Nous
n’avons pas abandonné Philippe Karsenty par Daniel Seaman
directeur
du Bureau de Presse du Gouvernement israélien
Remarquable
mise au point. D’autant plus méritoire
– D. Seaman l’explique bien – que
la diplomatie et le devoir de non-ingérence dans
les affaires intérieures d’un autre Etat
obligent les fonctionnaires israéliens du Gouvernement
à une réserve qui leur vaut des critiques
souvent injustes, comme dans ce cas de figure. Ce texte
est à la limite du droit de réserve. Il
est sans concession pour France 2 et, indirectement,
pour Enderlin. Gageons que ce dernier va sortir les
grands canons pour le contrer. Sauf coup de théâtre,
les péripéties de cette affaire ne sont
pas près de se calmer. Elles pourraient bien
aller dans le sens d’une escalade. "Wait
and see". (Menahem Macina).
Au fil des développements concernant
l’affaire France 2 - Al-Dura, durant les dernières
semaines, beaucoup ont émis de sévères
critiques à l’encontre de ce qui est perçu
comme le silence de l’administration gouvernementale
israélienne sur la question. Cette impression,
qui n’est pas totalement infondée, est
néanmoins inexacte.
Certes, durant les sept années
écoulées depuis la première diffusion
de la scène montrant un père palestinien
et son fils pris dans un échange de tirs - dans
laquelle il a été affirmé qu’Israël
avait délibérément abattu le jeune
garçon –, des fonctionnaires israéliens
responsables de la diplomatie publique ont omis de se
concerter pour arrêter une position officielle.
En conséquence, la conviction de certains responsables
officiels que toute référence à
ces images emblématiques ne servirait qu'à
perpétuer les dommages déjà causés
à la réputation d’Israël à
l'étranger, est devenue la position officieuse.
Si l’on peut discuter du bien-fondé
de cette attitude, d’autres membres du gouvernement,
qui avaient exprimé leur hostilité ouverte
à l’égard de ceux qui mettaient
en cause la crédibilité du reportage de
France 2, l’avaient fait pour des raisons personnelles
et politiques.
Cependant, jamais aucune de ces personnalités
gouvernementales n’avait réellement examiné
la quantité colossale de preuves qui contredisaient
les affirmations émises dans le reportage initial
de France 2. Ces responsables politiques israéliens
manquaient aussi de la maturité intellectuelle
indispensable pour être au fait du phénomène,
largement répandu, qui prévaut dans les
territoires palestiniens, de la manipulation des médias.
Or, cette perception est fondamentale pour comprendre
qu’une telle calomnie ait pu avoir été
forgée d’entrée de jeu.
Cette situation a été
abusivement exploitée par France 2 pour suggérer,
par la suite, qu’Israël était d’accord
avec le postulat de son reportage. Avant cela, elle
se référait, de manière répétitive,
à la reconnaissance initiale, par Israël,
de la responsabilité de l’incident, comme
à un indice de l’exactitude du reportage.
Depuis le début, France 2 s’est abstenue
de révéler que la position initiale d’Israël
se basait uniquement sur le reportage monté [1],
sans qu’on ait donné aux responsables israéliens
la possibilité de vérifier les faits,
en toute indépendance, avant de répondre.
Le fait qu’Israël n’ait
pas retiré leur accréditation aux correspondants
de France 2 a également fait l’objet de
critiques. Mais des journalistes travaillant pour des
médias palestiniens, libanais, syriens, et même
iraniens, sont officiellement accrédités
par Israël. Cela témoigne de la tolérance
et de la nature de la démocratie israélienne,
mais n’implique ni approbation du contenu de leurs
reportages, ni appréciation de leurs aptitudes
professionnelles.
Ceux qui se focalisent sur ces trois
points ne tiennent pas compte du fait qu’Israël
n’a pas cessé, dans le même temps,
d’avoir une position plus active de contestation
du reportage de France 2. Immédiatement après
que l'histoire ait inondé les médias internationaux,
le 30 septembre 2000, le commandant des opérations
sur le front sud, le major général Yom
Tov Samia, diligentait une enquête non militaire
sur les événements relatés par
France 2. Du fait de son rang, il s’agissait d’une
enquête officielle. Il a réuni une équipe
d'experts, qui comprenait [entre autres – NDT],
un spécialiste de missiles balistiques et un
juriste. Dirigés par le physicien Nahum Shahaf,
ils furent les premiers à examiner en détail
les événements et à analyser la
séquence filmée diffusée par France
2.
Le contenu de l’analyse et ses
résultats furent remis au conseiller du Premier
ministre pour la presse étrangère, le
Dr Ra’anan Gissin, puis à moi-même,
début 2001. Après avoir passé des
dizaines d’heures à examiner le matériau,
et seulement après que tous les problèmes
aient été traités de manière
satisfaisante à nos yeux, notre scepticisme initial
se mua en certitude que les accusations formulées
contre Israël, dans le reportage de France 2, n’avaient
aucun fondement. Forts de cette connaissance, Gissin
et moi, en notre qualité de représentants
de l’Etat d’Israël, avons mis en cause
l’honnêteté du reportage de France
2, lors de certains entretiens de presse.
Les fonctionnaires civils ne doivent,
ni ne peuvent exprimer des vues ou des opinions personnelles.
Ils répondent à leurs supérieurs,
conformément aux positions des élus du
Gouvernement. Tous les actes ou déclarations
d’un fonctionnaire du gouvernement ont des conséquences
juridiques pour l’Etat et doivent donc satisfaire
aux critères du Bureau du Procureur général,
sous peine de s’exposer à ne pas bénéficier
de sa protection en cas de procédure judiciaire.
Assez vite, France 2 en Israël
exigea des excuses, et menaça, à trois
reprises, le Bureau du Premier ministre de poursuites
judiciaires, pour des déclarations émises
par le Service de presse du Gouvernement à propos
du reportage Al-Dura. A chaque fois, ses allégations
ont été rejetées après que
le bien-fondé des déclarations de ce service
ait été démontré, vérifié
et juridiquement approuvé par le Bureau du procureur
général, en accord et avec le soutien
du Bureau du Premier ministre.
En 2005, le directeur du Service National
de Sécurité, le major général
de réserve, Giora Eiland, a exposé des
arguments qui contestaient le récit de France
2. Les résultats de l'enquête mettant en
cause la crédibilité de la séquence
vidéo de France 2 étaient si écrasants,
que Eiland rétracta la reconnaissance initiale
par Tsahal de sa responsabilité dans l’événement
allégué, et adressa une lettre dans ce
sens au tribunal français [2].
Le procès en diffamation intenté
à Philippe Karsenty en France, mit Israël
dans une position embarrassante. Israël ne pouvait
pas donner l’impression qu’il interférait
dans la procédure judiciaire qui se déroulait
en France, tant pour des raisons diplomatiques que par
authentique respect pour le fonctionnement judiciaire
d’un pays démocratique ami. En même
temps, la réticence d’Israël à
prendre ouvertement le parti de Karsenty a été
dénaturée par France 2, qui l’a
présentée comme une confirmation [du bien-fondé
- NDT] de sa plainte en justice. C’est pourquoi
la position officielle d’Israël a été
rendue publique, en septembre 2007, dans une déclaration
du Bureau de Presse du gouvernement, approuvée
par le Bureau du Premier ministre et défendue
par les représentants du Procureur général
devant la Haute Cour de Justice d’Israël.
L’Etat d’Israël n’a
pas abandonné Karsenty et n’a pas gardé
le silence sur la question du comportement professionnel
de France 2 dans l’affaire al-Dura. Cependant,
une nation n’a pas toujours la liberté
d’agir de la même manière qu’un
individu. Il ne faut pas en déduire que les fonctionnaires
du Gouvernement israélien ne peuvent pas tirer
les enseignements de la situation.
L’une des plus importantes leçons
de cette affaire a été que nous ne devons
pas nous hâter d’assumer la responsabilité
d’accusations avant que les faits aient été
établis.
La découverte de la vérité
à propos de cette affaire a montré qu’Israël
peut aussi bénéficier des efforts de personnes
privées et de professionnels dans le domaine
des médias, du droit, de la balistique, de la
physique, etc. De tels experts peuvent analyser des
prises de vues, mises en scène ou trafiquées,
qui sont offertes aux médias comme des faits,
et vérifier leur exactitude avant que l’image
devienne emblématique.
[1]
Il s’agit de la vidéo de 59 secondes, réalisée
à partir des 26 minutes de rushes.
[2]
"Une lettre de Tsahal à Ch. Enderlin, qui
infirme les allégations du tribunal français"
(10 septembre 2007).
Notes
de Yossi Taieb, Directeur du site terredisrael Question
1 : qu'est qui empêche le Gouvernement
israélien d'enquêter ? Question
2 : qu'est qui empêche le Gouvernement
israélien d'accepter la proposition
de la Mena : il suffit d'exiger la comparution
de M. al dhura père devant quelques
médecins reconnus et neutres.
- Si ses blessures venaient de balles de fusils et dataient
de l'an 2000 alors, Enderlin avait peut-être raison.
- Si par contre ils s'agissait de blessures au couteau
antérieure, alors, on a la preuve matérielle
que le reportage était une fiction.
Notre
action a peut-être été efficace. A
vous d'en juger ! Le
21 Mai : Procès gagné par Phillipe Karsenty
Le 6 Juin : le Nouvel Observateur lance un appel en faveur
de Chrles Enderlin
Le 7 Juin : dans Marianne, le Pr Elie Barnavi lance un
appel pour la mise en place d'une Commission d'enquête
indépendante
Le 20 Juin : terredisrael et le MFI lancent une
pétition de soutien à l'idée
d'une Commission d'enquête indépendante
Le 21 Juin : Le Nouvel Observateur se rallie à
l'idée d'une Commission d'enquête indépendante
Le 25 Juin : pour la première fois, le Gouvernement
israélien s'explique.