pub2011

Rav Chlomo Aviner

Rav Chlomo Aviner

Le but de ce présent article est de rappeler une vérité trop oubliée, par essence, « Nous sommes frères » (Gen. XIII, 8).

A la sortie d’Egypte, nous étions à la « Quarantième porte de l’impureté » (« Zohar ») (la cinquantième étant un point de non-retour) et avions oublié la quasi-totalité des enseignements qu’avait légués Abraham à ses descendants (« Hilkhot ‘Avoda Zara » Chapitre I fin). Pourtant, nous avions conservé quelques valeurs fondamentales : la fraternité, la langue, les noms et l’habillement hébreux, le refus presque général de médire d’autrui, valeurs qui ont légitimé notre délivrance.

Assurément, Moïse constata douloureusement que « L’incident était connu » (cf. Ex. II, 14=) qu’il y avait des dénonciateurs au sein de notre peuple. Il venait de comprendre que la médisance –même peu répandue- avait été à l’origine de la dureté de cet esclavage. Il venait de sauver un Hébreu des mains d’un Egyptien ; par méchanceté, il avait été dénoncé, il était en danger (d’après Rashi sur op. cit.). Mais rares étaient ceux qui avaient ce défaut. D’ailleurs, ils moururent en Egypte ou en route vers la Terre Promise.

Si le pervers avait été en Egypte, enseigne la « Hagada » de « Pessa’h », il n’aurait pas été sauvé. Or nombreux sont ceux d’entre eux qui sont sortis de ce pays. La contradiction se résout ainsi : ceux qui avaient gardé le sens de la fraternité furent délivrés parce qu’ils ne s’étaient pas mis en dehors de la collectivité.

La fraternité qui s’instaura en Egypte fut la « réparation » de la haine entre frères, entre Yossef et ses frères et, plus encore, entre ceux qui étaient nés des femmes nobles de Jacob, Rachel et Léa, et de leurs servantes, Zilpa et Bilha.

Fils adoptif de Bitia, la fille de Pharaon (Chr. I, IV 18), « Il (Moïse) sortit vers ses frères » (Ex. II, 11), assumant cette grande valeur sous sa forme la plus éclatante, ce qu’illustrera par l’inverse la parabole suivante : il est dit : « une obscurité opaque descendit … personne ne se voyait (mot à mot, « L’homme ne voyait pas son frère ») (ibid. X, 22-23). Lorsqu’on ne voit pas son frère, on est au plus profond des ténèbres.

Le premier Temple ne fut pas détruit par l’infraction aux trois interdits pour lesquels on doit se laisser tuer plutôt que de les enfreindre, mais par le non-respect du commandement de la jachère qui incarne la fraternité, comme l’explique le Rav Kook dans son Introduction au « Shabbat Haaretz » « Maamaré Haréiya », « Né’hamat Israël » car, durant cette année, on ne dit plus « Ce qui est à moi est à moi, ce qui est à toi est à toi » mais « Ce qui est à moi est à toi » (cf. Maximes des Pères » 5, §10). Les récoltes sont laissées à la discrétion de tous, échapp=ant au processus de la commercialisation et même à la fabrication de médicaments car, lorsqu’on est frère, on n’en a plus besoin (ibid.).

Eretz-Israël, poursuit le grand Maître, aime être laissée en repos durant la septième année ; c’est pourquoi, à la sixième, elle produit trois fois plus. Inversement, « Quand tu (Caïn) cultiveras la terre, elle ne te prodiguera plus sa force » (Gen. IV, 12) car, par son crime fratricide, Caïn avait totalement dénigré la notion de fraternité.

Par l’observance de l’année de jachère –pour continuer à rapporter l’enseignement du grand Maître- nous reprenons pied avec la fraternité et la terre redevient bénie. Or nous en avons été chassés par suite de la haine gratuite (cf. Traité « Yoma » 9 b) pour avoir, répétons-le, bafoué la fraternité. Comme nous l’assumons à nouveau, nous revenons sur notre terre. Assurément, ce travers n’a pas totalement disparu mais il ne touche qu’un centième, environ, de la population israélienne. La fraternité est bien là et se manifeste dans la quasi-totalité des relations de groupes. Ainsi, au travail, par exemple, on établit des relations d’amitié par-delà les différences ; à l’armée, elle va jusqu’au don de soi, la forme la plus désintéressée de l’amour. Nous n’avons pas seulement à l’esprit ceux qui ont été décorés pour leur héroïsme mais chaque combattant individuellement.

Nous ne sommes pas des stéréotypes ; nous divergeons quant à nos opinions mais pas quant à notre manière de ressentir. En les défendant, nous n’oublions pas pour autant que nous sommes frères et partageons sans calculs (d’après « Orot », « Orot Haté’hiya » 1).

Ne recherchons pas les défauts d’autrui, forme de folie, d’aliénation et de souillure mentale. Au lieu de chercher les coupables, construisons notre pays et la fraternité.

Tags: , ,

Laisser une reponse

Vous pouvez utiliser ces balises: <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <strike> <strong>