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liberation.frANALYSE L’Etat hébreu, qui craint un transfert des armes de Bachar al-Assad vers le Hezbollah, pourrait intervenir.
Par AUDE MARCOVITCH Correspondante à Tel-Aviv
Depuis les hauteurs du plateau du Golan, conquis par Israël à la Syrie durant la guerre de 1967, par temps clair, on aperçoit Damas. Mais plus besoin désormais de jumelles pour observer le voisin, la guerre civile qui déchire la Syrie est arrivée aux portes d’Israël. Les violents combats qui se sont déroulés il y a quelques jours dans le village de Jubata al-Khashab ont résonné jusque de l’autre côté de la frontière, à 400 mètres de là. Durant la bataille, 500 soldats syriens et 50 véhicules militaires, à la poursuite des rebelles, ont franchi la zone démilitarisée imposée entre Israël et la Syrie après un accord signé en 1974. Désormais, ce qu’Israël percevait comme sa frontière la plus calme depuis quarante ans est devenue une zone volatile qui risque de dégénérer à tout moment.

«C’est la première fois depuis 1973 que de lourdes batailles se déroulent sur le Golan. Il y a un risque que ce territoire devienne un nouveau Sinaï, une zone sensible, terrain de différents groupes activistes», relève le professeur Eyal Zisser, spécialiste de la Syrie à l’université de Tel-Aviv. De même, le chercheur Ely Karmon, du Centre interdisciplinaire de Herzliya pour la lutte contre le terrorisme, évoque l’hypothèse que des jihadistes venus d’Irak prennent pied en Syrie et choisissent à l’avenir de faire du Golan leur nouveau terrain d’action. En outre, la venue de réfugiés syriens fuyant les combats pourrait également devenir une réalité en Israël. Mais, dans les bureaux du Premier ministre israélien à Jérusalem, de même qu’à la Kyria – le ministère de la Défense à Tel-Aviv -, la préoccupation principale n’est pas la porosité de la frontière. C’est vers la grande quantité d’armes chimiques, bactériologiques, les missiles à longue portée ou antiaériens que se porte toute l’attention des décideurs politiques et militaires israéliens.

Stocks. Pour de nombreux spécialistes, Damas possède la plus importante réserve d’armes non conventionnelles au monde. D’ailleurs, pour la première fois, le régime a reconnu en début de semaine disposer de telles armes. Des stocks observés de très près, notamment par les Etats-Unis et Israël, lequel craint vivement que cet arsenal ne tombe entre les mains du Hezbollah ou d’autres groupes armés. Pour l’Etat hébreu, le transfert de ce matériel sophistiqué au mouvement chiite libanais constituerait une ligne rouge, un casus belli qui provoquerait une réaction immédiate. «Je le dis clairement : l’Etat d’Israël ne peut accepter le transfert d’armes de pointe de la Syrie vers le Liban», a récemment souligné Ehud Barak, le ministre de la Défense. Hier, le ministre des Affaires étrangères, Avigdor Lieberman, a renchéri : «Si nous repérons un transfert d’armes chimiques syriennes au Hezbollah, nous agirons de la façon la plus dure possible.» Grâce aux satellites et à un système d’écoute téléphonique sophistiqué, Israël tente de connaître la position exacte des armes à disposition de la Syrie. Et, malgré des avertissements alarmistes de la rébellion, il semblerait que cet arsenal n’ait pas changé de mains. «De ce que j’en sais pour le moment, Assad contrôle ses stocks d’armes chimiques et a accru la protection autour d’elles», a déclaré mardi le chef d’état-major israélien, Benny Gantz.

Face au Parlement, le responsable des forces armées israéliennes a présenté deux scénarios préparés par ses hommes qu’Israël pourrait mettre en œuvre dans le cas où le régime syrien choisirait de transmettre ses armes au Hezbollah. Soit une action ciblée contre le convoi déplaçant l’arsenal, soit une attaque plus large sur les lieux actuels de l’entreposage. La première option, qui exige une préparation minutieuse des services de renseignements, semble à l’heure actuelle emporter la préférence de Benny Gantz. Ce dernier craint qu’une attaque sur les espaces de stockage ne «dégénère en conflit plus large que ce [qu’ils avaient] envisagé». Des éditorialistes israéliens ont renchéri en évoquant le risque d’une entrée dans la danse de l’aviation syrienne et le basculement du conflit en guerre entre voisins. Selon le spécialiste de l’antiterrorisme Ely Karmon, Israël évitera toute action sur le sol syrien. Si une attaque devait être menée contre un convoi d’armes destinées au Hezbollah, que ce soit sous forme de raid aérien ou de sabotage sur le terrain, «elle ne se fera qu’une fois les camions arrivés sur sol libanais», juge le chercheur. Pour lui, d’ailleurs, le transfert des armes au mouvement chiite ne sera pas forcément le choix privilégié par le régime de Damas.

Micro-état. Bachar al-Assad et sa clique pourraient conserver cet armement pour leur propre protection et celui des populations alaouites en cas de chute du régime. Le retrait des caciques dans un «réduit alaouite», le long de la côte entre Lattaquié et Tartous, protégé par le fleuve Oronte et la montagne alaouite, compte parmi les hypothèses pour l’après-chute du régime. «Si on assiste à la création d’un mini-Etat alaouite, le régime pourrait faire passer les armes chimiques vers ce territoire pour empêcher le massacre des citoyens alaouites par les populations actuellement sous le feu de l’armée syrienne», analyse Karmon. Vu d’Israël, ce micro-Etat deviendrait, dans la droite ligne du régime, un nouveau client de l’Iran, fidèle supporteur du régime de Bachar al-Assad.

Hormis les craintes de déstabilisation régionale et les doutes quant à l’après-Al-Assad, les dirigeants israéliens voient d’un bon œil la chute du Lion de Damas. A leurs yeux, la fin du régime provoquerait un affaiblissement de l’ennemi honni, l’Iran. Meïr Dagan, ancien chef du Mossad, le service des renseignements extérieurs, juge ainsi que «sa chute affaiblirait l’influence iranienne dans la région et l’influence du Hezbollah au Liban. Elle aurait un effet dégrisant sur le régime et permettrait à l’Arabie Saoudite, aux pays du Golfe et à d’autres pays sunnites d’accroître leur influence en Syrie». En attendant, l’Etat hébreu se prépare au pire. D’après des discussions observées sur un forum proche des réseaux militaires, des réservistes auraient d’ores et déjà été appelés sous les drapeaux. De même, des missiles antimissiles auraient été déployés dans le nord. Enfin, la tension a également atteint la population : les centres de distribution de masques à gaz ont enregistré une hausse de 70% des demandes cette semaine.

Source : nosnondits.wordpress.com/…

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