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Shroulik

par Nicole Madar
et
Albert Bensoussan

La plage blanche de Netanya

Ce jour-là Sroulik courait sur la plage de Netanya, longue langue de sable rouge qui, s’il l’avait longée à perte de vue jusqu’au sud, l’eût mené aux portes de la Colline du Printemps. Mais l’espoir était bel et bien dans son cœur depuis qu’il revivait dans la proximité de l’aimée. Cet amour-là, naguère encore, avait été contrôlé, mesuré - ah ! chichement -, mais il avait su s’en contenter en se disant que le Ciel en sa clairvoyance saurait bien pourvoir au futur, et que, de toute façon, ce qu’il vivait était tout bonnement tracé sur le parchemin de sa destinée, écrit sur le chemin de sa vie. Était-ce la proximité de sa chère Yéhoudit qui avait transformé ce mennche, né dans l’inconscient ashkenaze de la vieille Golda, la yiddishe mame, au point de devenir aussi fataliste qu’un Soufi, aussi superstitieux qu’une Tune de Nabeul ? C’est vrai qu’elle avait raffermi son cœur et renforcé son âme pieuse, c’est vrai qu’il avait quelque peu modifié son attitude, son comportement. Le fils orphelin avait accédé à la dignité de père, gardant à l’insu des autres toutes ses cicatrices sous la peau. Et d’abord il portait sous sa chemise ce lacet tressé par la brune Yéyé du temps qu’elle travaillait à la boutique de la rie Bonne Nouvelle. Ce lacet il le portait jour et nuit, et même ici, visiblement, pour se tremper dans l’eau lustrale. Et qu’y avait-il au bout du lacet ? Une médaille gravée à l’or fin représentant une main et ses cinq doigts tendus vers le bas avec, encerclée au milieu, l’initiale du nom divin, minuscule bouclier au regard de sa taille sensé le protéger tout entier du mauvais sort. Et le voilà converti en homme de parole, et si on le voyait portant aux bras son petit dernier et qu’on lui demandait combien pesait ce beau bébé, il répondait invariablement : cinq kilos… - en complétant dans son for intérieur :… dans ton œil. On ne le sait que trop, le chiffre 5 est de bon présage et vaut comme conjuration absolue. Et c’est lui-même qui était allé quérir cette vieille lame rouillée qu’il avait glissée dans le berceau de Chmoyel, son ultime rejeton, leur premier à tous les deux. Il ne quittait jamais son domicile, ni n’y pénétrait sans ce geste pieux de la main effleurant la mezouza coquettement inclinée au fronteau droit de la porte, et la baisant en murmurant invariablement : qu’elles sont belles tes tentes ô Jacob ! tes demeures ô Israël !… , alors qu’on sait bien que ce n’est qu’en entrant dans une synagogue qu’il convient de prononcer cette phrase édifiante du judaïsme. Mais voilà, Sroulik était un Juif atypique, mêlant les rites séfarades et les superstitions orientales au rituel ashkénaze et aux fables du shtetl. Le Djnoun et le Dibbouk, c’était pour lui synagogue…, pardon, synonyme. La créature de glaise pétrie par Rabbi Löew, le célèbre Maharal de Prague, et qu’on appelle communément « golem », lui apparaissait ni plus ni moins que comme ce facétieux Ch’ha des contes tunes. De plus en plus croyant et pieux sous l’influence de Yéhoudit, l’ardente zélatrice, sachant bien que l’union des corps, par delà la fragile écorce, donne accès au divin, Sroulik traçait enfin son sillon, fermement. Gommant sa balourdise d’antan, il avait assimilé sans effort la leçon talmudique : l’homme et la femme - ich ve icha - recréent par la fusion de leurs corps la maison divine, le makom - l’Endroit -, alors que l’absence de fusion, incroyable paradoxe, ne produit que du feu (ech) - l’Envers, l’Enfer, qui brûle, consume et détruit le couple.

Ce jour-là Sroulik courait sur la plage de  Netanya. Il avançait à petites foulées, en son footing matinal, sur ces sables d’or où, à coup sûr, il croiserait la belle Yokheved, promue depuis peu maître-nageur et qui, du haut de son mètre soixante-dix-sept, surveillait les baigneurs nonchalants s’aventurant au-delà de la barre, en fait une véritable barrière de sûreté, au-delà de laquelle l’armée ne pouvait plus garantir la sécurité du citoyen. Qui le protégerait, au large, de l’attaque surprise d’un zodiac palestinien ? d’un youyou terroriste ? d´un missile gazéen, du Qassam meurtrier ?

 Il connaissait bien l’agent de surveillance posté en haut des marches donnant accès à la plage.

- Chalom, Nathan, tout va bien chez toi, ton frère est sorti de l’hôpital ?

- Ken, oui, il va commencer la rééducation avec sa nouvelle jambe. C’est dur pour sa femme, depuis qu’elle a perdu son fils dans l’attentat, elle fait des cauchemars toutes les nuits.

- Le terroriste a parlé ?

- Un gosse de douze ans… il ne savait pas ce qu’il transportait dans son sac à dos. Son oncle lui avait promis une nouvelle paire de Reebok s’il apportait le sac de l’autre côté du poste frontière. Lui aussi est soigné à l’hôpital Soroka de Beersheva, ils lui ont fait une greffe.

- On lui a fait la greffe à l’Hôpital Hadassah, à Jérusalem ? …. ou directement à Beersheva ? Parce qu’à Hadassah ils sont en jumelage avec l’Institut Pasteur de Paris et que je connais bien. Et qu’ils sont chez nous à la pointe de la recherche mondiale.

- Il faut que tu saches, Sroulik, toi qui es oleh khadash, un nouvel immigrant, que nos médecins tu peux leur faire confiance. Même au cœur du désert, ils apportent les premiers secours, et ça depuis l’époque ottomane. Dès le XIXe siècle et le début des implantations juives ils ont tordu le cou à la malaria, le typhus, le trachome, et j’en passe, pour le plus grand bien des bédouins.

- Et gratuitement en plus, ils étaient réputés pour leur dévouement, y compris dans les situations difficiles, et c’est le cas aujourd’hui. Avec ce terrorisme aveugle.

- Aveugle ! … tu fais bien de le dire. Tous ces morts… tous ces estropiés… ces chairs meurtries à jamais… des deux côtés ! Oui, les médecins ne font jamais de différence entre la victime et le bourreau.

- Sroulik !!!

- Ah, Yokheved !!! j’allais venir te voir.

- Chalom, Nathan, appelle-moi pour les prières du mois de ton neveu !

- Yokheved, tu viens dimanche pour le pidion haben, tu sais bien, le « rachat du premier-né » ? Yéhoudit m’a demandé de venir t’en parler ce matin, elle compte sur toi pour l’aider à préparer la fête.

- Qu’est-ce que c’est que cette affaire-là encore ? 

- Trente et un jours après sa naissance, nous allons vendre, fictivement, son premier-né à un Cohen, à un prêtre, comme aux temps de Moïse et de la sortie d’Égypte !

- Ah bon ! je connaissais pas, qu’est-ce que vous avez inventé là ? Toujours des prétextes pour faire la fête, purée de vous autres ! O.K., Besseder, d’accord… Je passerai voir Chmoyel cet après-midi. Trente et un jours déjà, il est trop mignon, j’adore lui faire des bisous dans son petit cou, sur ses fesses roses, et plein de nechikot sur ses petits petons. Où allez-vous faire la cérémonie ?

- À la synagogue de rite algérois, rue Herzl. Tu sais comme Yéhoudit aime cette shoule et les roucoulades andalouses du hazan, du pur flamenco. Avec son gros ventre, elle allait tous les chabbats l’écouter chanter pour que le « bébé » apprenne à vibrer de la glotte comme un parfait chantre.

- Qui fait le rachat ?

- Nous avons demandé à Moïse Cohen de le faire.

- Qui ? …Moïse, ton copain du Sentier ? Celui du p’tit cochon Naf-Naf ?

- Oui, il arrive demain de Paris, et veut ouvrir un magasin dans la galerie commerciale.

- Au Canyon de Netanya ?

- Il y a des Canyon partout en Israël, tu sais bien, des galeries marchandes trois niveaux, en bas tu achètes ta bouffe, au rez-de-chaussée les parfums et les robes de Paris pour ma Yéhoudit, au 1er étage la cafétéria où on te sert le fameux caoua turqui, bref…, lui et moi,  nous allons nous associer.

- Yofi ! Super ! Sroulik ! Mais quoi, vous allez faire du shmates, encore de la fringue ? y’en a plein !

- Non, on va pas faire du shmates, on veut ouvrir un magasin de makhchev, computer, ordinateur. C’est pour ça qu’il m’a demandé, parce qu’il n’y connaît rien, lui.

- Et ton boulot de Herzliya ? t’avais pas un poste chez « Evoloutsia », le groupe de télévizia numérique ?

- Oui, mais tu sais, c’est jamais à temps plein en ce moment les boulots. D’ici que la paix soit signée et que les affaires reprennent. !

- C’est super Sroulik, c’est bien de te lancer !

- Oui, je sais, c’est pour ça qu’il était temps. Avec Yéhoudit et Chmoyel, ma vie a repris un sens. Lorsque Rébecca est partie avec les garçons, il y a deux ans, j’ai vraiment disjoncté, mais tu connais Yéhoudit, elle m’a sorti de la merde où je m’enfonçais et n’arrivais pas à refaire surface. Le départ et la perte des garçons m’obsédaient, me renvoyaient à la perte de mon père. J’étais fâché avec la terre entière, et même, Ribono Chel Olam avec le Maître du Monde. Je cherchais à le défier, à le provoquer, en me portant volontaire pour toutes les missions, y compris les plus dangereuses. Ne me reconnaissant plus moi-même. On voit tellement d’horreurs ! … Yéhoudit est la femme de ma vie. Je l’ai aimée dés que je l’ai vue, mais aujourd’hui elle est ma chair, mon souffle. Elle a vraiment tout fait pour me ramener à la raison, au sein du kahal.

- Oui, et je me demande bien ce qu’elle te trouve ! Regarde, je suis obligée de me plier en deux pour te faire la bise, tellement t’es p’tit ! Chtouyote - petite merde -, pas plus haut que trois pommes ! À peine plus grand que ton fils !

- Espèce de chipie ! j’suis pas grand mais je cours vite, et c’est pas ta ficelle qui te protègera de ma fessée !

- Faudrait encore que tu saches m´escalader, nain de jardin !

S’ensuit une course poursuite, où Sroulik finit par attraper les petits pieds - un bon 42 - de Yokheved et la fait tomber sur le sable. Il lui administre une claque retentissante sur son postérieur, qu’elle exhibe effrontément.

- D’accord, ça va, t’as gagné, mais j’tai pas fait le coup du kvar maga [1] quand même, pour ménager ma copine.

- Close-combat de mes deux, va rhabiller tes fesses ! [2] Elle te l’a déjà dit, Golda, c’est honteux ce fil dentaire sur la plage.

Elle donne un coup de grand pied rageur qui lui projette du sable jusqu’au fond des yeux. Et comme il secoue furieusement la poussière de son visage :

- T’es mignon quand même, petit bonhomme !

- Tu vois, faut pas se fier aux apparences. Bon, allez, je pique une tête dans l’eau et je retourne retrouver ma habiba.

- O.K., ne t’éloigne pas trop, il y a beaucoup de courant aujourd’hui. À pluss…

Il s’élance alors sans hésiter dans cette eau, limpide encore pour l’heure, scrutant d’un regard machinal l’horizon où pointe la silhouette d’un avion. Sans doute la liaison régulière d’El Al. Tout à coup, brisant le ciel tel un éclair tonitruant, une patrouille de trois chasseurs fonce à toute allure vers le Nord, obligeant l’ensemble des personnes présentes à lever la tête d’un air inquiet.

« Mon pauvre Chmoyel, quand est-ce qu’on va, un jour, te laisser grandir en paix », pense Sroulik et son cœur se serre. Dans ses grands yeux vert sombre, qui ont gardé la couleur du lointain ghetto, déferlent, de la toundra et de la taïga, et de toutes les steppes hostiles, les farouches cosaques, moulinant leur sabre au-dessus de leur tête, mèche au vent sous leur toque (ou est-ce un keffieh ?), sang au fond du regard, voix hurlante sur leurs noirs coursiers…

 

(Extrait de Sroulik (éditions Maurice Nadeau, Paris 2006. En vente sur la toile, à L’Arche du Livre, de Netanya, ou chez Nicole Madar : 058016500)



 

[1] Le kvar maga veut dire « Combat avec contact » en hébreu. C'est la méthode officielle de l'armée israélienne et des services de sécurité. Il a été crée par Imi Lichtenfeld qui l'a développé pendant sa longue carrière, comme instructeur en chef de l'armée israélienne.

[2] Ce lourdaud de Sroulik ne voit même pas que Yokheved, en dévoilant son jeu, vient de lui apprendre qu’elle est ni plus ni moins qu’un agent du Mossad.

   
 

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