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André Namiech

André Namiech

Yom Kippour est le jour solennel où nous prenons conscience des fautes que nous avons commises, volontairement ou involontairement, et où nous demandons humblement à Dieu de nous éclairer et de nous pardonner, grâce à sa grande miséricorde.

Un des aveux les plus bouleversants que j’ai eu l’occasion de lire, fut celui du rabbin Chelomo Taïchtal. Son aveu est décrit dans le livre intitulé « Le retour d’Israël et l’espérance du monde » par Abraham Livni :

« Le Rav Chelomo Taïchtal fut le rabbin de plusieurs communautés importantes en Hongrie, et le maître spirituel d’une yéchiva. Selon son témoignage, il resta toute sa vie étranger au mouvement sioniste. Il était très éloigné de l’idée du retour du peuple juif sur sa terre d’Israël.


Ce n’est que lorsque commença l’opération d’extermination des Juifs et que tous ses disciples lui furent arrachés, qu’il commença à étudier la question du retour du peuple Juif en Israël. Il en fut bouleversé. Il eut alors le courage de reconnaître sa faute.
A peine eut-il terminé d’exprimer son repentir dans son livre « Em Habanim semacha », qu’il fut déporté à son tour et mourut dans la sanctification du Nom.
A l’adresse de ses disciples, il avouait : « L’enseignement que je vous ai donné était fautif et j’en suis responsable… Tous les coups dont nous avons été frappés n’avaient qu’un but : nous éveiller et nous entraîner à retourner dans notre pays saint…
« Nous ne prêtions pas attention à l’appel qui nous presse d’aller de nous-mêmes au Pays d’Israël, et si nous attendons que le bâton nous frappe de coups, alors nous serons comme la bête que le maître frappe avec un bâton. Alors nous subirons épreuves et souffrances sous les coups de nos ennemis, jusqu’à ce qu’ils nous contraignent à courir devant l’Eternel, vers la terre d’Israël… »

« Dans ce même enseignement, la dialectique d’amour du Cantique des Cantiques, entre la fiancée et le fiancé, entre Israël et Dieu, est toujours d’actualité. Dieu veut ramener à Lui celle qu’Il aime. Le Cantique des Cantiques explique que la fiancée avait trop tardé : « C’est la voix de mon bien aimé ! Il frappe : « Ouvre moi, ma soeur, ma colombe, ma parfaite »… Mais la fiancée répond : « J’ai enlevé ma tunique, comment pourrais-je la remettre ? Je me suis lavé les pieds, comment pourrais-je les salir ?… » La fiancée avait attendu le grand moment depuis si longtemps ! Le grand moment était enfin arrivé, mais la fiancée nonchalante, ne s’est pas levée à temps pour rejoindre son bien aimé… »

Les kabbalistes attribuent à ce Cantique un caractère hautement mystique et religieux puisqu’ils considèrent que la fiancée, Israël, porte en elle la Shékhina de Dieu.
Cette Shékhina serait la contrepartie féminine du Divin. Elle aurait accompagné le peuple Juif durant son exil, ce qui provoqua la rupture dramatique de l’unité divine.
L’Unité de Dieu ne pourra donc être reconstruite que lorsque la Shékhina aura réintégré sa source et sa terre, avec le peuple Juif.

Et c’est le prophète Ezéchiel qui indiquait que le signe de la fin de l’exil et le début de la délivrance seront annoncés par le renouveau de la fertilité de la terre : « Et vous montagnes d’Israël, vous donnerez votre frondaison et vous porterez vos fruits pour mon peuple d’Israël, quand ils seront prêts de revenir… » (Ezéchiel XXXVI, 8)

C’est également ce sens et cette compréhension que donne Edmond Fleg lorsqu’il écrivit dans son livre « Pourquoi je suis Juif » :
« Pour moi, qui ai longtemps cherché la preuve de l’existence de Dieu, je l’ai enfin trouvée dans l’existence d’Israël.
Dieu, selon la kabbale, est à la fois hors du monde, et dans le monde.
Hors du monde, transcendant, il est accessible à la pensée humaine ;
Dans le monde, immanent, Il est tout près de nous, Il est en nous ;
« Et en tant qu’elle est en nous, cette Présence divine, cette Shékhina, se trouve comme liée au destin du peuple juif…
« …Et le destin du peuple Juif ! Que de péripéties, de remontées, mais aussi de tombées et d’exils, aura-t-il vécus !
« Il tombe sans cesse et sans cesse retombe dans l’idolâtrie… C’est là pour lui, le péché qui les contient tous, car la vivante croyance en un Dieu Un et invisible est la première des vérités qu’il doit au monde. Ses prophètes lui annoncent qu’il périra s’il méconnaît son Dieu… Et son Dieu, à son tour, le châtie et lui pardonne, selon qu’il observe ou néglige Sa Loi… »

Lorsqu’au cœur de la prière principale, la « Amida », nous récitons cette prière : « Loué sois-tu Eternel, qui ramènera Sa Shékhina à Sion », c’est en fait à nous que s’adresse cette prière.

En effet la reconstruction de l’Etat d’Israël, a été une nouvelle fois, le déclencheur du mouvement de retour du peuple Juif sur sa terre sainte et le signal de la fin de son long exil . C’est de la complétude de ce retour que dépendront le retour de la Shékhina à Dieu, et la réalisation de cette déclaration de foi : « …Alors Dieu sera Un et Son Nom sera Un ».

Le concept de la Shékhina, contrepartie féminine de la divinité, se retrouve également dans la mystique orientale du « Yin » et du « Yang ».
Il faut rappeler ici que les quelques similitudes, que nous constatons entre la kabbale et la mystique orientale, proviennent du fait qu’« Abraham, au moment de mourir, donna tout ce qu’il possédait à son fils Isaac. Quant aux fils des concubines qu’avait eu Abraham, il leur fit des « présents » et les relégua loin d’Isaac son fils, en Orient, dans le pays de Kédem » (Genèse chap. XXV).

On comprend que les « présents » dont il est question dans le texte biblique, concernent des connaissances spirituelles et mystiques qu’Abraham confia à ses enfants envoyés vers l’Orient et que l’on retrouve aujourd’hui dans la mystique orientale ou chinoise.

C’est aussi l’occasion de rappeler certaines remarques que le grand physicien Fritjorf Capra fit dans son livre «Le Tao de la Physique ». Il écrit notamment :
« La terminologie chinoise du « Yin » et du « Yang » m’a semblé bien adaptée pour décrire le déséquilibre culturel existant dans notre société, dans nos pensées et sentiments, dans nos valeurs et comportements, ainsi que dans nos structures politiques et sociales.
Notre culture a constamment privilégié le « Yang », les valeurs et attitudes masculines, et a négligé leur complément « Yin », leurs contreparties féminines.
Nous avons favorisé notre propre outrecuidance au détriment de l’intégration, notre analyse au détriment de la synthèse, le rationnel au détriment de la sagesse intuitive, la science au détriment de la religion, la compétition au détriment de la coopération, etc.
Ce développement à sens unique a désormais atteint un niveau alarmant : une crise aux dimensions sociale, écologique, morale et spirituelle.
Cependant, nous constatons en même temps le début d’une évolution qui semble accréditer cet ancien dicton chinois selon lequel le « Yang », ayant atteint son apogée, se retire progressivement en faveur du « Yin » pour retrouver l’équilibre et l’harmonie.

« De ce point de vue, le lien entre la physique et la mystique est non seulement très intéressant, mais également extrêmement important. Il montre que les résultats de la physique moderne ont ouvert deux voies différentes pour les savants. Elles peuvent nous conduire (en termes dramatiques) soit vers la sagesse, soit vers la bombe atomique ; et c’est à chaque scientifique de choisir quel chemin il va suivre… »

Et c’est bien ce choix, que nous offre notre libre arbitre, à nous Juifs, qui nous conduira soit à prolonger l’exil de la shékhina, avec les conséquences que l’on connaît aujourd’hui ; soit au renforcement de l’Unité divine avec les promesses d’un avenir messianique.

Et si nous voulons être sincères avec nous-mêmes, nous ne pouvons nous désintéresser de ce problème fondamental. Ce serait passer non seulement à côté de la vraie Vie, mais surtout à côté de notre propre vie…

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3 Reponses to “L’aveu de nos fautes Par André Namiech”

  1. betty L dit :

    je revient sur cet article qui m’a beaucoup toucher HATIMA TOVA

  2. Nadia Dadi dit :

    Merci papa de partager tes réflexions par écrit afin qu’un grand nombre de personnes puisse en prendre connaissance.
    Elles seront utiles, entre autre, à Cynthia qui écrit son mémoire pour la fin de l’année scolaire. Bisous. Nadia

  3. azoulay dit :

    André,
    trés interessant et captivant, et comme d’habitude trés bien écrit mon cousin. Dieu existe bien dans l’existance d’Israel.
    Tout comme toi,je l’ai senti aussi!
    Qui n’a pas entendu cette voix dans son coeur…..

    Alain AZOULAY

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