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Arnold Lagémi

Arnold Lagémi

Ma Chère Maman,
Je reviens de l’Agence juive.
Le dossier est complet.
On part demain soir.
J’ai décidé qu’on ne t’appellerait pas au téléphone pour te dire «au revoir».  Parce qu’avec un appareil en main on dit des choses,  mais pas celles qu’il faut. On t’écrira  donc,  chacun à notre tour.
Je commence donc.
Te rappelles tu le matin de mon mariage, tu m’avais dit, presque contrariée « Maintenant ce ne sera plus comme avant » Tu témoignais à ta façon,  toujours réservée, que ton fils était un adulte et qu’il te  faudrait l’accepter.

Aujourd’hui, c’est à moi de te dire «Maman,  ce ne sera plus comme avant ! » La vie qui nous attend imposera une multitude de nouveautés qui seront rupture avec nos habitudes. Et si je n’ai pas peur de cette nouvelle vie, si tout devra être revu à l’aune du changement et  si je n’éprouve aucune appréhension, aucune tension, il y a une raison à cela.  Je voulais,  que tu saches que cette aisance, cette audace, cet aplomb même,   je les dois à quelqu’un qui ne se doute pas de la place qu’elle a dans ma reconnaissance et ma gratitude : ma mère,  à qui j’ai donné plus de soucis qu’elle ne m’a sanctionné alors que c’eût été bien justifié.

 

Je ne voulais pas te téléphoner en cette veille de départ,  par pudeur. Oui, par pudeur,  parce que aujourd’hui, comme disent les  jeunes, je vais me lâcher,  en te disant merci Maman, merci  pour le trésor que je te dois. Oh, ne prends pas l’air surpris. Quel trésor ? Viens tu de murmurer. Mais si je n’ai pas peur, si je ne suis pas angoissé à la veille de ce grand chamboulement, c’est que  j’ai  confiance en moi, en la vie,  et cette force,  c’est  à toi, à toi seule que je la dois.

 

Te rappelles tu, non tu ne te rappelles pas, c’était avant la rentrée en 6ème,  je suis revenu avec un bulletin  lamentable, l’air penaud. Tu as pris le bulletin, tu m’as regardé avec tes yeux enveloppants comme chaque fois que ça n’allait pas,  et tu m’as dit : « ça sera mieux plus tard,  parce que c’est toi le meilleur » Je me suis enfui dans ma chambre, tu as cru que je boudais mais c’était pour y déverser tout un flot de larmes de reconnaissance que je ne voulais pas que tu voies. Un enfant oublie les gifles mais les mots qui vous tiennent debout, ils sont en vous jusqu’au dernier jour de vie.

 

Et toutes les fois où j’étais malade, te rappelles-tu, ces histoires que tu me racontais en cherchant probablement l’inspiration parmi les ombres du plafond.   Tu t’arrangeais toujours pour que le héros ait mon âge,  qu’il me ressemblât,  afin que je puisse facilement m’identifier à lui. Et ce héros était toujours vainqueur des monstres et des dragons. Maman, toutes ces histoires m’ont donné une formidable assurance en moi,  dont je vais avoir grand besoin. En m’ouvrant au merveilleux, tu m’as permis de développer mon  imagination, source de victoires, de joies et de contentement.
J’étais un peu gêné  pour te  dire tout ça, papa et toi ne nous avaient pas habitués  à nous ouvrir à vous. Vous disiez toujours «  il faut garder  ses secrets. » Et bien moi, ce soir, je ne t’ai rien caché. Pour finir,  « Maman, je vais essayer  avec mes enfants,  de faire comme toi, mais si je n’y arrive pas, promets moi d’être toujours là,  pour aider ton fils à être un bon père !

Demain, on sera à Jérusalem. Il y fait froid en ce moment. Je crois que le pull que tu m’as offert sera utile. Ta petite fille m’arrache le stylo. Au revoir !

Je t’embrasse Maman.

www.arnoldlagemi.com

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11 Reponses to “Lettre à ma mère. (fiction littéraire) Par Arnold Lagémi”

  1. Aussenac dit :

    Comment avais-je pu passer à côté de ce trésor?

    Bravo, Altesse.

  2. bonnie lynn dit :

    pour partir quand on sait que les parents ne seront pas d’accord, les bisous ne peuvent que renformer laplaie. bravo

  3. Arnold Lagémi dit :

    Pour betty L

    Il est sûr qu’un Juif n’est lui même qu’à sa place. Merci de le rappeler. Merci aussi de me reconnaître des qualités de coeur qui ont cet avantage sur les qualités d’esprit d’être toujours infaillibles.
    Recevez mon très amical Chalom

  4. Arnold Lagémi dit :

    Chère Mihal,
    Je suis sûr que votre maman (z’l) sait aujourd’hui combien vous avez eu raison.
    Bonne continuation dans votre merveilleux travail.
    Bien amical Chalom.

  5. Arnold Lagémi dit :

    POUR LIVNAT BITTY

    Il y a des familles qui ne pratiquent pas le baiser avec facilité. Cela n’enlève rien à l’affection. Tout comme le vouvoiement n’exclut pas l’amour.
    Il y a d’autres conceptions de l’amour filial, que la vôtre. Apprenez à les connaître, à les respecter surtout!

  6. Livnat Bitty dit :

    je suis soufflee! partir sans embrasser sa maman ,qui lui aurait surement dit encore quelques mots dont il se souviendrait toujours avec reconnaissance..non je ne comprends pas ..il s’est epargne un moment d’emotion trop forte ,et quelques larmes sans doute ..la lettre met une distance ..La distance geographique ne lui suffisait pas??Il s’est derobe au face a face
    quand nous avons fait notre Alya nous sommes alles vivre les 3 derniers jours avant le depart chez nos parents vieux et courageux..prendre de leur chaleur et de leur force qui ont su relever des defis et des epreuves.
    cette lettre qui est donc une fiction ne tient pas debout d’apres moi.

  7. betty L dit :

    lorsque le malaise s’installe il est parfois utile de faire un point ecrit

  8. vaknin mihal dit :

    Merci Arnold pour cette emouvante lettre……c’est exactement ce que j’aurais pu ecrire a ma maman{z’l}il y a 42ans quand j’ai fait mon choix monter en Israel!!et combien j’aurais aime qu’elle soit de ce monde aujourd’hui pour comprendre combien j’ai eu raison!!

  9. betty L dit :

    CE n’est qu’en ISRAEL que l’on peut devenir soit même et votre emouvante lettre prouve qu’un GRAND MONSIEUR peut aussi avoir du COEUR

  10. Arnold Lagemi dit :

    Vous avez raison de dire qu’ »il est plus aisé d’écrire une lettre que de parler ouvertement. »
    C’est la raison pour laquelle, avec ses proches notamment, lorsque le malaise s’installe, il est, parfois utile de faire un point par écrit.
    Bien cordial Chalom

  11. Partouche Nicole dit :

    C’est une très belle lettre écrite avec pudeur.
    Il est vrai qu’il est plus aisé d’écrire une lettre que de parler ouvertement.
    J’en ai les larmes aux yeux.

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