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De jeunes couples continuent de s’établir en kibboutz, en quête d’une meilleure qualité de vie. Mais pour survivre financièrement, la plupart se sont éloignés de leur modèle socialiste d’origine.

la vie en kibboutz attire

Le paysage ressemble à la campagne française. Des champs, des arbres fruitiers et, au détour d’un virage, une barrière ouverte. Au-delà, la route se poursuit et pénètre dans ce qui pourrait être un lotissement, habité par des gens plutôt âgés. En fait, Hatzor est l’un des rares kibboutz à avoir survécu à la modernisation et l’individualisation forcenée de la société israélienne.

On est loin de l’agitation des villes de la côte. Les maisons n’ont rien de luxueux, au contraire. Des constructions simples, agrandies au fil du temps, séparées les unes des autres par un écrin de verdure. On est frappé par la sérénité des lieux, si l’on omet le passage de quelques avions de chasse. Le kibboutz Hatzor, situé non loin de la ville côtière d’Ashdod, est l’un des plus anciens du mouvement des kibboutz.

Hatzor a été fondé en 1947 par des Sabras (Juifs nés en Israël), des Bulgares et des Américains. En 1953, Dov et sa femme, arrivés lui de Suisse, elle de France, s’ajoutent à la population attirée par ce mode de vie. Le couple s’est marié en Israël et n’a plus jamais quitté l’endroit, sauf à l’occasion de missions à l’étranger, pour le travail de Dov.

Autrefois, la vie dans le kibboutz était rythmée par le travail agricole, dans les orangeraies et les vignes, et à la fonderie qui fabriquait des joints pour arrosage. Aujourd’hui, l’agriculture ne fait plus vivre. La fonderie produit désormais des pièces détachées pour l’industrie automobile.

UNE SOCIÉTÉ COMMUNAUTAIRE ET ÉGALITAIRE
Le kibboutz, « rassemblement » en hébreu, a modelé l’image d’Israël pendant des générations. Celle d’une société dans laquelle ses membres, les kibboutznik , vivaient en conformité avec un contrat social, fondé sur des principes égalitaires et communautaires.

« À l’origine, la jeune accouchée allait de la maternité à la pouponnière du kibboutz, où les enfants grandissaient ensemble , se souvient la femme de Dov, psychologue. Les mères venaient voir leurs enfants. D’une certaine façon, c’était sécurisant pour les jeunes filles qui arrivaient sans famille. Personnellement, je n’ai jamais eu le sentiment que l’on m’avait pris mon enfant. »

Les trois repas étaient pris dans la salle à manger commune. Dans les premières années, chacun recevait un lot de vêtements et de serviettes de toilette. L’école et le lycée étaient dans le kibboutz. Les douches étaient collectives. Une pièce était attribuée à chaque couple.

Au fil du temps, d’autres pièces ont été ajoutées, créant des petites maisons individuelles. À leur arrivée en Israël, les Américains ont amené la modernité. « Ils ont introduit la bouilloire électrique ! Une véritable révolution et le début de l’individualisme » , se souvient la femme de Dov.

À 80 ans, son mari raconte avec nostalgie cette « société communautaire et égalitaire. Le kibboutz était une révolution. Un choix de vie que beaucoup d’Israéliens avaient souhaité. Quitter le kibboutz était mal vu, c’était une trahison. »

UN MODÈLE BOULEVERSÉ PAR LE LIBÉRALISME ÉCONOMIQUE
Les années 1980 ont bouleversé ce modèle empreint de socialisme. Le boom économique et l’engouement pour la Bourse ont ruiné le système. « Hatzor n’a pas fait exception. Il a investi en Bourse, beaucoup perdu et a été incapable de rembourser ses dettes » , poursuit Dov. L’économie coopérative s’est effondrée.

La première guerre du Golfe, en 1991, a, elle aussi, apporté des bouleversements. Par crainte des missiles Scud irakiens, les parents ont pris leurs enfants à la maison. Celles-ci ont dû être agrandies. L’éducation collective a peu à peu laissé la place à des écoles extérieures. Seule a survécu la « maison de l’enfant », où sont accueillis les petits.

Depuis, les deux tiers des kibboutz ont été privatisés. « Il a fallu inventer un nouveau modèle économique » , explique Dov. Après dix ans de discussions, la solution a été trouvée : « Ceux qui veulent se joindre à nous doivent subvenir à leurs besoins, ils doivent avoir une caisse de retraite. La plupart des habitants travaillent à l’extérieur. Si une personne ne peut pas travailler, elle est prise en charge par le kibboutz. »

Mais la grande nouveauté, c’est « l’impôt de solidarité », proportionnel au revenu de chacun. Cet impôt est dédié à l’éducation, la santé et à la création d’un fonds de solidarité, en cas de difficultés dans la communauté.

UNE RÉPONSE POSSIBLE À LA CRISE IDENTITAIRE
« Comme quoi, souligne Dov Puder, l’esprit communautaire persiste. Le kibboutz a vécu plus decent ans » , poursuit-il, en référence au centenaire de l’institution fêté en septembre 2010 : « Il s’est adapté, il peut être le point d’équilibre entre exigence individuelle et besoin communautaire. C’est une excellente réponse à la crise identitaire du peuple juif, à la crise de l’individualisme. »

Depuis six ans, 40 jeunes familles ont rejoint Hatzor. Parce qu’elles y ont des parents, ou parce que la qualité de la vie y est meilleure. De fait, il y a une crèche et des activités prévues pour les enfants. Mais, désormais, les nouveaux doivent construire et financer eux-mêmes leur maison. Que reste-t-il de l’esprit communautaire ? « Les fêtes sont célébrées en commun. Et le soir de shabbat, beaucoup mangent ensemble. Mais chacun paie son repas, avant c’était gratuit. »

La vie dans les kibboutz a toujours été le fait d’une minorité, jamais plus de 3 à 4 % de la population israélienne. Aujourd’hui, 2,2 % de la population y vit encore. Pour Dov Puder, ce déclin s’explique par l’arrivée de la droite au pouvoir à partir de 1977 et sa conception libérale de l’économie.

Il confie qu’il a dû batailler dur pour que l’État ne s’empare pas des terres des kibboutz, menacées par la hausse vertigineuse des prix de l’immobilier et la cupidité des promoteurs. D’autant que 90 % du sol en Israël appartient à l’État… d’où des batailles homériques.

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Cent ans d’une histoire particulière

Le premier kibboutz a été créé à Degania, près du lac de Tibériade, en 1909. En 1953, David Ben Gourion, « père » de l’État d’Israël, s’installe dans le kibboutz Sde Boker. Il y est enterré.

Il y a aujourd’hui 275 kibboutz, parmi lesquels 16 (soit 6 %) sont religieux. 120000 Israéliens y vivent, un nombre en légère augmentation. On assiste à un rajeunissement de la population.

En moyenne, les kibboutz ont entre 250 et 400 membres. Une vaste majorité d’entre eux sont privatisés, seulement 27 % partagent leurs revenus de manière égale entre leurs membres.

Agnès Rotivel, à Hatzor

Source : http://www.la-croix.com/

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Une Reponse to “En Israël, la vie en kibboutz attire encore … Par Agnès Rotivel”

  1. Jam dit :

    La plénitude est l apanache du kibboutz , les enfants y sont heureux, les anciens y vivent en harmonie .

    Que du bonheur

    J’ai rencontré le bien être au kibboutz kabri

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