L'eau
est critique non seulement parce c'est une cause de
conflit avec ses voisins, mais parce qu'elle est aussi
vitale pour le développement d'Israël et
sa santé économique, qui ne sont pas moins
importants pour la sécurité de la nation.
Pour maintenir un standard de vie qui permettra à
Israël de continuer à être une nation
occidentale avancée, il lui faut de l'eau pour
l'agriculture, l'industrie, la consommation humaine
et l'hygiène, les jardins, et les installations
récréatives comme les piscines et les
parcs. Avec l'amélioration du standard de vie,
la consommation d'eau augmente.
La
situation devient plus dangereuse chaque année.
Alors que la population de la région continue
d'augmenter exponentiellement, et que des milliers d'immigrants
arrivent en Israël, les conflits politiques sur
les ressources en eau existantes deviennent plus âpres
: Israël et les Palestiniens doivent négocier
les droits sur l'eau dans la Rive Occidentale et à
Gaza.
La
Terre que Dieu a promise aux Israélites peut
bien avoir regorgé de lait et de miel, elle ne
dispose pas de ressources naturelles. Israël a
un territoire exigu et pas de grands fleuves, de forêts,
ni de gisements de minerais. Il dépend d'une
pluviosité faible et aléatoire pour sa
fourniture en eau. Ses trois principales ressources
en eau sont les aquifères côtiers et montagneux,
et le lac Kinneret (Tibériade ou la mer de Galilée).
Chacune fournit environ 25 % du total de l'eau consommée
en Israël. Environ 20 % provient de plus petits
aquifères ; les 5 % restants proviennent du recyclage
de l'eau d'épuration.
L'aquifère
côtier s'étend le long de la côte
méditerranéenne d'Israël entre les
abords du Sud du Carmel au Nord, et la bande Gaza au
Sud. Environ 80 % de la population d'Israël et
la plus grande partie de son activité économique
sont concentrés sur la plaine côtière.
Le bassin de Kinneret couvre un peu plus de 384 km²,
24 km de long sur 16 km de large. Il est alimenté
par le Jourdain et ses sources - les rivières
Hatsbani, Dan, et Banias - ainsi que par des courants
et des oueds des Hauteurs du Golan qui se jettent dans
le Jourdain ou directement dans le Kinneret.
L'aquifère
montagneux s'étend des abords à l'Est
de l'aquifère côtier, sous les collines
de Judée et de Samarie. L'eau coule à
l'Ouest depuis les hauteurs, où les pluies d'hiver
rechargent l'aquifère, et émerge à
la surface à travers des sorties proche de la
côte dans les rivières Yarkon et Taninim,
qui se jettent dans la mer Méditerranée.
Cet
aquifère chevauche la " ligne verte "
(la ligne d'armistice de 1949 qui a séparé
Israël de la Rive Occidentale) et 90 % de son eau
provient de précipitations sur la Rive Occidentale.
C'est la principale ressource d'Israël en eau potable
de haute qualité, et elle fournit les plus grands
centres de population comme Jérusalem, Tel Aviv
et Beersheva.
Toutes
ces sources d'eau ont des équilibres délicats
qui ont conduit les autorités israéliennes
de l'eau à établir des "lignes rouges"
sous lesquelles l'extraction d'eau supplémentaire
peut provoquer un dommage permanent par salinisation
ou autre contamination qui peut rendre l'eau non potable.
Le niveau de l'eau du Kinneret, par exemple, varie selon
les années pluvieuses ou sèches et, si
le niveau est trop bas, il est nécessaire de
réduire le pompage pour empêcher l'eau
salée de sources proches de s'y infiltrer. Si
le niveau s'élève trop, il peut être
nécessaire de laisser l'eau s'écouler
vers la Mer Morte pour empêcher une inondation.
L'excès de pompage a déjà provoqué
de sévères dommages à l'aquifère
côtier, dont la salinité a rendu près
de 20 % de l'eau inutilisable.
L'autre
menace majeure à la fourniture d'eau est la pollution
provoquée par l'infiltration des eaux usées,
les rejets industriels et les pertes, les produits chimiques
agricoles, et les nuisances environnementales typiques
de la croissance des nations industrielles.
Une
utilisation frugale
Cette
crise de l'eau n'est pas le résultat d'un gaspillage
israélien. Les Israéliens sont particulièrement
sensibles à la rareté de l'eau et ils
sont relativement frugaux dans leur utilisation, prélevant
seulement une petite fraction de la quantité
d'eau qui est consommée par la population dans
une zone qui a un climat comparable, comme le Sud de
la Californie. Le gouvernement a pris le contrôle
des ressources en eau en 1959 : une loi a fait de ces
ressources une propriété publique, et
elle a régulé depuis l'exploitation de
l'eau et son allocation.
Bien
qu'on ait eu conscience de ce problème, les ressources
en eau ont été utilisées à
l'excès et contaminées : la qualité
de l'eau dans certains endroits s'est détériorée.
De nombreux avertissements ont été émis
au cours de la dernière décennie sur une
pénurie d'eau de boisson et pour l'agriculture
du fait de pompages récurrents et de l'augmentation
de la population israélienne. On s'attend aussi
à ce que l'eau de qualité décline
rapidement au point que la réduction de son utilisation
dans l'agriculture ne se traduira pas par un supplément
disponible pour les usages ménagers.
Les
besoins domestiques (88 %) et industriels (12 %) comprennent
moins de la moitié de la consommation d'eau d'Israël
; la plus grande partie de l'eau (56 %) est utilisée
pour l'agriculture. Par conséquent, un important
effort de recherche a été consenti pour
trouver des moyens de réduire la quantité
d'eau nécessaire pour faire pousser des fruits,
des légumes, et d'autres produits agricoles.
Une
innovation a eu un immense effet sur la consommation
d'eau en Israël, et elle a été ensuite
exportée autour du monde : l'irrigation au goutte
à goutte (et la fertilisation). L'eau est délivrée
par des goutte à goutte uniformément et
directement vers les racines plutôt que sur la
totalité du champ. Cette méthode permet
l'utilisation d'eau de qualité inférieure
(eau salée et effluents) et diminue la perte
par évaporation.
A
travers le Jourdain
L'équilibre
des besoins en eau d'Israël est aussi affecté
par les besoins de ses voisins et par le conflit sur
les terres qui contiennent la plus grande partie de
l'eau dont le pays a besoin pour survivre… Le
Jourdain participe aussi très sérieusement
au problème de l'eau. Une partie des problèmes
de fourniture d'eau est liée à la pollution
et à des canalisations vieilles et mal entretenues.
Une question plus sérieuse pour le Jourdain,
c'est le prélèvement par la Syrie dans
la rivière Yarmouk de volumes plus importants
qu'il n'avait été convenu dans les négociations.
Israël
et la Jordanie ont très bien traité leurs
différends sur l'eau au cours des années,
et même en temps de guerre ; cependant, la question
du partage de l'eau du Yarmouk, qui borde la frontière
israélo-jordanienne, était une importante
question dans les négociations du traité
de paix signé entre Israël et la Jordanie
en 1994. Israël donna son accord à la fourniture
de 50 millions de mètres cubes (mcm) d'eau par
an, dont une certaine quantité provenant du Yarmouk
et le reste de la désalinisation de sources saumâtres
autour du Kinneret. Même après la signature
du traité, l'eau devint vite une source de conflit,
parmi les rares entre les deux pays, et Israël
accrut l'allocation d'eau à 75 mcm.
Malgré
les accords, l'avertissement du roi Hussein sur le conflit
potentiel reste une préoccupation pour Israël,
alors que la population jordanienne continue de croître
et que sa consommation d'eau augmente. La Jordanie pourrait
être tentée de satisfaire ses besoins en
prenant une mesure agressive pour obtenir l'accès
aux ressources en eau de Judée et en Samarie.
Étant donnée la relative faiblesse militaire
de la Jordanie, et la capacité d'Israël
et de la Jordanie de négocier y compris pendant
la période avant le traité de paix, le
danger dans cette direction est supposé demeurer
faible.
Traiter
avec la Syrie
Un
problème beaucoup plus sérieux est posé
par la Syrie, qui exige la restitution totale des Hauteurs
du Golan en échange de la paix avec Israël.
Si la frontière syrienne était redessinée
plus près de celle de 1967, ou de la frontière
internationale de1923, la Syrie aurait la capacité
d'affecter la fourniture d'environ un quart de l'eau
d'Israël. Selon des rapports de négociations
secrètes dans les années 1990 entre Israël
et la Syrie, même le Premier Ministre Benyamin
Netanyahou, tenant de la ligne dure, était prêt
à rendre le territoire à la Syrie qui
borde le flanc Nord du lac de Kinneret. Selon ce point
de départ, il est improbable qu'aucun dirigeant
syrien ne se satisfasse de rien moins que cela.
Si
la Syrie contrôlait les Hauteurs du Golan, et
si ses intentions étaient malveillantes cela
pourrait compromettre sévèrement la fourniture
d'eau d'Israël. On peut s'attendre à ce
que la Syrie bâtisse sur cette zone et y implante
peut-être jusqu'à un demi-million de personnes
qui produiraient des rejets et d'autres contaminations
qui pourraient polluer le Kinneret. Comme un spécialiste
israélien de l'eau le formule : " suivant
les standards de la protection de l'environnement et
du traitement des déchets en Syrie, le Kinneret
deviendrait un horrible étang à l'odeur
répugnante, sans attrait touristique et certainement
incapable de fourniture de l'eau potable sans un traitement
approfondi et coûteux ".
Il
est aussi possible que l'augmentation de la population
globale en Syrie et/ou le détournement par les
Turcs des eaux du fleuve Euphrate sur le flanc Sud de
la Syrie, puisse provoquer une pénurie d'eau
qui conduirait les Syriens à détourner
l'eau du Golan. Une Syrie belliqueuse pourrait à
dessein détourner l'eau pour priver en Israël
à tout moment…Ce fut l'une des causes de
la Guerre des Six Jours en 1967.
Tout
traité de paix avec la Syrie devra assurer à
Israël des droits sur l'eau, mais Israël peut-il
se permettre de mettre un tiers de sa ressource en eau
à la merci d'une puissance étrangère,
spécialement l'une de celles dont les chefs ont
parlé de refuser à Israël toute "
eau arabe " ? Comme Joyce Starr le dit : "
un gouvernement israélien qui concèdera
un territoire sur le Golan sans une fourniture garantie
des eaux du Yarmouk, ou une alternative dédiée
de ressource en eau, commettrait un suicide national
". Pour finir, Israël pourrait avoir à
choisir entre l'eau et la paix avec la Syrie.
L'aquifère
dans la Rive Occidentale
La
sécurité de l'eau d'Israël est de
plus menacée du fait que la montagne aquifère,
qui fournit aussi un quart de l'eau d'Israël, dont
la plus grande part de l'eau potable pour les grandes
villes, est partiellement localisée dans la Rive
Occidentale. La prévision de la 'Commission de
l'Eau du Moyen-Orient' dans les années 1990 pour
la Rive Occidentale et la bande de Gaza conclut à
un déficit en eau d'ici 2020. Selon les autorités
palestiniennes de l'eau, jusqu'à 50 % de l'eau
domestique est perdue du fait de systèmes d'approvisionnement
usagés et inefficaces. Aujourd'hui, l'eau qu'Israël
prélève de la montagne aquifère
n'est pas suffisante pour qu'il augmente sa production
agricole ; pourtant, les Palestiniens exigent le droit
d'accroitre leur secteur agricole en utilisant les mêmes
ressources limitées en eau.
Comme
dans le cas de la Syrie, même si un futur État
palestinien avait des intentions pacifiques, il pourrait
réduire significativement l'eau disponible pour
Israël du fait des besoins à satisfaire
pour sa propre population, qui pourrait exploser de
plus de deux millions à plus de trois millions
si les réfugiés palestiniens y étaient
réinstallés. Même aujourd'hui, le
forage par les Palestiniens de puits non autorisés
dans la Rive Occidentale a affecté la qualité
de l'aquifère. Sans autre ressource en eau, les
Palestiniens seront tentés de pomper davantage
dans l'aquifère pour satisfaire leurs besoins
croissants, et ils pourraient ainsi l'inonder avec de
l'eau de mer. Il n'y a rien qu'Israël puisse faire
pour les stopper. Bien sûr, les Palestiniens voient
la situation à rebours. Si la population et la
consommation d'Israël augmentent, il pompera davantage
d'eau, réduisant la quantité disponible
pour eux-mêmes.
De
même, comme pour la Syrie, la mauvaise qualité
des installations palestiniennes de traitement de l'eau,
leur mauvaise gestion, la négligence, et la faible
priorité accordée aux questions d'environnement
augmentent la probabilité que l'aquifère
soit pollué et sa qualité diminuée,
peut-être au point de devenir imbuvable. Cela
est déjà survenu dans la bande de Gaza
où l'unique aquifère est inutilisable
du fait de la contamination et de la salinité.
Aujourd'hui, seulement cinq stations de traitement des
déchets existent pour la population palestinienne
de la Rive Occidentale, et une seule parmi elles est
en fonctionnement. Cette installation peut traiter les
déchets de 50.000 personnes, mais la population
de la zone dépasse deux millions. Les Israéliens
se demandent justement comment ils peuvent leur faire
confiance aux Palestiniens pour protéger l'eau
dont Israël dépend s'ils ne peuvent pas
y prêter attention pour leur propre population?
Une
affaire de contrôle
En
dehors des installations de traitement, puisque l'eau
est cruciale pour le développement de l'État
palestinien, il n'est pas surprenant que les Palestiniens
soutiennent que l'aquifère doit être placé
sous leur contrôle dans la mesure où il
se situe au-dessous de la Cisjordanie. Avant 1967, Israël
utilisait 95 % de cette eau, les arabes seulement 5
%. Depuis lors, la part des Arabes s'est accrue à
17 %, et Israël a donné son accord à
l'Autorité Palestinienne pour pomper une quantité
négociée à travers la ligne verte.
Les
Palestiniens maintiennent qu'Israël vole leur eau,
bien que la majorité de l'eau qu'Israël
extraie soit pompée depuis la frontière
d'avant 1967. Les Israéliens soulignent aussi
que le tirage palestinien pour les cultures et l'agriculture
dans les territoires a augmenté exponentiellement
après 1967 du fait de l'introduction par Israël
de l'irrigation au goutte à goutte et d'autres
techniques modernes d'irrigation. Ils remarquent aussi
que sur 430 villes et villages de la Rive Occidentale,
seulement 50 étaient reliés à l'eau
courante avant la Guerre des Six Jours. Moins de 25
ans plus tard, leur nombre était de 260. Israël
a depuis longtemps exploité la montagne aquifère
alors que les Palestiniens l'utilisaient à peine.
Cependant ils exigent maintenant 100 % de l'eau de l'aquifère,
et une compensation pour l'eau pompée depuis
1948, ou au minimum depuis 1967. Israël réplique
qu'il a un droit à l'eau fondé sur son
utilisation antérieure, son investissement dans
le développement, et le flux naturel de l'eau
à travers la ligne verte.
Pour
son avenir en matière d'eau, Israël devrait
maintenir son contrôle sur trois régions
de la rive Occidentale du Jourdain, soit 20 % de ce
territoire. Ces régions demeurent adjacentes
à la ligne verte dans le Nord et l'Ouest de la
Samarie, et comprennent les collines de Jérusalem
dans la direction Sud après Goush Etzion. Comme
dans le cas du Golan cependant, Israël a déjà
offert des concessions territoriales qui compromettent
la fourniture d'eau. A Camp David en 2000, Israël
était prêt à rendre jusqu'à
97 % de la Rive Occidentale, et il est improbable que
les Palestiniens ou la communauté internationale
soient prêts à en accepter moins aujourd'hui.
Maintenir la fourniture d'eau nécessiterait aussi
d'incorporer un grand nombre de Palestiniens à
l'intérieur des frontières d'Israël
- précisément ce qu'Israël cherche
à éviter. Dans la plupart des scénarios,
les zones qu'Israël conserverait - à savoir
les principaux blocs d'implantation - couvrent une partie
de la montagne aquifère, mais ne confèreraient
pas à Israël un contrôle complet sur
son utilisation.
Les
accords d'Oslo signés en 1993 n'ont pas résolu
la question du contrôle des ressources en eau,
laissant cela de côté avec les autres questions
contentieuses pour les négociations sur le statut
final qui n'ont jamais eu lieu. Si les deux parties
devaient discuter de la question de l'eau, nombre de
questions difficiles devraient être résolues
: qui détermine les sites de pompage, combien
d'eau peut être pompée sans provoquer de
dommages, qui prend les décisions sur le traitement
et la mise à disposition, et qui contrôlera
l'adhésion au traité.
Enfin,
le problème est le même que celui avec
la Syrie. Si Israël abandonne le contrôle
de la montagne aquifère, comme c'est implicite
dans les propositions faites à ce jour, la protection
de la qualité de l'eau et l'assurance qu'Israël
continuera de recevoir de l'eau en suffisance pour satisfaire
ses besoins dépendront de la bonne volonté
des Palestiniens,. Le contrôle par Israël
serait renforcé, mais il n'assurerait pas la
probabilité d'un bon résultat. Une seconde
possibilité est que les deux parties disposent
d'un contrôle conjoint pour une période
intérimaire pour donner aux Palestiniens la chance
de démontrer leur capacité à gérer
la fourniture d'eau. Une autre option serait d'enrôler
une tierce partie neutre pour contrôler l'eau,
mais cela pourrait être mal vécu par les
Palestiniens. Les Palestiniens pourraient rejeter toutes
ces options, cependant, comme autant d'intrusions dans
leur souveraineté.
L'approvisionnement
en danger
Une
légère source d'optimisme provient de
l'effort de la part d'Israël et de l'Autorité
Palestinienne pour protéger la fourniture d'eau
pendant la guerre palestinienne. En 2001, les deux parties
émirent un appel conjoint pour s'interdire d'affecter
l'infrastructure de la fourniture d'eau aux Israéliens
et aux Palestiniens dans la Rive Occidentale et à
Gaza ; ce fut maintenu pendant tout le conflit. De son
côté, Israël se tint aussi à
ses obligations et résista à la tentation
d'utiliser l'eau comme une arme. Même quand les
allocations d'eau furent suspendues en Israël,
l'eau promise à l'Autorité Palestinienne
a été fournie. Après avoir négocié
la quantité d'eau qu'Israël fournirait aux
'territoires', on mit ensuite au point une formule d'accord
pour augmenter l'allocation d'eau pendant la période
intérimaire prévue dans les Accords d'Oslo.
Qu'un
accord final sur le contrôle de l'aquifère
soit obtenu ou non, Israël sera confronté
au dilemme de savoir que faire si la fourniture d'eau
est menacée. Israël pourrait détecter
toutes les tentatives arabes de s'en prendre à
son eau, comme la construction d'un barrage, ou le détournement
d'eau, mais il sera plus difficile de savoir si l'aquifère
de la montagne est affecté par des activités
qu'il ne peut pas contrôler, comme le forage de
puits dans la Rive Occidentale. S'il observe que l'approvisionnement
ou la qualité de l'eau est en danger, Israël
devra décider s'il doit répondre militairement
pour arrêter le forage de puits ou le détournement
d'eau, et s'emparer de la source d'eau. Quel niveau
de provocation justifierait pour l'ONU, les États-Unis,
et la communauté internationale en général
une action israélienne ? Qu'est-ce que ces parties
pourraient faire, si elles jamais sont enclines à
la moindre réaction, pour empêcher la rupture
de l'approvisionnement en eau d'Israël ? La réponse
de l'histoire à cette question n'est pas encourageante.
Clairement, si Israël n'a pas le contrôle
sur ses sources d'eau, son avenir est menacé.
Sources
alternatives
Si
Israël n'a pas le contrôle des Hauteurs du
Golan et/ou de la Rive Occidentale, le besoin de sources
d'eau alternatives sera essentiel. Il devra prévoir
le scénario le pire, celui d'une coupure de ses
approvisionnement en eau, et s'assurer qu'il a suffisamment
d'eau pour combler le manque. Cela signifierait aussi
augmenter l'infrastructure nécessaire pour disposer
de réserves supplémentaires, ce qui à
son tour nécessiterait plus d'énergie
et d'investissement. La répercussion sur l'économie
serait significative si ce n'est dévastatrice.
Même si Israël maintient le contrôle
sur ces zones, il aura inévitablement besoin
de davantage d'eau pour répondre aux besoins
d'une population croissante et d'une économie
florissante.
J'aime
l'idée que j'ai lue sur le remorquage d'icebergs
depuis les régions polaires vers le Moyen-Orient,
mais la plupart des propositions pour résoudre
la pénurie d'eau sont plus pratiques et réalistes.
Bien que l'amélioration du traitement, de la
gestion et de l'infrastructure de l'eau permettent de
bénéficier d'une différence marginale
dans la disponibilité et la qualité de
l'eau, des actions plus drastiques sont nécessaires
pour assurer qu'Israël dispose de l'eau dont il
aura besoin à l'avenir. La consommation annuelle
d'eau d'Israël est d'environ 2550 milliards de
litres, et ses ressources en eau totalisent seulement
1980 milliards de litres. Israël surconsomme 25
% de ses ressources en eau.
Cela
entraîne la réduction du niveau de l'eau
du Kinneret et des aquifères à des niveaux
dangereux. Pour combler le déficit, Israël
explore une quantité d'options.
Une
possibilité est de réduire la quantité
d'eau non recyclée à l'agriculture et
de la transférer pour un usage urbain et industriel.
Très peu d'eau peut être épargné
de cette manière cependant, parce que l'on ne
dispose pas des moyens pour transporter une grande quantité
de l'eau des zones de fermage vers les centres urbains
métropolitains. De plus, la réduction
de la production agricole israélienne pourrait
conduire à une augmentation des cultures par
les fermiers palestiniens qui puiseraient de l'eau aux
mêmes sources pour leurs récoltes, et utiliseraient
probablement l'eau de manière plus inefficace,
avec pour résultat une perte nette de stocks
d'eau. Alors que la réduction de la production
agricole économiserait de l'eau, d'autres coûts
économiques associés à la perte
de revenus de ce secteur apparaitraient ainsi que différents
effets dommageables potentiels, rendant plus difficile
le maintien des communautés dans les zones arides
comme le Negev.
Une
seconde option est de développer l'utilisation
des eaux de retraitement dans l'agriculture. Des réservoirs
sont construits par le fond National Juif (KKL) pour
conserver l'eau rejetée et la recycler, et pour
collecter l'eau de débordement et de ruissellement,
dont le KKL prévoit qu'elle couvrira les besoins
de 1.2 million de personnes. Cependant, un pourcentage
élevé de l'eau utilisée dans l'agriculture
est déjà recyclé (par exemple l'industrie
du coton utilise 90 % d'eau recyclée), et la
quantité supplémentaire qui pourrait être
utilisée pourrait ne pas augmenter significativement
la quantité d'eau disponible. De plus, l'eau
recyclée a quelques effets indésirables:
les produits de décontamination s'infiltrent
dans les sources d'eau souterraine, les sels contenus
dans l'eau recyclée endommagent le sol et réduisent
le rendement des récoltes.
Une
troisième possibilité pour augmenter le
volume d'eau disponible est d'en importer d'un autre
pays. Cela est difficile sur le plan logistique, risqué
politiquement, et très coûteux. Les idées
les plus populaires ont été soit des navires
transportant de l'eau depuis la Turquie vers Israël,
ou le transfert via un pipeline. Il y a eu une discussion,
par exemple, pour la construction d'un " canal
de la paix " turc, qui apporterait de l'eau à
la Syrie, à la Jordanie, à Israël
et aux Palestiniens. Cette proposition paraît
improbable car le coût prévisible est de
plus de 8 milliards de dollars, et qu'il faudrait peut-être
15 ans pour le construire. Le projet est aussi problématique
parce qu'il suppose que la Turquie n'aurait pas besoin
pour elle-même de l'eau disponible dans le futur.
De plus, un pipeline serait une cible tentante pour
les terroristes.
Il
n'est pas sur non plus qu'Israël soit inclut dans
ce projet ; il est possible que la Turquie choisisse
de ne fournir que des nations musulmanes. Les relations
entre Israël et la Turquie ont été
très bonnes cependant, et des négociations
prolongées ont eu lieu pour discuter d'un accord
d'exportation. Un agrément a été
finalement signé en août 2005 : la Turquie
a donné son accord pour exporter environ 0,6
milliards de mètres cubes d'eau depuis la rivière
Manavgat vers Israël chaque année pendant
les 20 prochaines années. On prévoyait
pour l'agrément un coût situé entre
800 millions et 1 milliards de $. Le coût de l'importation
de l'eau turque est considérablement plus élevé
que le prix de l'eau désalinisée ou recyclée.
Quand le besoin immédiat est devenu moins urgent
du fait de pluies abondantes, Israël a abrogé
l'accord.
Plutôt
qu'un pipeline traversant plusieurs pays, on a suggéré
d'en construire un à travers Israël. Des
propositions diverses pour pomper l'eau de la Mer Rouge
ou de la Méditerranée, ont été
considérées comme trop coûteuses,
et elles risquent de provoquer la contamination de l'eau
non recyclée des aquifères lors du transfert
de l'eau salée. L'un des canaux proposés
aurait du également traverser la Cisjordanie,
ce qui aurait posé des problèmes politiques
délicats.
L'idée
la plus populaire pour réduire la pénurie
d'eau en Israël, celle sur laquelle le gouvernement
travaille activement aujourd'hui, c'est la désalinisation,
c'est-à-dire, l'extraction du sel de l'eau de
mer pour la rendre potable. La désalinisation
est une technique éprouvée avec plus de
7500 usines en fonctionnement dans environ 120 pays,
dont 60 % sont situées au Moyen-Orient (l'Arabie
saoudite possède la plus grande usine du monde).
Malte, par exemple, a commencé la désalinisation
dans les années 1960, et en 1995, celle-ci représentait
environ 70 % de ses besoins en eau. Les compagnies israéliennes
ont été pionnières dans le domaine
de la désalinisation, fournissant 30 % du marché
mondial avec 300 usines dans environ 40 pays. L'un des
bénéfices de l'eau déstalinisée
est qu'il s'agit d'une ressource plus prévisible
et fiable que les ressources d'eau renouvelables. Bien
que coûteuse, on s'attend à une baisse
du prix avec l'introduction de nouvelles technologies.
En
2000, Israël a lancé un 'Projet Directeur
de Désalinisation' qui prévoit la construction
d'une série d'usines le long de la côte
méditerranéenne. La première d'entre
elles a été construite en moins de trente
mois à Ashkelon et mise en route en août
2005. On prévoit que l'usine de 250 millions
de $ fournisse entre 5 à 6 % des besoins totaux
en eau d'Israël, ou environ 15 % de la consommation
domestique du pays. En théorie, Israël pourrait
aussi vendre de l'eau desalinisée aux Palestiniens,
mais pour des raisons nationalistes, ils pourraient
rejeter l'idée de dépendre d'Israël
pour une ressource vitale comme celle-ci.
En
février 2005, un accord a été signé
pour une usine de désalinisation de l'eau de
mer d'un montant de 85 millions de $ dans la zone de
Palmahim, qui devait être opérationnelle
d'ici 2007. D'autres installations sont prévues
à Hadera et à Ashdod. De plus, Israël
a signé un accord avec Siemens en 2006 pour développer
en partenariat des technologies de traitement de l'eau
propres à résoudre des défis comme
la fourniture d'une eau de haute qualité.
La
désalinisation n'est pas la panacée dans
l'immédiat. Elle peut améliorer les problèmes
de l'eau d'Israël mais pas les résoudre.
Les usines sont coûteuses, leur construction prend
du temps, elles consomment beaucoup d'énergie,
et ne couvriront pas l'intégralité des
besoins en eau d'Israël. Elles constituent aussi
des cibles tentantes pour les terroristes. L'installation
d'Ashkelon, par exemple, n'est pas éloignée
des endroits où les roquettes tirées depuis
la bande de Gaza ont atterri.
Conclusion
Les
mises en garde concernant une pénurie d'eau pourraient
être semblables aux proclamations inexactes entendues
dans le passé sur l'épuisement des réserves
de pétrole. La première mise en garde
sur l'excès de pompage a été émise
par le contrôleur des finances de l'État
d'Israël en 1966. Des prévisions affreuses
pendant les années 1990 suggéraient que
l'eau deviendrait plus importante que le pétrole
d'ici 2000 et que, dès 2005, Israël ne disposerait
pas de suffisamment d'eau pour la consommation des ménages.
L'eau
peut encore devenir une menace pour sa survie, mais
Israël a pris des mesures pour améliorer
sa sécurité dans ce domaine, et cela peut
s'avérer être le moindre des dangers décrits
dans ce livre. Si la nature ne joue aucun tour pendable
à Israël, comme qu'une sècheresse
prolongée, la combinaison de l'augmentation de
l'eau recyclée et de l'eau desalinisée
devrait satisfaire les besoins d'Israël pour l'avenir
prévisible.
Malgré
la hantise que l'eau ne devienne la cause du déclenchement
d'un conflit, depuis plusieurs décennies, Israël
et ses voisins ont mieux réussi à résoudre
les conflits relatifs à l'eau que sur d'autres
questions. De plus, des négociations passées
et des plans de paix proposés ont démontré
que l'eau ne sera pas le principal facteur dans la détermination
des concessions territoriales : des questions stratégiques,
économiques, et politiques auront un poids bien
plus grand dans les calculs des décisionnaires.
La complexité de la question a conduit les deux
parties à un moratoire pour la résoudre,
mais un accord doit être élaboré
pour éviter des conflagrations futures au sujet
de l'eau. |