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haim-amsallem Vers la fin de l’interview, dans son bureau de la Knesset, Haïm Amsalem retire cinq volumes reliés de mails et de lettres d’une étagère, et les plaque sur son bureau, dans un bruit satisfait. « ça », dit-il fièrement, « c’est ce que j’ai reçu en un mois et demi seulement. La communauté s’éveille. » Chaque jour, de nouvelles lettres de soutien affluent – « des États-Unis, de France, du Pérou, de Hong Kong… » Mais surtout, et bien sûr, d’Israël. « J’ai parlé à la radio militaire, ce matin », note-t-il. « Immédiatement, plusieurs personnes ont téléphoné.

Le public israélien entend ce que je dis – et je ne parle pas seulement des publics orthodoxe et ultra-orthodoxe. Mais du public de tout le spectre du pays. »

“Le peuple juif doit être un exemple, pour lui-même, de tolérance, d’acceptation de l’autre, de non-persécution des autres pour leurs croyances.”

Aucun doute à ce sujet. Amsalem – élu pour la première fois dans les rangs du Shas en 2006 – a touché une corde sensible. Ou plutôt deux.
Pour la première fois de l’histoire du parti, un initié crédible et jusqu’ici dévoué, a eu le courage de se lever pour déplorer la nudité de Shas et son empereur. Selon lui, loin de restaurer la gloire séfarade, les élégants opérateurs politiques du rabbin Ovadia Yossef manquent à leur mission publique en dénaturant les exigences d’un judaïsme authentique, et le processus initié par Yossef.

Le premier champ de bataille choisi par Amsalem est pour le moins incendiaire. En préconisant une approche halachiquement clémente à la conversion, le rabbin-politicien a provoqué l’opprobre furieux de l’establishment rabbinique, tout en profitant de l’appui ravi de ceux qui reconnaissent que le processus actuel, trop strict, a aliéné des centaines de milliers d’immigrants halakhiquement non juifs de l’ex-Union soviétique.

Son second objectif est sans doute plus révolutionnaire encore. Issu des rangs de l’establishment politique séfarade ultra-orthodoxe, Amsalem en a émergé pour défier l’insoutenable norme qui veut que le leadership haredi ashkénaze lituanien encourage ses adeptes à esquiver le service militaire et l’emploi, au profit de l’étude de la Torah. Une norme fidèlement approuvée par sa propre hiérarchie séfarade – ce qui, comme le dit Amsalem, condamne la communauté du Shas à contribuer au « cercle vicieux de la pauvreté ».

Travailler, une obligation de la Torah ?
Amsalem souligne sans relâche son respect et sa fidélité au chef spirituel du parti – « Harav Ovadia a donné l’inspiration [au Shas]« , pointe-t-il. « C’est lui qui a mené la renaissance spirituelle séfarade. » Néanmoins, Amsalem pointe du doigt ce parti qu’il définit comme celui de Yossef, pour être mal dirigé, mais surtout désastreux pour ses électeurs. Son idéologie, ou plutôt l’idéologie lituanienne ultra-orthodoxe qu’il a servilement adoptée, fait-il valoir d’une façon encore plus bouleversante, n’est rien de moins qu’une trahison du judaïsme. Après tout, déclare-t-il, citant une série de versets, l’obligation qui incombe au père d’éduquer ses enfants pour qu’ils puissent gagner leur vie honorablement est un précepte juif central et incontestable.

C’est pourquoi, note Amsalem, les plus jeunes doivent recevoir une éducation complète, à base de mathématiques, anglais et sciences, de même que l’étude religieuse, pour mieux trouver du travail une fois adultes. Et pourtant, le Shas – ce parti qui aspire à la tradition séfarade tout en maintenant sa déférence à l’égard de l’establishment lituanien – n’a jamais rien dit de la sorte à ses partisans, au cours de ses presque trois décennies de militantisme politique sous la houlette de Yossef. « Pour un verre de lait, vous n’achetez pas une vache », s’emporte Amsalem, puis, devant mon expression perplexe, précise : « Vous n’avez pas envoyé des centaines de milliers de personnes étudier dans un cadre, sans aucun moyen de subsistance, dans l’espoir qu’un grand érudit de la Torah puisse en sortir. Ce n’est pas juste et la Torah ne nous demande pas ça. »

La colère des hommes du Shas
Dans une critique féroce, Amsalem rappelle que Shas a vraiment été fondé par le regretté sage lituanien, Rabbi Eliezer Schach, et affirme que le parti a toujours été « gouverné et commandé à distance par le leadership spirituel lituanien. Le monde de la yeshiva séfarade n’est pas vraiment séfarade. En fait, toutes ses figures de proue ont fait leurs classes dans des yeshivot lituaniennes ashkénazes, et ont mis en œuvre ces enseignements pour les Séfarades. »

Yossef, dit-il, certes un savant remarquable, n’a été que « la personnalité choisie » par le leadership lituanien. Et aujourd’hui, indique Amsalem, l’accès au Rav séfarade est si soigneusement contrôlé par les figures de haut rang du Shas que le sage est privé de l’information nécessaire pour donner au mouvement la direction appropriée, à la fois halakhique et sioniste, qu’il revendique. Sans surprise, la hiérarchie du parti a violemment réagi à la révolte frontale d’Amsalem, parfois en termes brutaux. En novembre dernier, les quatre hommes du Conseil des Sages de la Torah, conduit par Yossef, l’ont excommunié par essence. L’accusant de se mettre lui-même en disgrâce « avec les ennemis de la Torah. » Et qualifiant certaines de ses opinions d’hérétiques. Ils ont alors ordonné à Amsellem de rendre son mandat du Shas et de quitter la Knesset. Ce que l’intéressé a refusé de faire.

Puis, le député a ensuite été présenté comme un désacralisateur du nom du Seigneur, via des affiches placardées dans les quartiers ultra-orthodoxes de Jérusalem et Bnei Brak. Responsable de tous les maux. Un des fils de Yossef lui a même imputé la sécheresse de l’hiver. Le journal du Shas, Yom Leyom, a consacré plusieurs pages pour condamner ses errements. Et un journaliste est même allé jusqu’à l’assimiler à Amalek, le descendant d’Esaü et ennemi biblique des Juifs, dont la filiation est condamnée à être détruite.

Le bureau d’Amsalem avait alors répondu à l’époque que « la comparaison avec Amalek n’a qu’une seule et unique signification, à la fois claire et dangereuse », et le rebelle du Shas s’était rapidement vu affublé de gardes du corps. Eli Yishaï, ministre de l’Intérieur et chef du parti Shas – qualifié de « dictateur » par Amsalem dans une autre interview et l’objet de critiques implicites dans celle-ci – avait jugé « inacceptable » la comparaison du journal.
Sur ce point, les deux hommes semblent d’accord. Mais sur presque rien d’autre.

Né en Algérie, Haïm Amsalem, 51 ans, déménage très jeune en France, avant de s’installer en Israël avec sa famille, à l’âge de 11 ans. Sa relation avec Yossef remonte à des décennies, explique-t-il : « J’ai toujours été très proche de lui… Jeune homme, j’ai été testé par lui ». Et c’est aussi le Rav Yossef qui lui a délivré son ordination rabbinique. « Mes livres ont rencontré son approbation. J’ai été cité dans ses ouvrages plus d’une fois. »

Avant d’entrer à la Knesset, Amsalem avait officié comme rabbin de communauté, dans le sud d’Israël et à Genève. S’il est entré en politique, explique-t-il, c’est pour avoir compris que « seul le monde politique peut permettre de faire changer les choses aujourd’hui, en Israël, même dans le domaine religieux. Le monde rabbinique, malheureusement, a perdu sa capacité d’influence. » Il devrait pourtant connaître sur le bout des doigts le parti qui l’a accueilli dans ses rangs. En particulier tous ceux qui siègent de longue date dans l’entourage de Yossef. Alors, pourquoi cette attaque soudaine et indignée à l’égard de la politique du Shas ?

Ce n’est pas aussi simple que cela, rétorque Amsalem. Il pensait qu’en tant que député, comme cela avait été le cas quand il était un rabbin, il aurait toujours « la possibilité d’aller rencontrer le Rav, pour discuter avec lui, lui faire entendre mon opinion et écouter ses avis. »
En pratique cependant, selon lui, « le processus de dégradation » a commencé « à partir du moment où je suis entré en politique. Il y avait ceux » – dont, même s’il n’est pas nommé expressément, Yishaï en tête de liste – « qui n’appréciaient pas ce lien personnel entre moi et Harav Ovadia – qui reposait sur une base rabbinique, non pas politique, et qui pouvait l’influencer profondément. »

De fait, Amsalem est l’un des deux seuls rabbins ordonnés (avec Nissim Zeev) parmi les 11 députés du Shas. Et sa capacité à interagir avec Yossef à ce niveau, en tant qu’ »homme de la Halakha qui a écrit des livres sur la Halakha… constituait apparemment un problème pour certains. » Le fossé – d’abord idéologique puis personnel – entre le parlementaire et son parti, note-t-il, s’est creusé très progressivement. Parmi les pommes de discordes, le sujet de la conversion. « Vous ne pouvez pas rester indifférent quand il s’agit de soldats de Tsahal, dont certains risquent leur vie pour nous, dont certains ont donné leur vie pour nous, et qui sont de ‘la semence d’Israël’ – Zera Israël – c’est-à-dire, d’origine juive. »

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Une Reponse to “Haïm Amsalem : le député-rabbin hérétique ? Par David Horovitz”

  1. bensoussan dit :

    il est réconfortant de voir qu’il existe des HOMMES capables de se lever , de s’insurger quitte à se mettre tout le monde à dos ,pour défendre les idées en lesquelles ils croient et ,qui au demeurant sont justes et logiques .voilà un homme qui a refusé de se laisser enfermer dans un système sclérosé .il en faudrait beaucoup plus des hommes – et des femmes _ de cette trempe .

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