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Deux soirées témoignages et mémoire sur l’extermination des Juifs d’Europe ont été organisées les 1 et 2 février 2010 à Tunis par l’Institut Français de Coopération (IFC), animées notamment par Mr Hassine Fantar, professeur d’histoire et d’archéologie à l’université de Tunis, et de Serge Klarsfeld, écrivain, historien et avocat attaché à la défense des déportés juifs et à la poursuite des anciens nazis.

En même temps que Tunis, des événements similaires ont lieu à Casablanca, Rabat, Le Caire, Bagdad, Aman, Istanbul, Ramallah et Nazareth à l’occasion de la commémoration du 65ème anniversaire de la libération du Camp d’Auschwitz. Au centre de ces manifestations, le livre « Si c’est un homme » de Primo Levi, récemment traduit en arabe, un premier produit du projet Aladin.

Deux la première soirée , de Lundi 1 février , et devant une salle archi-comble à la bibliothèque Charles De Gaulle, l’ambassadeur Jacques Andreani, président du Comité de Conscience du projet Aladin, a plaidé, en préambule, pour un dialogue débarrassé de préjugés. « Le projet Aladin vise à donner la possibilité à des cultures différentes de trouver un point d’accord selon le principe de la justice. Car, les intellectuels et les professionnels des différents pays se heurtent à des murs d’incompréhension et d’ignorance, dans la mesure où les gens n’ont pas accès à des études historiques pour voir l’histoire commune des juifs et des musulmans ».

La paix ne peut pas se fonder, à ses yeux, sur le mensonge : « Il s’agit de combattre le mensonge volontaire, et le négationnisme qui consiste à dire tu n’es pas un homme. Si on est militant de la cause palestinienne ou un militant du sionisme, on peut consentir cet effort de vaincre l’ignorance volontaire et trouver la voie de la compréhension », a-t-il fait valoir.

Annie Dayan Rosenman, universitaire et membre de la commission Histoire de la Fondation pour la mémoire de la Shoah a évoqué le témoignage de cet ancien déporté, capturé de 1943 à 1945 dans le camp d’extermination d’Auschwitz, et ayant écrit ses souvenirs dès son retour de captivité.

Mr Hassine Fantar, représentant officiel de la Tunisie du projet Aladin, a placé l’organisation d’une telle manifestation sous le signe de l’ouverture, de construction de liens et de destruction de murs entre les peuples. « Dès le début du projet, la Tunisie a dit oui, car nous appartenons à une terre qui a été depuis l’antiquité une terre ouverte. La Tunisie accepte la lampe d’Aladin, car c’est une lumière ». Relatant des faits historiques sur la présence des Juifs en Tunisie, Fantar est revenu à la période du Moyen-âge, lorsque un sage protecteur de Tunis, Sidi Mehrez, a permis aux juifs d’entrer intra-muros dans la ville. Par la suite, le Bey Sidi Moncef a fait tout son possible pour protéger ses fils juifs lors de l’arrivée des nazis à Tunis.

Le représentant tunisien a aussi ajouté « Parler de la Shoah est une occurrence pour l’humanité tout entière, c’est un prétexte noble pour défendre les valeurs de tolérance, de justice, d’acceptation de l’autre et faire de sorte que la différence soit un facteur de richesse. Mais, la bonne voie, on doit la chercher pour tous les hommes et pas seulement pour soi ».

Serge Klarsfeld, a rappelé de sa part que la Tunisie était le seul pays où la communauté juive a échappé aux forces hitlériennes. « Le comportement pacifique de la population musulmane, l’intelligence et l’habileté de la communauté juive, la protection accordée par le Bey et l’attitude modérée du Résident général ont empêché le massacre. La fondation pour la mémoire de la Shoah abrite un monument modeste à la mémoire des Juifs de Tunisie », indique-t-il avant d’évoquer ses souvenirs d’enfant de 8ans qui a échappé à la déportation.

« En 1943, j’avais 8ans, j’étais à Nice. Même si les Italiens protégeaient les Juifs, nous avons eu à affronter les rafles les plus cruelles. Nous avons pu échapper à la solution finale, à l’anéantissement en fuyant à la haute Loire ». Serge Klarsfeld chargé de la traque des anciens nazis a déploré la collaboration du Maréchal Pétain. « L’holocauste est une page noire de l’histoire de France, il y avait des moyens de refuser la complicité, le régime de Vichy portera à jamais l’infamie ». Pour Klarsfeld, le peuple juif appartient à la religion monothéiste la plus ancienne, et est porteur de morale.

Le Mardi , 2 février , un événement unique en son genre a rassemblé, dans la bibliothèque Charles De Gaulle à Tunis, les invités autour d’une Projection d’un film documentaire : « Mémoire d’enfants ». Ce document réalisé par Bô Gaultier de Kermoal retrace en effet un voyage accomplit sous le signe de l’amitié judéo musulmane, d’une classe de première scientifique du lycée Français Gustave Flaubert de la Marsa qui s’est rendue en Pologne du 14 au 18 avril 2008 pour visiter Varsovie et Cracovie ainsi que le camp d’Auschwitz Birkenau.

La Projection s’est déroulée en présence cette fois de l’ambassadeur de France et du Canada, mais aussi du réalisateur Bô Gaultier de Kermoal et plusieurs personnalités d’origines tunisiennes ainsi que des journalistes tunisiens.

Ce film présente pour la première fois la confrontation de jeunes tunisiens face à la tragédie humaine de la Shoah dont ils méconnaissent l’ampleur et le porté. Auschwitz Birkenau, ce nom terrible désigne le plus grand camp de concentration et d’extermination du IIIe Reich. Il se situe dans la ville d’Auschwitz à 70 kilomètres à l’ouest de Cracovie, un lieu ou des enfants, des femmes, des hommes et des vieillards -parce que juifs – étaient mis à nu, rasés, tatoués, dépossédés de leurs biens puis exterminés par des méthodes non égalés dans l’histoire de la barbarie humaine.

Le documentaire met en évidence des jeunes tunisiens face au sort tragique des victimes de la « solution finale » qui furent tuées dans les chambres à gaz ou parfois avec des armes à feu, mais meurent aussi de maladies, de malnutrition, de mauvais traitements ou d’expériences médicales.

A la fin de la projection de ce film, un débat est lancé. L’ambassadeur Jacques Andreani, président du Comité de Conscience du projet Aladin a rappelé les jeunes musulmans présents dans la salle pour qu’ils méditent sur le sort des 6,5 millions de juifs qui ont été tués pendant l’holocauste .Il a appelé les jeunes tunisiens à combattre le négationnisme .

Bô Gaultier de Kermoal, le réalisateur a exhorté les jeunes tunisiens à visité cette « Entreprise de la mort » pour découvrir la vérité de ce qui c’est passé réellement.

Serge Klarsfeld a rappelé qu’il n’a y’a pas une « prescription de l’horreur » et a parlé de la « planification d’une usine de la mort » en décrivant le site d’Auschwitz.

Puis le débat a été ouvert au public ; un professeur d’histoire de l’université de Tunis a rappelé l’effort fait par quelques étudiants musulmans en Tunisie pour faire des recherches sur la Shoah. Il a même révélé qu’un doctorat de recherche est en cours de préparation dans l’université de Manouba à Tunis au sujet de camps de travail forcés en Tunisie lors de l’occupation allemande dans l’hiver de 1942. (Une preuve pour certains des libertés académiques qui évoluent progressivement en Tunisie, ce sujet était tabou il y’a quelques années).

Nous notons ici l’intervention de quelques juifs tunisiens présents dans la salle (qui sont restés encore dans le pays). Jean Pierre Liscia, chirurgien dentiste en Tunisie et Josef Krief, industriel. Le premier a mis exergue les efforts personnels du président Ben Ali à laissé le débat évolué au sujet de la Shoah. Le second a relaté quelques problèmes que reconnaissent encore les jeunes tunisiens au sujet de la Shoah surtout avec les événements du Proche Orient qui créaient des confusions.

Ftouh Souhail, Tunis

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6 Reponses to “La mémoire de la Shoah rattrape la Tunisie Par Ftouh Souhail”

  1. Gilles Victor dit :

    Tant que Ben Ali gouverne avec une « pointe de dictature », il obtiendra ce qu’il veut de la part des Tunisiens. Mais aprés ????
    On ne peut que féliciter la tenue d’une conférence sur la Shoah dans un pays arabe, surtout pour combattre le négationiste.
    Ce que j’espére de mon vivant c’est voir un pays du Magrehb reconnaitre notre état d’Israel, c’est l’intelligence du Tunisien, allié au courage de l’algérien, et à la volonté du Marocain qui pourront les faire devenir les vrais leader du monde arabe.

  2. French Jake dit :

    Je ne suis ni juif tunisien ni tunisien et peu compétent en ces affaires mais je crois savoir que Ben Ali est un anti communiste et anti islamiste conséquent et avisé…et par conséquent disqualifié par la bien-pensance politique actuelle.
    Il est bien assez intelligent pour le comprendre et s’affaire sans doute en sous-main… mais c’est tout ce qu’il peut faire.
    Patience et longueur de temps feront triompher le vrai.
    « Ne mourrez surtout pas « pendant »…ni « avant »……!

  3. BRAMI dit :

    La Tunisie située dans un couloir de communication était souvent envahit et ses richesses naturelles détruites par les barbares qui l’envahissaient. Ses habitants Juifs et Musulmans partageaient ensemble le pain de la misère, de la souffrance et de l’amitié. Pour mémoire Mohammed IIème le 11ème bey de la dynastie des Husseinis, qui régna en Tunisie de l’an 1855 à l’an 1859. Ce souverain en l’an 1856, un an après son intronisation, décréta l’égalité de droit entre tous ses sujets supprimant ainsi la condition de dhimmi aux Juifs et aux Chrétiens.

  4. BRAMI dit :

    La Tunisie située dans un couloir de communication était souvent envahit et ses richesses naturelles détruites par les barbares qui l’envahissait. Ces habitants Juifs et Musulmans partageaient ensemble le pain de la misère, de la souffrance et de l’amitié. Pour mémoire Mohammed IIème le 11ème bey de la dynastie des Husseinis, qui régna en Tunisie de l’an 1855 à l’an 1859. Ce souverain en l’an 1856, un an après son intronisation, décréta l’égalité de droit entre tous ses sujets supprimant ainsi la condition de dhimmi aux Juifs et aux Chrétiens.

  5. coco dit :

    C’est très bien; il y aura malgré tout des personnes qui vont nier l’existence d’un pays comme Israel; rien que la semaine dernière, sur le magazine qui va avec la Presse du dimanche, une journaliste qui fait l’histoire du « houmous » s’égare : elle dit que le houmous est libanais et non israélien parce que ces derniers en font et le vendent comme produit israélien; alors dans son récit, à part l’histoire qu’elle fait du produit, elle parle d’Israel comme un pays colonisateur depuis 60 ans; c.a.d. qu’il n’a rien à faire dans cette partie du monde.
    Quand on lit de tels propos, ne croyez-vous pas que l’on peut influencer les indécis et les déjà positionnés dans le négationnisme. Une conférence sur la Shoah ne va pas changer les mentalités; il faut que la Tunisie et son président s’impliquent sur dans la politique à l’égard d’Israel.

  6. CHEMLA dit :

    Que la Tunisie soit le premier état arabo-musulman à vouloir enseigner la shoa à sa jeunesse ne devrait plus étonnner .
    Al’instart du dicton qui affirme « heureux comme un juif en France » aujourd’hui ilest indéniable de pouvoir affirmer »heureux comme un juif en Tunisie »
    Ce qui peut étonner c’est que laTunisie ne s’implique pas plus dans le processus de paix israelo-palestinien pour que le chemin vers la paix devienne une réalité.LE président Ben Ali peut etre l’homme qui pourrait rapprocher les adversaires d’aujourd’hui pour qu’ils deviennent des partenaires de paix

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