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Un ami m’a dit récemment que, lors d’un débat télévisé, un journaliste posa effectivement cette question à un rabbin qui participait à cette émission : « Croyez-vous en Dieu, Monsieur le Rabbin ? »

S’adressant à un homme religieux dont la fonction est précisément d’enseigner la croyance en Dieu à sa communauté, cette question peut paraître provocante. N’ayant pas moi-même vu cette émission, j’ai imaginé que le rabbin, fidèle au principe qu’un Juif répond toujours à une question qu’on lui pose, par une autre question, le rabbin aurait pu demander:

« Avant de vous répondre, je voudrais savoir à quel Dieu vous faites allusion :
_ Est-ce au Dieu de la torah qui demande à l’homme d’aimer son prochain comme lui-même (Lévitique Chap. XIX § 18) ?
_ Ou bien est-ce au Dieu du livre des prophètes où Dieu dit : « Je forme la lumière et crée les ténèbres ; J’établis la paix et suis l’auteur du mal, Moi l’Eternel Je fais tout cela (Isaïe chap. 45 § 7) ?
_ Ou bien pensez-vous au Dieu des Evangiles qui demande de « s’aimer les uns les autres », mais au nom de qui, les fidèles ont commis les crimes sanglants des croisades, des pogromes, des bûchers de l’inquisition et des chambres à gaz de la Shoah ?
_ Ou bien est-ce au Dieu de miséricorde du Coran, au nom de qui les fanatiques musulmans chiites assassinent des musulmans sunnites, et les fanatiques musulmans sunnites assassinent à leur tour des musulmans chiites ; mais dont les uns et les autres se mettent au diapason pour proclamer la « guerre sainte » en vue d’exterminer tous les non-musulmans de la planète ?

Dans une lettre adressée à un jeune correspondant qui lui posait ce genre de question, Elie Wiesel avait répondu qu’il avait lui-même plus de questions que de réponses. Il rappelait que, étant petit, sa mère lui enseignait l’amour et la crainte de Dieu… La vie lui avait appris à aimer Dieu, mais aussi à le craindre…

Dans un camp d’extermination nazi, les Juifs devaient assister à la pendaison d’un enfant qui avait était condamné à mort pour avoir volé des épluchures de pommes de terre pour apaiser sa faim. Pendant que l’enfant se balançait, pendu au bout de la corde, un prisonnier demanda : « Mais où est Dieu dans tout ça ? Jusqu’à quand cachera-t-il sa face ?»

Et le rabbin de rajouter : « Pouvez-vous maintenant préciser votre question et me dire à quel Dieu vous vous référez ? »

Le journaliste : « Est-ce que vous voulez me faire comprendre que j’aurais dû vous demander : N’est-ce pas au sujet des hommes qu’il faudrait se préoccuper pour analyser leurs comportements, leurs croyances, leurs aventures et leurs hypocrisies, au lieu d’attribuer à Dieu la responsabilité de leurs problèmes ? »

Le Rabbin : « C’est bien dans cet esprit que Socrate enseignait « Connais-toi toi-même et tu connaîtras le monde »
Dans son livre intitulé « Renaissance . l’âme et le soi », le docteur et psychiatre C. G. Jung avait fait la remarque suivante : « L’homme est ce couple de Dioscures (Castor et Pollux), dont l’un est mortel et l’autre immortel, qui sont toujours ensemble mais ont du mal à se constituer entièrement en unité.
Les processus de transformation tentent de les rapprocher l’un l’autre, mais la conscience de l’homme éprouve des résistances parce que « l’autre » lui apparaît d’abord de nature différente et peu rassurante… Nous ne pouvons nous habituer à l’idée de ne pas être seuls maîtres à bord…

Notre raison est certes un merveilleux cadeau et une conquête de l’homme qu’il ne faut pas sous-estimer, mais elle ne recouvre qu’un aspect seulement de la réalité, laquelle se compose aussi de données irrationnelles. Il en va de même de notre psyché : Toute mécanisation rationnelle de notre vie psychique est de ce fait impossible : Nous sommes livrés, tout comme les primitifs, à un monde mystérieux et à des virtualités imprévisibles…

C’est pourquoi nous avons besoin de la « religion », c’est-à-dire d’accorder une attention scrupuleuse à ce qui nous arrive, et de moins surestimer la rationalité de notre intellect.
Alors qu’auparavant nous étions incapables de franchir le gouffre qui séparait le savoir scientifique de la foi, aujourd’hui les découvertes scientifiques coïncident avec les discours des religions ».

Arié Kaplan, qui était à la fois un homme de science et un théologien, a approfondi lui aussi la correspondance des concepts scientifiques actuels avec les écrits bibliques. Il a rappelé dans ses analyses, que l’homme, de par sa nature physique, est limité par les impératifs du temps et de l’espace, des causes et de leurs effets, alors que Dieu, créateur du ciel et de la terre, n’est pas soumis aux lois naturelles qu’il a créées pour que les mondes puissent exister.

Dans son livre intitulé « Facettes », Arié Kaplan fait remarquer : « Les scientifiques du début du 20ème siècle considéraient la matière comme un élément concret et solide. Ils ne voyaient pas de lien entre la matière et l’esprit. Mais pour les physiciens contemporains, la découverte des « particules élémentaires » de l’atome, leur font considérer la matière comme des « champs d’énergies » ; ils n’établissent plus de frontières entre l’existant et le non existant, entre l’espace et le temps, entre la matière et la lumière, entre le matériel et le spirituel.
Bien que le cerveau humain soit infiniment plus complexe que les galaxies, l’homme n’est pas à même de comprendre l’essence du Créateur existant hors du temps et de l’espace, sans commencement ni fin, c’est-à-dire bien au-delà des limites de notre pensée. »

Le journaliste reprend : « Si je comprend bien, malgré les progrès de la biologie, les découvertes des neurosciences, ainsi que des autres avancées technologiques, les hommes continuent à être acteurs, victimes ou bourreaux, responsables des souffrances collectives et des injustices de ce monde. Est-ce que ce constat ne remet pas en cause la croyance en un Dieu de bonté et de miséricorde qui a créé l’homme à son image ?

Le rabbin : « L’évolution des sciences a permis à l’homme de développer et d’exercer un esprit mathématique, logique et critique pour résoudre des hypothèses et des problèmes complexes dans beaucoup de domaines. Mais l’homme « moderne » a surestimé ses capacités intellectuelles au détriment des émotions du cœur qu’il a voulu ignorer. Souvent il a même rejeté les leçons de sagesse de ses aînés mûris au cours de milliers d’années.
De ce fait, il a perdu l’aptitude à percevoir les intuitions et les révélations qui auraient pu l’aider à donner un sens à sa vie et à développer des relations plus humaines dans un monde plus fraternel.

Pour en revenir à votre question sur la croyance en Dieu, dès que l’on cherche à justifier et à démontrer intellectuellement l’existence de Dieu, les arguments avancés se trouvent souvent confrontés à d’autres arguments qui réfutent cette croyance. Les miracles et les anges défient la raison car l’esprit rationnel se limite aux seules frontières du plan matériel.
Le conflit actuel entre les « créationnistes » et les « partisans de l’évolution des espèces » est suffisamment éloquent pour confirmer ces divergences. Les arguments des uns, comme des autres, n’arrivent pas à convaincre l’autre partie ; chacun s’accrochant à ses convictions, fermé aux arguments de l’autre…

Dans la préface du livre de Maimonide « Le guide des égarés », on peut lire : « Maimonide avait tenté de protéger les élites juives contre la séduction de la philosophie arabe et grecque ; mais il ne nourrissait pas l’illusion de pouvoir concilier « vérité biblique » et « vérité philosophique ». Ses efforts, pour élaborer une philosophie rationnelle juive au Moyen âge a été sans lendemain…

D’autre part, la Bible nous décrit Job comme « ayant été un homme intègre et droit, craignant Dieu et évitant le mal ». Pourtant, après avoir vu disparaître tous ses enfants, ses richesses et ses biens, il fut atteint d’une « lèpre maligne depuis la plante de ses pieds jusqu’au sommet de la tête »… Gardant sa confiance en Dieu malgré toutes ses souffrances, Job réclame néanmoins justice. S’adressant à Dieu il lui demande : « Fais moi connaître mes fautes et mes erreurs. Pourquoi dérobes-tu ta face ? Je crie violence et ne trouve pas d’écho… »

Après que Dieu lui ait rappelé la puissance et la grandeur divines, Job finit par dire : « Je ne te connaissais que par « oui dire », mais maintenant je t’ai vu de mes propres yeux. C’est pourquoi je me rétracte et me repens sur la poussière et sur la cendre… »

Comme Job, beaucoup de fidèles n’ont acquis les éléments susceptibles de générer la croyance en Dieu que par « oui dire »… Malheureusement la Shoah a multiplié par six millions les souffrances ultimes sur des Juifs innocents qui eux aussi ont dû crier « violence, sans trouver d’écho ». Les nazis ne leur ont pas laissé le temps de dire comme Job : « J’ai vu Dieu de mes propres yeux »…

Comment une telle catastrophe humaine n’a-t-elle pas réussi à faire comprendre aux hommes la nécessité d’une urgente introspection pour sauver l’humanité ?…

Pourtant l’homme possède dans ses gênes une soif inextinguible de spiritualité et un désir de croire en une puissance surnaturelle qui donnerait un sens à sa vie. C’est cette pulsion qui motive encore beaucoup de jeunes qui cherchent une réponse à leur quête spirituelle, parfois même en dehors des « sentiers battus ».

Rabbi Akiva avait reconnu la règle essentielle de la Torah qui demande « d’aimer son prochain comme soi-même ». C’est en passant par l’amour de l’homme qu’on peut arriver à aimer Dieu. L’un ne va pas sans l’autre. Celui qui n’a pas appris à aimer autrui, ne peut espérer aimer Dieu sincèrement. C’est ce chemin qui permet de sentir la présence divine par le cœur plutôt que par l’intellect. C’est ce chemin que Dieu a offert à l’homme pour le guider dans la voie de la sagesse.

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