pub2011

Un envoi de Danielle Hababou

Il était déjà tard quand Rabbi Lévi Yitz’hak de Berditchov sortit de la maison de son ‘hassid au village pour rentrer chez lui dans la ville proche. Il était resté plus longtemps que prévu chez le ‘hassid, et quand il sortit, le soir tombait déjà.

Il avait l’habitude de faire des visites de temps en temps dans les villes et les villages des environs. Pendant ces expéditions, il demandait à ceux qui avaient les moyens de donner de la tesdakah, et quand il rencontrait des familles pauvres, il leur distribuait l’argent qu’on lui avait donné. Il s’efforçait aussi de voir s’il y avait dans la vie des communautés des choses à améliorer, et réveillait la ferveur du peuple pour la Torah et les mitsvoth.

Ce soir-là, il terminait une visite banale dans un village proche de sa ville.
Le soleil s’était couché depuis longtemps, et une lourde obscurité recouvrait tout. Rabbi Lévi Yitz’hak décida qu’il était dangereux de rentrer chez lui à pied à des heures pareilles, revint sur ses pas, et demanda au ‘hassid s’il pouvait passer la nuit chez lui.
Celui-ci se réjouit de ce qui lui arrivait. Sa maison était petite et misérable, mais il y fit une place convenable au tsaddik, dressa un lit, et après avoir servi à dîner, alla se coucher.
Rabbi Lévi Yitz’hak alla lui aussi se coucher et fit semblant de dormir.
Quand il fut certain que son hôte s’était endormi, il se leva et se mit à étudier la Torah, comme à son habitude. Toute la nuit le tsaddik resta assis en face de la petite lampe et s’occupa de choses saintes. A l’aurore, il se sépara de son hôte et rentra chez lui.

Quelques jours passèrent, et arriva le jour où le juif qui l’avait hébergé allait chaque année chez son propriétaire pour signer avec lui le contrat d’exploitation de l’auberge qu’il tenait. Cette fois-là, dès qu’il entra, le juif vit immédiatement que le propriétaire n’était pas aussi bien disposé que d’habitude.
« Je ne te donnerai plus mon auberge à exploiter », explosa le propriétaire.
« Tu ne paies pas le loyer à temps et tu me dois en plus une grosse somme. Je donnerai l’auberge à quelqu’un d’autre et tu vas me payer immédiatement le solde de tes dettes, sinon je te ferai mettre au cachot. »

Le juif sortit de là hébété. Qu’allait-il faire maintenant ? Où allait-il trouver l’argent de la dette, et comment allait-il vivre s’il était chassé de l’auberge ?

« D’où viendra mon secours ? », ne cessaient de murmurer ses lèvres sur le chemin du retour. Mais il se reprit rapidement : « Mon secours vient de D., qui a fait le Ciel et la Terre ».

Tout à coup, il lui vint une idée. Deux jours seulement auparavant, il avait eu l’honneur d’héberger chez lui le tsaddik de Berditchov, célèbre pour ses miracles. Il irait le trouver, lui raconterait la catastrophe qui lui était arrivée, et la bénédiction du tsaddik l’aiderait certainement.

Rabbi Lévi Yitz’hak écouta avec attention, le front plissé et le visage exprimant sa compassion. Après avoir entendu tous les détails de l’affaire, il se mit à réfléchir.

« Apportez-moi une feuille de papier », demanda-t-il à l’un des habitants de sa maison. Il prit la feuille et s’enferma dans sa chambre. Il y faisait assez sombre, et le juif qui se tenait dehors se demandait comment Rabbi Lévi Yitz’hak arrivait à écrire quelque chose dans une pareille obscurité. Il tendit l’oreille et n’entendit ni le bruit de la plume ni celui de l’encrier. Au bout d’une demi-heure, le tsaddik ressortit, le visage enflammé et brillant, et lui donna la feuille de papier pliée : « Donne cette lettre au propriétaire, et D. te sauvera. »

Le juif prit le papier avec joie, remercia le tsaddik et partit chez le propriétaire.
En chemin, les doutes commencèrent à l’assaillir. La chambre était sombre et ses oreilles n’avaient pas entendu de bruit de plume ni d’encrier. Par conséquent, le papier était complètement blanc et il n’y avait rien d’écrit dessus. Mais il repoussa ces pensées et se renforça dans sa confiance.

Il poursuivit sa route, et voilà que les doutes ne le quittaient pas. A la fin, il fut incapable de se contenir. Il sortit la feuille de papier de sa poche, l’ouvrit, et effectivement, elle était complètement vide, il n’y avait rien d’écrit dessus, pas même une seule lettre. Au début, il voulut retourner sur ses pas et faire remarquer son erreur au Rabbi. Mais il repoussa immédiatement cette idée histoire de la semaine et se dit que si le Rabbi lui avait donné ce papier, le salut viendrait certainement de là.

Le propriétaire prit la feuille, l’ouvrit sur la table et commença à lire. Quand il eut terminé, il regarda le juif, et cette fois-ci ses yeux étaient agréables et doux : « Ecoute, j’ai regretté ce que je t’ai dit la dernière fois. Je me suis déjà habitué à toi, et pourquoi prendre des risques en employant des étrangers ? J’ai donc décidé de te rendre l’auberge, et comme dédommagement de la peine que je t’ai causée, je te remets tout le reste de ta dette. »

Le juif ne savait pas s’il était réveillé ou si c’était un rêve. La tête lui tournait de bonheur. Il remercia le propriétaire de sa bonté et sortit pour aller annoncer à Rabbi Lévi Yitz’hak le miracle qui était arrivé. Il n’alla pas loin, et à la croisée des chemins il rencontre le tsaddik qui l’attendait pour savoir ce qui s’était passé.

Le juif lui raconta avec joie tout ce qui était arrivé chez le propriétaire, et le tsaddik avait l’air d’attendre encore autre chose. « Eh bien, qu’est-ce qu’il t’a dit de plus ? » demanda-t-il. « Rien », répondit-il avec étonnement. Rabbi Lévi Yitz’hak fronça le visage, et demanda au juif ce qu’il avait fait avec la lettre en allant chez le propriétaire. Il fut obligé d’avouer qu’il l’avait ouverte et avait vu qu’elle ne contenait rien.

Un soupir s’échappa du coeur du tsaddik : « Dommage, dommage », murmura-t-il. « Si tu avais cru avec une confiance absolue et que tu n’aies eu aucun doute, tu aurais possédé l’auberge en cadeau et tu l’aurais léguée à tes enfants. On ne doit pas douter du salut de D. »

CHAVOUA TOV.

Articles similaires

Tags: , , ,

3 Reponses to “Une belle histoire de Rabbi Lévi Yitz’hak de Berditchev – à méditer”

  1. MIRELA dit :

    magnifique leçon d emouna totale en hachem

  2. meller danielle dit :

    Tres belle histoire.On doit toujours avoir confiance en D.le pessimisme n aboutira a rien.Dany de Carmiel

  3. vaknin mihal dit :

    UNE BELLE HISTOIRE POUR COMMENCER LA JOURNEE……UNE SUGGESTION…TOUS LES MATINS OUVRIR LE BLOG ET DECOUVRIR UNE HISTOIRE HASSIDIQUE QUI NOUS RENDRA NOTRE CONFIANCE EN D…POUR DEBUTER NOTRE JOURNEE….

Laisser une reponse

Vous pouvez utiliser ces balises: <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <strike> <strong>