Herzl
et la délégation sioniste en route pour
Israël (1898)
Herzl et la délégation sioniste à
Jérusalem (1900)
Réunion
du 27e congrès sioniste en Israël (1968)
Moses
Hess
Léon
Pinsker
Le
sionisme est un mouvement national prônant le rapatriement
des juifs dans leur patrie, le Pays d’Israël et
la réaffirmation de la souveraineté juive.
Après
la conquête romaine et la destruction du Temple, en
70 de l’ère chrétienne, la nostalgie
de Sion et l’immigration juive se poursuivirent tout
au long de l’exil. Cette nostalgie prit une forme
nouvelle au dix-neuvième siècle ; le nationalisme
moderne, le libéralisme et l’émancipation
confrontant les Juifs à de nouvelles questions auxquelles
le mouvement sioniste tenta de répondre. Le mouvement
Hibbat Zion, qui commença à prendre forme
dans la seconde moitié du XIXe siècle, préconisait
la renaissance de la vie juive dans le Pays d’Israël
et entreprit d’y créer des localités
agricoles. Par la suite, Herzl dynamisa et consolida le
sionisme en un mouvement politique, réunissant le
premier congrès sioniste en 1897. Herzl fut le premier
à attirer l’attention du monde sur le problème
juif et à faire du peuple juif un acteur sur la scène
politique mondiale. Le mouvement sioniste qui se développa
à son initiative créa également les
instruments administratifs, politiques et économiques
nécessaires à la mise en œuvre de sa
vision et de son idéologie.
Le
mouvement sioniste énonça ses objectifs –
un foyer national pour le peuple juif dans le Pays d’Israël
– dans le programme de Bâle. A part les mouvements
qui rejetaient l’idée d’une renaissance
nationale, le sionisme comprenait divers groupes, du sionisme
religieux au sionisme socialiste. Tous œuvrèrent
en vue de créer le foyer national juif, une entreprise
qui aboutit à la création de l’Etat
d’Israël en 1948.
La
version moderne d’un motif ancien
L’origine
du terme « sionisme » est le mot biblique «
Sion », souvent utilisé comme synonyme de Jérusalem
et de Pays d’Israël (Eretz Israël). Le sionisme
est une idéologie qui exprime l’ardente aspiration
des Juifs du monde entier à recouvrer leur patrie
historique – Sion, le Pays d’Israël.
L’espoir
du retour dans la patrie fut d’abord entretenu par
les juifs exilés à Babylone, il y a 2 500
ans – un espoir qui devint par la suite une réalité.
(« Sur les rives des fleuvesdeBabylone,là nous
nous assîmes, et nous pleurâmes au souvenir
de Sion. » Psaume CXXXVII, 1). Ainsi, le sionisme
politique, qui s’est constitué au XIXe siècle,
n’inventa ni le concept, ni la pratique du retour.
Il s’est plutôt approprié une idée
ancienne et un mouvement actif continu pour les adapter
aux exigences de l’esprit du temps.
L’essentiel
de l’idée sioniste apparaît dans la Déclaration
d’Indépendance de l’Etat d’Israël
(14 mai 1948) qui stipule, entre autres, que :
«Le
Pays d’Israël est le lieu où naquit le
peuple juif. C’est là que se forgea son identité
spirituelle, religieuse et politique. C’est là
qu’il acquit son indépendance et créa
des valeurs culturelles d’une portée à
la fois nationale et universelle. C’est là
qu’il fit don au monde entier de l’éternel
Livre des Livres.
Contraint à l’exil, le peuple juif est resté
fidèle à la terre d’Israël dans
tous les pays où il s’est trouvé dispersé,
ne cessant jamais de prier et d’espérer y revenir
pour rétablir sa liberté nationale. »
L’idée
du sionisme se fonde sur le lien entre le peuple juif et
sa terre, une attache qui a commencé il y a près
de 4 000 ans, lorsque Abraham s’installa en Canaan,
appelé plus tard Pays d’Israël.
Au
centre de la pensée sioniste, on trouve l’idée
que le Pays d’Israël est le berceau historique
du peuple juif, et la conviction que, pour les Juifs, vivre
ailleurs c’est se trouver en exil. Moses Hess, dans
son livre Rome et Jérusalem (1844), exprime cette
idée :
«
Deux époques ont façonné l’évolution
de la civilisation juive : la première, après
la libération d’Egypte, et la seconde, le retour
de Babylonie. La troisième surviendra avec la délivrance
du troisième exil. »
Tout
au long des siècles, dans la diaspora,les Juifs ont
entretenu une relation intense et unique en son genre avec
leur patrie historique et ont manifesté la nostalgie
de Sion dans leurs rituels et dans leur littérature.
Le
rôle de l’antisémitisme dans l’évolution
du sionisme
Alors
que le sionisme exprime le lien historique établi
entre le peuple juif et le Pays d’Israël, le
sionisme moderne ne serait peut-être pas devenu un
mouvement national actif au XIXe siècle sans l’antisémitisme
contemporain précédé par des siècles
de persécutions.
Au
cours des siècles, les Juifs furent expulsés
de presque tous les pays européens – d’Allemagne
et de France, du Portugal et d’Espagne, d’Angleterre
et du Pays de Galles – une expérience dont
la répétition exerça un profond impact,
notamment au XIXe siècle alors que les juifs avaient
abandonné l’espoir d’un changement radical
de leur vie. C’est dans ce contexte que surgirent
des dirigeants juifs qui se tournèrent vers le sionisme
par suite de l’antisémitisme virulent prévalant
dans les sociétés environnantes. Ainsi, Moses
Hess, bouleversé par l’accusation
de crime rituel à Damas (1840), devint le père
du sionisme socialiste ; Léon
Pinsker, choqué par les pogroms (1881-1882)
qui suivirent l’assassinat du tsar Alexandre II, prit
la direction du mouvement Hibbat Zion ; et Théodore
Herzl, journaliste à Paris, prenant
conscience de la venimeuse campagne antisémite de
l’Affaire Dreyfus (1896), organisa le sionisme en
un mouvement politique.
Le
mouvement sioniste visait à résoudre «
le problème juif », le problème d’une
minorité éternelle, un peuple soumis à
des pogroms et à des persécutions incessantes,
une communauté sans patrie dont la spécificité
était mise en relief par la discrimination, partout
où s’installaient les Juifs. Le sionisme aspirait
à régler cette situation par le retour à
la patrie historique – le Pays d’Israël.
En
fait, la majeure partie des vagues d’aliya (immigration
en masse dans le Pays d’Israël) à l’époque
moderne furent une réaction directe aux meurtres
et à la discrimination subis par les Juifs. La Première
Aliya suivit les pogroms perpétrés en Russie
dans les années 1880. La Deuxième Aliya fut
déclenchée par le pogrom de Kichinev et une
série de massacres commis en Ukraine et en Biélorussie
au tournant du siècle. La Troisième Aliya
se produisit après les massacres de Juifs pendant
la guerre civile russe. La Quatrième Aliya débuta
en Pologne dans les années 1920 après que
la législation Gravski eut entravé l’activité
économique des juifs. La Cinquième Aliyah
se composait de Juifs allemands et autrichiens fuyant le
nazisme.
Après l’indépendance de l’Etat
d’Israël en 1948, les immigrations en masse demeurèrent
liées à la discrimination et à l’oppression
: les survivants de la Shoah en Europe, les réfugiés
des pays arabes échappant aux persécutions
qui suivirent la création d’Israël, les
derniers Juifs polonais qui fuyaient le pays où l’antisémitisme
s’enflammait à nouveau à l’époque
de Gomulka et Muzcar, et les Juifs de Russie et des autres
ex-républiques soviétiques qui craignaient
de nouveaux spasmes antisémites lors de l’effondrement
de l’Union soviétique. L’histoire des
vagues d’immigration confirme vigoureusement l’argument
sioniste selon lequel, un Etat juif dans le pays d’Israël,
doté d’une majorité juive, est l’unique
solution au « problème juif ».
L’essor
du sionisme politique
Le
sionisme politique, mouvement de libération nationale
du peuple juif, émergea au XIXe siècle dans
le contexte du nationalisme libéral qui gagnait alors
l’Europe.
En
se fixant pour objectif de libérer les Juifs d’une
domination étrangère hostile et tyrannique
et de restaurer l’unité par le rassemblement
des exilés des quatre coins du monde dans la patrie
juive, le sionisme synthétisait les deux objectifs
du nationalisme libéral – libération
et unité.
L’essor
du sionisme en tant que mouvement politique fut également
une réaction à l’échec de la
Haskalah (la version juive des Lumières) à
résoudre le « problème juif ».
Selon la doctrine sioniste, la raison de cet échec
réside dans le fait que l’émancipation
individuelle et l’égalité sont impossibles
sans émancipation nationale et sans égalité,
dans la mesure où les problèmes nationaux
nécessitent des solutions nationales. La solution
nationale sioniste consistait en l’établissement
d’un Etat juif peuplé d’une majorité
juive dans la patrie historique, réalisant ainsi
le droit du peuple juif à l’autodétermination.
Le sionisme ne considérait pas que la « normalisation
» de la condition juive fût contraire aux visées
et aux valeurs universelles. Il prônait le droit de
tout peuple à sa propre patrie et affirmait que seul,
un peuple souverain pouvait devenir un membre à parts
égales de la famille des nations.
Le
sionisme: un mouvement pluraliste
Mouvement
politique aspirant au retour dans la patrie juive assurant
la liberté, l’indépendance et la sécurité
dans un Etat pour le peuple juif, le sionisme revendique
également l’affirmationde la culture juive.
Un élément important de ce réveil fut
la renaissance de l’hébreu qui, longtemps limité
à la liturgie et à la littérature,
redevint la langue vivante de la nation, utilisée
au gouvernement et dans l’armée, dans l’éducation
et les sciences, au marché et dans la rue.
A
l’instar de tout nationalisme, le sionisme est intimement
lié à d’autres idéologies, ce
qui aboutit à la formation de diverses tendances,
dominantes ou non. L’association du nationalisme et
du libéralisme a donné naissance au sionisme
libéral ; et l’influencedunationalisme européen
a inspiré le mouvement nationaliste de droite. A
cet égard, le sionisme ne se distingue guère
des autres nationalismes qui adoptent eux aussi diverses
tendances, libérales, traditionnelles, socialistes
(gauche) et conservatrices (droite).
Le
sionisme et le nationalisme arabe
La
plupart des fondateurs du sionisme savaient que la Palestine
(le Pays d’Israël) était en partie peuplée
d’Arabes (bien que certains aient ingénument
parlé d’« une terre sans peuple pour
un peuple sans terre »). Peu d’entre eux, cependant,
considéraient la présence arabe comme un réel
obstacle à l’accomplissement du sionisme. A
cette époque, vers la fin du XIXe siècle,
le nationalisme arabe n’existait encore sous aucune
forme et la population arabe de Palestine, clairsemée,
était apolitique. De nombreux dirigeants sionistes
estimaient que, compte tenu de l’importance relativement
réduite de la population locale, les heurts avec
les Juifs revenant dans leur patrie pouvaient être
évités ; ils étaient également
convaincus que l’évolution ultérieure
du pays s’avérerait bénéfiquepourles
deux peuples, gagnant ainsi l’approbation et la coopération
des Arabes. Ces espoirs, cependant, furent vains.
Alors
que les idéologues sionistes affichaientleurs attentes
et la volonté d’atteindre leurs objectifs par
des moyens pacifiques et par la coopération, le renouveau
de la présence juive dans le Pays se heurta à
une opposition arabe militante. Pendant un certain temps,
de nombreux sionistes éprouvèrent des difficultés
à comprendre et à accepter la profondeur et
l’intensité du conflit, qui devint en fait
un affrontement entre deux peuples considérant le
pays comme leur – les Juifs en vertu de leur lien
historique et spirituel, et les Arabes, du fait de leur
présence multiséculaire sur cette terre.
Au
cours des années 1936-1947, la lutte pour le Pays
d’Israël s’intensifia. L’opposition
arabe se fit plus âpre devant la croissance et le
développement de la communauté juive. En même
temps, le mouvement sioniste ressentit le besoin d’augmenter
l’immigration et de développer l’infrastructure
du pays afin de sauver le plus grand nombre possible de
Juifs de l’enfer nazi en Europe.
L’inévitable
affrontement entre Juifs et Arabes conduisit l’ONU
à recommander, le 29 novembre 1947, la création
de deux Etats à l’ouest du Jourdain –
l’un juif et l’autre arabe. Les Juifs acceptèrent
la résolution ; les Arabes la rejetèrent.
Le
14 mai 1948, conformément à la résolution
de l’ONU de novembre 1947, l’indépendance
d’Israël fut proclamée.
L’Etat
d’Israël : du rêve à la réalisation
Le
sionisme au XXIe siècle
La création de l’Etat d’Israël marqua
l’aboutissement de l’objectif sioniste : l’obtention,
pour le peuple juif dans sa patrie historique d’un
foyer internationalement reconnu, garanti par le droit,
où les Juifs seraient à l’abri des persécutions
et à même de gérer leur propre destin
et leur identité.
Depuis
1948, le sionisme s’est fixé pour mission de
continuer à encourager le « rassemblement des
exilés », ce qui a parfois nécessité
un effort exceptionnel pour sauver des communautés
en danger (physiquement et spirituellement). Il s’efforce
également de préserver l’unité
et la continuité du peuple juif, ainsi que d’assurer
la centralité d’Israël dans la vie juive,
partout dans le monde.
Tout
au long des siècles, l’installation dans le
Pays d’Israël a constitué un fil directeur
reliant le peuple juif ensemble. Les Juifs du monde entier
acceptent le sionisme comme un principe fondamental du judaïsme,
soutiennent l’Etat d’Israël en tant que
réalisation fondamentale du sionisme et s’enrichissent
sur les plans culturel, social et spirituel du fait qu’Israël
– membre de la famille des nations – constitue
l’accomplissement dynamique et créateur de
l’esprit juif.
(Le présent chapitre est emprunté au livre
“Zionism”, du professeur Benyamin Neuberger,
paru en 1995.)