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André Namiech

André Namiech

La nature biologique de l’homme n’a pas beaucoup changé depuis des millénaires. Cependant, il est incontestable que les progrès techniques et scientifiques les plus divers, réalisés ces dernières années, nous ont permis d’élargir considérablement nos connaissances dans beaucoup de domaines.

Des progrès significatifs ont également été réalisés en ce qui concerne la connaissance des espèces animales. Des observateurs ont pu démontrer les nombreux points communs, à des degrés divers, que l’homme partageait avec l’animal.

La question se pose alors de déterminer ce qui distingue essentiellement l’homme de l’animal.
Ce qui apparaît d’emblée, c’est la capacité unique qu’a le cerveau humain à concevoir des concepts théoriques et abstraits qui sont à la base des grandes découvertes et de leur réalisation.

Mais la nature, que nous savons maitriser de plus en plus, garde encore en secret les causes primordiales de l’origine de la vie. Les hypothèses d’un « Big-Bang » suivi d’un refroidissement qui aurait permis la rencontre d’atomes puis de molécules, pour constituer des corps physiques de plus en plus complexes, de l’amibe jusqu’à l’homme, fait intervenir le « hasard » pour combler les grandes lacunes que nous avons encore en ce domaine…

Dans son livre intitulé « Les étincelles de hasard » (Ed. du Seuil), le biologiste et philosophe Henri Atlan posait les questions suivantes : « La connaissance et la technique humaines sont-elles des infractions à quelque loi naturelle, un viol de la nature où elles se seraient imposées comme une exception monstrueuse ? Seraient-elles une espèce de malédiction dont l’humanité serait les effets, par sa domination, sur tout ce qui n’est pas elle? Ou bien, ne sont-elles qu’un produit parmi d’autres, de cette même nature ? »

L’homme créateur :

L’homme, lui aussi est un créateur, non seulement par procréation séminale naturelle (à l’instar de tous les autres espèces animales) mais, comme nous l’apprend la tradition, l’homme est capable de créer des entités spirituelles (bonnes ou mauvaises), par ses paroles et ses intentions.

La légende a gardé également le souvenir de certains justes qui, ayant atteint des niveaux spirituels élevés, ont pu créer des « êtres artificiels » qu’on a appelé des « Golems ». Le cas le plus connu est celui qu’aurait créé le Maharal de Prague.

Henri Atlan émet néanmoins des réserves à ce sujet : « Lorsque l’homme se découvre capable de créer un être artificiel, grâce à son savoir et à sa technique, les enjeux de la condition humaine se révèlent dans toute leur complexité. C’est dans l’activité créatrice que l’homme atteint la plénitude de sa capacité dans la perspective d’un « imitatio Déï », qui lui permet d’être associé à Dieu en un processus de création continue et perfectible. Mais, comme une arme à double tranchant, cette créativité met en danger la poursuite de ce processus-même qui doit conduire l’homme à son humanité ».

En effet, le plus grand danger que nous avons à affronter, n’est pas seulement que l’homme se prenne lui-même pour un dieu, mais aussi que les progrès de la science sans âme et de la technologie sans limite, ne transforment les hommes en robots privés d’humanité…

L’âme et le corps
La mort vient nous rappeler que notre corps est soumis aux mêmes lois de la détérioration naturelle de tous les corps physiques (loi de l’entropie). Mais l’homme a le sentiment, profondément ancré dans son subconscient, qu’il est animé par une âme immortelle qui transcende ses limites matérielles. Les prophètes nous le confirment journellement : « Hélohaï, l’âme que tu as mise en moi est pure. C’est toi qui l’as créée, toi qui l’as formée et toi qui la conserve en moi ; toi qui la reprendras et qui la remettras en moi au temps qui doit venir… »

On ne peut s’empêcher alors de se poser cette question : Pourquoi l’âme doit-elle revenir sur terre, alors qu’on nous dit qu’elle est pure ?
Plusieurs hypothèses peuvent être envisagées :
a) Serait-ce pour élever la conscience humaine et développer le sentiment de « l’amour du prochain » pour sauver l’humanité ?
b) Serait-ce que l’âme doit s’enrichir elle-même de nouvelles expériences terrestres ?
c) Serait-ce pour affronter de nouvelles épreuves, que seul le corps humain peut affronter ?
d) Serait-ce tout cela à la fois ?
Des révélations prophétiques ou des intuitions personnelles authentiques devraient nous aider à répondre à ces questions.

L’Homme à la découverte de son âme
Le psychanalyste C. G. Jung a abordé ce sujet dans un livre qu’il a intitulé « L’homme à la découverte de son âme » (Ed. du Mont Blanc Genève 1962).
Dans ce livre, C.G. Jung constatait avec amertume que le « matérialisme scientifique moderne ainsi qu’une psychologie « sans âme » avaient remplacé la croyance en la substantialité de l’esprit et de l’âme. Depuis lors, la conscience cessa de se développer en hauteur, mais progressa en largeur géographiquement et intellectuellement…

« Les représentants les plus savants de cette nouvelle conception considèrent l’esprit dans une dépendance totale de la matière… Cette spéculation intellectuelle a débouché sur l’hypothèse mécanique de voir dans la psyché, un phénomène biochimique complexe et de la ramener ainsi, à un jeu d’électrons et de molécules…

« Pour nos aïeux, c’était un fait évident que tout ce qui était, devait la vie à la volonté d’un Dieu spirituel. Nos ancêtres étaient persuadés que l’homme possédait une âme substantielle, de nature divine et donc immortelle ; qu’une force propre à l’âme édifiait le corps, entretenait la vie, rendant l’âme capable d’une existence extra-corporelle. Ils étaient persuadés aussi qu’il existait des esprits incorporels avec lesquels l’âme entretenait des relations ; qu’un monde spirituel au-delà de notre monde ici-bas empirique, conférait à l’âme une science des choses spirituelles dont on ne saurait trouver les origines dans le monde visible…

C. G. Jung constatait aussi « qu’aujourd’hui, nous surestimons les causes matérielles et nous nous figurons dès lors, avoir trouvé le mot de l’énigme, bercés que nous sommes par l’illusion de connaître mieux la matière qu’un esprit « métaphysique ». Or, la matière nous est tout aussi inconnue que l’esprit. Nous ne savons rien des choses dernières. C’est pour cette raison aussi que nous donnons des noms différents à ce qui pourrait être un seul et même phénomène : l’âme, la psyché, l’inconscient ou l’esprit. Seul cet aveu nous restitue l’équilibre…

« Un doute sur l’omnipotence de la matière, nous pousse à considérer d’un regard critique le croquis matériel et chimio-biologique que les scientifiques nous font de l’âme : Pour eux, les pensées ne seraient qu’une sécrétion cérébrale. Voilà bien une « psychologie sans âme » excluant tout psychisme inconscient.

Psychologie et philosophie
« La ressemblance intérieure entre la psychologie et la philosophie tient à ce qu’elles consistent toutes deux en une formation systématique d’opinions sur des thèmes qui échappent à une emprise totale de l’expérience et de la raison empirique. Elles excitent par là-même la raison spéculative qui se met à élaborer des conceptions telles qu’il faudrait des volumes pour résumer la multiplicité des opinions…

« Nous sommes en droit de supposer que l’âme provient d’un principe spirituel aussi inaccessible que l’est l’origine de la matière. Selon cette conception, l’âme représente la vie du corps par excellence, le souffle de vie, une espèce de force vitale qui, durant la gestation, la naissance ou la procréation, pénètre dans l’ordre physique spatial, puis abandonne à nouveau le corps mourant à « son dernier souffle ». C’est ainsi que l’âme, étant antérieure et postérieure à la réalité corporelle, se trouve située en marge de la durée du corps et jouit ainsi de l’immortalité.

« Le psychisme se révèle être une force qui est soustrait dans une grande mesure à l’arbitraire de la conscience : ainsi, nous sommes incapables par exemple de réprimer la plupart de nos émotions, de transformer en bonne humeur une mauvaise humeur détestable, de commander ou de décommander nos rêves. En réalité, nous dépendons dans une large mesure, d’un fonctionnement ponctuel de notre psychisme inconscient, de ses à-coups et de ses défaillances occasionnelles.

L’âme est quelque chose d’étrange, elle n’est pas localisable dans l’espace, alors que tout ce qui existe occupe une certaine étendue. L’âme pourrait être à la fois un point mathématique et avoir l’immensité d’un monde planétaire.

L’inconscient
« L’inconscient perçoit ; il a des intentions et des pressentiments, des sentiments et des pensées tout comme le conscient. Notre expérience de la psychopathologie et l’étude de la fonction onirique le confirment abondamment. Il n’y a qu’une seule différence essentielle entre le fonctionnement conscient et le fonctionnement inconscient de la psyché : Le conscient, en dépit de son intensité et de sa concentration, est purement éphémère, accommodé seulement au présent immédiat et à son propre voisinage. Il ne dispose par nature, que des matériaux de l’expérience individuelle, répartis à peine sur quelques décennies. Sa mémoire, pour le reste est artificielle et composée essentiellement de papier imprimé…

« Combien différent est l’inconscient : Ni concentré, ni intensif, mais crépusculaire jusqu’à l’obscurité. Il y gagne une extension immense et il renferme côte à côte, de façon paradoxale, les éléments les plus hétérogènes disposant, outre une masse inassignable de perceptions sublimables, dispose d’un trésor prodigieux de stratifications déposées au cours de la vie des ancêtres qui, par leur seule existence, ont contribué à la différenciation de l’espèce.

L’inconscient collectif
« Si l’inconscient pouvait être personnifié, il prendrait les traits d’un « être humain collectif », vivant en marge de la spécification des sexes, de la jeunesse et de la vieillesse, de la naissance et de la mort, fort de l’expérience humaine accumulée depuis un ou deux millions d’années. Cet être collectif ne semble pas être une personne, mais plutôt une sorte de flot infini, un océan d’images et de formes qui émergent à la conscience à l’occasion de rêves ou d’états de conscience modifiés …

« Il serait fâcheux de vouloir traiter d’illusion ce système immense d’expérience de la psyché inconsciente. Notre corps visible et tangible, est lui aussi un système d’expériences tout à fait comparable qui recèle encore les traces des développements datant des premiers âges. Il forme, sans conteste, un ensemble assujetti à un but : la Vie qui autrement, serait impossible… Il ne viendrait à l’esprit de personne de dénier tout intérêt à l’anatomie comparée ou à la physiologie. L’étude de l’inconscient collectif et son utilisation comme source de connaissances ne sauraient passer davantage pour une illusion…

« L’âme nous paraît essentiellement être le « reflet » de processus extérieurs qui en seraient non seulement les promoteurs, mais bien l’origine première.

« Le conflit entre la Nature et l’Esprit n’est que la traduction de l’essence paradoxale de l’âme. Elle possède un aspect physique et un aspect spirituel qui ne paraissent se contredire que parce qu’en dernière analyse, nous ne saisissons pas son essence ».

Synthèse
Dans la préface écrite pour la sixième édition de ce livre qu’il a traduit, le Dr Roland Cahen fait cette réflexion qui pourrait servir de synthèse : « Lorsque la balance des forces, quittant son sanglant et cruel équilibre, se sera inclinée, une tâche essentielle ne restera-t-elle pas à accomplir, à savoir : élaborer la synthèse viable de certains principes essentiels et contradictoires ? Cette synthèse peut-elle être édifiée sans une connaissance approfondie des forces agissantes en l’homme, forces civilisatrices et forces désordonnées, forces spirituelles et forces bestiales, forces d’amour et forces de haine ?

« Réfléchir sur l’avenir de l’homme, dans un moment où le monde est en crise, est un acte de foi et un espoir que l’homme (conduisant l’homme), parviendra à un monde plus humain. On peut et il faut oser parler d’une reconquête de la conscience, d’une conscience qui ne sera plus exclusivement logique et rationnelle, mais qui sera, incluant l’irrationnel en son sein, à la mesure de la vraie Vie ».

« L’humanité sera ce qu’en feront les hommes… »

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