Rédacteurs
:
Pr Albert Bensoussan
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Dr Zvi Tenney
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Lili
BONICHE
par Albert Bensoussan
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Lili
Boniche, qui vient de nous quitter,
avait en ma mère une fervente admiratrice.
Maman, au crépuscule de sa vie, à l'ancre
du fauteuil, faisait défiler sur son petit magnétophone
les airs de Reinette l’Oranaise, de Blond-Blond
ou de Lili Boniche… Ou la Kassidat de Bensoussan,
interprétée par Samy El-Maghribi .
Des
cassettes que j’allais acheter pour elle chez
Colbo, dans les années 80. Elle se rappelait
bien ces émissions de Radio-Alger où l’on
pouvait entendre les rois de la Casbah, du malouf et
du chaâbi, c’est-à-dire de la musique
« andalouse » qu’un
Edmond Nathan Yafil a su codifier au tout début
du XX° siècle (ses textes se trouvent à
la bibliothèque de Jérusalem) : Lilli
Labassi (de son vrai nom Amoyal, le père de Robert
Castel), Sassi à la voix haut juchée qui
modulait le Keter chaque samedi au Grand-Temple de la
rue Randon, et aussi - et surtout - Lili Boniche, son
préféré.
Pourquoi
son préféré ? Parce qu’il
était (ou avait été) jeune, séduisant,
et qu’il mêlait avec beaucoup de charme
et de grâce le parler judéo-arabe et le
français. Oui, il fut le premier à chanter
comme nous parlions, comme elle s’exprimait, elle,
maman, qui aimait tant truffer sa conversation de mots
et d’expressions arabes.
Lili Boniche incarnait à la perfection, et avec
brio, notre parler juif d’Algérie. Et nous
sommes aujourd’hui affligés par sa disparition
survenue le 6 mars 2008, et très tristes aussi
car c’est cette fois le dernier pan de notre folklore
- non, de notre culture - qui risque de plonger dans
la nuit de l’oubli.
Élie
Boniche était né en 1921 à Alger,
d’un père bijoutier et mélomane
qui sut ne pas contrarier ses dons musicaux et sa précoce
carrière. Très tôt attiré
par la musique arabo-andalouse, il apprit tout auprès
de Saoud l’Oranais, son maître, côtoya
Reinette l’Oranaise, de six ans sa cadette, et
devint ce virtuose de l’oud qui se produisit,
dès l’âge de 15 ans, à Radio-Alger.
Son
succès fut fulgurant ; je me rappelle un de ses
concerts à l’Opéra d’Alger
à la Libération, salle comble, où
il chanta de savoureuses chansons : « Elle
était belle, riche et folle de moi »,
« Alleche (pourquoi)
tu ne m'aimes pas » et, peut-être
(mais ce fut un peu plus tard, je crois) le célèbre
« Et l’on
m’appelle l’Oriental car moi je suis sentimental
», que reprendra Enrico Macias
avec le succès que l’on sait ; mais aussi
et surtout ces airs « andalous » où
il mêlait le français et l’arabe,
comme dans son célèbre « Il
n’y a qu’un seul Dieu »,
bien avant Bob Azam, auteur en 1960 du tube «
Ya Mustapha, ya Mustapha
».
Clip
d'Alger, Alger
Clip
de Bambino
Son plus grand succès, cher à notre cœur
meurtri d’Algérois banni, reste «
Alger, Alger
», que l’on peut voir et entendre dans une
magnifique vidéo sur Internet dont voici le lien
Assurément,
Lili Boniche est l’ancêtre du Raï,
dont il est en quelque sorte l’inventeur, et lorsqu’il
remonta sur les planches en 1999, en remplissant l’Olympia,
le tout Paris, toutes ethnies et races confondues, redécouvrit
ce merveilleux chanteur qui parlait le langage des banlieues
et des beurs… Et des vieux Algérois. Et
puis il adapta en arabe quelques grands succès
de la chanson moderne, dont le célèbre
Bambino,
de Dalida, qui, par parenthèse, sert de base
au film israélien Chaloch Imaot. Les amateurs
trouveront cette interprétation savoureuse et
absolument renversante ci-dessus
Auparavant, en 1946, il avait fait chavirer le cœur
du jeune député François Mitterrand,
qui l’appréciait et l’admirait lorsqu’il
faisait les beaux jours du cabaret « Au Soleil
d’Algérie », à Pigalle.
En 1962, à l’Indépendance de l’Algérie,
il prit comme presque nous tous le chemin de la Métropole,
en ayant tout perdu, lui qui était un homme d’affaires
prospère, à la tête de 4 cinémas,
dont il fut spolié, et n’emportant avec
lui qu’un seul bagage où s’entassait
un trésor : ses partitions, ses succès,
cette voix de velours, légère et chaude,
enflée de gorge, parfois brisée d’émotion.
Belle revanche pour cet amoureux du grand écran,
le cinéma juif de France lui rendit hommage,
au début des années 90, en utilisant ses
chansons comme bandes sonores dans les films Le Grand
Pardon, La vérité si je mens et Mémoires
d’immigrés. Le succès lui collait
à la peau, il restera un mythe longtemps vivace
de la musique et de la chanson judéo-arabe de
l’Algérie.
Oui,
Lili, tu resteras longtemps encore parmi nous ; tiens,
l’autre soir, au 1er Congrès Mondial de
Moriel, le 18 mars à Jérusalem, ton vieux
compagnon Maurice El-Medioni
qui, au comble de l’émotion, nous annonça
ta disparition, sut interpréter tes chansons
mirobolantes, souvent reprises en chœur par tous
ces vieux Israéliens originaires d’Algérie
: oui, Lili, tu étais toujours parmi nous, vivant
et triomphant.
Et
s’il t’arrive de chanter encore là-bas,
là-haut, où tu te trouves, je suis bien
sûr que ma mère, où qu’elle
soit, attentive à ton glorieux répertoire,
sera réjouie. Aïe, Ima !