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amir-eshel Un Iran nucléarisé bouleversera complètement notre région.

Suite aux turbulences islamiques, certains dirigeants ont tiré une première leçon, celle d’acquérir une capacité nucléaire et de rester à l’écart de toute pression extérieure; ils considèrent que Kadhafi a commis une grave erreur en abandonnant son programme atomique. Personne n’aurait osé utiliser des moyens militaires contre lui comme aucun pays n’aurait lancé des opérations contre Saddam Hussein en 1991 ou en 2003 s’il avait possédé l’arme atomique.

Imaginons le comportement des acteurs extrémistes non étatiques sous un parapluie nucléaire iranien. Ils seraient beaucoup plus agressifs et exigeants et auraient agi par des actes insensés.


Après l’attentat terroriste à Bombay contre nos diplomates, un officier supérieur indien nous a expliqué que l’Inde n’avait pas pu réagir (contre le Pakistan) bien que tous savaient parfaitement qui étaient les auteurs. Il a précisé: » quand l’adversaire possède une capacité nucléaire et une volonté de s’en servir, eh bien, vous réfléchissez deux fois avant de réagir. »

Notre analyse sur la crise régionale est juste. Nous n’avons jamais pensé a un « un printemps arabe». Depuis le déclenchement des révoltes nous avons estimé qu’elles tourneront à l’aigre et que des acteurs extrémistes profiteront de la situation instable pour gagner des points et du terrain et tout cela s’est bien réalisé. Nous pensons effectivement que les risques à moyen et long terme sont plus grands que les opportunités. Ces révolutions ont été détournées par des groupes bien structurés et organisés, avec un ordre du jour et un calendrier précis et une idéologie solide. Le ton dominant fut purement islamiste et orchestré par les Frères musulmans.
En Syrie, il est possible qu’après la chute du régime d’Assad ce pays sortira de l’Axe du Mal mais rien n’est certain. Notre profonde inquiétude est surtout focalisée sur les armes stratégiques, chimiques et biologiques.
Dans les prochains conflits armés, la capacité d’Israël à parvenir à une victoire écrasante et décisive n’est hélas plus garantie. Certes, nous avons la force de frapper tous nos ennemis même les plus acharnés, mais il y aura toujours une dernière roquette qui sera lancée par l’autre camp. Le knock-out n’est plus en vigueur. Dans les conflits futurs, nous pourrions échanger des tirs jusqu’au signalement de la trêve, mais nous ne verrons plus un drapeau blanc flotter aux quatre vents.
Sur le plan opérationnel et pour tout planificateur militaire, ce scénario est cauchemardesque car nous allons vers l’inconnu.
La planification de notre état-major a trois tâches principales :

- La première est stratégique et agit en concertation permanente avec le gouvernement et en coordination sur les problèmes qui concernent la sécurité nationale, la politique et la stratégie.

- Notre deuxième mission est de fournir des plans à court, à moyen, et long terme pour la structure de nos forces armées et notamment sur les marchés d’armement éventuels et les budgets. Il existe une corrélation très étroite entre la stratégie et la structure des forces et elles vont de pair.

- La troisième est liée à la coopération militaire avec les différentes armées dans le monde par l’intermédiaire des attachés de Tsahal.

Le Moyen-Orient traverse une période de mutation radicale, un profond changement qui n’a pas été expérimenté durant des siècles. En observant la situation à travers l’optique de la sécurité nationale, nous constatons de nombreux nouveaux défis inconnus que nous devons prendre en considération et avec une grande vigilance. Nous avons deux options : l’une est de n’a pas intervenir et de se préparer à relever les nouveaux défis et l’autre est de pouvoir influencer sur les événements en sachant parfaitement que nos moyens sont limités. D’ailleurs, c’est aussi le cas des superpuissances à savoir que notre boîte à outils n’est pas vide, mais les outils nécessaires pour répondre aux courants émergents sont bien limités.

Lorsque nous évoquons l’avenir de la région, le premier facteur que nous devons prendre en considération est stratégiquement parlant l’Iran ; nous devons suivre scrupuleusement et à la lettre les ambitions, les aspirations et les capacités nucléaires de ce pays, car son potentiel et l’option atomique pourront changer complètement le Moyen-Orient et encouragera la course aux armements nucléaires dans une région hypersensible et instable.

La situation en Egypte pourrait s’aggraver. Je ne suis pas optimiste car qui va résoudre les problèmes économiques de ce pays? La victoire des Frères musulmans se reflète dans toute la région et au cours de la prochaine décennie, la confrérie sera omniprésente partout. Certes, chaque pays arabe a ses propres caractéristiques et différent l’un de l’autre mais il est certain que les Islamistes se renforceront au sein de la population palestinienne, au sein du Hamas, en Syrie, en Jordanie et en Turquie. Toutefois nous ne considérons pas l’Egypte comme un pays ennemi et la coopération existe entre Tsahal et l’armée égyptienne pour faire face à cette nouvelle situation.

Concernant la Syrie, la question n’est plus celle du départ d’Assad mais quand son régime tombera t-il. Ce pays, n’est pas homogène et les Sunnites de Damas sont différents de ceux d’Alep et puis y vivent différentes minorités et ethnies religieuses tels que les Druzes, les Kurdes et les Alaouites.

Notre forte et immédiate inquiétude provient des gigantesques stocks d’armes chimiques, et biologiques installées à l’intérieur de la Syrie en provenance principalement de l’Europe de l’Est. Nous ne savons pas qui contrôlera demain ces armes et il n’est pas exclu qu’une partie pourra être acheminée vers les enclaves libanaises du Hezbollah.

Le nombre croissant de missiles sol-sol et roquettes est un autre défi pour notre dissuasion. L’arsenal comprend environ 100 mille missiles et roquettes, beaucoup plus meurtrières et plus précises. Il y a également un investissement massif dans la défense aérienne. La Syrie a investi plus de 2 milliards de dollars dans sa défense aérienne consciente de la suprématie aérienne de notre aviation. En outre, d’énormes quantités de missiles anti-char ont été acheminées vers les organisations terroristes.

Dans le passé, notre capacité d’alerte rapide fut destinée à une guerre à grande échelle. Aujourd’hui, l’avertissement concerne un seul terroriste, ce qui présente une nouvelle situation stratégique.

Israël est un petit pays dont sa doctrine militaire et sa stratégie nationale consistent à s’efforcer à parvenir à un résultat décisif dans un temps très court, et en transférant la guerre de l’autre côté de la frontière. Aujourd’hui, les difficultés sont mises en œuvre sur une base quotidienne et provoquées constamment par nos ennemis.

L’Iran n’est pas en conflit uniquement contre Israël, mais également propage le terrorisme et la révolution islamique dans de nombreux domaines et sur plusieurs plans : terrorisme, politique, et économie. Les ayatollahs ont le bras long grâce aux forces el Qouds. Que font-elles en Amérique du Sud ? Au Niger ? Donc, l’Iran a des inspirations hégémoniques à travers toute la planète.

Tsahal et l’Etat d’Israël doivent donc affronter plusieurs fronts et diminuer toutes les capacités de l’ennemi. Nous devons faire face à l’énorme contrebande d’armes quotidienne. Cela implique une campagne permanente sur nombreux plans, militaire, mais aussi politique juridique et économique.

Enfin sur la question palestinienne, tant qu’il n’y aura pas avec les Palestiniens des arrangements solides de sécurité, aucun accord ne pourra durer. Certains ont tendance à penser que la paix fournit la sécurité, cela est vrai, mais ici au Moyen Orient, c’est avant tout la sécurité qui nous offre la paix. Chaque accord de paix israélo palestinien doit être protégé par un dispositif de sécurité solide en raison de la proximité de la Cisjordanie et de la bande de Gaza du centre d’Israël, et l’exposition de la population aux menaces quotidiennes et potentielles.

Extraits d’une conférence tenue au CAPE devant le corps diplomatique et la presse étrangère. Voir l’intégralité des propos du général Amir Eshel dans le site en anglais du JCPA- CAPE ainsi que la vidéo correspondante.

Source : www.jcpa-lecape.org

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Une Reponse to “La stratégie de Tsahal et les réalités sur le terrain Par le général Amir Eshel”

  1. simonviolet dit :

    on parle toujours des islamistes qui prennent le pouvoir,mais ceux d’avant l’étaient déja pas mal.
    est-ce que la libye de kadhafi n’était pas déja d’un islamisme radical?est-ce que l’égypte n’était pas islamiste?
    l’afghanistan actuel n’est pas tellement moins radical que celui des talibans
    depuis qu’on est né on entend parler de radicalisation des pays islamiques;c’est une question de degré
    est-ce que les filles peuvent aller à l’école par exemple;et si elles le peuvent,ce sera de toute façon pour recevoir une éducation entièrement islamique.

    quand on voit que les pays européens n’osent pas même dire qu’ils sont chrétiens,au moins de culture,c’est un océan qui nous sépare aujourd’hui;
    on dit que la turquie est laique;en même temps on dit que c’est un pays musulman.
    en france on nous dit qu’un pays laic ne peut pas en même temps etre chrétien
    chacun devrait tenter d’accorder ses violons

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