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robert-l.bernstein Conférence donnée le 10/11/ 2010 à l’Université du Nebraska à Omaha, et reproduite dans le Jerusalem Post du 24/11/2010 – Traduction pour Info’SION par Monique Siac
Comment le fondateur de «Human Rights Watch» ( l’Observatoire des Droits de l’Homme) met en pièces l’organisme qu’il avait mis sur pied, en raison des manquements moraux dont celui-ci fait preuve vis-à-vis d’Israël

Peut-être certains d’entre vous se demandent-ils ce qui pousse un homme qui va sur ses 88 ans à se lever à 5 heures du matin pour prendre un avion et aller donner une conférence à Omaha ? Très sincèrement, c’est une question que je me suis moi-même posée depuis que j’ai accepté cette aimable invitation. Et voici la réponse. Ayant consacré une grande partie de ma vie à essayer de faire appliquer la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme dans de nombreux points du globe, je suis effrayé de voir comment certaines organisations  humanitaires, y compris celle que j’ai fondée, rendent compte de la situation des Droits de l’homme en Israël.

En lisant des articles portant sur les discussions et actions menées par des étudiants sur les campus américains, je me suis rendu compte, bien sûr, des divisions et parfois même de l’hostilité qui entourait tous les débats Israël-Palestine et qu’une grande partie de cette hostilité était le fait d’étudiants furieux de voir le traitement que faisait subir Israël aux Palestiniens, et de la lenteur du processus destiné à essayer de créer un deuxième Etat.

Je sais que nous croyons tous à la liberté de parole.

Nous croyons à l’égalité entre hommes et femmes. Nous croyons à la tolérance vis-à-vis de nos  croyances religieuses  réciproques et à des campus ouverts à la pluralité des opinions.

Lorsque je retournerai à New York, demain soir, j’assisterai au 150ème anniversaire de Bard College, une université très impliquée dans l’ étude du Moyen-Orient et qui a établi un programme d’études conjoint avec l’université palestinienne d’Al-Quds,

Voici ce que Léon Botstein, le président de Bard College a dit sur ce qu’il attend de l’éducation: «  L’éducation est un garde-fou contre la disparition de la liberté, mais uniquement si elle est basée sur un esprit de rigueur dans la recherche, de vigilance constante et sur la possibilité de discuter ouvertement de tous les problèmes ».

Pour moi, qui crois en toutes ces valeurs ainsi qu’ à toutes celles qui sont contenues dans la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme, je ne peux qu’être perplexe quand je constate ce qui se passe sur les campus américains. Il me semble que l’Etat d’Israël possède toutes ces valeurs que nous venons d’énumérer. Il est entouré de 22 Etats arabes qui occupent 99,5% des terres du Moyen-Orient et ne partagent pas ces valeurs, alors qu’Israël, qui n’occupe que 0,5% de ces terres les partage, lui.

Le combat porte sur deux choses: tout d’abord, la taille du 23ème Etat, le nouvel Etat palestinien, qui, pour le moment partage un grand nombre des valeurs propres aux 22 autres Etats. Ensuite, le fait que de nombreux Etats arabes, ainsi que l’Iran et ses protégés, le Hezbollah et le Hamas, remettent en cause la légitimité-même de l’Etat d’Israël.

Je ne comprends pas très bien comment les discussions de campus sur les sévices israéliens peuvent prendre le pas sur une interrogation concernant la nature de l’Etat qui va devenir le voisin d’Israël. Pas seulement structurellement, encore que les défenseurs des Droits de l’Homme feraient bien de s’y intéresser plus qu’ils ne le font, mais surtout sur sa politique étrangère vis-à-vis de son futur voisin Israël.

Au cours du séjour que j’ai fait en Israël pendant la première semaine d’Octobre, j’ai rencontré des hauts fonctionnaires, des ONG, des éducateurs et, bien entendu, des journalistes. L’un de ceux avec qui je me suis entretenu était Khaled Abu Toameh ( le correspondant du « Jerusalem Post » pour les affaires palestiniennes), qui pense que les Palestiniens ont tout à perdre d’une structure gouvernementale arabe, dont ils souffrent déjà, et qu’ils auraient tout avantage à s’engager du côté des Israéliens. Il est à Ramallah pratiquement tous les jours et il s’exprime souvent sur les campus américains, et c’est précisément là qu’il rencontre  la plus grande hostilité.

En réfléchissant à ce qui se passe sur les campus et au fait qu’ils soient aussi souvent  hostiles à Israël, je pense qu’une des explications relève des encouragements qu’ils reçoivent des organisations qui défendent les Droits de l’Homme, y compris de celle que j’ai fondée,  Human Rights Watch . Je me retrouve en profond désaccord avec la politique et les actions menées au Proche-Orient par Human Rights Watch  ainsi qu’avec des organisations dont l’orientation est similaire, telles que Amnesty International  et le  Centre Carter. Ce désaccord me met en porte-à-faux dans la mesure où on choisit de ne pas traiter le problème, mais de décider que je souhaiterais qu’Israël bénéficie d’un traitement de faveur.

Pendant les 20 ans que j’ai passés à Human Rights Watch, je n’ai consacré que peu de temps à Israël. C’était une société ouverte. Elle comptait 80 organisations de défense des Droits de l’Homme telles que B’Tselem, ACRI, Adalah et Sikkouy. Il y avait à Jérusalem davantage de correspondants de presse que dans aucune autre ville au monde, excepté New-York et Londres. Par conséquent j’ ai consacré en priorité tous mes efforts à faire appliquer les principes de la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme, et en premier lieu la liberté d’expression, dans des sociétés fermées, telles que les 22 Etats entourant Israël. Les manquements dont étaient coupables les pays démocratiques étaient moins une priorité, non, bien entendu, qu’il n’en existât pas, mais les  nombreuses organisations de défense des Droits de l’Homme ne manquaient jamais de les critiquer ouvertement.

Création de Human Rights Watch

J’ai toujours accordé une grande importance à la liberté d’expression, et ceci pour deux raisons. La première est liée à mon activité d’éditeur: j’ai travaillé chez Random House pendant 34 ans, dont 25 en tant que PDG; la seconde tient à ma conviction que dans un pays où règne la liberté d’expression, ceux qui sont libres de s’exprimer       ne peuvent manquer de pointer tous les sujets sensibles sur le plan des Droits de l’Homme. J’ai été amené à m’intéresser aux Droits de l’Homme à la suite d’une invitation à me rendre en Union Soviétique en 1970, en tant qu’éditeur, pour discuter de problèmes de droits d’auteurs. En 1973, les Soviétiques ont signé l’Accord International sur le Copyright. Voyant l’intérêt financier de cet accord, ils m’ont ensuite demandé de publier, en anglais, des livres d’auteurs russes. En 1976, lors d’un dîner organisé par la direction du New York Times, j’ai rencontré le fameux savant entré en dissidence, Andrei Sakharov et sa femme, l’admirable Helena Bonner Sakharov. Nous avons discuté pendant deux bonnes heures et je lui ai dit: « Il faut que je publie votre autobiographie. Ce sera l’un des livres les plus importants de notre époque ». A ma grande joie et à ma grande surprise, il répondit: « Je serais heureux que vous le fassiez ». Je savais que son courrier serait censuré , et je lui demandai: 

« Comment puis-je vous faire parvenir un contrat ? ». Il me répondit: « Nous allons en signer un tout de suite ». Andrei me tendit la main, je la lui serrai et il dit: « Voilà, nous avons passé un contrat. Je vous fais confiance pour les détails ».

Andrei Sakharov était le savant le plus connu d’Union Soviétique car il avait travaillé à la mise au point de la bombe atomique. Il devint ensuite le plus célèbre défenseur des Droits de l’Homme. Le gouvernement soviétique ne pouvant l’emprisonner en raison de sa notoriété tenta de le réduire au silence. Il fut exilé à Gorki (à 400km à l’Est de Moscou) pendant 8 ans, le KGB surveillant toutes ses allées et venues. Et c’est pendant ces années que Sakharov écrivit son autobiographie.

Il ne se séparait jamais du manuscrit car son appartement était régulièrement « visité ».

Mais le KGB ne le quittait pas d’une semelle. Un jour qu’il était chez le dentiste, on l’anesthésia et lorsqu’il se réveilla, les 150 premières pages de son manuscrit avaient disparu. Dans l’une des premières déclarations que Sakharov fit, après avoir décidé qu’il ne pouvait plus se taire, il disait:

« La liberté intellectuelle est indispensable dans toute société humaine. La liberté d’obtenir et de diffuser des informations, la liberté de débattre sans crainte et sans contrainte et la liberté de ne pas se soumettre aux préjugés et à la bureaucratie.

Ces trois principes essentiels de la liberté de pensée représentent l’unique garantie qui puisse protéger le peuple de tomber aux mains de démagogues hypocrites  faisant un usage massif de mythes pouvant se transformer en une dictature sanglante ».

L’Union Soviétique, furieuse d’apprendre que j’avais signé un contrat avec Sakharov, me retira mon visa. Je retournai à New-York en me promettant que Random House publierait des auteurs soviétiques ainsi que d’autres auteurs vivant de l’autre côté du Rideau de Fer et qui étaient réduits au silence, le plus célèbre d’entre eux étant Vaclav Havel. Avec d’autres auteurs connus, comme Toni Morrison et E.L.Doctorow, nous avons créé alors la fondation pour la Liberté d’Expression, afin que le nom de ces auteurs ne tombe pas dans l’oubli. En 1976, l’Union Soviétique et les pays occidentaux signaient les Accords d’Helsinki, dont l’un des articles était la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme.

La Déclaration Universelle des Droits de l’Homme avait été approuvée à Paris en 1948, mais elle ne prit toute son importance qu’après la signature des Accords d’Helsinki car elle allait faire partie des batailles de la Guerre Froide. Les Soviétiques, en effet, lors des sessions internationales, bloquaient les débats sur les droits de l’homme qui devaient faire partie des Accords. George Bundy, président de la fondation Ford et Arthur Goldberg, qui était le représentant américain aux négociations d’Helsinki, sentaient qu’ils auraient besoin d’une ONG pour les soutenir.

Ayant entendu parler de la fondation pour la Liberté d’Expression, ils me demandèrent si je pourrais en  créer une. Avec le soutien de la fondation Ford, je mis sur pied Helsinki Watch, et dans les quatre années qui suivirent, je poursuivis avec Americas Watch, Asia Watch, Middle East Watch et Africa Watch. Pour éviter le morcellement et une certaine confusion, nous avons créé Human Rights Watch en 1980. Mais ceci est une autre histoire.

En 1998, à 75 ans, j’ai pensé que Human Rights Watch devait se trouver un nouveau président, et je suis actuellement Président Fondateur Emérite. Je continue à assister à de nombreuses réunions de Human Rights Watch, mais je passe maintenant le plus clair de mon temps à aider les Chinois qui ont créé leur propre organisation: Human Rights in China, qui se trouve actuellement à la tête du mouvement de libération de Liu Xiaobo, prix Nobel de la Paix en 2010.

Ils ont un bureau  à Hong Kong, mais la liberté d’expression  étant problématique, leur bureau de Beijing se trouve pour le moment à New-York, dans l’Empire State Building.

Human Rights Watch et le Moyen-Orient

Je suis devenu il y a six ans membre du Comité consultatif pour le Moyen-Orient et l’Afrique du Nord car j’étais inquiet de ce qui me paraissait être des attaques contestables contre l’Etat d’Israël. Il ne s’agissait pas de violations de la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme, mais des lois de la guerre, de la convention de Genève et des lois humanitaires internationales.C’est une guerre asymétrique. On pourrait l’appeler une guerre d’usure impliquant Israël de différentes manières, pas seulement avec les Palestiniens mais impliquant parfois d’autres pays arabes, et bien entendu l’Iran et ses protégés qui ne sont pas des Etats, le Hezbollah et le Hamas. Dans ses rapports sur ce conflit Human Rights Watch (souvent rejoint par l’ONU) accuse Israël d’être le principal coupable.

Il me semblait que si l’on parlait de liberté d’expression, de Droit des femmes, d’éducation ouverte et de liberté de culte, il n’y avait qu’un seul pays dans tout le Moyen-Orient concerné par ces valeurs. En portant le débat sur le terrain de la guerre, Human Rights Watch et d’autres se décrivant comme étant impartiaux, montraient

qu’Israël, loin d’être un avocat des Droits de l’homme était l’un des pays qui les violaient le plus souvent. Comme la plupart des gens, je ne connais pas grand’chose aux lois de la guerre, à la convention de Genève et au droit international, et, tenant Human Right Watch en haute estime, j’étais enclin à croire tous leurs rapports.

Cependant, en voyant que les attaques de Human Rights Watch  contre Israël devenaient de plus en plus violentes, j’ai commencé à me demander si leur vision des choses, focalisée sur la guerre, était juste.

A propos d’un petit incident, la Commission des Nations Unies pour les Droits de l’Homme, si hostile à Israël qu’elle devrait être disqualifiée d’emblée, a eu l’idée de mettre à la tête de ses commissions d’enquête  des Juifs éminents connus pour leurs positions anti-israéliennes .

Bien avant Richard Goldstone, Richard Falk, Professeur à Princeton, avait été nommé rapporteur des Nations Unies pour la Cisjordanie et Gaza. Il avait précédemment écrit un article où il comparaît le traitement qu’Israël faisait subir aux Palestiniens en Cisjordanie et Gaza à celui qu’Hitler avait fait subir aux Juifs pendant la Shoah. Israël, estimant que ceci le disqualifiait pour cette mission lui avait interdit l’entrée

du pays. Human Rights Watch s’est précipité à sa rescousse, faisant paraître un communiqué de presse où Israël était comparé à la Corée du Nord et à la Birmanie pour refus de coopération avec les Nations Unies. Vous serez peut-être surpris d’apprendre que le communiqué de presse avait été rédigé par Joe Stork (sous-directeur de la division Moyen-Orient de Human Rights Watch) qui avait été pendant de longues années rédacteur en chef d’une lettre d’information pro-palestinienne.

Peu après, Richard Goldstone démissionnait du Bureau de Human Rights Watch et de la présidence de son Comité politique pour prendre la tête de la Commission d’enquête des droits de l’homme des Nations Unies sur Gaza.

Human Rights Watch a été le plus fervent soutien de cette Commission d’enquête, la pressant d’accuser Israël de crimes de guerre en se basant sur ce rapport. Je ne crois pas que Human Rights Watch se soit livré à une analyse sérieuse des accusations de crime de guerre lancées par Goldstone qu’il s’agisse de l’utilisation du phosphore, de drones ou de l’accusation de tuer des gens de song-froid. Un expert militaire qui travaillait pour Human Rights Watch et qui semblait vouloir contester  ces rapports a été remercié et je pense qu’on lui a interdit de s’exprimer. Voilà qui est totalement en contradiction avec la transparence que Human  Rights Watch exige des autres.

Après avoir participé pendant cinq ans aux réunions du Comité consultatif pour le Moyen-Orient, avoir assisté au départ du seul membre du Comité qui partageait mes vues et au renvoi sans ménagement d’un autre membre qui était entré au Comité à ma demande, après m’être posé beaucoup de questions non seulement sur la nouvelle focalisation sur la guerre mais aussi sur la manière dont on en rendait compte, j’ai fait paraître un éditorial où je faisais part de mes doutes dans le « New-York Times ».

Je soulignais dans cet éditorial le fait que « Human Rights Watch sait très bien que des quantités d’armes de plus en plus perfectionnées continuent d’affluer à Gaza et au Liban et sont prêtes à frapper de nouveau, et que cela prive les Palestiniens de toute chance de parvenir à vivre et à travailler en paix. Et pourtant, c’est Israël, victime d’agressions sans nombre  qui doit supporter les critiques de Human Rights Watch ».

Un membre du Bureau de Human Rights Watch a confié au quotidien « The New Republic » qu’ils s’en prennent à Israël pour une question de commodité :  « il est plus facile de cueillir un fruit qui se trouve sur une branche basse ». Il pensait en disant cela qu’une quantité importante d’informations leur est fournie par la presse et les organisations humanitaires israéliennes, qu’ils peuvent facilement se rendre en Israël pour tenir leur conférences de presse, et que cette presse est toute disposée à diffuser leurs rapports.

Or, Human Rights Watch a surtout été créé pour s’occuper précisément de ce que l’on peut définir comme « des fruits se trouvant sur les branches les plus hautes », c’est-à-dire des sociétés fermées où il est difficile de pénétrer. Des pays qui ne vous autorisent pas à tenir des conférences de presse sur leur sol. Des pays où il n’existe aucune organisation de défense des Droits de l’homme pour vous fournir des informations.

Il y a plus d’un an que mon éditorial a été publié et peu de choses ont changé. Ainsi, dans les heures qui ont suivi l’incident de la flotille de Gaza, Human Rights Watch lançait une enquête internationale en précisant que toute information provenant de l’armée israélienne n’était pas digne de foi. Et ceci, avant même que les faits ne soient connus.

J’ai passé la première semaine d’Octobre en Israël, à la recherche du plus grand nombre de témoignages possibles. J’ai eu la chance de pouvoir rencontrer le Premier ministre palestinien Salam Fayyad et le Premier ministre israélien Binyamin Netanyahu. J’ai passé une journée à l’Université d’Al-Quds, sur la Rive Ouest, avec le président de l’Université, Sari Nusseibeh, son équipe d’enseignants et des étudiants.

J’ai également rencontré des responsables d’O.N.G., dont Jessica Montell de B’Tselem ; j’ai passé une soirée avec mes chers amis Natan et Avital Sharansky et j’ai parlé avec de nombreux journalistes et avec des hauts fonctionnaires. J’ai visité Sderot, la ville qui a été la plus bombardée par le Hamas et par d’autres groupes terroristes basés à Gaza. Je suis rentré plus que jamais convaincu que Human Rights Watch déformait dangereusement la réalité dans ses attaques contre Israël, qui ne fait que se défendre, car ils n’ont pas l’expérience des guerres asymétriques modernes.

Le plus inquiétant est de constater que ces guerres peuvent s’interrompre mais ne peuvent pas se terminer, ce qui fait qu’elles deviennent des guerres d’usure.

Peuples arabes et gouvernements arabes.

A propos des Arabes, je veux être clair. S’il y a une chose que j’ai apprise en 40 ans au service des droits de l’homme, c’est qu’il faut faire une distinction entre les peuples et leur gouvernement. Lorsqu’on à affaire à un régime totalitaire ou autoritaire, le peuple est réduit (quelquefois brutalement) au silence et seule la pensée officielle a le droit de s’exprimer. Ceux qui osent penser différemment risquent la prison, la torture ou l’exil.

Les peuples, je pense, sont les mêmes partout et, si les circonstances et la chance s’en mêlent, les choses peuvent tourner pour le meilleur. J’ai pu le constater dans de nombreux cas, à commencer par l’Allemagne et le Japon qui ont changé du tout au tout après une guerre meurtrière, et plus récemment en Afrique du Sud et en Corée du Sud ainsi que dans de nombreux pays d’Amérique du Sud.

Je ne pense pas que les Arabes, si les choses ne tenaient qu’à eux, se livreraient à un génocide contre Israël. Je pense que les Arabes, comme n’importe quel peuple, aspirent à une  vie meilleure. Et la grande majorité d’entre eux souhaiteraient que ce soit ici-bas et non dans l’au-delà. De plus, je me demande vraiment s’ils tiendraient tellement à se lancer dans une guerre s’ils avaient la moindre possibilité de s’y soustraire. Mais en fait, nous n’en saurons jamais rien tant que leur gouvernement ne leur laissera pas la possibilité de s’exprimer, ou tant que les organisations de défense des droits de l’homme ne feront pas  mieux leur travail et ne chercheront pas à savoir ce que pense le peuple face à la pensée officielle du gouvernement.

Les roquettes du Hamas et du Hezbollah.

On ne peut pas parler des droits de l’homme au Moyen-Orient sans tenir compte de l’arrière plan factuel. Les Nations Unies ont voté, à la fin de la guerre du Liban, la résolution 1701 qui prévoyait que le Hezbollah devait être désarmé. Les Nations Unies ont envoyé entre 12 000 et 15 000 soldats dans le sud du Liban, près de la rivière Litani, qui se trouve à 25 kilomètres de la frontière israélienne.

Or, à quoi assistons-nous ? Non seulement le Hezbollah n’a pas été désarmé, mais il s’est procuré entre 40 000 et 60 000 roquettes en provenance d’Iran.

Ces roquettes sont plus puissantes et d’une portée plus longue qu’elles ne l’étaient au début de la dernière guerre, et le bruit court que certaines pourraient être porteuses d’agents chimiques et biologiques. Ces armes sont dissimulées dans des maisons et des bâtiments publics tout le long de la frontière israélienne. Tout ceci a été réalisé sous le nez des forces des Nations Unies.

Par ailleurs, j’ai lu que, en dépit du blocus, des milliers de tonnes d’armes ont été acheminées à Gaza. Lorsque le président Obama s’est rendu à Sdérot, il a dit qu’il ne voudrait pas que ses deux filles, Sasha et Malia, aillent à l’école là. Il est évident pour lui et pour nous tous que si 40 000 à 60 000 roquettes étaient massées sur l’autre rive du Potomac, ou de l’Hudson, près de New-York, où j’habite, où en tout autre lieu ou des citoyens américains puissent être menacés, et que ces roquettes soient aux mains d’un ennemi qui a fait la preuve du peu de cas qu’il faisait de la protection de ses propres citoyens, vous ne voudriez pas non plus que vos enfants aillent à l’école là.

En fait, je me demande si  nous accepterions même le fait que ces roquettes soient simplement massées à nos frontières, face à une de nos grandes villes, sachant que l’ennemi à le choix de s’en servir ou pas.

Le fait que les Nations Unies se soient montrées incapables d’empêcher cet afflux d’armes dans les deux régions d’où Israël s’était volontairement retiré constitue un échec international considérable. On voit mal comment qui que ce soit peut promettre la sécurité à Israël sans tenir compte de cette situation.

Il est difficile pour les organisations  de défense des droits de l’homme de faire quoi que ce soit lorsque la guerre éclate. Une nouvelle guerre à Gaza ne ferait-elle pas peser une menace terrible sur la vie des civils ? Les organisations de défense des droits de l’homme ne devraient-elles pas demander aux Gazaouis de se poser des questions sur l’opportunité pour leur gouvernement de se réarmer ? Au lieu de cela, il n’est question que du blocus de Gaza. Le débat sur le blocus et sur l’équilibre qu’Israël doit préserver, entre, faire en sorte que Gaza reste vivable, tout en l’empêchant de se préparer à une guerre éventuelle, est trop compliqué pour être traité ici. Nous savons bien qu’un bateau venant d’Iran et chargé d’armes sophistiquées a été arraisonné par Israël. Cependant de nombreuses voix s’élèvent pour réclamer la levée du blocus, sans même mentionner les armes.

Human Rights Watch pense que le blocus est illégal en se basant sur leur opinion selon laquelle c’est Israël et non le Hamas qui contrôle Gaza. Si l’on pense que c’est le Hamas qui contrôle Gaza, le blocus est alors un moyen légal d’empêcher le ré-armenent.

L’utilisation irresponsable des armes par le Hamas, allant jusqu’à sacrifier ses propres citoyens pour s’attirer la sympathie internationale est bien connue.

Lorsqu’on se trouve près de la frontière, l’armée israélienne vous remet une liste de toutes les denrées qui pénètrent dans Gaza, et on sait bien que, les tirs de roquettes s’étant espacés, Israël fait preuve de plus de libéralisme. Sachant tout cela, une organisation de défense des droits de l’homme devrait-elle limiter son action à des discussions sur le blocus, sans tenir compte  de l’arsenal que détient le Hamas ?

…..

Lors de mon dernier séjour en Israël, j’ai appris que, depuis le début de 2010, environ 11 000  patients étaient sortis de la Bande de Gaza pour se faire soigner en Israël. Cette politique humanitaire ne va pas, hélas, sans risques. On m’a raconté que les Israéliens demandent aux Palestiniens de changer de voiture à la frontière car certaines voitures avaient été piégées. Une femme marchant avec des béquilles s’apprêtait à changer de voiture. Elle est tombée à terre. Trois soldats israéliens se sont précipités pour l’aider. Elle s’est fait sauter, entraînant dans la mort les trois soldats. Le gouvernement du Hamas prêche le génocide contre Israël, et Israël soigne les malades de Gaza.

Je trouve tout de même surprenant que, dans une guerre d’usure asymétrique, que nous ne savons toujours pas combattre, un pays soigne les malades du pays voisin qui veut le détruire, et que le seul commentaire fait au nom des droits de l’homme consiste à dire qu’Israël n’en fait pas assez.

Rester neutres dans les conflits.

Les statuts de Human Rights Watch stipulent qu’ils doivent s’abstenir de prendre  position dans les conflits, et ils en sont très fiers. Ils mettent constamment en avant le fait qu’ils ne constituent  pas un groupe anti-guerre. L’Iran et ses protégés, le Hezbollah et le Hamas, prêchent la disparition non seulement d’Israël, mais aussi de tous les Juifs où qu’ils se trouvent. Le génocide est l’une des plus graves violations des droits de l’homme et la Convention de Genève  prévoit qu’il faut le combattre dès les premières menaces.

Je pense que la position  de Human Rights Watch est que leur engagement statutaire de ne pas intervenir dans un conflit  passe avant la Convention de Genève. On peut raisonnablement se demander  pourquoi ? La raison qu’ils donnent est qu’en cas de conflit, il est de leur responsabilité de protéger les civils des deux camps. Et cela, ni avant, ni après, mais pendant le conflit. Comment peuvent-ils défendre les civils israéliens dans une guerre où le but de leur ennemi est le génocide, et où le Hamas affirme qu’il n’y a pas de civils en Israël puisque tous les citoyens israéliens servent dans l’armée ? Comment peuvent-ils défendre les Palestiniens dont l’armée ne porte pas d’uniforme, cache ses armes parmi la population civile et dans des bâtiments publics, et tire à partir de zones fortement peuplées ? Chacun sait comment seraient traités les civils selon que l’un ou l’autre des belligérants sortirait vainqueur du conflit. Le monde entier se demande comment empêcher l’Iran de se doter de  l’arme atomique. La politique de Human Rights Watch est de critiquer les actions, pas les paroles. La question qui se pose est : la création d’une bombe est-elle une action, ou ne peut-on parler d’action que quand on l’utilise ? Nul doute qu’ils critiqueraient le lancement d’une arme nucléaire, mais il serait bien entendu trop tard.

La méthode employée par Human Rights Watch pour sauver les civils en cas de conflit consiste à enquêter après la guerre et à déterminer s’il était possible d’éviter les pertes civiles. Pour cela, ils commencent par interroger des habitants de Gaza, le plus souvent accompagnés de gardes du corps du Hamas. Ils pensent, en procédant ainsi, que s’entretenir avec des gens qui ont traversé la guerre leur permettra de déterminer si les pertes civiles étaient justifiées ou non. Et ce sont ces morts autour desquels se focalisent la plupart des débats ayant pour objet les droits de l’homme en Israël et en Palestine.

Human Rights Watch pense pouvoir déterminer dans quel cas on aurait pu éviter des pertes civiles, et, du haut de leur certitude, ils attaquent ceux qu’ils tiennent pour responsables et leur conseillent d’être plus prudents à l’avenir. Le débat portant sur les 1200 à 1300 morts à Gaza a été des plus enflammés.

Il est clair que personne, surtout ceux d’entre nous qui nous sommes battus au  nom des droits de l’homme, ne souhaite la mort de civils (ou de soldats bien entendu). Surtout celles qui auraient pu être évitées. Mais si, par hasard, Human Rights Watch s’était trompé dans ses conclusions sur les morts de la guerre de Gaza et avait blâmé Israël au sujet de morts qui étaient le résultat de dommages collatéraux inhérents à tout conflit, pensez au dommage causé à Israël. Le 4 Novembre dernier, un rapport émanant de Fathi Hamad, le ministre de l’Intérieur de l’administration du Hamas, a révélé que 700 agents de la sécurité militaire du Hamas avaient été tués au cours de l’opération Plomb Durci. Cette évaluation, qui correspond aux conclusions d’Israël, est nettement plus élevée  que les chiffres fournis par le Hamas et utilisés par le rapport Goldstone. Ce qui indiquerait que près de 60 pour cent des tués étaient engagés activement dans le conflit et n’étaient pas des civils ( En dépit de la tactique du Hamas consistant à se fondre dans la population civile de Gaza). Si ce rapport n’est pas enterré, il sera intéressant de voir si on assistera à une réévaluation du rapport Goldstone et de celui de Human Rights Watch , qui n’avaient pris en compte que les chiffres fournis par les Palestiniens.

Ce que l’on sait des pertes civiles dans les guerres rend le rapport sur Gaza encore plus contestable. Dans le livre de Daniel Goldhagen « Worse than War » (Pire que la guerre), on voit que 9 fois sur 10, les victimes tombées dans des guerres terroristes sont des civils. Dans son livre intitulé « Generals in the Cabinet Room » (Des généraux dans le bureau du Cabinet)) Yoram Peri Affirme que 90 pour cent des morts tués au cours de guerres ayant éclaté après la Deuxième Guerre Mondiale, sont des civils et qu’on en dénombre 28 millions. Il n’y a que lorsqu’il s’agit d’armées démocratiques, telles que celles des Etats-Unis, de l’OTAN et d’Israël, que les faits sont totalement différents. Dans le cas de Gaza, si le nouveau rapport sur le Hamas s’avère exact, il n’y aurait qu’un civil tué pour deux combattants du Hamas.

Dans les trois principaux rapports de Human Rights Watch, ils citent 51 cas qui, selon eux, entreraient dans la catégorie « crimes de guerre », mais en utilisant une méthodologie que beaucoup, actuellement, remettent en question. Souvenez-vous du scandale et de la couverture médiatique que cela avait suscités. Lorsque l’on compare ces chiffres avec ceux du rapport du mois d’Octobre du Conseil de Sécurité intitulé « Protection des civils dans les conflits armés », on constate qu’en Somalie, 3, 25 millions de civils ont besoin d’une aide d’urgence et 1,1 million de civils ont été déplacés.

Des rapports d’experts militaires tels que le colonel Richard Kemp, qui dirigeait les troupes britanniques en Afghanistan, et Anthony Cordesman, du Centre d’Etudes Stratégiques et Internationales, affirment que l’armée israélienne s’est comportée de manière admirable à Gaza, et que les forces des Etats-Unis et de l’OTAN n’auraient pas agi différemment pour éviter des pertes civiles. 

Il est intéressant de noter que nos quotidiens font souvent état du nombre de civils et de soldats ennemis ont été tués. Ils ne font apparemment ceci que lorsqu’il s’agit d’armées démocratiques. Encore une fois, personne ne souhaite que des civils soient tués sans raison. Mais il semblerait que le fait de donner ces deux chiffres sans commentaire  laisse supposer que des pertes civiles auraient pu être évitées.

Ce qu’il y a de triste, comme nous l’avons vu, c’est que, si l’on excepte les armées démocratiques, la plupart des morts sont des civils. En fait, au vu des statistiques biaisées sur les pertes civiles que l’on voit fleurir, les journalistes pourraient envisager de féliciter les armées démocratiques pour les actions réussies qu’ils mènent en vue de réduire les pertes civiles.

Human Rights Watch et les pertes civiles

Si les organisations de défense des Droits de l’homme veulent continuer à se poser en juges des armées démocratiques, qui risquent leurs vies, elles doivent devenir plus responsables. Il serait intéressant de revoir toutes leurs accusations de crimes de guerres contre l’armée israélienne, étant donné le contenu des statistiques qui commencent à se publier.

La guerre est une triste activité et devrait être évitée chaque fois que c’est possible, mais les jugements exprimés par les organisations de défense des droits de l’homme qui séparent les dommages collatéraux des crimes de guerre ne sont pas, je pense, très réalistes lorsqu’il s’agit de guerres asymétriques, et il faudrait prendre l’avis d’autorités militaires sur l’opportunité de certaines actions.

Les efforts dont font preuve l’armée israélienne , l’OTAN et les Etats-Unis pour éviter des pertes civiles sont régulièrement critiqués par des groupes de défense des Droits de l’homme comme étant insuffisants ou même non-existants.

Les jugements rendus par les commissions d’enquête militaires, particulièrement israéliennes, sont systématiquement considérés comme étant biaisés ou mensongers. …..

Le problème des pertes civiles résultant d’une guerre est loin d’être simple, d’autant plus que, parfois, éviter de tuer des civils peut conduire à faire prendre davantage de risques à vos propres troupes.

La haine verbale

Chacun sait que les discours basés sur la haine font partie de l’escalade menant au génocide. Human Rights Watch , pour autant que je sache, ne prend pas position sur ce point car ils pensent que cela interfèrerait avec la liberté d’expression et qu’il y a là un risque qu’il faut prendre. De nombreux défenseurs de la liberté d’expression, dont je fais partie, pensent qu’on peut tolérer une rhétorique haineuse dans une société ouverte, dans la mesure où celle-ci peut être attaquée et contrée. Dans le monde arabe et en Iran, il n’y aucune liberté d’expression et les discours haineux sont financés par les gouvernements.

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Les réfugiés

Il s’agit là d’un problème  très compliqué, aussi ne vais-je l’évoquer que brièvement. Le droit au retour des réfugiés est reconnu par Human Rights Watch et par d’autres organisations similaires, sauf erreur de ma part.

Ils savent qu’il ne peut y avoir de retour des personnes physiques, mais qu’il peut y avoir des compensations, et que ce droit doit donc être reconnu. Selon moi, il s’agit là de la même philosophie qui les conduit à ne pas prendre parti en cas de guerre, une théorie statutaire valable pour toutes les occasions. Je pense que la décision arabe de maintenir les réfugiés dans des camps depuis 60 ans, ainsi que la décision des Nations Unies de donner aux réfugiés palestiniens un statut particulier ont transformé en farce le but initial.

Pour tous les réfugiés, le droit au retour ne s’applique qu’aux personnes qui ont effectivement quitté leur pays. Mais en ce qui concerne les Palestiniens, il existe une définition différente. C’est un droit qui s’applique à ceux qui ont quitté Israël en 1948, à leurs enfants nés en exil et à tous leurs descendants.

Par conséquent, alors que partout ailleurs dans le monde le nombre de réfugiés a diminué avec le temps, le nombre de réfugiés Palestiniens ne cesse d’augmenter. De 600 000 réfugiés à l’origine, nous en sommes actuellement à 4 millions de par le monde, se réclamant du droit au retour. Pourquoi les organisations de défense des droits de l’homme, qui pensent que ce principe doit être reconnu, ne remettent-elles pas en question le statut particulier des descendants de réfugiés palestiniens qui rend la solution du problème extrêmement difficile, pour ne pas dire impossible ? Au cours des dernières semaines, la Jordanie, qui compte plus de Palestiniens qu’il n’y en a en Cisjordanie, a retiré à ceux-ci des droits qu’elle lui avait précédemment accordés et qui leur permettaient de rester en Jordanie. S’il y a un jour un Etat palestinien, ils seront 4 millions, la plupart se trouvant dans des camps en Jordanie, en Syrie, au Liban et en Irak, la plupart n’ayant jamais reçu la moindre nationalité.

Il y a également un autre facteur qui n’est jamais évoqué : il concerne les 800 000 Juifs qui ont dû quitter les pays arabes et sont partis pour Israël où ils ont immédiatement reçu la nationalité israélienne.. Bien qu’ils ne revendiquent pas le moindre  droit au retour, ils ont laissé dans les pays arabes deux fois plus de biens que n’en ont laissé les Arabes qui ont quitté Israël. Tous ces mouvements de population sont douloureux et difficiles, lorsqu’ils sont dûs à l’intolérance et à la haine. Mais en vérité, le monde a désespérément tenté de remédier à la situation en finançant à prix d’or les camps de réfugiés pendant plus de 60 ans : on parle de plus de 13 milliards de dollars, dont un quart a été pris en charge par les Etats-Unis alors que la contribution des pays arabes  a été des plus faibles.

Si les organisations de défense des Droits de l’homme veulent s’investir dans ce problème, elles ne devraient pas le faire de manière simpliste en déclarant qu’elles reconnaissent le principe du droit au retour des Palestiniens (y compris leur statut spécial en tant que réfugiés).

Un dernier problème, qui n’a jamais été abordé par  ces organisations, et où elles  pourraient jouer un rôle utile (qu’il entre ou non dans leurs attributions), concerne la nature du second Etat qui doit voir le jour aux côtés d’Israël. Lorsque Helena Bonner Sakharov s’est rendue à Oslo il y a deux ans pour représenter son mari lors d’une cérémonie en l’honneur des lauréats du prix Nobel, elle a posé la question suivante : « Quel genre d’Etat va-t-il exister aux côtés d’Israël ? « Judenfrei », sans Juifs, exactement comme Hitler l’aurait souhaité ? » Cette exigence d’un Etat sans Juifs ne serait que l’un des manquements aux Droits de l’homme dans un pays voisin d’Israël, où l’on souhaiterait plutôt des frontières ouvertes.

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Bien évidemment, ceux qui ne sont pas d’accord avec mon analyse pourront penser que je suis trop sévère envers la politique de Human Rights Watch au Moyen-Orient et ne manqueront pas de souligner qu’ils font du bon travail ailleurs. C’est vrai ! Mais je pense que si les organisations de défense des Droits de l’homme ne modifient pas leur politique dans cette région du monde, leur autorité risque d’être globalement remise en question.

Lucidité morale

Natan Sharansky  s’est rendu à mon hôtel pour me remettre une copie dédicacée de son livre : « Définir l’identité ». Dans son livre, il a des mots très durs pour les organisations de défense des Droits de l’homme.

Ayant passé neuf ans dans les geôles soviétiques, il a des idées très claires sur la différence qui existe entre le monde libre et les pays totalitaires.

Voici quelques phrases extraites de son livre : « L’hypocrisie et l’usage de doubles standards pratiqués par les organisations de défense des Droits de l’homme reflètent la disparition de critères moraux clairs qui sont les seuls garants des droits de l’homme. Le refus de voir la différence entre un pays libre et un pays totalitaire, entre un Etat en paix et un Etat en guerre entre des régimes terroristes sape les valeurs universelles sur lesquelles sont basés les droits de l’homme. »

Il ajoute : « S’engager dans la défense des Droits de l’homme, c’est s’engager en faveur de la démocratie, de la liberté et au droit de les défendre. Mettre toutes les cultures sur le même plan, refuser de faire une distinction entre celles qui sont démocratiques et celles qui ne le sont pas, c’est trahir gravement les Droits de l’homme. Il est légitime d’accorder aux démocraties un statut supérieur si l’on reconnaît que, par définition, les démocraties agissent déjà selon des critères plus élevés. »

Il dit aussi : « Dans leur refus de distinguer entre des régimes démocratiques et non-démocratiques, le mouvement pour les Droits de l’homme se coupe de son engagement envers les libertés démocratiques et devient lui-même un instrument des puissances non démocratiques. »

J’ai lu récemment qu’un hôtel 5 étoiles destiné aux hommes d’affaires venait d’ouvrir en Cisjordanie et  que d’autres activités commerciales démarraient. Ce n’est qu’un début, mais l’économie commence à se redresser. On a publié ces temps derniers un livre intitulé « Start Up Nation » qui recense les succès commerciaux d’Israël. On y a déposé 7600 brevets d’invention au cours de ses 60 ans d’existence

Les 22 pays arabes en ont déposés 700, soit environ 30 par pays.

Mais si les habitants de la Cisjordanie commencent à rivaliser avec Israël en bâtissant plutôt qu’en détruisant, ils auront une vie meilleure, et seront surpris de voir que le monde libre, y compris Israël, sera tout prêt à les aider. Les campus américains devraient réfléchir sérieusement à propos de l’action des organisations de défense des Droits de l’homme  Contribuent-elles au processus de paix ? Pour terminer, laissez-moi vous dire quelque chose que vous choisirez ou non d’écouter : lorsque j’étais en Israël, j’ai parlé avec des jeunes de 18 ans, garçons et filles, qui n’étaient pas à l’Université, mais qui se préparaient à aller à l’armée pendant trois ans , et qui y retourneraient un mois par an jusqu’à l’âge de 45 ou 50 ans. C’est ainsi depuis 60 ans. Et la plupart d’entre eux ont affronté toutes sortes de dangers pendant cette période. Ils ne pensent pas au processus de paix. Ils pensent à défendre leur pays et doivent espérer que leur gouvernement évitera la guerre.

En ce qui concerne Gaza, et puisque nous sommes dans le Nebraska, il est logique de citer Warren Buffet. Une de ses formules, dans sa clarté, sa justesse et sa concision pourrait s’appliquer à Gaza : « On ne peut pas faire un bon accord avec de mauvais partenaires .»

Je pense aussi à ces jeunes Palestiniens de 18 ans, particulièrement à ceux de Gaza, qui ne trouvent pas de travail parce que l’économie n’est pas florissante, principalement parce que leur gouvernement ne cesse de faire entrer des armes et qu’Israël tente de les en empêcher. Et que leur gouvernement prêche le génocide. Beaucoup de ces jeunes n’ont pas les moyens d’entrer à l’Université et ne voient que le jihad comme opportunité.

Si des étudiants peuvent aider le mouvement de défense des Droits de l’homme à revenir aux principes de la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme et à faire en sorte qu’elle soit réellement universelle au Moyen-Orient, leur apport sera considérable.

Source : INFO’SION Jérusalem-capitale (Israël) – Pierre Caïn

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Une Reponse to “Comment «Human Rights» déforme gravement les faits Par Robert L. Bernstein”

  1. François dit :

    J’ai rarement lu un texte aussi clairvoyant et intelligent à ce sujet.
    Bravo et merci

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