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Cher compagnon de combat (*),
Je suis, M. Hessel, votre aîné de trois ans, ancien engagé volontaire des Forces françaises libres avec Leclerc. Nous avons mené la même lutte contre le nazisme. Vous avez été « témoin » (je cite une interview) de l’élaboration de la Déclaration universelle des droits de l’homme. René Cassin, en fut le maître d’œuvre et vous lui rendez hommage. J’ai eu moi-même le privilège de l’associer à certaines actions mémorielles alors qu’il était président de l’Alliance israélite universelle. A ma modeste mesure, je milite en suivant sa voie.
A travers l’ample succès rencontré par votre opuscule, c’est notre combat pendant la guerre qui est honoré. Comment ne pas vous en savoir gré ? Oui, vous faites bien avec votre enthousiasme d’éveiller les consciences des jeunes face à tous les pouvoirs sans contrôle, souvent en quête de boucs émissaires. Nous ne sommes pas en 1929, mais les engrenages peuvent aller si vite… Face à la résignation, il faut toujours préparer une culture de résistance. Mais je suis rassuré, car les jeunes, devançant votre livre, ont témoigné d’ »indignations » multiples ces dernières années.


Vous avez publié dans une collection qui porte un fort beau titre : « Les hommes qui vont contre le vent ». Nous le fûmes comme résistants et, permettez-moi cette pointe d’humour, je le serai encore en n’allant pas totalement « dans le vent » d’unanimité qui a accueilli votre livre. Je note que votre propos, lui, est largement « dans le vent » de ces dernières années. Certains résistants partageront vos options, d’autres ne se reconnaîtront pas dans votre « nous » collectif.

Mais ce qui devrait « nous » unir c’est un combat pour que « tous les Etats s’engagent à respecter les droits universels » de l’homme (sic). Et là, vous me voyez perplexe. Car vous n’évoquez dans votre livre que la situation en Palestine, votre « principale indignation ». Il y a, qui ne le sait, matière à s’indigner tant du côté palestinien qu’israélien. Mais pourquoi « principale » ? Il est des lieux où le malheur est, ou a été, plus grand qu’en Israël et en Palestine : la Tchétchénie, le Tibet colonisé et opprimé depuis soixante ans, le Darfour avec ses populations noires massacrées par des milices arabes, le Kurdistan… Ne méritaient-ils pas au moins une mention ? Les victimes y sont cent, mille fois plus nombreuses qu’en Palestine. Que de Münich aujourd’hui, contre lesquels nous nous sommes dressés hier ! Prônerez-vous le boycott de la Chine, de la Russie, de l’Iran qui pend ses opposants ou lapide ?

Rien sur ce qui devrait être pour vous une indignation majeure : la présidence de la commission des droits de l’homme de l’ONU confiée… à la Libye tortionnaire des infirmières bulgares et d’un Palestinien. Au lieu de vouloir présider un nouveau colloque en faveur du boycott d’Israël, n’y a-t-il pas urgence à réfléchir, avec mesure, à la double légitimité qui anime les peuples israélien et palestinien ? Et au moins autant, au statut des minorités en terres d’Islam après les massacres récents de chrétiens dont vous n’avez pas (ou peu ?) parlé, tout comme de la situation dans les pays arabes contre laquelle se sont « indignés » les jeunes en Tunisie, et qui ne semble pas vous avoir fortement mobilisé. Pas un mot sur la conférence de Durban confisquée par nombre d’Etats (dont nous avions prôné l’indépendance) au profit de la seule cause palestinienne, écran de fumée devant leurs exactions.

JE NE VOUS RECONNAIS PLUS

Ah, si vous aviez mis votre nom et votre plume au service de toutes ces victimes qui ne sont pas des « nanties » médiatiques, vous seriez véritablement allé « contre le vent » de la raison d’Etat et des intérêts économiques. A vous lire, « universel » me semble être devenu « univoque ». A Déclaration universelle, indignation universelle, pour tous les « damnés de la terre » et pas sélective pour la Palestine. Sur cette question, je ne vous reconnais plus : omissions, faits tendancieux, discours manichéen. Ce qui me navre c’est que ces excès risquent de décrédibiliser aux yeux des jeunes votre fidélité à nos idéaux et nuire à notre cause pour la paix en crispant les bonnes volontés en Israël.

Dans votre texte, vous vous indignez de ce que des « juifs (les Israéliens) puissent perpétrer eux-mêmes des crimes de guerre », en vous basant sur le rapport Goldstone, contesté tant par les Israéliens que par le… Hamas ! Vous avez raison. Mais vous ne dites pas que des condamnations ont été prononcées en Israël. On attend la même chose du Hamas accusé lui aussi, vous omettez de le dire, de « crimes de guerre » dans ce rapport. Equité ?

Pas un mot sur le sort de Gilad Shalit, qui a ému la ville de Paris, pris en otage pour être échangé contre des gens qui ont tué ou voulu tuer délibérément et exclusivement des civils. Il est réduit au secret depuis cinq ans, sans recevoir la moindre visite de la Croix Rouge ou colis. Tout cela est-il conforme au droit humanitaire ? J’aurais aimé lire qu’en rencontrant le Hamas vous aviez obtenu au moins une visite.

Enfin, comment pouvez-vous sérieusement écrire que « le Hamas n’a pas pu éviter d’envoyer des rockets » (par centaines) sur les civils israéliens (que vous ignorez) ? Hamas impuissant à Gaza ? Vous prônez la non-violence, mais contre Israël vous « comprenez » le terrorisme au nom du « désespoir », rhétorique commode de tous les fanatismes. Il ne semble pour vous « inacceptable » que parce qu’il est « inefficace ». Avons-nous délibérément visé des civils dans des contextes autrement désespérants ? Martin Luther King, qui mit en garde contre les dérapages antisémites de l’antisonisme, n’eut pas recours au terrorisme, ni Gandhi.

M. Hessel, ne vous méprenez-pas : il n’est pas question ici de défendre le gouvernement israélien, durement critiqué dans son propre pays par des journalistes (qui, eux, ne seront pas torturés). Mais Israël comme la Palestine doivent être jugés avec la même rigueur au regard des droits de l’homme. Car ils sont les mêmes en Palestine, au Tibet ou en Israël.

Enfin, M. Hessel, le nazisme que nous avons combattu a voulu détruire les juifs. Cela ne vous gêne-t-il pas de vous trouver aux côtés de gens dont les manifestations sont ponctuées de « mort à Israël » (voire « mort aux juifs » ), d’aller saluer des responsables du Hamas qui nient la Shoah et visent dans leur charte la destruction d’Israël, refuge des rescapés ? Pas un mot d’indignation ni d’appel à la vigilance sur le fait qu’en France de nouveau on agresse des Juifs.

Je voudrais vous dire, M. Hessel que le jour où j’ai libéré avec mon unité un des camps de Dachau, moi le Juif farouchement français, et plutôt critique du sionisme, j’ai compris la légitimité pour les Juifs d’avoir un foyer national, un Etat refuge. S’il avait existé en 1933… ! C’est ce foyer juif qu’Hitler avait promis de détruire au Grand Mufti de Jérusalem, leader des Arabes de Palestine. Il le rencontra à trois reprises.

Aujourd’hui, l’Iran et le Hamas négationnistes le désavoueraient-ils ? Et précisément, le sionisme et la création de l’Etat d’Israël ne sont-ils pas nés de l’indignation des Nations (ONU) après la Shoah et de la révolte des Juifs face à leurs terribles persécutions ? La Déclaration universelle des droits de l’homme et la Déclaration d’indépendance d’Israël datent de 1948, trois ans après Auschwitz. Coïncidence (?).

Je regrette d’avoir à vous le dire, ancien camarade de combat : par vos silences, vos indulgences militantes, vous ne m’apparaissez pas fidèle à l’universalité de nos valeurs. De ce point de vue, le conflit israélo-palestinien peut nous intéresser dans la mesure où, eu égard à sa complexité historique et éthique, il met à l’épreuve notre capacité à appliquer équitablement cette universalité. J’en suis désolé, je ne trouve pas cette équité dans votre livre mais matière à m’ »indigner »…

(*) Maître Sidney Chouraqui, avocat honoraire, engagé volontaire des Forces françaises libres

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6 Reponses to “« M. Hessel, vous ne m’apparaissez pas fidèle à l’universalité de nos valeurs » par Maître Sidney Chouraqui,”

  1. Ayin Beothy dit :

    Oui, certes.
    « l’indignation pour que rien ne change » comme l’écrivait un philosophe espagnol.
    Mais j’ai constaté à plusieurs reprises le mal qu’il a causé chez des amis. En m’adressant à lui, je m’adressais à eux. Anti-poison.

  2. CHEN dit :

    On l’a déjà dit ici et aïlleurs, ne parlons pas de ce vieux
    qui prétend avoir fait tant de choses alors qu’il n’y aucune trace de lui nulle part, c’est un affabulateur.

  3. Y A T-IL DES PRINCIPOES UNIVERSELS ,
    Un principe est par définition une règle morale personnelle ou sociale mais en aucune façon une loi à laquelle tout le monde doit adhérer . ?
    De l’universalité comme de la morale ou de la démocratie elles sont toutes des concepts humains qui paraissent aller de soi uniquement par une adhésion à la pensée commune u moment souvent prémonitoire de bouleversements .
    Pour un juif l’avertissement de la Tora est clair dès les premiers chapitres de la genèse la paracha Noah le paragraphe sur la Tour de Babel démontre s’il e était t besoin que l’universalité n’est qu’une horrible cacophonie chacun n’entend que sa propre voix .
    Pour Sydney Chouraqui aux souvenirs de la seconde guerre mondiale l’universalité lui paraît le passage obligatoire à un équilibre mondial universel .Cela n’est qu’une illusion .

    1.

  4. Je salue votre initiative, mais au fond cet homme là,
    mérite-t-il qu’ on lui accorde un soupçon d’importance?
    Certainement pas.

  5. guedj dit :

    assez de parler de « hessel » il fait parti des ordures et bientot en poussiere ,ISRAEL sera toujours ici

  6. Ayin Beothy dit :

    Je suis heureuse de vous lire, je partage votre réaction à l’opuscule de Hessel.
    Permettez-moi de mettre ici la lettre que je lui ai écrite :

    «  »bonsoir,

    je vous écris quelques lignes sans savoir si elles vous parviendront.
    Vous devez recevoir du courrier par dizaines de sacs.

    Je suis tombée sur vous d’abord lors d’une émission de Public Sénat consacrée à la « Palestine », il y a peut-être deux ans.
    Je mets des guillemets, j’ai lu Arafat quand il raconte que c’est la lecture des pères du sionisme qui lui a inspiré l’idée de la « Palestine ».
    Ce nom qu’Hadrien a donné à la région pour tenter d’effacer jusqu’au nom d’Israël.

    Je vous ai entendu affirmer que jamais Israël n’avait fait quoi que ce soit pour la paix.
    J’ai pensé au Sinaï rendu à l’Egypte, j’ai pensé à la Jordanie, en paix elle aussi avec Israël, j’ai constaté que vos adversaires n’avaient pas le front de vous contredire, noble vieillard que vous êtes, j’ai ressenti de la peine et du mépris.

    Quand votre opuscule est sorti, un de mes amis l’a acheté et me l’a prêté.
    Déjà le titre ne me plaisait guère : l’indignation ? j’avais 5 ans quand ma mère m’a parlé pour la première fois des fours crématoires, l’émotion m’aurait menée à ma perte si je l’avais laissée m’envahir, je me méfie toujours des débordements émotionnels.
    Quand j’ai trouvé, sur 17 pages plus ou moins consistantes, deux pages entières consacrées à la « Palestine », seul accusé : Israël, seul accusé nommé sur les 17 pages, j’ai cherché à comprendre. J’ai trouvé un élément d’explication dans la chaleur dont les « Palestiniens » entourent leurs soutiens, surtout quand ils sont Européens et Juifs.
    C’est la chaleur qui prolonge l’existence des vieillards.

    C’est la même chaleur qui a déchiqueté vivants deux réservistes israéliens à Ramallah, en 2000 : dynamitant ainsi le mouvement pacifiste israélien, car les Israéliens ont compris le message.
    C’est la même chaleur qui a torturé et tué cet Italien, qui croyait bien faire en vivant dans les camps pour soutenir ses chers « Palestiniens » – mais je ne crois pas que les « pro-palestiniens » européens aient compris : ils n’ont pas l’expérience des Juifs en matière de bouc-émissaire et de pogrom.

    Je ne doute pas que vous ayez fait beaucoup de bonnes choses dans votre longue vie.
    On ne peut pas mentir à tout le monde tout le temps.
    Mais maintenant ?

    Vous êtes l’idole des bien-pensants.
    Et jouissant de cette idolâtrie, vous haïssez ceux dont l’idolâtrie est l’ennemi principal.

    Je vous souhaite une bonne nuit. »"

    Ayin Beothy

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