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Cette période de Hol Hamoed me semblait propice pour vous faire partager une anecdote personnelle
déterminante dans ma relation avec Israël.
Voilà pourquoi je vous invite à lire mon édito de fête et préshabbatique : « Pessah, symbole de mon sionisme ».
Hag Sameah
Guit Shabbès, Shabbat Shalom
et à la semaine prochaine – Marc Femsohn

Pessah, qui célèbre la sortie d’Egypte, symbolise le sionisme, c’est-à-dire le peuple juif libéré retournant sur sa Terre, telle est, tout au moins l’interprétation que j’en fais. Mais, à titre personnel, cette fête revêt une signification supplémentaire, celle de la véritable prise de conscience sioniste d’un petit Juif français après avoir été victime d’une agression antisémite au début du printemps 1967.

J’étais alors élève interne de 4ème dans un lycée de l’est de la France. Je venais juste de faire ma Bar Mitzva.

Un jeudi, peu avant Pessah, alors que nous étions en train de jouer au ping-pong au foyer, la cloche de 18H20 sonna pour nous avertir de nous mettre en rang afin d’aller au réfectoire pour le dîner. Mes trois camarades et moi-même ne voulions pas arrêter la partie en plein milieu et nous avons donc continué de jouer, en dépit de l’heure. Le pion, qui s’était aperçu que 4 élèves manquaient à l’appel
(un peu comme à l’Umschlagplatz d’Auschwitz…bon d’accord, j’exagère !!!), arriva furibond au foyer, car il avait entendu le son caractéristique de la balle.

« Toujours les mêmes, j’en ai marre », hurla-t-il, puis, s’adressant particulièrement à moi, il me dit : « et j’en ai surtout marre de toi, vous auriez dû tous brûler dans les fours !!! »
Je n’ai pas répondu, je n’avais pas encore 14 ans, mais j’étais sous le choc.
J’attendais avec impatience le samedi midi lorsque mon père vint me chercher pour la sortie du week-end et, encore tremblant d’émotion, je lui racontais immédiatement l’incident.

Mon père, plutôt du genre à aller flanquer une raclée au pion, décida finalement d’attendre dimanche matin pour téléphoner au Hazan et au président de la Communauté de la ville. Pourquoi le Hazan ? Parce qu’il n’y avait pas de rabbin dans cette ville, mais surtout parce qu’il était le professeur de religion juive dans mon lycée. En Moselle et dans les deux départements d’Alsace, il n’y a pas de séparation entre l’Eglise et l’Etat, les cours de religion dans les écoles publiques sont donc obligatoires et les curés, pasteurs, rabbins et imams sont des fonctionnaires de la République française.

Me voilà donc, le dimanche matin, après l’appel de mon père, comparaissant dans une salle attenante à la synagogue devant les responsables de la Communauté pour raconter mon histoire. Je me rappelle avoir ri dans mon for intérieur lorsque le Hazan, un tout petit monsieur chétif que j’adorais, déclara, avec son accent de l’est, qu’il voulait aller « casser la gueule du pion ». Le président de la Communauté lui demanda de se calmer et décida de contacter dès le lendemain le proviseur du lycée. Ce qui fut fait.

Je fus convoqué en compagnie de mes trois autres camarades qui confirmèrent mes dires. J’appris quelques jours plus tard par le Hazan que le proviseur avait expliqué « ne rien pouvoir faire dans l’immédiat », car ce pion était le neveu d’un ministre du gouvernement Pompidou, mais qu’il demanderait néanmoins qu’il ne soit pas réadmis au lycée l’année scolaire prochaine.

Dès la semaine suivante, j’attendis que nous soyons tous en rang pour apostropher le fameux pion, brisant tous les tabous du respect à l’autorité en le tutoyant et en le menaçant devant les élèves ébahis : « regarde-moi bien, si dans quelques années je te croise, je te ferai ta fête ». Il sourit d’un air pincé, mais ne dit pas un mot.

J’avais gagné la guerre psychologique et je fus un « héros » pour tout l’internat.

Moins de deux mois plus tard éclatait la guerre des Six-Jours et je séchais les cours pour écouter dans les toilettes du lycée les reportages de Julien Besançon sur Europe 1 (j’avais ramené en cachette une radio). J’étais le seul Juif de l’internat.

Au fur et à mesure de la semaine et de l’avancée de Tsahal sur tous les fronts, cette victoire devenait MA victoire et je paradais fièrement dans le lycée avec la complicité admirative de mes camarades, provoquant du regard le pion antisémite qui faisait profil bas.

Dans mon lycée, il y avait beaucoup d’enfants de militaires des FFA (Forces françaises en Allemagne) frustrés par la Guerre d’Algérie dont les plaies étaient encore toutes fraîches. Pour eux, je symbolisais celui qui avait « mis la raclée aux Arabes », alors que moi je n’en avais jamais vu un seul, sauf lors de ma première visite en Israël en 1965.

Je découvrais à la télé et dans les revues ces jeunes Israéliens dont certains n’avaient que 4 ou 5 ans de plus que moi, se battant pour les Juifs, c’est-à-dire pour moi, défendant un Etat dans lequel un enfant ne vivrait jamais la mésaventure qui venait de m’arriver quelques semaines plus tôt.
Le foyer de l’internat fut recouvert, par mes soins et ceux de mes camarades non juifs, de posters de Moshé Dayan, de la fameuse photo des soldats devant le Kotel, de drapeaux israéliens.
Une autre époque, totalement inimaginable aujourd’hui.

Les derniers jours de l’année scolaire 66/67 furent un enchantement, la prof d’histoire me demanda de faire une conférence sur Israël pour toutes les 4èmes, bien que ce ne fût pas au programme. Etre pro-israélien était « in », aujourd’hui on dirait « politiquement correct ».

L’année suivante, le pion antisémite ne fut pas réintégré. Je poursuivais mon cheminement sioniste ayant compris que mon judaïsme ne pourrait s’accomplir que par l’Alyah que je ne fis cependant qu’une dizaine d’années plus tard après les classiques séjours au kibboutz pendant les vacances.
Je fus fier et ému de scander « nous sommes tous des Juifs allemands » pour Danny Cohn-Bendit, mais troublé de voir aussi apparaître des slogans pro-palestiniens et les keffiehs des feddayines qui signifiait la fin de « l’interlude pro-israélien ».

L’année de mon bac, alors que je sortais du lycée avec des copains, je croisais sur un trottoir de la ville le fameux pion à qui j’assénais deux gifles sous le regard médusé de mes amis ne comprenant pas pourquoi j’agressais quelqu’un qui ne m’avait rien fait.
Je dis au pion : « tu ne m’as pas reconnu, mais voilà qui je suis, maintenant tu as des raisons d’être antisémite !!! ». Il ne porta pas plainte car j’aurais alors expliqué la raison de mon geste et le scandale risquait d’éclabousser son oncle toujours ministre.
J’avais tenu ma promesse.

Aujourd’hui, en France, on tue des enfants parce qu’ils sont juifs.
Il est peut-être temps pour nos frères de France et d’Europe de respecter littéralement Pessah, c’est-à-dire de sortir de « l’esclavage cérébral » afin de vivre en Juifs libres dans leur pays, Israël.

Source : http://www.guysen.com/

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2 Reponses to “« Pessah, symbole de mon sionisme » Par Marc Femsohn Pour Guysen”

  1. betty L dit :

    AUJOURD’HUI comme HIER et dans toutes les EPOQUES AM ISRAEL HAI ESPOIR

  2. simonviolet dit :

    aujourd’hui les gens sont scandalisés quand on leur montre des images de pieds-noirs qui applaudissaient et hurlaient de joie en voyant les actualités et les égyptiens écrasés en 67;
    ils crient au racisme,pourtant est-ce que ce ne sont pas ces réfugiés les premières victimes du racisme?et de celui de nasser en particulier,très heureux d’aider le fln,après avoir lui même expulser tous les gens d’origine européenne,auparavant soigneusement spoliés de tous leurs biens.

    est-ce qu’aujourd’hui israel est en mesure de mener une guerre sur tous les fronts comme en 67?
    les voisins ne sont pas très en forme et l’urss n’est plus là pour fournir des armes et des soldats,mais les islamistes seront bientot au pouvoir partout
    et puis sur france inter un danier mermet peut tous les jours répéter sans entrave qu’il faut « déjudaiser » israel;

    on vit une époque où toutes les valeurs sont inversées,à l’image de ces enfants de harkis à qui l’algérie exige qu’ils demandent pardon pour pouvoir entrer dans le pays,c’est à dire que sommairement la victime doit demander pardon à son bourreau

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