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Lors des obsèques des victimes de la tuerie de Toulouse, mercredi dernier à Jérusalem, Alain Juppé a réaffirmé à la fois le soutien de la France à sa communauté juive et la condamnation sans ambiguïté de l’antisémitisme.

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Crédits photo : BAZ RATNER/REUTERS

Par-delà le choc et la douleur, et malgré leurs craintes fréquemment exprimées face aux nouvelles formes d’antisémitisme, nombre d’Israéliens ont été heureusement surpris par la réaction des autorités françaises.

Au milieu du choc et de la douleur suscités par la tuerie de Toulouse, la réaction des autorités françaises a été pour de nombreux Israéliens une heureuse surprise. Sauf dans les milieux les mieux informés, la France était depuis de nombreuses années généralement considérée en Israël comme un pays à l’attitude ambiguë, souvent même accusée d’un certain parti pris propalestinien, ou de sympathies pro-arabes trop poussées.
Certains avaient gardé en mémoire la phrase prononcée par Raymond Barre après l’attentat contre la synagogue de la rue Copernic, en 1980, qui avait fait le distinguo entre les victimes juives de l’attentat et les «Français innocents» qui passaient dans la rue. Beaucoup en étaient restés au début des années 2000, quand Ariel Sharon, alors premier ministre, appelait en pleine intifada palestinienne les Juifs de France à émigrer en Israël, ou quandJacques Chirac organisait des funérailles de chef d’État pour Yasser Arafat.

Solidarité avec la communauté juive
Ces préjugés ont été dissipés en quelques heures par l’attitude de Nicolas Sarkozy et du gouvernement, mais aussi par celle de la classe politique tout entière et de l’opinion publique, quasi unanimes dans leur condamnation de l’assassinat de quatre Juifs français et dans l’expression de leur solidarité avec la communauté juive.
«La réaction de la France face à aux meurtres de Toulouse a vraiment marqué les Israéliens», explique Daniel Ben Simon, ancien journaliste et élu travailliste à la Knesset. «La minute de silence décrétée par le gouvernement dans toutes les écoles de France, la suspension de la campagne électorale, tout cela allait bien au-delà de ce à quoi beaucoup s’attendaient en Israël. La République française a dit aux Juifs français: vous êtes de la famille. Une simple phrase, quelques mots peuvent tout changer. Toute l’attitude israélienne a été déterminée par ça.»
Aux obsèques des victimes de la tuerie de Toulouse, qui ont eu lieu mercredi à Jérusalem, beaucoup dans l’assistance ont découvert avec un étonnement mêlé de reconnaissance la présence d’Alain Juppé, arrivé pendant la nuit à bord de l’avion qui rapportait les corps en Israël. Kippa sur la tête, aux côtés de Christophe Bigot, ambassadeur de France en Israël, et de Frédéric Desagneaux, consul général à Jérusalem, le chef de la diplomatie française a réaffirmé à la fois le soutien de la France à sa communauté juive et la condamnation sans ambiguïté de l’antisémitisme, sa présence aux obsèques donnant un poids tout particulier à ces paroles.

Mais c’est Nicolas Sarkozy qui récolte le plus de louanges chez la plupart des Israéliens, notamment francophones. «Même si je n’ai pas été personnellement surpris, beaucoup de gens en Israël ont été impressionnés par la réaction de Sarkozy, ainsi que par l’action rapide de la police française», confirme Daniel Shek, ancien ambassadeur d’Israël en France. «Cette réaction a donné aux Israéliens, dans un premier temps en tout cas, le sentiment d’être compris, et que la France se rend compte de ce que c’est que de vivre sous la menace du terrorisme, islamiste en particulier.»
«À plus long terme, je ne suis pas certain que cela change fondamentalement les différences de perception, ajoute-t-il. Je reste personnellement très sceptique quant à la capacité des Occidentaux en général et des Français en particulier, à se mettre à la place des Israéliens. Un attentat n’est pas suffisant pour faire comprendre le point de vue de gens qui vivent sous cette menace en permanence.»
La France occupe une place particulière en Israël, ne serait-ce que par l’importante de sa communauté juive. Même si l’immigration annuelle de Juifs français en Israël oscille selon les années entre 2000 et 3000 personnes, les binationaux sont plusieurs centaines de milliers et ils forment des communautés prospères. Phénomène en plein essor, un nombre croissant de familles juives françaises vivent à temps partiel en Israël, où ils achètent des appartements et passent l’essentiel de leurs vacances, voire même pour certains leurs week-ends.

Sentiment d’insécurité
Les conséquences d’un attentat comme celui de Toulouse sur cette importante communauté franco-israélienne ou sur la communauté juive française restent difficile à prévoir. Notamment si le sentiment d’insécurité peut prévaloir sur la solidarité exprimée au plus haut niveau de l’État. «Je ne serais pas surpris qu’on assiste à une augmentation des Aliyah (terme hébreu désignant l’immigration des Juifs en Israël, NDLR)», estime Claude Klein, professeur de droit à l’Université hébraïque de Jérusalem. «Le sionisme s’est fondé sur l’antisémitisme, et des tragédies comme celle de Toulouse peuvent contribuer à déclencher des décisions de départ de Juifs français en Israël, même si on n’assistera bien sûr pas à un phénomène massif.»
«Malgré la réaction parfaite du gouvernement français, l’affaire met au jour des réalités sociologiques inéluctables: la France, qui abrite la troisième plus grande communauté juive du monde, après Israël et les États-Unis, avec quelque 600.000 Juifs, est aussi le pays qui compte la plus importante minorité arabe musulmane. Et c’est dans cette communauté que se développe le phénomène de l’islamisme radical», ajoute Claude Klein.
La tuerie de l’école Ozar-Hatorah à Toulouse, perpétrée par un citoyen musulman français contre des Juifs, vient renforcer les convictions régulièrement exprimées en Israël, qui se voit comme un pays occidental placé en première ligne face au danger de l’islam radical. «Il y a toujours eu en Israël une tendance à considérer les Français comme un peu naïfs», explique Daniel Shek, «et comme refusant de voir qu’au sein de leur très importante communauté musulmane, la bombe à retardement de l’islam radical ne leur permettrait pas de garder indéfiniment leur visage d’ouverture et de tolérance, et qu’il leur faudra tôt ou tard regarder ce problème en face».
«Une affaire comme celle des meurtres de Toulouse peut jouer dans les deux sens», estime Simon Epstein, professeur à l’Université hébraïque de Jérusalem, spécialiste de l’antisémitisme et de la politique française. «Un événement de ce genre déclenche évidemment des réactions de solidarité entre les Juifs d’Israël et ceux de la diaspora. Il ne faut jamais oublier que les Juifs ne sont pas seulement une communauté religieuse, culturelle ou historique mais aussi et surtout une communauté de destin. Ça peut déclencher des réflexions sur la sécurité des Juifs en France. Sans aller jusqu’à lancer des appels maladroits à l’immigration, comme Sharon l’avait fait en 2004, les sionistes trouvent leurs arguments renforcés: le destin commun des Juifs en tant que peuple rend nécessaire l’immigration en Israël. Même si cette immigration n’est pas principalement motivée par des motifs sécuritaires. D’un autre côté, la réaction parfaite du gouvernement et de l’opinion française peut renforcer dans leurs convictions ceux qui ont décidé de continuer de mener une existence juive dans la diaspora.»

«Une résurgence de l’antisémitisme»
«Je ne suis pas très optimisme sur le long terme», ajoute cependant Simon Epstein. «On assiste à une résurgence de l’antisémitisme, qui ne cesse de se renouveler. C’est l’une des caractéristiques de ce phénomène cyclique. En plus de celui, traditionnel, de l’extrême droite, on assiste à l’émergence en France de nouvelles zones d’hostilité potentielle: l’une se situe au sein de la communauté musulmane. Ce nouvel antisémitisme n’est pas uniquement lié à la question du conflit israélo-palestinien, mais reprend des thèmes plus classiques, comme l’idée selon laquelle les Juifs contrôleraient les leviers d’une société dont les jeunes musulmans se sentent rejetés. L’autre se trouve au sein de l’extrême gauche, qui ne se définira jamais comme anti-juive, mais dont l’antisionisme viscéral reprend bien des thèmes de l’antisémitisme classique.
«On a d’ailleurs bien vu comment l’extrême gauche française a réagi: tant qu’on a cru que l’attentat était l’œuvre d’un néonazi, la réaction était classique et les condamnations étaient on ne peut plus dures contre l’extrême droite, et contre Sarkozy accusé de faire son jeu. Mais lorsqu’il est apparu que les meurtres avaient été commis par un musulman français, tout est devenu beaucoup plus compliqué. Soudain, on s’est montré plus indulgent, on s’est mis à chercher des explications. Voire à mettre en garde contre le danger de l’islamophobie. On tue des Juifs, et voilà que le danger est que cela serve d’argument à un discours antimusulmans.»

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