il fut très sensible à l’holocauste et s’identifia intensément au peuple juif. La majorité de ses maquettes ont pour sujet la Shoa. Il enseigna également pendant trois ans à l’école des beaux-arts de Bézalel et c’est dans cet atelier qu’il mit à exécution le projet de la sculpture d’Ein Harod. Il s’avéra que le local où il travaillait fut trop petit et il se mit à la recherche d’un atelier plus grand. Il trouva une maison qui lui convint et s’y installa. Sa présence gêna les religieux du quartier qui vivaient entre eux. La sœur du directeur du ministère de la rabbinat qui le connut personnellement fit intervenir son frère pour influencer David Palombo à quitter les lieux. Le directeur lui proposa alors de choisir une autre maison dans le même quartier et Palombo opta pour la maison qui abrite aujourd’hui son musée (prés de celle du musée actuel, pas loin du tombeau du roi David). On est fin 1963 début 1964 et il n’y vivra qu’une seule année.
Cette belle maison date du temps des Turcs. D’après les archéologues la maison aurait 300 ans environ d’après l’épaisseur de ses murs et de ses voûtes. L’étage supérieur serait plus récent à peu prés une centaine d’années. Avant d’y rentrer Palombo dut déblayer tout l’intérieur de cette maison qui était rempli de sable et de gravats et qui avaient envahi cette immense salle voûtée.
-David Palombo devint mondialement connu lorsqu’il obtient le prix de l’Unesco pour son œuvre de Yad Vashem : La porte de la salle du souvenir.
-L’artiste proposa au chef du parlement de faire un portail à la Knesset. Ce travail durera plusieurs mois. La porte que l’on peut admirer aujourd’hui mesure dix-huit mètres de long sur trois mètres de hauteur. Les axes centraux sont ceux de camions. Avec l’aide de sa femme Yona et de plusieurs ferronniers il souda électriquement l’ensemble, c’était alors une innovation en matière de sculpture.
-Le support de la flamme du soldat inconnu dans la cour intérieur de la Knesset fut un prêt de David Palombo. Il avait l’intention de fabriquer un nouveau modèle et de récupérer le sien mais il n’en eut pas le temps et le gouvernement dédommagea sa veuve pour pouvoir garder cette œuvre.
-A intérieur du musée on peut admirer plusieurs de ses travaux en fer et béton, matériau de construction. L’une d’elle représente une Hannoukïa que l’on allume encore chaque année pendant la fête de Hannouka.
Il travailla le bois la pierre et le verre en fit une sculpture unique.
-Sa dernière sculpture finie se trouve au musée d’Israël. C’est une maquette qui mesure deux mètres cinquante de long sur deux mètres de haut.
-Avec l’argent de ce travail il partit au Japon en vue d’essayer de créer un monument en souvenir d’Hiroshima. Il n’aura guère le temps de le réaliser. Sa dernière photo le représente à l’hôtel Hilton de Tel Aviv en compagnie d’architectes où ils discutaient de son projet japonais. Ces derniers se proposèrent de trouver les fonds nécessaires pour ce travail. Il lui fallut aussi l’accord des autorités japonaises et la sculpture était déjà emballée et prête à partir d’Eilat lorsque le projet fut annulé par les Japonais ; le mémorial se trouve aujourd’hui au musée d’Israël.
-Pour le dixième anniversaire de Binyanéi Haouma (Palais de la nation) un événement fut organisé avec une exposition artistique et David Palombo exposa sa première sculpture.
-Avant ses sculptures de Yad Vashem, Monsieur et Madame Schrobber lui commandèrent une sculpture dont ils firent don à l’université de Har Atsofim à Jérusalem. On peut la voir aujourd’hui prés du bâtiment de l’éducation.
-En 1964 il installa une sculpture d’environnement sur le mont Gilboa.
-Dans le parc Ein Harod se trouve une sculpture à la mémoire des parachutistes; non loin de là Yona, sa deuxième femme qui l’assista beaucoup dans ses travaux sculpta la porte de la tombe de Henkin.
-Sur la façade du bâtiment « Bikour Holim » à Jérusalem un Caducée s’impose. Encore une de ses œuvres.
-A la poste centrale il ériga un monument à la mémoire des postiers.
-Dans le complexe de Yad Vashem il plaça trois fontaines en basalte. Une seule existe encore, celle qui se trouve prés de l’entrée du musée.
-Toujours à Yad Vashem une mosaïque occupe un pan de mur. Ces petits cubes de pierre ramassés dans toutes les régions du pays sont là pour rappeler chaque pays où les juifs ont été déportés.
-Plusieurs projets de maquettes restèrent en plan à cause de sa mort subite. Elles sont toujours visibles dans son musée.
-Un autre projet qui échoua est celui des fenêtres de la synagogue Hadassa Ein Kerem. Son idée était de faire un encadrement de bois foncé pour les fenêtres et d’y placer des minuscules carreaux de verres multicolores. Le soleil jouant et passant à travers ces vitres colorées aurait empli la pièce de lumière comme un kaléidoscope. Chagall a gagné le concours.
-Il voulut embellir la ville en projetant de protéger les lampadaires ou de recouvrir les poubelles de ferronnerie. Il eut aussi l’idée de concevoir une colonne au milieu d’un amphithéâtre afin d’y installer un chauffage à gaz et de réchauffer les spectateurs. Il envisagea de créer un mobile de vingt mètres de long sur un axe, qui en tournant grâce au vent, produirait des sons musicaux.
- Un de ses plus grands rêves a été de concevoir une Hannoukïa pour la placer sur le site de Massada. Elle aurait rappelé les juifs allumant les feux pour annoncer Roch-Hodech. (Début du mois). Elle aurait mesuré douze mètres de long sur huit mètres de haut. Carmela et Igal Yadin visitèrent l’atelier de David Palombo et furent enchantés du projet surtout qu’Igal est le père de Massada. (Ses fouilles spectaculaires sur le site de Massada ont permis d’authentifier l’essentiel du récit de Flavius Joseph.) Mais hélas ce projet aussi échoua.
-Enfin son dernier projet a été celui de six sculptures pour le musée Olamé Hagétaot.
David Palombo était un homme sensible dynamique et gai mais qui rentrait dans des fureurs folles. Marié deux fois il eut une première fille qui vit en Amérique et une deuxième avec Yona.
Yona vient du chili. Elle arriva en 1954 au kibboutz Amir puis visita Jérusalem, le Mont Sion et la chambre de l’holocauste. Elle reçut un premier grand choc mais en sortant de là elle vit la vue imprenable sur la ville de Jérusalem. Là le choc fut encore plus grand.
Elle seconda beaucoup son mari dans ses travaux. Après avoir appris la soudure au gaz elle se mit à la soudure électrique. En 1966, l’année de la mort tragique de son mari elle transforma l’atelier en musée et grâce à l’aide de volontaires le musée fut ouvert régulièrement. Hélas ces derniers lui volèrent une partie des maquettes et elle les renvoya. En 1976 le ministère de l’éducation nationale et la mairie lui donnèrent une subvention pour ré ouvrir ce musée mais la somme est à peine suffisante pour le salaire des employés.
Yona continue à sculpter toute seule un monument en souvenir des parachutistes morts pour Jérusalem.
Elle nous a reçu à bras ouverts et nous parla longuement de la vie passionnée de David Palombo. Elle ne dit presque rien sur elle, discrète et …. Elle ne mit en valeur que son mati et ses travaux. A l’étage se trouve son petit appartement qu’elle nous fait visiter et qui ressemble à toute maison d’artistes. Depuis peu elle a été attaquée par la mafia russe qui lui a cassé les mains. Les religieux sont à la base de cet acte. La maison de Yona est la seule du quartier qui ne leur appartient pas. Que dire de plus….