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Quelques propos sur et biographie succincte de : RABBI MOÏSE CORDOVÉRO (RaMaC)  LE PALMIER DE DEBORA
Extraits de l’introduction du livre  Traduit et annoté par Chalom Charles Mopsik(TsG zal) (Éditions Verdier)

AVANT-PROPOS
Ce petit livre (le Palmier de Déborah =Tomer Déborah)  est une véritable introduction à l’enseignement appelé par ses adeptes «la sagesse de vérité».

La meilleure initiation à la pensée d’un maître de la dimension du Ramak, est toujours celle qui présente ses éléments de manière telle que le lecteur perçoive ses implications dans son comportement quotidien, existentiel, tout en discernant sa profondeur (spéculative) et son élévation spirituelle.

Le Palmier de Déborah nous propose pareille initiation.

Ce n’est pas un ouvrage facile ou un traité de vulgarisation et s’il a des vertus initiatrices, c’est grâce à sa densité et non malgré elle.

Ecrit au XVI° siècle, on y trouve toute la haute tradition rabbinique authentique … et la pensée de rabbi Moïse (ou Moshé) Cordovéro, un des plus féconds écrivains de tous les temps, s’y contracte.

Les notes, assez nombreuses,  ne rendent compte de la richesse de ce texte que très incomplètement.

Trop souvent considéré comme un ouvrage mineur de ce grand cabaliste, alors qu’il est une de ses œuvres maîtresses, le Palmier de Déborah s’adresse directement au lecteur et l’invite à cheminer avec lui.

Il le convie à se transformer, à parfaire sa personne et son comportement vis à vis des autres pour ressembler authentiquement à Dieu.

Ramak écrit dans la langue forgée par les cabalistes, certes, mais débarrassée de son aspect technique,  elle parle à la sensibilité en interpellant l’intelligence.

La pensée de Cordovéro «a été élaborée comme une raison de vivre».

Nous allons essayer d’accéder à la vérité de cette pensée, en tant qu’elle est une raison de vivre. Un écrit n’est qu’une tradition partielle et équivoque  qui demande à être porté, c’est à dire expliqué, fouillé, détaillé par un effort soutenu, ce qui nous conduira, je l’espère à comprendre le plus précisément possible ce que Ramak a voulu transmettre.

Ce travail, la tradition juive, l’appelle l’étude. Et c’est bien sûr vers elle qu’il convient de se tourner, pour pénétrer plus à fond tous les sentiers de ce livre.

LA VIE ET L’ŒUVRE DE RABBI Moshé  CORDOVERO  

I.     Eléments biographiques
La plupart des grands maîtres d’Israël, n’ont pas pris le temps, ni eux ni leur entourage, de raconter leur vie.

 [ Note perso : le pirké avot dit « un nom répandu est un nom perdu »...tâchons de comprendre par déduction le sens de cette affirmation...Ramak était maître de la Kabbalah maassit, celle qui permettait aux mékoubalim de faire des miracles, mais il s’interdisait et interdisait aux autres de tenter d’en faire, tout comme le Arizal, d’ailleurs : avez vous entendu quelque part que ces géants et leurs disciples ont raconté des histoires de miracles pour influencer et impressionner les personnes fragiles? Même Moshé Rabbenou n’avait pas impressionné les hébreux par les miracles…]

On ne connaît généralement que ce qui a trait directement à leur enseignement, et souvent cela même fait défaut.

Sans doute, pour un Juif, la vie n’est autre qu’attachement à la Torah : rien de notable ne s’y passe qui ne soit lié à sa compréhension.

Les quelques repères biographiques que l’on va glaner çà et là au détour d’une préface, d’une note succincte ou d’une évocation imprécise, nous en apprendront bien moins sur Rabbi Moïse Cordovéro que ce qu’il dit au sujet de la Torah:

   «La Torah, réalité subtile et spirituelle, s’est habillée de narrations matérielles. Ses narrations recèlent une grande sagesse et qui les étudie a un bon salaire. Cependant, celui qui la dévêt de sa matérialité, couche avec la fille du Roi et la pénètre selon son chemin (kédarka). Elle est mariée à lui. Il sait la défaire de ses robes, l’une après l’autre, Vêtement sous-vêtement, jusqu’à ce qu’il la pénètre dans son intimité. Heureux qui est entré et n’a pas dévié. 

  Il n’est d’événements que ceux de la vie de l’étude, surtout si elle est vécue comme un rapport incessant avec la « Fille du Roi», la présence divine.

Et c’est ce type d’étude que les cabalistes, dont Rabbi Moïse Cordovéro, ont conscience de mener. En cela consiste l’essentiel de leur vie.

D’une famille originaire de Cordoue, comme l’indique son nom, Moïse ben Jacob Cordovéro naquit en probablement en 1522 à Safed,  ville de haute Galilée qui était devenue le point de ralliement de nombreux rabbins et lettrés juifs émigrés d’Espagne après l’expulsion de 1492.

Une ferveur intense et une activité intellectuelle soutenue régnaient alors à Safed, qu’un voyageur originaire du Yémen, qui la visita en 1567, décrit en ces termes : «Je pénétrai dans la cité, et je vis qu’en son sein la présence divine s’était établie, car y résidait une grande communauté éloignée de la fraude, d’environ quatorze mille membres…Là-bas je vis la lumière de la Torah, et pour les Juifs, il y avait splendeur, ils surpassaient toutes les [autres] communautés, ils étaient les gloires des gloires et avaient ouvert une brèche dans la frontière de la sagesse : parmi eux nul n’était ignare (&am haarets).

Ramak était Juge à Safed, grand talmudiste et halakhitse (formé par le père prestigieux du Choul’han Aroukh, Rabbi Joseph Caro (1488-1575), ouvrage qui est encore aujourd’hui la plus grande autorité en matière de jurisprudence, à laquelle constamment l’on se réfère).

Il dirigeait une yéchiva et exerçait la justice entre l’homme, son frère et son voisin.
 

R. Moïse Cordovero fut aussi mêlé à un épisode extraordinaire, à Safed. Rabbi Jacob Berrav, la plus haute autorité de la ville, convint, après une ample discussion avec les sages de son encourage, de rétablir l’antique ordination (semikha) dont la tradition avait été interrompue après les persécutions romaines au IVe siècle. Il s’appuyait sur une sentence de Maimonide qui déclare : « Il me semble que si tous les sages qui se trouvent en terre d’Israël s’accordent pour nommer des juges et les ordonner, ceux-ci seront effectivement ordonnés et pourront juger des affaires pénales et ils pourront ordonner d’autres personnes5. »

Les sages de Safed se rassemblèrent en 1538 pour rétablir la chaîne de 1′ordination, dans le but de pourvoir les rabbins d’une autorité comparable à celle dont ils disposaient à la fin de l’Antiquité. Cependant cette tentative, empreinte d’une dimension messianique, tourna court à cause de l’opposition d’un des grands rabbins de Jérusalem, rabbi Lévi ben Haviv, qui avait été pourtant l’un des premiers à recevoir cette nouvelle ordination, et à cause d’autres rabbins qui se joignirent à lui, comme rabbi David ben Zimra, d’Égypte6. Bien que le moment ne semblât pas venu et ne se prêtât pas à cette tentative, son initiateur, rabbi Jacob Berrav, se contenta, pour assurer la continuation de la chaîne de l’ordination, d’ordonner quatre des plus grands maîtres de Safed: R. Joseph Caro, R. Moshé Mitrani, R. Moshé Galanté et R. Moshé Cordovero, le plus jeune d’entre eux, qui n’avait alors que 18 ans !

Mais R. Moïse Cordovero est surtout connu comme cabaliste.

Le plus systématique et le plus fécond de tous les temps.

Il est probable qu’il acquit quelques rudiments de cette sagesse auprès de son maître, Joseph Caro : en citant un passage de l’ouvrage cabalistique de R.Y Caro, Ramak n’hésite cependant pas, avec certes une infinie déférence, à contester certaines de ces idées et à les révoquer en doute !

Cependant, c’est certainement la rencontre de celui qui allait devenir son maître en matière de cabale et son beau-frère (le frère de sa future épouse) qui détermina Cordovéro à s’engager totalement dans l’étude du Zohar et de l’ensemble de la cabale. Rabbi Salomon Alkabetz Halevi (décédé vers 1580), cabaliste et poète (il est l’auteur du fameux hymne pour l’entrée du Sabbat intitulé Lekha Dodi «Vient mon bien-aimé pour accueillir la fiancée ») initia Cordovéro, qui avait vingt ans, à la tradition des secrets de la Torah…

   Avec ce maître, parfois accompagné de plusieurs de leurs compagnons d’étude, ou seul avec lui, Ramak entreprend des exils volontaires, appelés guirouchin (divorces, répudiations) qui consistent en parcours effectués à pied, le long des chemins de campagne de la Galilée, en quête de la présence divine exilée et errante. L’étude des profondeurs de la cabale est le sujet de leurs conversations de marcheurs, et souvent ils visitent les tombes des maîtres du temps passé pour s’y recueillir et y trouver l’inspiration.  (Note perso : Certainement pas pour obtenir de Dieu qu’il fasse des miracles grâce aux mérites de ces maîtres)

  R. Moshé Cordovéro le raconte en ces termes : « L’année (5) 308 [1548], lorsque nous nous exilions dans la campagne avec le divin rabbi Salomon ben Alkabetz Halevi – que le Clément le garde et le bénisse – pour nous consacrer à des versets de la Torah, spontanément, sans réflexion, les paroles advenaient d’elles-mêmes si bien qu’il est impossible [que quiconque] croie pareille aventure sauf celui qui l’a vue ou qui l’a expérimentée de nombreuses fois. » Les récits de ces déplacements ont été consignés par Cordovéro dans un livre, le « Sifré Guirouchin », qu’il écrivit entre 24 et 29 ans, où sont mentionnées les  révélations qu’ils obtinrent en matière d’étude cabalistique, grâce à cette pratique où « les paroles sont prononcées d’elles-mêmes », de façon improvisée. Dans le chapitre 9 du Palmier de Déborah cette pratique des guirouchin est très vivement recommandée aux lecteurs.

Selon certains, Salomon Alkabetz finit par devenir l’élève de son disciple tant la puissante intelligence de ce dernier se montrait féconde et pénétrante.

On a une idée de sa situation financière grâce à ce qu’il en a écrit dans un de ses livres : « …ceux qui ont approché notre porte le savent, le joug de la servitude et les charges familiales qui pèsent sur notre cou nous ont fait ployer. Nous ne nous cachons pas que chacun a une part propre en la sagesse et si nous avons ouvert une brèche en empiétant sur sa part, le Dieu pardonnera et [le lecteur] nous le fera savoir…»

Après cet appel final au lecteur où il nous instruit de sa situation matérielle difficile, R. Moïse Cordovéro déclare que l’obstacle le plus grand à la compréhension des secrets de la Torah, des spéculations de la sagesse appelée «cabale» est l’orgueil, non pas précisément l’orgueil psychologique, celui de la personna1ité, mais l’orgueil intellectuel. Dans son Or Ne’érav (traduction aux éd. Verdier : La Douce Lumière), il insiste sur les conditions morales d’un vrai apprentissage de la cabale et il rédigea une charte qui devait régir la vie d’une petite communauté de « compagnons d’étude» dont il était l’animateur et où il revient sur les obligations nécessaires à une saine vie d’étude en commun. Ce pacte librement consenti aura un écho dans le Palmier de Déborah. En voici un résumé :

« Il ne faut pas laisser ses pensées se distraire des paroles de la Torah et des choses saintes, de façon à devenir le séjour de la Chekhina. Ni se laisser aller à la colère. Ni mal dire d’aucune créature, pas même d’un animal. Ni maudire les existants mais les bénir, même au milieu de la colère. Ni faire de serment, même en vérité. Ni mentir jamais. Ni faire partie des quatre personnes mises à l’écart de la Chekhina : le menteur, l’hypocrite, l’arrogant et le calomniateur. Ni fréquenter les banquets, sauf ceux qui sont commandés [par la Torah].

Il faut partager les joies et les peines des compagnons. Se conduire avec générosité envers ses semblables même s’ils transgressent des interdits. Rencontrer l’un des compagnons une ou deux heures par jour pour s’entretenir des secrets de la Torah. Faire le bilan, chaque vendredi soir avec l’un des compagnons, de tous les actes accomplis pendant la semaine pour se purifier dans l’attente de la Reine Sabbat. Dire les bénédictions à voix haute en détachant les mots et les lettres de sorte qu’à table même les enfants puissent les répéter. Faire l’aveu de ses fautes avant chaque repas et avant d’aller au lit. Se servir seulement de l’hébreu pour parler aux compagnons et les jours de Sabbat, pour parler à tout le monde. Il ne faut pas boire de vin durant la journée excepté lors du Sabbat et des fêtes. La nuit, il est loisible de boire un peu de vin s’il est dilué. Chaque nuit, il convient de s’asseoir sur le sol pour mener le deuil de la destruction du Temple et de pleurer sur les fautes qui retardent la Rédemption. Chaque semaine, au moins deux chapitres de la Michna devront être appris par cœur. L’aumône devra être donnée chaque jour. »

Rabbi Moïse Cordovéro eut de nombreux disciples…

    Quelques mois avant la mort de R. Moïse Cordovéro, qui survint te 27 Tamouz 5330 (1570) d’après le témoignage de son propre fils, arriva à Safed, venant d’Égypte, Rabbi Isaac Louria Ashkénazi (1534-1572) (plus connu sous le nom du ARI ZaL) qui devait, en l’espace de deux ans, renouveler par son enseignement jusqu’aux principes de la pensée cabalistique. Il n’eut le temps que de quelques entretiens avec R. Moise, entretiens dont nous ne pouvons, sans preuve, que postuler l’existence. Ce qui n’empêcha pas le ARI de se déclarer lui aussi son disciple par trois fois dans ses écrits, avec cette formule : « Notre maître et notre guide, que le Clément le garde et le bénisse. »

Lors des obsèques de R. Moïse Cordovéro, décédé à l’âge de 48 ans, tous les sages de Safed suivirent son cercueil. L’un des membres du groupe des cabalistes, rabbi Joseph Caro, qui fût son maître en Talmud, fit son éloge et proclama sur sa tombe : «Ici est enfouie l’armoire de la Torah. » Selon tes paroles rapportées par R. Menahem Azaria de Fano, rabbi Isaac Louria « aperçut deux colonnes de flammes l’accompagner, au-devant du lit, le jour de la noce ». Dans l’éloge que ce dernier prononça à son tour, il insista sur le fait que n’ayant aucune faute à sa charge, la mort de R. Moïse Cordovéro n’était que la conséquence du conseil du serpent, celle de la faute du premier homme. Il fût porté en terre dans le cimetière de Safed, la maison des vivants comme l’on dit en hébreu, et sur sa tombe est posée une grande pierre sur laquelle sont inscrits ces simples mots «Rabbi Moïse Cordovéro, auteur du Pardès. » Trois ans après lui, ce fut au tour de R. Isaac Louria de quitter ce monde et il fût enseveli à ses côtés. Depuis, leurs tombeaux sont devenus un lieu de pèlerinage.

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Une Reponse to “Quelques propos sur Rabbi Moise Cordovéro (RaMaC) Par « ahavat Torat-Emet vé Israël »”

  1. John Assous dit :

    des choses très interessantes et qui concerne la vie de tous les jours…

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