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rony akrich

rony akrich

La joie, c’est être repu de bien-être, de sérénité, d’amour et éprouver ce total bien d’être. La joie est à l’intérieur de nous. Elle a pour origine le sentiment d’être aimé. Elle appréhende le don de la vie, elle survient quand nous réalisons ce que nous savons être droit, elle naît de ce qui se passe à l’intérieur de soi.

La joie est perpétuellement patente quoiqu’il advienne au dehors. Vous pouvez engager cette joie intérieure dans toutes vos actions, vous pouvez être joyeux de faire vos travaux de ménage à la maison, et même un travail déplaisant ou ennuyeux. Si vous dirigez vos regards à l’intérieur, vous rencontrerez la joie et vous pourrez faire de votre travail une joie.

La joie, c’est le sentiment intérieur qui nous ravit durant les instants pénibles de l’existence, même lorsque nous nous sentons très tristes.
Son émergence est subtile, il y a d’abord une délivrance du souhaité, la suppression de la charge spatio-temporelle du désir.
Il y a surtout une symbiose éphémère et parfaite, entre ce que nous sommes et la vie.
Le plaisir exaltant dans lequel nous ressentons une harmonie entre ce que nous sommes et ce qui est.

Le concert qui nous fait respirer la vie comme prodigue et absolue est la Joie.
La Torah manifeste l’absolu, le sentiment de l’impératif et la félicité, alors que la joie n’est par principe qu’une nécessité mentale dépourvue de tout sens éthique, et rien de plus qu’un espoir qui tient à se manifester.
Il faudrait nous interroger et savoir si la joie, ainsi que les autres concepts qui la côtoient, comme le plaisir ou la satisfaction, possèdent une valeur affranchie ou non.
Par définition, est absolu ce qui ne dépend de rien d’autre pour être, mais ne dépend que de soi, tandis qu’est relatif ce qui dépend d’autre chose et ne saurait exister séparément.
En d’autre terme, ce qui est marqué d’un caractère absolu est inconditionnel et cause de soi, ce qui est relatif dépend de conditions et est causé par autre chose que soi.

Les joies de l’imprévu sont plus spontanées que les joies du désir assouvi, car elles ont la franchise et l’inspiration du moment.

Les stoïciens assuraient que l’indispensable était d’achever ses obligations et non de quérir le plaisir ou le bonheur. Tandis que les philosophes religieux traditionnels garantissaient que le culte céleste n’avait de signifiant que lorsqu’il se produisait dans la difficulté et dans le tourment, et qu’il resterait honteusement méprisé s’il se joignait à un plaisir intérieur lui ôtant, d’une tangible façon, sa sainte propriété. Ces propos ont incontestablement le pouvoir de nous faire réfléchir, mais ce n’est certainement pas là la leçon que nous méritons de tirer du verbe divin.
Le plaisir et la joie sont dissemblables; il est toutes sortes de plaisirs couramment vécus dans le répertoire de la frivolité passive sans aucune joie authentique.
On reconnaît un certain plaisir à pouffer devant les bouffonneries débiles du grand écran, il reste donc possible d’éprouver un véritable plaisir.
Mais la plupart du temps, il n’y a pas de joie là-dedans, particulièrement quand on choit dans le sordide, le grivois, l’immonde, le pernicieux.

Par déduction la gaieté ne peut être associée à la joie, nommons gaieté, ce stimulus émotionnel qui se déverse dans une communauté humaine et se propage à tous les présents. La télévision se donne corps et âme pour produire ce stimulus émotionnel où la plupart d’entre nous aura alors l’illusion d’une joie de vivre, bien qu’il ne s’agisse, en vrai, que d’un plaisir artificiel, d’une provocation passionnelle uniquement.
Affirmons ici que la différenciation est là, autant la Joie est spontanée, parvient de l’intérieur, directement du cœur, autant la gaieté est un sentiment superficiel, fomentée par des procédés mensongers et liée (on parle du sentiment pas de la gaité, donc masculin) à un climat favorable.
La gaieté, en ce sens, parce qu’elle est fictive, retombe très vite et on revient vers l’état ordinaire… pas toujours très gai justement !

Dans la Torah, la Joie n’est pas envisagée comme une nécessité négligeable, ni une sorte de tolérance faite à la nature humaine: c’est à l’inverse, une notion sérieuse, sublime et originelle. A tel point qu’il existe même dans la tradition juive, dix locutions hébraïques pour formuler la joie.
Les linguistes allèguent d’ailleurs qu’il n’est aucune autre langue pourvue d’autant de mots pour expliquer le concept de joie. Nonobstant sa pénible histoire, le peuple juif est dans sa quintessence même, un peuple joyeux.

Certes, il est des injonctions dont le respect est singulièrement ardu, mais le « Maguid Michné »(Rabbi Vidal de Toulouse), commentateur du Rambam, indique que la joie occasionnée par une simple bonne action – cette joie de faire le bien et de réaliser le projet du Créateur – cache toutes les difficultés et métamorphose le dur effort de l’action en un monde de délices. L’observance des préceptes ne peut se faire dans la tristesse, mais dans une joie intérieure des plus profondes.

Certes, notre vision du monde n’est pas celle d’Epicure, qui considérait que la finalité de l’existence humaine était de jouir pour le seul plaisir.
Le verni du plaisir est trompeur et tout le monde s’y laisse prendre, jusqu’à ces parents qui croient que leur fils est « heureux », « parce qu’il fait la fête indéfiniment ! » L’homme qui tous les samedis soirs devient fiévreux en boîte de nuit, y découvre un certain plaisir, celui de supprimer ses contrariétés, de stopper un instant les supplices qu’il s’impose mentalement à longueur de journée. Il va immerger sa détresse et chercher à régresser dans son subconscient. Mais sans la connaissance, découvrira-t-il de la joie ? Non.
L’expérience de la libido débridée, sans amour, relâchera les tensions, admettra l’étourdissement, octroiera du plaisir. Mais de la joie ? Les « filles de joie » sont assurément très mal dénommées, cette formule contient une illusion, un préétabli selon lequel le plaisir et la joie resteraient toujours similaires, alors qu’il n’en n’est rien.
Toute prospection du plaisir dans les contours de la conscience est comme un divertissement qui permet d’échouer en-dessous du seuil de la conscience ordinaire. La tentative de se défaire de soi, la fuite compensatoire n’apporte pas de joie, elle ne fait que renforcer la souffrance.

Pour la Torah, l’objectif de notre existence sur terre est de faire le bien: nous ne poursuivons ni le plaisir, ni le bonheur, mais le bien!
Cependant, ces deux répertoires ne sont pas antinomiques. C’est en effet le même D.ieu qui, par sa bonté a créé le monde. A l’origine, cet univers était composé du seul Jardin d’Eden qui fut souillé par la faute humaine. Et c’est le même D.ieu qui créa la responsabilité humaine et la moralité. Il ne peut donc y avoir de contradiction entre ces deux dimensions de l’être.
Les instructions de la Torah concordent avec l’identité profonde de l’homme juif, de même que le message universel des lois morales est conforme à la nature profonde de l’être humain en général.
Quand l’homme juif exécute la loi divine, il prend rendez-vous avec lui-même et divulgue sa vraie nature, car toute mitsva (commandement) est contingente à la nature de l’être Hébreu!

A la fin de son traité portant sur les lois de Souccot (Ch. VIII, 15), Maïmonide explique ainsi que le service divin doit être accompli dans la joie: «Il n’est pas suffisant de servir D.ieu, il faut le servir dans la joie».
Il est faux de prétendre que servir ainsi D.ieu dans la joie diminue la valeur de cet effort. Au contraire, l’absence de joie pourrait aboutir à une contradiction interne entre les aspirations profondes de la personne humaine et le sens même du service divin…
IL faut accomplir les commandements de D.ieu dans la plus parfaite sérénité et faire en sorte qu’il n’y ait pas de contradiction entre nos propres sentiments et ce service. Si cette contradiction est surmontée, la joie jaillira dans le service divin et alors, nous pourrons nous rapprocher de D.ieu du plus profond de notre être.»

Ces paroles ont pour fondement, un verset de la Torah: «Parce que vous n’avez pas servi l’Eternel votre D.ieu dans la joie» (Deutéronome, XXVIII, 47).
Si l’homme contribue à servir D.ieu sans joie, la vocation de ce culte s’en trouve affaibli.
Dans son ouvrage Le Kouzari, Rabbi Yéhouda Halévy nous prévient: «Ne pense pas que le service divin que tu effectues dans la joie soit inférieur au service divin accompli dans le jeûne et la peine».
Même s’il existe une ardeur dans le sacrifice de soi au profit des mitzvot, notre idéal supérieur demeure leur réalisation dans la joie et la probité. Notre disposition à nous sacrifier n’est pas forcément contradictoire avec le service de D.ieu dans la joie.
Le sage nous précise: «En fait, le service de D.ieu dans la joie représente notre désir profond d’accomplir le bien pour le bien, selon la volonté de l’Eternel. Ce faisant, les difficultés matérielles semblent s’atténuer, l’aspect malheureux de la vie s’estompe, et l’homme ainsi allégé peut offrir à D.ieu ses mitzvot avec enthousiasme et bonheur

Dissocié de la joie, l’opiniâtreté de la motivation n’est que la poussée d’une détermination de l’ego et la motivation elle-même n’est alors qu’une forme de conditionnement.
Quels que soient les arguments que l’on veut y déposer, l’énergie de la Joie est totalement différente, beaucoup plus aisée, plus grave, plus ardente, plus dense et plus pétulante. Preste à gommer entièrement le sens du labeur et le concept d’exigence séparée et en lutte contre une autre exigence. La motivation peut très facilement se séparer de la vie, tandis que la joie ne l’est jamais.

La joie ne nous sépare de rien ni de personne, elle ne bataille contre rien, elle est offrande de la Vie à elle-même.
Dans un des chapitres de son ouvrage Ikvé Hatzon : « Le plaisir et la joie », le Rav Kook prouve que l’authentique œuvre morale et religieuse de tout être humain n’aboutit que dans un service à D.ieu exprimé dans la joie. Cela n’est pas simple, cela requiert une réelle discipline intérieure, mais, explique le Rav Kook, en ce qui concerne l’étude de la Torah, tout du moins, elle devrait se pratiquer dans une joie absolue: «L’homme ne doit étudier la Torah que lorsque son cœur y aspire pleinement». Quand nous étudions des textes sans intention réfléchie et sans bienveillance, une impression de refus intime nous envahit, sentiment qui tente de nous inciter au renoncement total de l’étude de la Torah. Pourtant il nous faut concéder qu’il est très naturel de ressentir une joie réelle lorsque nous nous retrouvons face à nos sources.
Les écrits de la Torah sont si abondants, et les styles si diversifiés, que chacun d’entre nous y trouve toute latitude pour une nouvelle envolée constamment reproduite vers un profond contentement. Il est donc une sensible adéquation entre ces deux pôles lorsque nous étudions la Torah; nous pénétrons à l’intérieur de notre âme, nous pourrions même connaître la Torah sans jamais l’avoir ouïe, si seulement nous pouvions être à l’écoute du chant de notre âme.

Assurément pour accéder à ce niveau, il existe une condition sine qua none: disposer d’une grande authenticité d’esprit et d’une éthique à toute épreuve.
Il est absolument essentiel que la conscience soit dégagée de toutes les scories étrangères qui contrecarrent l’émergence de notre lumière intérieure. Peut-il exister quelque chose de plus heureux et de plus réjouissant pour l’être humain que son paysage dévoilé? La vie entière de tout homme n’est-elle pas finalement tendue et orientée vers cette recherche permanente de soi-même?

Mais les humains sont devenus sévères! Dans leur rigidité, comment peuvent-ils apprécier les sentiments trempés et les émois forts que propose la joie?
Comment savent-ils palper leur cœur battant et éprouver l’envol de leur âme ?
La dureté des hommes a ôté de leur existence la connaissance, la grâce, l’altruisme, l’harmonie, les vertus morales et surtout l’amour ! Pourquoi y a-t-il tant d’hostilité, de forfaiture, de brutalité et tant d’autres souffrances ?
La haine omniprésente n’octroie rien à l’amour qui se voit ainsi empêché de pénétrer les âmes des hommes, et lorsque l’amour manque, la foi en notre D.ieu manque aussi, car notre D.ieu est amour.
La joie souffre parce que l’amour et la foi se réfugient et s’engloutissent sous le voile de l’absence d’humanité, dans ce cas, les idéaux ne peuvent pas exister. Sur ce terroir infécond l’amour ne peut pas engendrer et la sagesse ne peut guère se développer.

La tristesse est une souffrance, la joie, dans sa réponse, en est un soulagement.Les hommes ont peur de nous montrer ce qu’ils ressentent, ils s’effrayent que leurs prochains découvrent leur sensibilité inexistante !
Peu d’hommes sont sensibles, c’est la minorité.
La plupart sont indifférents, c’est la majorité.
C’est la minorité qui fait le monde meilleur, jamais la masse, jamais la foule, jamais le troupeau !

Un instrument de musique d’où sort une mélodie merveilleuse ou bien une peinture d’où sort une image magnifique « parlent » dans notre âme avec leur propre langage. Peu d’êtres humains comprennent le langage de l’âme, c’est la minorité.
La plupart ne peuvent pas et ne réussissent pas à communiquer et à s’entendre, c’est la majorité.
Le langage de l’âme est la source de la profondeur et de l’essence de la vie, son manque perdure dans le superficiel et l’éphémère.

Comme le disent nos Sages, la Torah établit un ‘Joug », dans la mesure où elle évite toute corruption de l’âme et tout libertinage de l’être. Certes, elle nous fait pénétrer dans un monde de rigueur morale, mais elle est également le passe-partout qui nous découvre un monde de joie et de bonheur authentiques!
La contrariété intérieure qu’il peut parfois nous arriver d’éprouver dans l’accomplissement des commandements, ne témoigne en rien d’un défaut inhérent à notre âme ou d’une hétérogénéité foncière entre l’homme d’Israël et la Torah : c’est tout simplement une étape dans un nécessaire apprentissage, lequel exige une certaine dose de patience de la part de chaque individu.
C’est de cette même patience dont nous devons aussi nous armer, en ce qui concerne le retour du peuple d’Israël vers sa Torah.

Or cet effort n’est en rien contradictoire avec la joie et le bonheur ; la paresse n’étant quant à elle qu’assez rarement synonyme de bonheur. La pratique de la Torah nécessite, il est vrai, une mobilisation générale de toute la personnalité de l’être, mais elle lui procure aussi une joie profonde – celle d’avoir réussi son œuvre.
Et cette joie-là n’est pas passagère: une expérience permanente de plénitude et de bonheur traverse continuellement l’âme humaine.
C’est pourquoi nous sommes foncièrement optimistes et convaincus qu’en fin de compte, l’humanité retrouvera sa droiture originelle qui est, en fait, sa véritable nature.
L’homme redeviendra tel que D.ieu l’a créé: droit et intègre !
De la même manière, nous sommes persuadés que l’ensemble du peuple juif retrouvera la voie de la Torah et sa joie d’être: ne dit-on pas que si l’on chasse le naturel, il revient au galop?

Le mot « joie » n’est pas joyeux, mais il vise vers la Joie infinie et infiniment joyeuse qui est en nous.
Il faut faire la cabriole depuis le mot vers la chose même, se précipiter dans un saut périlleux dans la Joie.
Tant que l’on reste sur le bord de la rive, il n’y a que le concept !

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Une Reponse to “Y a de la joie Par Rony Akrich”

  1. vaknin mihal dit :

    combien ce texte a encore plus de valeur apres l’annonce de la liberation de Guilad…….quoi de mieux pour exprimer ce que represente la joie dans le peuple juif HAG SAMEAH

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