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En ce Chabbat, 1er jour de notre belle fête de Pessah commémorant la sortie d’Egypte et la délivrance de nos ancêtres les Hébreux, la Synagogue était pleine. Il y avait beaucoup d’Enfants, certains très attentifs, d’autres un peu moins mais on sentait sur eux la joie de vivre malgré qu’ils se soient couchés très tard la veille après avoir posé les questions rituelles, après avoir chanté « Ma nichtana ? » (qu’est-ce qui change ?), après avoir entendu l’évocation des « 10 plaies », « Dayenou ! » (c’eût été suffisant), Had Gadyia (l’histoire du chevreau) et le traditionnel espoir de « l’An prochain à Jérusalem ».

Certes, comme l’a recommandé le Grand Rabbin Chlomo Moché Amar, « il ne faut pas sombrer dans la douleur [de Toulouse] mais se ressaisir et aller de l’avant afin de passer durant cette fête de Pessah du deuil à la fête, de l’obscurité à la lumière de la Délivrance »

Cependant, durant l’office, je ne pouvais, en voyant ces Enfants, m’empêcher de penser à Myriam, Gabriel et Arieh assassinés parce que Juifs le 19 mars dernier.

Je ne pouvais, en voyant ces Enfants, m’empêcher de penser à ces « chaises vides », en plus de celle, traditionnelle, du Prophète Elie, pour le Séder.

Je ne pouvais, en voyant ces Enfants, m’empêcher de penser à Shalevet, à Daniela, à Noam, à Yoav, Alad et Hadass Fogel que j’ai cités dans ma « Lettre à Myriam » ainsi qu’à tous ces Enfants assassinés parce que Juifs.

Je ne pouvais, en voyant ces Enfants, m’empêcher de penser aux 44 Enfants d’Izieu « arrêtés » 2 mois exactement avant le Débarquement en Normandie, il y a 68 ans, le 6 avril 1944.

Je ne pouvais oublier qu’avec 7 de leurs éducateurs, ce sinistre 6.avril 1944, la Gestapo de Lyon commandée par le criminel de guerre Barbie, le « boucher de Lyon », tortionnaire de Jean Moulin, les occupants de la Maison d’Izieu, à l’exception de Léon Reifman, 30 ans, originaire de Roumanie, qui put s’échapper (1), furent « raflés » alors que, dans le réfectoire, les petits déjeuners les attendaient. Le plus jeune des enfants, Albert, n’avait que 4 ans, le plus âgé, Arnold, 17 ans. 42 Enfants furent gazés à Auschwitz et les 2 autres, « plus âgés », furent fusillés. Le seul crime de ces Enfants, pour certains d’entre eux orphelins, et de leurs éducateurs : être Juifs !

Je ne pouvais oublier que le 24avril.1994, M. François Mitterrand inaugura le Musée Mémorial de la Maison d’Izieu déclarant en particulier : « Ne laissons pas le temps faire œuvre d’oubli au lieu de faire œuvre d’Histoire ». Ce jour-là, Madame Sabine Zlatin (2) avait définitivement gagné son combat pour la Mémoire des Enfants d’Izieu et de cette Maison dans laquelle 44 enfants et 7 adultes vécurent leurs derniers moments de bonheur.

Oui, leurs derniers moments de bonheur car le 6 avril 1944 deux camions et une voiture s’arrêtèrent devant la maison et une quinzaine de soldats allemands appartenant au 958ème bataillon de la défense antiaérienne encadrés par 3 hommes en civil et 2 officiers de la Gestapo regroupèrent avec violence et brutalité les occupants de la Maison et « malgré les pleurs et les cris, les jetèrent dans les camions comme de vulgaires marchandises » d’après les témoignages des voisins. J’ai lu que, comme ultime acte de résistance et sous la direction des adultes, les Enfants chantèrent en chœur « Vous n’aurez pas l’Alsace et la Lorraine ».

Enfermés au fort Montluc à Lyon, les 44 Enfants et leurs 7 accompagnateurs furent transférés à Drancy le 8 avril où ils portèrent les numéros 19.185 à 19.235. Le 13 avril, une semaine après « la rafle », 34 enfants et 4 éducateurs furent déportés à Auschwitz par le convoi n° 71. Après plus de 80 heures d’un voyage plus qu’inhumain et épuisant dans des wagons à bestiaux, les Enfants furent immédiatement gazés.

Les autres Enfants et leurs éducateurs furent déportés par les convois 72, 74, 75 et 76 entre le 20 avril et le 30 juin alors que Miron Zlatin et deux adolescents, déportés par le convoi n° 73, furent fusillés en Estonie fin juillet.

Seule, Laja Feldblum, originaire de Pologne, une éducatrice de 26 ans, reviendra de déportation.

Si, à ma connaissance, la présence de Barbie lors de la rafle ne fut pas établie, il en est, par contre, indiscutablement le responsable direct.

Les Etats-Unis « utilisèrent » cet individu pendant la guerre froide puis le firent passer en Amérique du Sud. Du Pérou, il se rendit en Bolivie où il mit « ses compétences » au service de la dictature. Se faisant appeler Klaus Altmann et disposant d’un passeport diplomatique bolivien, il se déplaça en Europe afin d’acheter des véhicules militaires destinés à la répression des manifestations de l’opposition.

Il fut débusqué grâce à la ténacité et au courage « de deux femmes – l’une du peuple martyr [Mme Halaunbrenner, Mère de Mina, 8 ans, et Claudine, 5 ans, assassinées], l’autre du peuple bourreau [Beate Klarsfeld] [qui] étaient allées au bout du monde pour réclamer justice » (3).

Après un changement de pouvoir politique en Bolivie, Barbie fut expulsé versla Francedébut février 1983 (je me trouvais en Bolivie à ce moment-là) et incarcéré à la prison de Montluc à Lyon, là même où il avait sévi et où les Enfants d’Izieu transitèrent avant leur transfert à Drancy.

Le procès Barbie s’ouvrit le 11 mai 1987 devantla Courd’Assises du Rhône, procès au cours duquel il refusa lâchement d’assister aux audiences.

Il y eut les témoignages d’une grande résistante âgée de 86 ans torturée par Barbie en personne et d’une femme de 57 ans qui le reconnut à la télévision en 1972, Simone Lagrange, miraculée d’Auschwitz, arrêtée avec ses Parents à l’âge de 13 ans, toujours par Barbie, le jour du débarquement allié en Normandie., Elle vit sa Mère gazée et son Père abattu à ses pieds lors de la Marchede la mort d’Auschwitz à Ravensbrück. Il y eut naturellement les témoignages des proches des Enfants d’Izieu. Après 4 jours de plaidoiries, Barbie fut condamné à la réclusion à perpétuité le samedi 4 juillet 1987. Ce criminel mourut en prison le 25 septembre 1991, le monde étant ainsi débarrassé d’un monstre !

Il me souvient encore de cette réflexion de Serge Klarsfeld :« Les Enfants d’Izieu n’ont rejoint leurs Parents que dans la fumée d’Auschwitz » (4).

Comment Barbie eut-il connaissance de la présence d’Enfants Juifs à Izieu ? En septembre 1945, des recherches mirent en accusation un réfugié lorrain, paysan dans une commune proche d’Izieu. Cet homme avait des rapports avec les Allemands et embauchait un des adolescents de la Maison d’Izieu. Le 6 avril 1944 il aurait accompagnéla Gestapo et aurait assisté à l’« arrestation » des occupants dela Maison d’Izieu. Faute de preuves, cet homme ne fut pas accusé de dénonciation mais fut cependant condamné à la « dégradation nationale à vie pour intelligence avec l’ennemi ».

En tout état de cause, il y eut au moins une dénonciation car le Sous-préfet de Belley, Pierre-Marcel Wiltzer, cité en (2), déclara avoir reçu au cours de l’hiver précédant la rafle une lettre non signée indiquant que « les Enfants de la colonie étaient Juifs ». Barbie n’en fit jamais mention.

*

*      *

ZAKHOR

(Souvenir)

Mes Enfants chéris,

- vous vous appeliez Sami, Hans, Nina, Max-Marcel, Jean-Paul, Esther, Elie, Jacob, Jacques, Barouk-Raoul, Majer, Albert, Lucienne, Egon, Maurice, Liliane, Henri-Haïm, Joseph, Mina, Claudine, Georges, Arnold, Isidore, Rénate, Liane, Max, Claude, Fritz, Alice-Jacqueline, Paula, Marcel, Théodor, Gilles, Martha, Senta, Sigmund, Sarah, Max, Herman, Charles, Otto, Emile,

- vous étiez des orphelins souvent appartenant à la même famille et vous aviez réappris à vivre, à rire, à chanter comme tous les autres enfants, grâce à Sabine, à Miron et à vos éducateurs,

- vous avez été brutalisés, transportés dans des wagons à bestiaux, gazés et brûlés par des gens comme Barbie et par toute une clique d’assassins qui avaient décidé que vous n’aviez pas votre place sur terre car vous étiez Juifs.

Mais vous ne serez jamais une statistique car

- il nous reste de vous, outre vos noms gravés sur une plaque en marbre apposée sur la façade dela Maison dans laquelle vous connûtes vos derniers jours de bonheur.

- il nous reste de vous votre état-civil, vos photos avec vos sourires innocents grâce à Beate et Serge Klarsfeld (5). De plus, grâce au Rabbin Daniel Farhi, vos noms sont lus à l’occasion du Yom HaShoah tous les 2 ans, vous qui n’eûtes pas droit à un Kaddish, vous qui, comme toutes les victimes de la barbarie et la sauvagerie, êtes « morts sans sépulture ».

- il nous reste de vous un monument-colonne de5 mètres de haut près de l’endroit où des sauvages, vous « arrêtèrent »,

- il nous reste de vous des plaques commémoratives comme celle du 13ème arrondissement de Paris,

plaques-izieu

- il nous reste de vous, en particulier de Georgy Halpern, 8 ans (5), des lettres émouvantes et des dessins naïfs sur lesquels figure très souvent le drapeau français.

Georgy Halpern

Et pourtant, plus de la moitié d’entre vous n’était pas née en France ! Mais, malgré votre jeune âge, vous aviez déjà reçu une éducation qui vous fit aimer ce pays, ce pays que vos parents avaient choisi se référant à ce proverbe yiddish « Heureux comme D.ieu en France », ce pays dont le gouvernement d’un certain ex-Maréchal traître qui avait « perdu le sens de l’honneur et livré le pays à la servitude » vous trahit, vous condamnant ainsi à mort !

Vous faites partie des 11.400 Enfants déportés Juifs de France dont certains n’avaient que quelques jours (5). Vous faites partie du million et demi d’Enfants Juifs assassinés en Europe par des sauvages de mémoires maudites.

Que vos Mémoires et celles de tous nos Innocents assassinés soient bénies ! Amen !

Que la mémoire des assassins de tous nos Innocents assassinés soit maudite !

Charles Etienne NEPHTALI

Le 9 avril 2012

(1) Témoignage de Léon Reifman, rescapé et témoin de la rafle : « Je descendais les escaliers quand j’entendis ma sœur crier : « Les Allemands, les Allemands sont là ! Sauve-toi ! » Je sautai par la fenêtre et me cachai sous un buisson. J’entendis les enfants crier, terrorisés par les ordres des Nazis. »

(2) C’est grâce à l’aide du Sous-Préfet de Belley, Pierre-Marcel Wiltzer, désobéissant aux ordres à l’inverse de Papon, n’en déplaise à M. Barre, que Sabine Zlatin, Française d’origine juive polonaise, infirmière militaire ayant perdu son emploi en application des scélérates lois anti-juives de Vichy, fonda avec Miron, son mari, la Colonie d’enfants réfugiés de l’Hérault afin de les soustraire aux rafles et leur redonner goût à la vie en leur réapprenant peu à peu à rire et à jouer. Cette tragédie a été remarquablement reconstituée dans le téléfilm « La Dame d’Izieu » d’Alain Wermus diffusé sur TF1.

sabine-zlatin

(3) Phrase extraite de l’ouvrage « Les Enfants d’Izieu, une tragédie juive », page 118. Les dates et numéros de convois ainsi que les dates d’« arrestation » et d’assassinats sont extraites du même ouvrage.

Il y a une dizaine d’années, je faisais la connaissance d’Alexandre Halaunbrenner, le porte-drapeau de l’Association des F.F.D.J.F, dont ses 2 sœurs, Mina, 8 ans et Claudine, 5 ans, pensionnaires de la Maison d’Izieu, furent déportées par le convoi n° 76 du 30 juin 1944 et assassinées à Auschwitz. Depuis, je me souviens encore plus qu’avant, et ce n’est pas peu dire, de ce sinistre 6 avril 1944, il y a 68 ans. La famille d’Alexandre fut pratiquement entièrement anéantie. Jacob, son père, 41 ans, fut assassiné par la Gestapo de Barbie le 24 novembre 1943 de 17 balles de mitraillette. C’est Alexandre lui-même qui identifia le corps. Son frère aîné, Léon, 14 ans, fut transféré à Drancy et déporté le 17 décembre 1943 par le convoi n° 63 vers Auschwitz où il fut assassiné. Il faut rendre hommage Madame Halaunbrenner, la mère d’Alexandre, qui participa activement à la traque de Barbie en Bolivie.

(4) On fit toujours croire aux malheureux Enfants dont les Parents avaient déjà été déportés, et on voulu aussi faire croire à la population, qu’ils allaient « rejoindre leurs Parents ». On peut lire cela en particulier dans « Sans oublier les Enfants » d’Eric Conan (Grasset) qui traite de ces 3.500 Enfants de 2 à 16 ans dont le calvaire commença au Vel’ d’Hiv’ les 16 et 17 juillet 1942 pour se poursuivre dans les camps de Pithiviers et de Beaune-la-Rolande entre le 19 juillet et 16 septembre 1942. Un Mémorial en souvenir de ces 3.500 Enfants fut inauguré début 2008.

Au sujet de cette sinistre rafle du Vel’ d’Hiv’ au cours de laquelle « La France, patrie des Lumières et des Droits de l’Homme, terre d’accueil et d’asile, avait accompli l’irréparable », pour reprendre les mémorables paroles prononcées le 16 juillet 1995 par M. Jacques Chirac, 9.000 hommes de la police de Bousquet arrêtèrent 13.152 Juifs (3.118 hommes, 5.919 femmes et 4.115 enfants) de Paris et sa banlieue qui furent parqués au Vel’ d’Hiv’ avant d’être déportés et pratiquement tous assassinés à Auschwitz ; il n’y eut que 25 rescapés. Le film « LA RAFLE » de Rose Bosh, dont Serge Klarsfeld fut le conseiller historique, est sorti sur les écrans le 10 mars 2010. Il aura donc fallu attendre 68 ans pour que, enfin, il soit redonné une vie aux Juifs internés au Vel’ d’Hiv’ et, en particulier, aux Enfants. Ce film devrait être projeté dans les établissements scolaires.

Par ailleurs, le CERCIL ( http://www.cercil.fr/ ) inaugura le 27 janvier 2011, en présence de Mme Simone Veil et de M. Jacques Chirac, ses nouveaux locaux au 45 rue du Boudon Blanc à Orléans. Centre d’Histoire et de Mémoire sur les camps d’internement de Beaune-la-Rolande, Pithiviers et Jargeau (Loiret), il comprend une salle d’archives, un espace pédagogique et le musée-mémorial des Enfants du Vel’ d’Hiv’.

(5) En avril 2007, l’Association des F.F.D.J.F. et la Mairie de Paris organisèrent à l’Hôtel de Ville de Paris une remarquable exposition sur « Les 11.400 Enfants Juifs déportés de France entre juin 1942 et août 1944 ». On pouvait y voir les petits visages innocents de celles et ceux qui aujourd’hui auraient pu être nos Parents ou nos Grands-Parents sans la sauvagerie et l’inhumanité de gens comme Papon, Barbie, Bousquet et autres criminels du même acabit. A défaut d’avoir visité cette exposition, vous pouvez acquérir des ouvrages édités par les F.F.D.J.F. et, en particulier, pour la tragédie des Enfants d’Izieu, « Georgy, un des 44 Enfants de la Maison d’Izieu » et « Les Enfants d’Izieu, une tragédie juive ». Personnellement, j’en acquiers souvent plusieurs exemplaires que j’offre à l’occasion d’événements familiaux (mariage et même Bar-Mitsva).

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*      *

Enfin, je souhaiterais faire une remarque toute personnelle au sujet du chiffre 4.

Certains Rabbins et exégètes donnent une signification particulière aux chiffres comme par exemple :

1 pour le D.ieu unique, le D.ieu Un,

2 pour les deux Tables dela Loi,

3 pour nos trois Patriarches, Abraham, Isaac et Jacob,

4 pour nos quatre « Matriarches », Sara, Rébecca, Léa et Rachel, qui, stériles, eurent par la suite des Enfants.

…………………

Ce chiffre 4 m’a fasciné, ou plus exactement, m’a obsédé en rédigeant ce long texte sur les Enfants d’Izieu. Je l’ai rencontré partout et me suis permis de le mettre en caractère gras afin d’attirer votre attention. A noter que le mois d’avril est le 4ème mois de l’année civile.

 

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3 Reponses to “Le 6 avril 1944 : « arrestation » des 44 Enfants d’Izieu Par Charles Etienne NEPHTALI”

  1. betty L dit :

    ILS etaient NES EN FRANCE et avait la carte de PRISONNIER POLITIQUE MORT POUR LA FRANCE des enfants prisonniers politique?????reste les cartes souvenirs

  2. betty L dit :

    A MARSEILLE un centre commercial a ouvert sur les ruine du CHATEAU de la verdiere dit la MAISON D’IZIEU……le 20 octobre 1943 28 enfants et 9 mères de famille sont arretees par la Gestapo au 40 avenue de la rose déportes puis exterminés a AUSSCHWITZ ils vivaient depuis plusieurs mois dans ce centre ouvert par L’UGIF bloqués sur instruction des Allemands……dans le convoi 74 du 20 mai avec la maman de mon mari ESTHER BENDJOUYA ses enfants VICTOR LEVY HANNA LEVY et VIOLETTE LEVY 1 AN tous extermines parceque nés JUIFS

  3. meller danielle dit :

    ce type etait un monstre .PAUVRES GAMINS

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