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Simhat Halev forme des clowns d’hôpitaux qui se rendent ensuite au chevet de malades, adultes et enfants, pour tenter de leur redonner goût au sourire et au rire. C’est ce qu’on appelle aujourd’hui la clownothérapie. Cela fait dix ans que cette association existe et elle envisage à présent d’ouvrir un cours pour francophones. Pour en savoir davantage, à l’occasion de Pourim, nous avons rencontré l’une de ses formatrices, Yaël Nakache, d’origine française.

Le P’tit Hebdo: Quelle formation proposez-vous aux personnes souhaitant devenir clowns d’hôpitaux?
Yaël Nakache: Aujourd’hui, notre association leur dispense des stages de clowns thérapeutiques de six mois, à raison d’une fois par semaine, pour «dépister» le clown qui se trouve en elles, c’est-à-dire retrouver la part d’enfance que l’adulte peut exprimer. Tout le monde a cela en soi, il ne s’agit pas d’un don de comédien qu’on développe même si, à travers des exercices, on travaille pour extérioriser ce qu’on essaie généralement de refouler.


LPH: Qu’est-ce qui les motive au départ?
YN: Les gens qui participent à ce stage souhaitent savoir imposer le rire dans leur vie. Ils viennent d’horizons divers, religieux, non religieux, juifs et non juifs, de tous âges. Leur but n’est pas toujours d’exercer cette profession, que ce soit de façon bénévole ou professionnelle. Certains, parfois, veulent juste enrichir leur vie. D’autres, comme moi, désirent faire du bénévolat et cherchent une activité qui leur correspond. Ils veulent donner pour s’épanouir.

LPH: Comment cette profession se développe-t-elle en Israël?
YN: Le concept est assez nouveau. Cette profession est de plus en plus demandée et elle est très bien accueillie dans le milieu hospitalier. Quant à notre association, à l’issue des stages, elle reste en contact avec les personnes qu’elle a formées et les aide à trouver un endroit où elles peuvent faire du bénévolat.

LPH: Ces activités sont-elles toujours bénévoles?
YN: Pas forcément. Certaines personnes poursuivent un autre stage pour devenir par exemple clown d’anniversaire, qui est une activité rémunérée. Dans mon cas personnel, j’ai suivi un cours supplémentaire pour devenir formatrice. On a ouvert aussi des ateliers à des groupes qui apprennent à rire sans raison. Le rire a une influence physiologique bénéfique sur l’organisme. Au début, c’est artificiel mais par la suite, le rire devient véritable.

LPH: Comment les clowns parviennent-ils à cacher leur tristesse ou leur désarroi face à la maladie et à la souffrance? Comment font-ils pour rester malgré tout naturels et crédibles?
YN: Pour parler de mon expérience personnelle, je travaille face à des adultes et des enfants dans un état grave. Et c’est mon nez rouge qui me sert d’écran pour pouvoir prendre du recul vis-à-vis du patient. Il faut savoir que nous ne questionnons pas les patients sur leur maladie. Ce que nous faisons ne relève pas du Bikour Holim, de la visite aux malades. Nous sommes là seulement pour les réjouir, en sachant qu’ils s’enferment bien souvent dans la dépression et la douleur, et notre objectif consiste à les sortir de cet état de détresse. Nous pouvons également, parfois sans le savoir, apporter du réconfort à leurs parents ou amis qui se trouvent à leur chevet.

LPH: Quelles sont les règles à respecter dans ce métier?
YN: On doit bien entendu respecter les règles d’hygiène médicale. Et il faut s’imposer des limites et ne pas s’enquérir auprès du patient de son état de santé.

LPH: Les clowns thérapeutiques doivent-ils suivre une formation médicale, psychologique, sociale?
YN: L’intervention d’un médecin est prévue dans le cadre de nos stages et l’enseignant communique aussi des informations médicales dans ses cours. En outre, un psychologue est invité à donner une conférence pour nous permettre de mieux comprendre l’état d’esprit du malade.

LPH: D’un point de vue médical, on dit que le spectacle donné par les clowns peut prévenir certaines maladies. Vous confirmez?
YN: Nous le ressentons surtout lorsque nous exerçons dans le cadre communautaire. Nous sortons dans la rue pour faire rire les gens en sachant que cette joie que nous suscitons a des vertus thérapeutiques.

LPH: Je suppose que les clowns thérapeutiques se heurtent parfois au refus d’un malade ou de son entourage; comment réagissent-ils?
YN: Généralement, il faut respecter ce refus. Toutefois, dans certaines situations, on peut se demander s’il s’agit d’un véritable refus. Parfois, la maman pense que son enfant a besoin de calme alors que celui-ci est demandeur. Nous essayons alors de retarder notre sortie de la chambre si nous sentons que la mère peut changer d’avis.

LPH: Comment réagissent les médecins?
YN: Personnellement, j’ai été impressionnée par l’attitude des médecins avec lesquels nous avons travaillé, qui se sont montrés très coopératifs. Ils sont heureux de notre présence car nous les aidons dans leur tâche. Il ne faut pas oublier que notre but est de désacraliser l’univers médical du malade.

LPH: Passez-vous beaucoup de temps avec chaque patient?
YN: C’est très variable. Généralement, je ne reste pas longtemps parce que j’ai beaucoup de malades à voir. D’autres clowns thérapeutiques, parfois, peuvent rester une heure s’ils sentent par exemple qu’un lien se crée avec un enfant et qu’il serait dommage de laisser passer l’occasion.

LPH: Qu’est-ce que cela vous a apporté, personnellement, d’exercer cette activité?
YN: J’ai trouvé une passion. Une maman passionnée par ce qu’elle fait est une meilleure mère et une meilleure épouse. Au quotidien, cela m’a permis d’évoluer. Mes enfants adorent mes activités et coopèrent parfois en m’accompagnant à l’hôpital. En plus, j’avais besoin pour me construire de faire du bénévolat à l’extérieur: cela m’a ouvert de nouveaux horizons et m’a permis de connaître d’autres personnes et de mieux m’intégrer en Israël, où je vis depuis vingt ans. C’est une racine de plus dans le pays. Et puis, bien sûr, on peut ainsi relativiser et voir le verre à moitié plein.

LPH: Vous allez ouvrir un cours en français: pourquoi vous tournez-vous vers les francophones?
YN: Le concept est très développé en France et il est très bien accueilli dans les hôpitaux. En outre, les Français ont tendance à aimer la nouveauté et je pense qu’ils seront intéressés par cette formation.

Pour de plus amples renseignements: Simhat Halev: 08-9364656

Source : www.leptithebdo.net/

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