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Au pays de l’or noir, partager l’or bleu
Par Simon Loubris - Source www.animafac.net
 

Le Moyen-Orient est l’une des régions les plus touchées par la sécheresse. Pour résoudre ce problème et favoriser la paix, de nombreux projets de gestion collective de l’eau sont à l’étude.

Selon l’UNESCO, 2 à 7 milliards d’humains pourraient manquer d’eau d’ici 2050. Dès aujourd’hui, ce problème se pose avec acuité au Moyen-Orient où la majeure partie de la région se situe en-dessous du seuil d’aridité et fait régulièrement face à des sécheresses.
Les capacités hydriques de la région sont déjà insuffisantes : celles des territoires palestiniens sont inférieures au seuil minimal de 125 m3 par an et par personne, Israël et la Jordanie s’en rapprocheront d’ici 2025. Elle sont également surexploitées, à 217 % pour la zone aquifère de la bande de Gaza, avec des conséquences graves pour l’environnement. Avec le développement démographique et économique de la région et son urbanisation croissante, la demande en eau douce devrait, de plus, continuer à croître tandis que les ressources demeureront stables.


Pourtant, le problème réside moins dans le manque d’eau que dans son inégale répartition. La Turquie, et dans une moindre mesure l’Iran et la Syrie, font ainsi office de châteaux d’eau pour la région. On peut distinguer deux ensembles géographiques possédant des ressources hydriques significatives : le bassin de l’Euphrate et du Tigre partagé entre la Turquie, l’Irak, et la Syrie ; le bassin du Jourdain qui arrose la Syrie, Israël, la Jordanie et les Territoires Palestiniens. Par ailleurs, l’Iran et le Qatar, la Turquie et Israël, l’Irak et le Koweït ont signé, en 1989, des accords ou entretenu des relations commerciales concernant la fourniture d’eau. Ce qui frappe, c’est donc la profonde interdépendance des pays de la région pour le précieux liquide.

“ Jordan Valley Authority ”

L’eau est hélas souvent source de tensions entre utilisateurs d’un même point d’alimentation. Elle est ainsi au cœur du conflit israélo-arabe, que ce soit pour le contrôle des ponctions sur la zone aquifère en Cisjordanie, ou dans le cadre des négociations entre Israël et la Syrie sur le Golan, dont les sources alimentent le lac de Tibériade et représentent le tiers de la consommation d’eau israélienne. Elle s’est avérée être un levier entre les mains de la Turquie, lorsque la Syrie soutenait le PKK d’Oçalan. Le conflit entre l’Iran et l’Irak est quant à lui né d’un différend sur le Chatt-el-Arab, à la confluence du Tigre et de l’Euphrate.

 

Dans une région marquée par un contexte politique difficile, une grande méfiance entre états, la peur de la dépendance, l’eau apparaît - peut-être plus qu’ailleurs - comme une ressource stratégique, souvent instrumentalisée. Pourtant, un des moyens reconnus d’assurer une gestion efficace de cette ressource réside dans la coopération entre les acteurs. Des précédents existent. Ainsi, en 1936, un plan s’inspirant des travaux menés dans la Tennessee Valley aux états-Unis proposait la mise en place d’une “ Jordan Valley Authority ” placée sous surveillance internationale. Le plan Johnston de 1954 prévoyait également la répartition des eaux du Jourdain entre Syrie, Liban, Jordanie et Israël, supervisée par une autorité neutre.

Plus tard, en 1991, la Turquie a proposé une conférence internationale traitant des problèmes d’eau dans la région, restée sans suite en raison des réticences syriennes et américaines. Les discussions multilatérales de Moscou en janvier 1992, suites de la conférence de Madrid, incluaient également un groupe de travail sur l’eau.
Le principal espoir de paix réside dans un projet de grande ampleur : un gigantesque acqueduc reliant la mer Rouge et la mer Morte. Il permettrait de relever le niveau de la mer Morte, en pleine décrue. Si, comme cela est actuellement testé au sud-ouest d’Israël, était trouvée une méthode pour transformer l’eau de mer en eau potable, cet acqueduc permettrait surtout d’alimenter Israël, la Jordanie et la Palestine. Une solution qui pourrait favoriser la progression de la paix dans la région.

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