Par
Dov Sitton (Unibversité Ben Gurion) - Source
Ministère des Affaires étrangères
d'Israel
Contexte
historique
La
rareté de l'eau a toujours constitué un
élément dominant dans l'agriculture de
la majeure partie du Moyen Orient aride, les habitants
dépendant de pluies saisonnières peu abondantes
et irrégulières ou de rivières
pour leur approvisionnement en eau. En Egypte, par exemple,
le Nil était l'unique source d'eau stable dans
un paysage entièrement désertique. Dans
l'antiquité, l'activité agricole était
limitée à d'étroites bandes de
terres sur chaque rive du fleuve. Aujourd'hui encore,
l'agriculture en Egypte est localisée principalement
le long des rives du Nil.
Le
climat d'Israël est fortement influencé
par la proximité du désert qui borde le
pays au sud et à l'est. La majeure partie du
territoire d'Israël est considérée
comme aride (60%) ou semi-aride. Les pluies ne tombent
qu'en hiver, principalement entre novembre et mars.
La moyenne annuelle des précipitations s'échelonne
de 400 à 800 millimètres dans les régions
nord et ouest du pays et diminuent nettement vers le
sud et l'est. La saison sèche, pratiquement sans
précipitations, commence au début du mois
d'avril et se termine à la fin du mois d'octobre.
Jusqu'au
début du XXe siècle, l'agriculture du
Pays d'Israël, presque entièrement dépendante
des pluies, était limitée à la
partie nord du pays et à la région côtière.
Dans certaines localités du nord dotées
de sources d'eau, les champs étaient irrigués.
L'eau était acheminée par gravitation
de la source jusqu'aux champs au moyen de simples canaux
à ciel ouvert. Chaque paysan était censé
obtenir sa part d'eau pendant plusieurs heures, une
fois tous les quelques jours ou quelques semaines. Cependant,
par suite des pertes importantes occasionnées
par l'infiltration rapide dans le sol lors du transport,
l'eau était distribuée de façon
inégale - les paysans les plus éloignés
de la source n'en recevant que fort peu. Le long de
la côte, l'eau souterraine était puisée
dans des puits peu profonds à l'aide de norias
(roues hydrauliques à godets) tirées par
un âne ou un buf. L'eau était recueillie
dans un bassin d'où elle était acheminée
par gravitation jusqu'aux plantations voisines, principalement
des orangeraies. Le rendement de ces puits creusés
manuellement restait faible.
L'idée
que l'agriculture nécessite un approvisionnement
en eau fiable n'émergea qu'à la fin du
XIXe et au début du XXe siècle. Ce changement
révolutionnaire fut introduit dans la région
principalement par les pionniers juifs, prêts
à adopter des technologies et un savoir-faire
de pointe pour l'époque. Ces technologies furent
apportées par des immigrants qui avaient reçu
une formation professionnelle, notamment des spécialistes
expérimentés dans les méthodes
avancées de forage des couches rocheuses dures,
et des techniciens du pompage de grandes quantités
d'eau dans des puits profonds.
Le
role de l'irrigation dans l'argriculture de pointe
L'utilisation
de l'irrigation dans l'agriculture traditionnelle est
entravée par plusieurs contraintes :
Les
sources d'eau, en particulier dans des conditions arides
et semi-arides, sont en général très
limitées et non disponibles partout.
L'eau
est acheminée dans les champs par des canaux,
par gravitation, ce qui nécessite que le sol
soit plat. Les terrains montagneux et les pentes ne
peuvent donc pas être irrigués selon cette
méthode.
La
pratique traditionnelle consistant à creuser
des canaux occasionne d'importantes pertes d'eau par
suite de l'infiltration dans le sol, les canaux les
plus long provoquant les pertes les plus considérables.
L'approvisionnement
en eau diminue le long de la ligne de répartition,
ce qui entraîne un partage inégal des ressources
limitées.
Autre
désavantage de l'irrigation traditionnelle :
l'approvisionnement en eau est inévitablement
irrégulier et il est donc impossible de répondre
aux besoins des cultures. Il en résulte alors
de faibles récoltes.
Compte
tenu des conditions prévalant au début
du XXe siècle dans cette région, notamment
la prédominance de la culture sèche reposant
presque exclusivement sur les pluies saisonnières,
l'introduction de nouveaux concepts dans l'agriculture
supposait non seulement des changements techniques,
mais également une modification en profondeur
de la stratégie et de l'ampleur des progrès
agricoles.
Deux
facteurs principaux sont à l'origine du passage
d'une utilisation traditionnelle de l'eau dans l'agriculture
à une utilisation moderne : le facteur humain
et l'introduction de technologies nouvellement importées.
Après
l'instauration du mandat britannique à la fin
de la Première Guerre mondiale, de nombreux immigrants
juifs arrivèrent en Palestine, principalement
en provenance d'Europe. Bon nombre de ces immigrants,
animés par une profonde motivation, se passionnaient
à l'idée de créer de nouvelles
localités rurales. Enclins à expérimenter
et à appliquer les nouvelles technologies agricoles,
ils comprirent la signification d'un savoir-faire moderne
fondé sur des études scientifiques, et
étaient tout impatients de recevoir l'avis des
scientifiques et des professionnels. Mais le facteur
décisif de leur réussite fut probablement
leur capacité à créer des organisations
de collecte de fonds, tout en élaborant une ligne
d'action et en dressant des plans de mise en valeur.
Ces
efforts aboutirent, dans les années 1920 et 1930,
à la création d'un grand nombre de localités
agricoles.
Dans
le cadre des efforts de peuplement, des géologues
placés sous la direction du professeur L. Picard
(immigrant arrivé d'Allemagne en 1924) furent
recrutés pour rechercher des eaux souterraines.
Un équipement de forage moderne capable de creuser
à de grandes profondeurs sous des couches de
roches dures, des machines de pompage efficaces, et
l'introduction de nouveaux matériaux comme le
ciment et les conduites métalliques furent employés
pour développer des systèmes d'approvisionnement
en eau fiables. Cependant, au-delà de ces efforts
techniques, le défi consistait à modifier
radicalement la conception de ce que devait être
un approvisionnement adéquat.
Comme
il a été mentionné ci-dessus, les
précipitations en Israël sont limitées
à l'hiver et déclinent du nord au sud
et d'ouest en est. En outre, le total annuel des précipitations
varie considérablement d'une année à
l'autre et les années de sécheresse sont
fréquentes. La planification et la mise en place
d'un système d'approvisionnement en eau fiable
doivent prendre en considération ces contraintes,
c'est-à-dire assurer la soudure entre les saisons
(hiver et été), les régions (le
nord et le sud), et les années (aux précipitations
suffisantes ou insuffisantes).
Au
début, les colonies s'associèrent localement,
investirent des fonds pour la recherche des eaux souterraines,
et réussirent à assurer un approvisionnement
en eau plus ou moins continu.
Par
la suite, une conception plus large de la question de
l'approvisionnement en eau fut adoptée. Le premier
effort concerté pour élaborer un projet
de grande envergure remonte à 1935. Lévi
Eshkol, par la suite premier ministre d'Israël,
et Simha Blass, un ingénieur qui fit ensuite
carrière dans la conception et la mise en uvre
de tous les grands chantiers hydrauliques du pays, furent
à l'origine de ce projet. C'est Mekorot, la Compagnie
nationale des eaux nouvellement créée,
qui prépara et réalisa le projet entre
1935 et 1938. L'eau provenait de trois puits forés
dans les versants occidentaux de la vallée de
Jezréel. Les principales caractéristiques
de ce projet étaient les suivantes :
Acheminement
de l'eau dans des canalisations en métal, sous
pression, ce qui assurait un approvisionnement continu
sur de longues distances. La pression permettait d'irriguer
les champs par aspersion, et non plus par inondation
traditionnelle.
Incorporation
de deux citernes de béton et de deux réservoirs
à ciel ouvert, afin d'assurer un approvisionnement
en eau constant. L'eau était pompée dans
les réservoirs, la nuit, lorsque les tarifs de
l'électricité étaient relativement
bas ; puis elle était amenée sans interruption
jusqu'au système d'irrigation.
La
question de la disponibilité des ressources en
eau et de la possibilité de mettre en place des
systèmes modernes destinés à assurer
un approvisionnement suffisant n'était pas seulement
d'ordre théorique ou technologique. Elle comportait
également des implications politiques. En effet,
les droits nationaux sur la terre étaient au
cur du conflit entre les communautés juive et
arabe. La politique du gouvernement britannique consistait
à imposer des restrictions à l'achat de
terres par les juifs, à la création de
nouvelles localités ainsi qu'à l'immigration
en Palestine, en arguant que les conditions matérielles
interdisaient la poursuite de la croissance de la population.
L'une des mesures prises par les dirigeants de la communauté
juive pour contrer la politique britannique fut de prouver
qu'avec une mise en valeur appropriée, le pays
pouvait accueillir une population beaucoup plus importante.
Un effort considérable fut ainsi investi dans
la conception et la mise en uvre de projets hydrauliques.
Les
programmes d'approvisionnement en eau
A
la fin des années 1930, il était admis
par les spécialistes que les principes suivants
devaient orienter à l'avenir les projets concernant
l'eau :
Planification
Tout
système mis en uvre pour fournir de l'eau devait
relier les régions pourvues en eau à celles
où elle faisait défaut. Il devait également
assurer la continuité entre la saison des pluies
et la saison sèche. L'eau des rivières,
des crues et des sources devait donc être stockée
dans des réservoirs, les nappes aquifères
souterraines et des citernes, pour pouvoir ultérieurement
être transférée dans les conduites
d'approvisionnement en fonction des besoins. Il fallait,
en outre, stocker les excédents des années
pluvieuses pour pouvoir les utiliser durant les années
sèches.
L'eau
devait être transportée sous pression dans
les canalisations. Tout en nécessitant un support
financier substantiel, cette approche contournait les
limites imposées par la topographie et minimisait
les pertes en eaux, ce qui, à long terme, allait
permettre des économies en eau. Elle garantissait
aussi une répartition équilibrée
et égalitaire entre tous les usagers.
La
planification devait être globale. Autrement dit,
les programmes devaient prévoir l'acheminement
de l'eau dans tous les endroits du pays pour répondre
aux besoins d'une population en pleine croissance et
d'une agriculture en plein essor, notamment dans le
Néguev, la région sud du pays caractérisée
par la faiblesse de ses précipitations (ce qui
en fait une zone aride).
Plusieurs projets d'acheminement de l'eau vers le Néguev
furent élaborés à partir de 1939,
principalement par Simha Blass. Une étude globale
intitulée Les ressources en eau du Pays d'Israël
: perspectives pour l'irrigation et le développement
hydroélectrique fut préparée, en
1944, par la Compagnie des eaux Mekorot et, à
peu près à la même époque,
des spécialistes des Etats-Unis des questions
de l'eau et de la conservation des sols préparèrent
et présentèrent des études sur
les projets en Palestine. W. K. Lowdermilk, un éminent
expert américain en hydrologie et conservation
des sols, publia, également en 1944, un livre
( Palestine - Land of the Promise ) sur les possibilités
de réaliser des projets hydrauliques en Palestine.
La même année, J. B. Hays, un spécialiste
américain des barrages et de la préservation
de l'eau, effectua un voyage d'études portant
sur les perpectives de planification dans ce domaine.
Son livre, Tennessee Valley Authority of the Jordan
, fut publié quelques années plus tard.
Hays poursuivit ses études après la création
de l'Etat d'Israël et présenta plusieurs
versions d'une stratégie globale de mise en valeur
du potentiel hydroélectrique et de l'irrigation.
Il fut, par la suite, rejoint par son collègue
J. S. Cotton, qui soumit, en 1955, un plan général
ultérieurement adopté par le gouvernement
comme le modèle pour la création de la
Conduite nationale d'eau.
Construction
Dans
le cadre de l'encouragement au peuplement du Néguev,
la région sud aride du pays, trois localités
expérimentales y furent créées
en 1943. L'objectif était d'étudier les
conditions du sol dans la région, les ressources
en eau (notamment des données sur les précipitations
annuelles), et le type de cultures susceptibles de réussir
dans ces conditions. Onze nouvelles localités
furent crées dans le Néguev en 1946 et
cinq autres en 1947, financées et équipées
comme précédemment par les institutions
nationales juives.
Dès
le début, il s'avéra que, dans le Néguev,
la principale limite à laquelle se heurtait l'agriculture
était la rareté de l'eau. La prise de
conscience que la réussite d'une agriculture
moderne dépendait de l'irrigation, nécessitant
un approvisionnement en eau fiable, conduisit à
entreprendre une série d'études exploratoires
dans les domaines de la météorologie,
de la géologie et de l'hydrologie. On tenta de
forer des puits et d'extraire l'eau souterraine près
des nouvelles localités ; mais les quantités
obtenues étaient plutôt réduites,
et la salinité de l'eau souvent trop élevée
pour permettre une utilisation dans l'agriculture. Les
tentatives de construire des barrages et des réservoirs
de collecte des eaux des crues saisonnières échouèrent
en raison des fluctuations trop importantes d'une année
sur l'autre, de la quantité, de l'intensité
des crues et par suite de difficultés techniques.
On en conclut alors que la seule façon d'assurer
un approvisionnement suffisant à l'agriculture
était de transporter de l'eau douce depuis les
sources du nord par des conduites.
La première canalisation du Néguev , installée
en 1947, assurait un approvisionnement en eau fiable,
bien que limité, à la plupart des localités
du Néguev (plusieurs devaient encore compter
sur les puits locaux). Cette modeste conduite transportait
l'eau des puits du nord-ouest du Néguev, une
région où les eaux souterraines étaient
relativement abondantes. Le premier tronçon était
constitué par des conduites de 190 km de long
et de 6 cm de diamètre fournissant 1 million
de mètres cubes par an. Par la suite, le diamètre
fut porté à 20 cm, ce qui permit un débit
annuel de 30 millions de mètres cubes. L'existence
de cette conduite signifiait que l'idée de transporter
de l'eau du nord pour approvisionner la partie sud aride
du pays était désormais solidement établie.
Cette
entreprise pionnière fut suivie par deux projets
de grande envergure. Le premier, la conduite Yarkon-Néguev
, fut construite peu après l'indépendance
de l'Etat. Cette canalisation de 66 cm de diamètre,
d'un débit annuel de 100 millions de mètres
cubes, transportait de l'eau du Yarkon jusqu'au Néguev,
sur une distance de 130 kilomètres.
Compte
tenu des moyens disponibles à l'époque,
il s'agissait d'un projet majeur. Mais il devint bientôt
évident qu'un système plus important et
plus complet s'imposait, ce qui aboutit au deuxième
projet de grande envergure, l'ambitieuse Conduite nationale
d'eau. Cette Conduite avait pour fonction principale
d'acheminer vers la région sud du pays l'eau
du lac de Tibériade (en hébreu, Yam Kinneret)
au nord. Le plan initial était de puiser l'eau
du Jourdain avant qu'il ne se jette dans le lac de Tibériade.
Les premières étapes du chantier débutèrent
en 1953. Cependant, par suite de l'opposition syrienne
et d'une résolution des Nations unies, Israël
dut suspendre les travaux et modifier son projet. Les
plans définitifs furent approuvés en 1956,
et la Conduite nationale d'eau fut achevée et
entra en fonction en 1964. Il s'agit d'un réseau
de canalisations souterraines, de canaux à ciel
ouvert, de réservoirs intermédiaires et
de tunnels, fournissant chaque année quelque
400 millions de mètres cubes. L'eau du lac, située
à environ 220 mètres au-dessous du niveau
de la mer, est pompée à une altitude de
152 mètres au-dessus du niveau de la mer et s'écoule
par gravitation vers la région côtière,
d'où elle est pompée vers le Néguev.
Outre
le lac de Tibériade, deux grandes nappes aquifères,
celle de la montagne et celle de la côte, contribuent
à fournir respectivement quelque 350 et 250 millions
de mètres cubes par an à la Conduite.
La
Conduite nationale constitue non seulement la principale
source d'approvisionnement en eau, mais également
un déversoir pour l'excédent d'eau du
nord en hiver et au début du printemps, ainsi
qu'une recharge des nappes aquifères souterraines
de la région côtière. La majeure
partie des systèmes hydrologiques régionaux
sont reliés à la Conduite nationale pour
constituer un réseau bien équilibré
dans lequel l'eau peut être transférée
d'une canalisation à une autre en fonction des
circonstances et des besoins.
L'offre
et la demande - la gestion de ressources en eau limitees
Les
ressources en eau douce d'Israël, qui s'élèvent
en moyenne à 2 milliards de mètres cubes
par an, sont actuellement exploitées jusqu'à
leur limite. Or, la population du pays est en augmentation
constante, comme d'ailleurs la demande en eau. Des mesures
urgentes s'imposent afin de fournir des quantités
d'eau supérieures. Les eaux secondaires, une
catégorie qui comprend les effluents, l'eau saumâtre
et l'eau de mer, constituent une source potentielle
importante. Un traitement approprié - l'épuration
dans le cas des eaux d'égout et le dessalement
pour l'eau saumâtre et l'eau de mer - est susceptible
de fournir des quantités d'eau supplémentaires
si nécessaires.
Les eaux d'égout
Les
eaux d'égout, de plus en plus abondantes, envahissent
l'environnement, mettant en danger les nappes phréatiques
et les autres sources d'eau douce. Le besoin urgent
de trouver d'autres sources d'eau, ainsi que l'état
critique de l'environnement, ont conduit la Commission
de l'eau à créer l'usine de Shafdan, un
vaste programme de retraitement des eaux d'égout
et de production d'eau épurée. Les avantages
en sont doubles : la nappe aquifère sert de réservoir
souterrain pour l'eau rechargée - empêchant
ainsi les pertes par évaporation - et l'eau est
pompée en cas de besoin, principalement en été
; l'infiltration de l'eau à travers les différentes
couches du sol ajoute une phase de nettoyage.
Environ
110 millions de mètres cubes de cette eau épurée
sont transportés annuellement pour l'irrigation
du Néguev occidental par une canalisation qui
porte le nom de Troisième conduite du Néguev
. Grâce au degré d'épuration très
élevé, les eaux retraitées peuvent
être utilisées pour toutes les cultures,
sans le moindre risque pour la santé.
D'autres
usines d'épuration des eaux usées sont
déjà en fonction, en chantier ou en cours
de planification. On espère que la majeure partie
de l'eau allouée à l'agriculture proviendra
un jour d'effluents épurés, en sorte que
l'eau douce de qualité pourra ultérieurement
être transférée de l'agriculture
aux usages domestiques.
Des
usines de moindre importance, situées dans l'ensemble
du pays, alimentent en eaux d'égout retraitées
des champs situés à faible distance de
la source de l'effluent. Dans de nombreux cas, le traitement
est minimal et l'utilisation de l'eau retraitée
se limite aux cultures comme le coton, en été.
Ces petits projets s'avèrent hautement rentables.
Ressources
en eaux
Mekorot
à Eilat
Le
Negev
Le
Jourdain
Canalisation
dans le Negev
Conduite
nationale d'eau
Usine
de recyclage des eaux usées
Usine
de déssalement de l'eau près d'Eilat
Tuyaux
d'irrigation au goutte à goutte
L'eau
saumatre et l'eau de mer
Il existe deux catégories d'eau susceptible d'être
dessalée, l'eau saumâtre et l'eau de mer.
Le dessalement de l'eau de mer est un procédé
coûteux, compte tenu de la forte concentration
en sels. Les efforts portent donc aujourd'hui sur l'invention
d'un procédé moins coûteux pour
l'eau saumâtre. A long terme, cependant, l'eau
de mer pourra, elle aussi, être utilisée
comme une source d'eau potable.
Plusieurs
méthodes de dessalement de l'eau saumâtre
ont été étudiées en Israël
depuis le début des années 1960. L'une
des plus efficaces et des moins coûteuses est
l'osmose inversée ; cependant, le coût
de la production d'eau potable par osmose inversée
reste aujourd'hui encore supérieur d'environ
25% à celui de l'épuration des eaux usées.
Le
principal projet de dessalement est situé près
d'Eilat, une ville de la mer Rouge située à
l'extrémité sud d'Israël - la région
la plus aride du pays, qui reçoit des précipitations
négligeables. La population d'Eilat s'élève
à environ 40 000 habitants, plus un afflux annuel
de quelque 500 000 touristes. Jusqu'en 1997, la totalité
de l'eau potable fournie à Eilat était
obtenue par dessalement des eaux saumâtres souterraines.
L'eau dessalée est produite par osmose inversée
dans deux usines qui produisent ensemble environ 36
000 mètres cubes par jour (environ 13 millions
de mètres cubes par an). Par suite de la demande
sans cesse croissante pour un approvisionnement fiable
en eau potable, une troisième unité de
dessalement de l'eau de mer a été ajoutée
aux deux autres (l'eau est pompée dans la mer
Rouge). Elle produit actuellement environ 3,5 millions
de mètres cubes.
Le
dessalement de l'eau saumâtre est préféré
à celui de l'eau de mer, car l'énergie
nécessaire pour produire de l'eau potable est
alors de 0,8 à 1 kWh par mètre cube, avec
une récupération de 73% de l'eau fournie,
alors que le dessalement d'un mètre cube d'eau
de mer nécessite 3,85 kWh, et ne restitue que
50% de l'eau. Cependant, l'eau saumâtre souterraine,
répartie dans des zones relativment étendues,
se trouve en quantité limitée à
proximité d'Eilat. L'approvisionnement en eau
de mer, par contre, est infini. La production d'eau
dessalée reposera donc, à l'avenir, principalement
sur l'eau de mer.
Outre
l'apport d'une source d'eau potable supplémentaire,
la mise en uvre d'une méthode efficace de dessalement
contribuera à renverser l'actuelle tendance -
fort dangereuse - de salinisation croissante des nappes
aquifères d'eau douce, notamment la très
importante nappe côtière.
Dans
une certaine mesure, l'eau saumâtre non traitée
est déjà utilisée pour irriguer
des cultures. De nombreuses études ont été
réalisées pour vérifier si l'eau
saumâtre peut être utilisée pour
l'irrigation. Elles ont montré que certains cultures
comme le coton, la tomate et le melon tolèrent
volontiers des eaux saumâtres (jusqu'à
7 à 8 dS/m - déci-Siemens par mètre
- de conductivité, équivalent à
une salinité de 0,41 à 0,47% de chlorure
de sodium). Mais, afin de réduire au minimum
l'accumulation des sels autour des racines et pour faciliter
le lessivage de ces sels accumulés, il est essentiel
: a) d'utiliser des systèmes d'irrigation au
goutte-à-goutte délivrant l'eau saumâtre
; et b) de cultiver les plantes dans un milieu sans
sols ou dans des sols légers (sableux ou terreau
sablonneux). Lorsque les cultures le tolèrent,
l'utilisation d'eau saumâtre contribue à
l'économie d'eau douce.
Les
méthodes d'irrigation de pointe
En
Israël, le secteur agricole est le principal consommateur
d'eau. Pour réduire la consommation totale, la
quantité d'eau allouée à l'agriculture
fait l'objet d'un certain nombre de restrictions, notamment
depuis le début des années 1990. Sur une
consommation totale de 2 008 millions de mètres
cubes en 1997, 1 264 millions (63%) étaient utilisés
par l'agriculture, alors que les chiffres correspondants
pour l'année 1985 étaient de 1 389 millions
(72%) sur un total de 1 920 millions. Il ne fait aucun
doute que l'utilisation efficace de l'eau d'irrigation
est une priorité essentielle.
L'une
des innovations agrotechnologiques les plus importantes
est probablement l'invention israélienne de l'irrigation
au goutte-à-goutte par Simha Blass et son fils
(le père avait conçu l'idée et
le fils réalisa le dispositif).
L'eau
se déverse uniformément à partir
de chaque distributeur adapté au tuyau latéral,
même sur un terrain en pente modérée.
En outre, la mise au point de distributeurs de compensation
permet une irrigation uniforme sur des pentes plus prononcées
et sur des distances plus importantes.
Des
engrais peuvent être apportés à
la plante en même temps que l'eau ( fertigation
).
L'eau
et les engrais sont apportés directement à
la racine plutôt que sur la superficie totale
du champ, ce qui permet d'éviter le gaspillage
des ressources.
La
quantité d'eau apportée peut être
optimisée en fonction des différents types
de sols, tout en évitant l'infiltration au-delà
de la racine. En outre, des sols sableux qui ne peuvent
être arrosés par sillons ou par inondation,
peuvent être efficacement irrigués par
le goutte-à-goutte.
La
pousse des mauvaises herbes est réduite au minimum.
Entre
les rangées plantées, le sol à
sec permet aux agriculteurs et aux machines d'accéder
aisément et en toute saison.
Il
est possible d'utiliser une eau de piètre qualité
(saumâtre ou d'effluents) car :
L'irrigation
au goutte-à-goutte, à la différence
de l'irrigation par aspersion permet l'utilisation d'eau
saumâtre car le contact direct entre l'eau et
les feuilles est évité, prévenant
les brûlures.
L'irrigation
au goutte-à-goutte entraîne le lessivage
permanent des sels autour de la racine, évitant
l'accumulation de sels au voisinage immédiat
des racines. C'est important lorsque l'irrigation porte
sur des sols salins ou s'effectue avec de l'eau saumâtre.
L'irrigation
au goutte-à-goutte permet l'utilisation d'eaux
usées à peine retraitées. En effet,
l'eau étant délivrée à même
le sol, les risques sont moindres pour la santé.
Des
distributeurs réglés pour délivrer
une quantité donnée d'eau (de l'ordre
de plusieurs litres par heure) peuvent être installés
avec l'espacement voulu en fonction des besoins de chaque
culture.
L'irrigation
au goutte-à-goutte est la méthode d'irrigation
la plus efficace en termes d'économies d'eau.
Comme les distributeurs émettent l'eau directement
au sol, à proximité des racines qui l'absorbent
immédiatement, l'évaporation est réduite
au minimum. Cette caractéristique est particulièrement
importante dans les zones arides. Dans l'irrigation
par aspersion ou par des méthodes en surface,
l'évaporation est renforcée par les vents,
alors que leur impact est minime dans l'irrigation au
goutte-à-goutte.
S'il
est entretenu correctement, un dispositif d'irrigation
au goutte-à-goutte de bonne qualité peut
durer de quinze à vingt ans.
Le
ratio d'utilisation d'eau est le rapport entre la quantité
d'eau absorbée par la plante et la quantité
totale fournie. Les études ont montré
que l'irrigation au goutte-à-goutte permet d'obtenir
un ratio d'environ 95%, contre 45% pour l'irrigation
en surface et 75% pour l'irrigation par aspersion. On
peut donc en conclure que l'irrigation au goutte-à-goutte
présente de nombreux avantages par rapport aux
autres méthodes, et qu'elle est supérieure
à l'irrigation en surface ou par aspersion, en
matière d'économies d'eau, notamment quand
il s'agit d'approvisionnement en eau limité.
La
situation actuelle
Ces
dernières années, l'approvisionnement
en eau d'Israël a atteint un stade d'équilibre
extrêmement fragile entre l'offre et la demande
par suite de plusieurs facteurs :
Une
série d'années de sécheresse, aboutissant
à un remplissage insuffisant des réservoirs
d'eau (aussi bien en surface que dans les nappes aquifères),
associé à un pompage excessif des réserves
en eau déjà en diminution.
Un
rapide accroissement de la population du fait de l'immigration
(4,8 millions d'habitants en 1990, 6,3 millions en 2000,
soit une croissance de 31% en 10 ans), ce qui conduit
à une consommation d'eau à usage domestique
plus importante.
Des
hésitations et des retards de la part des décideurs
à allouer les ressources financières nécessaires
pour des projets de grande envergure comme le recyclage
et l'épuration des eaux usées et la construction
d'usines de dessalement de l'eau de mer.
Conclusions
Cette
étude décrit comment on a pu surmonter
les contraintes imposées par des ressources en
eau limitées et un environnement aride et semi-aride,
lorsque les dirigeants ont été capables
de définir les besoins futurs, d'identifier les
solutions appropriées et de les mettre en uvre.
Les technologies de pointe se sont avérées
indispensables dans ce processus. Ces dernières
années, cependant, la demande sans cesse croissante,
principalement du secteur domestique, a créé
une situation chronique dans laquelle l'eau provenant
des sources naturelles est entièrement utilisée.
La seule solution pour assurer un approvisionnement
en eau fiable pour la consommation domestique et agricole
implique l'adoption de plusieurs mesures simultanées
: il faudra imposer des règlements sur l'économie
d'eau et construire immédiatement de grandes
usines de dessalement de l'eau de mer et de recyclage
des effluents urbains.
Applied
Research Institutes
Ben Gurion University of the Negev
Be'er Sheva
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