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pardon

Voici que nous nous approchons de Kippour, le jour dénommé « le grand pardon », et puisque l’introspection et la réflexion sont les premières clefs qui permettent de se préparer, je voudrai, à ma mesure, partager avec vous quelques interrogations.

Si je m’adressai à un public juif, les termes pour m’exprimer seraient différents parce qu’ils renverraient à des concepts qui relèvent de la mentalité hébraïque, et donc de la Tradition ésotérique Juive, mais comme je sais être lue essentiellement par un public non juif, mon expression sera fatalement infidèle dans sa richesse intérieure. Cependant, je tiens beaucoup à tous ces échanges qui se construisent avec les croyants des autres religions et les non-croyants, et je suis heureuse de continuer à le faire par le biais de cet article, et je vous invite à enrichir ma première réflexion.

Une première clarification s’impose : il ne suffit pas de demander « pardon » au bon Dieu pour être nettoyé de nos erreurs, et des blessures que nous infligeons à autrui, quand bien même notre sincérité serait parfaitement entière.

La Tradition Juive enseigne que le pardon passe par l’homme offensé, et que l’Eternel ne saurait ignorer sa peine ou sa douleur. C’est seulement si cette demande renouvelée publiquement n’est pas entendue par l’homme offensé, que l’offenseur est, en quelque sorte, libéré du poids de son regret.

Cette première idée est essentielle, car elle nous rappelle que nous sommes sur terre pour vivre avec Autrui, et pour construire ensemble un monde, réceptacle du Divin, et non pour vivre isolés les uns des autres, chacun enfermé dans sa tour d’ivoire.

Cette première idée nous rappelle qu’il ne peut y avoir de relation avec Dieu qui soit coupée de notre relation avec les autres hommes. On ne saurait être un Saint ou un Juste sans vivre la complexité des relations humaines, et sans se frotter aux émotions qui sont partie intégrante de la nature humaine.

Et quid du Pardon ? Pour approcher de la définition du Pardon, il me semble nécessaire de répondre à un certain nombre de questions, et d’envisager les états d’âme de l’offensé et de l’offenseur. Bien-sûr, pour s’engager corps et âme dans cette réflexion, il faut imaginer les situations les plus graves, celles de la perte d’un proche, d’une offense publique, d’une trahison qui nous a véritablement meurtrie, etc…

Plaçons-nous dans la situation de la personne offensée :

Peut-on pardonner si on ne vient pas vous demander pardon ? Le fait de demander Pardon n’est-il pas la reconnaissance par son auteur, du mal causé, qu’il soit volontaire ou non, et peu importe qu’il reconnaisse ou non ses torts ? Cette reconnaissance n’est-elle pas indispensable, comme un baume sur une blessure ouverte ? Que peut d’ailleurs valoir un pardon, quand celui qui blesse se moque des blessures causées ?

Par ailleurs, a-t-on le droit de pardonner pour autrui, quand celui-ci est mort, assassiné par les mots ou les armes, ou quand la parole lui est retirée du fait de sa blessure ? Peut-on pardonner au nom de six millions de Juifs partis en fumée ? Au nom d’un proche, mort dans la douleur d’un comportement assassin ?

Et lorsque nous avons passé l’éponge et tourné cette page de notre vie, peut-on revenir à une situation « normale » ? L’oubli est-il possible ? Ou faut-il s’éloigner pour se reconstruire dans la paix et la sérénité ? Mais alors, s’agit-il de pardon réel ?

Il n’est pas simple de répondre à toutes ces questions mais elles donnent la dimension de la complexité d’une réflexion sur le Pardon.

Plaçons-nous dans la situation de l’offenseur :

Quelque fois ou souvent, l’offenseur est lui-même offensé, et il n’est pas simple alors de faire ce fameux premier pas qui a séparé tant de familles et tant d’amis.

Que lui apporte le pardon qu’il va présenter ? Sur un plan purement individuel, je rappelle que le mot MeHiLa (Pardon) s’écrit avec les mêmes lettres que le mot MaHaLa (Maladie) puisque, vous le savez, l’hébreu est une langue consonantique.

Celui qui n’obtient pas le pardon, faute de s’être mis en adéquation avec la procédure fixée par les textes, et celui qui ne sait pardonner, ferment les canaux de la bénédiction divine, le flux de la Vie qui pénètre dans notre corps et dans notre âme. Ce faisant, ils sont les propres auteurs des maladies du corps et de l’âme.

Etre capable de demander pardon en toute sincérité nécessite certainement l’humilité, la capacité d’un retour sur soi et vers l’autre, le regret ou le remords qui ne nous laissent plus vivre en toute légèreté.

Mais de quoi parle t-on, et qu’est ce que le remords ? En hébreu, un mot exprime le remords total, celui qui rend malade, lorsque le désir de l’âme est si fort qu’il aspire à effacer la blessure causée, afin qu’il n’en reste plus jamais aucune trace. C’est le mot Teshouva, qui veut dire à la fois Retour et Réponse.

Et la boucle est bouclée.

Revenir en arrière et faire que la blessure n’ait jamais été causée, que les mots n’aient jamais été prononcés, que le comportement n’ait jamais été insultant, que le respect et la juste mesure aient été de mise en toutes circonstances, et demander pardon aux hommes et à Dieu, sont choses possibles dans la religion Juive.

Dans les conditions indiquées, demander Mehila, c’est revenir à l’essentiel de Soi, et à l’âme pure qui nous a été confiée pour construire ensemble un monde de vrai et sincère fraternité.

La Réponse est dans le Retour, et nul doute que le Pardon fait grandir, et permet de trans/former les erreurs et les fautes en échelons de lumière, car si on est Maître dans l’art de poser les questions, on peut, je le pense, gravir les échelons de notre échelle intérieure, jusqu’à trouver la réponse en soi, et en haut de l’échelle.

Je pose devant tous ceux et toutes celles que j’aurai pu blesser par mes écrits, mon attitude ou mes réactions, un mot que je prononce de toutes les forces de mon être : Mehila.

Et je n’aurai pas moi-même bouclé la boucle si je ne confirmai pas ici, ne pas tenir rigueur et avoir pardonné à celles et ceux qui, dans le passé, m’ont blessée volontairement ou non.

© Rachel Franco pour www.Drzz.fr

Israël, 5 Octobre 2011

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Une Reponse to “Le pardon, pour quoi faire ? Par Rachel Franco”

  1. Martine dit :

    Merci Rachel pour cette démarche de vie …..

    Un grand merci, car elle nous enseigne qui nous sommes ….. Des pauvres assis à côté d’autres pauvres ….
    Pauvre d’amour, pauvre d’écoute, pauvre de compréhension, pauvre du don de nos vies, pauvre de cette difficulté de pouvoir nous accueillir en vérité, sans prétention , et par respect de l’être humain, digne d’être considéré….. parce qu’il EST !

    Oui merci car reconnaitre que nous avons besoin de demander pardon , de s’excuser, c’est reconnaitre notre humanité limitée, c’est reconnaitre que nous sommes des êtres imparfaits, inachevé, en route vers l’accomplissement de ce pourquoi nous sommes nées = nous aimer de l’amour agapè…. amour gratuit….. Qui permet à l’autre d’exister …..

    « Ma liberté s’arrête la où commence celle de l’autre  »

    Faire de la place à l’autre… le reconnaître dans sa différence et le laisser exister à mes côtés …….C’est la plus grande et plus noble marque d’amour et de respect !

    Moi aussi à ta suite Rachel je demande pardon et je m’excuses pour les mots écrits qui ont pu choquer blesser et arrêter quelqu’un dans sa marche et atteindre sa paix.

    MEHILA !

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