L’avant-dernier marrane par Viviane Scemama-Lesselbaum

23 juin 1960 : annonce du concert de Guy Béart donné au Casino du Belvédère.
Par une belle journée ensoleillée, un beau garçon d’origine italienne se dirigea vers la boutique de Félix, le marchand de journaux. Il en ressortit avec le « Corriere della sera » et «La Repubblica». Invité par la Chambre de Commerce tunisienne, il ne devait pas séjourner plus de huit jours en Tunisie.

Le lendemain, il remarqua la présence d’Esther, la fille cadette de Félix. Avec un large sourire, il lui demanda de mettre de côté, pour une semaine, ces deux quotidiens. Sa distinction et son charme n’échappèrent pas au regard d’Esther. Enzo ne fut pas insensible non plus au charme discret et à la gentillesse qui émanaient de cette jeune fille. Elle s’efforça de glisser dans leurs échanges quelques mots en italien avec l’accent judéo tunisien. Il demanda à Esther si elle voulait l’accompagner à une soirée de détente. Elle proposa le concert que devait donner le soir même Guy Béart. La permission accordée par les parents, ils s’en furent au spectacle. Il la raccompagna devant l’immeuble et, avant de la quitter, ils s’embrassèrent longuement avec la promesse de se revoir le lendemain.

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Résistants Juifs 1940-1945 – Témoignages de ceux qui dans la clandestinité résistèrent. Un ouvrage de Georges Brandstatter

Vous pourrez rencontrer Georges au Salon du Livre de Paris du 21 au 24 mars 2014

resistants

Le temps est donc venu où l’on peut voir en pleine lumière ces Justes qui ont aidé des Juifs et ces Juifs qui se sont battus autant et même proportionnellement plus que les autres, contrairement à ce que disent les idées reçues, qu’elles soient inspirées par la haine ou par la compassion. De même que les Français n’étaient ni tous des collaborateurs, ni tous des résistants, les Juifs n’ont pas tous été des victimes passives. C’est sans doute la principale leçon à retirer de ce livre. Un livre qui d’ailleurs ne donne pas de leçon et c’est ce qui en fait tout l’intérêt

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Nouvelle de Viviane Scemama Lesselbaum : «Petit conte de Lag Baomer»

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Nouvelle de Viviane Scemama Lesselbaum : «Petit conte de Lag Baomer»

Plus de pains tressés appelés communément « hallot », plus de farine, plus d’œufs, quelques gouttes d’huile, plus de légumes : carottes, pommes de terre, salades ; frigos et congélateurs étrangement vides prêts à être débranchés et redémarrer pour Pessah.

Lendemains de fêtes : réveil rebranché : sonnerie réglée à 6 heures 15. Préparation du petit déjeuner accompagné de quelques matsot égarées. France 24, Guysen aux abonnés absents. Petits éternuements du matin qui ne me font pas oublier les acariens qui me tiennent compagnie tous les soirs, et qui à l’aube, applaudissent à mon retour à la vie.

Fidèle fouineuse, licenciée-es-fripes, atteinte de la « fièvre acheteuse » aux Chiffonniers d’Emmaüs en France pendant une quarantaine d’année, établie aujourd’hui en Israël, les personnes que je rencontre s’inquiètent de ma santé : « Pourquoi es-tu voutée ? Tu es fatiguée ? Redresse-toi »! Je fais fi de ces commentaires, car jusqu’à aujourd’hui je conserve un immense respect pour tout ce qui touche les « schmattès ». Bric à brac que je sublime.

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Albert Bensoussan : Lumière dans la nuit

Prof Albert Bensoussan

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À ma sœur Estelle, de Netanya, gardienne de l’héritage
Le crépuscule tombant, entre la cinquième et la sixième heure, et papa enfin rentré de son travail aux écritures, nous trouvait tous réunis dans la cuisine, autour de la table, contre la fenêtre obscurcie par une grande couverture grise accrochée à deux clous. La table avait un plateau métallique orné de petites étoiles blanches sur fond noir. C’est là que maman pétrissait la pâte des pains de chabbat ou des beignets de Hanoucca, mais c’est là aussi que l’on prenait le café du matin, et que papa, toujours premier levé – car il faisait, dès l’aurore, la prière pour lui et pour toute la famille, avec talith et téfilines -, s’activait aux tartines.

En ce temps-là, il tartinait encore au beurre de cacahuète, mais déjà l’on pouvait trouver du vrai bon beurre, et qui était salé (comme en Bretagne, terre d’exil) car il traversait l’Atlantique dans des pots métalliques. Oui, les Américains avaient débarqué, ainsi que les Anglais, leur paquetage garni de gomme à mâcher (on appelait cela du « chinchigomme ») pour les uns, de petites tablettes de chocolat au lait pour les autres, dont ils nous régalaient. Et l’on avait aussi découvert le lait – dont nous manquions au temps des privations – que l’on distribuait chaque matin aux enfants, à l’Entraide Féminine, rue de Mulhouse : de grandes cuves sur le feu où la poudre était délayée et cela vous faisait des bols onctueux et des moustaches blanches aux lèvres. hanoucca

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Albert Bensoussan – Lalla Sultana

Prof Albert Bensoussan

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Lalla Sultana, en quittant son village de Remchi (qu’on appelait Montagnac en français), ne venait jamais chez nous sans son bagage, un vaste chouarri d’alfa, qu’elle avait elle-même tressé, où diverses plantes et poudres en petits sachets et sacs de laine côtoyaient amulettes, livres de prières et, inévitablement, les fers. Les fers de Sultana. On aurait pu croire, pour certaine paire, qu’il s’agissait de fers à friser, comme celui que, jusqu’à sa mort, papa promena sur la flamme avant d’y insérer chacun des crocs de sa gaillarde moustache et, d’un geste semi-circulaire, levant hardiment le bras, de le tourner vers le haut en gardant la pose quelques secondes, après quoi il avait fière allure, mon vieux zouave, aussi propret, aussi coquet qu’un Choufoné Yénès de Bab-Azoun…
Regardez-moi comme je suis beau, s’il faut traduire !

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Albert Bensoussan – Les pieds-noirs, les bernés de l’histoire

Prof Albert Bensoussan

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Soixante ans après la flambée terroriste de novembre 1954 en Algérie, le sujet est toujours sur la table, et occupe une place plus grande à la faveur des tragédies actuelles et de la terreur exponentielle. Après l’excellente approche de Jeanine Verdès-Leroux, L’Algérie et la France (« Bouquins » Laffont, 2009), dans le droit fil de la justice rendue à l’histoire dramatique des « Pieds-noirs » — appelés ainsi par dérision —, nous lisons aujourd’hui d’Alain Vincenot, dont on se rappelle l’ouvrage d’émouvants témoignages Vel’ d’Hiv : 16 juillet 1942 (L’Archipel, 2012), un livre qui apporte une pierre nouvelle à la réédification de l’histoire de l’Algérie Française, Pieds-noirs, les bernés de l’histoire (L’Archipel, 2014, 288 p., 19,95€). 
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Ouvrage précédé d’une vibrante préface de Boualem Sansal qui, pour l’honneur de l’Algérie, sait dire les choses comme elles sont et embrasser le problème avec la générosité, l’ouverture d’esprit et la bienveillance qu’on lui connaît — outre son grand talent.
Ce livre est fait d’un exposé substantiel en quatre temps : les bâtisseurs, les brumes, l’espoir trahi et le temps de l’abandon. Suit une série de 13 témoignages, parmi lesquels trois personnalités juives, plus une personnalité d’ascendance juive.
Ces témoins qui, tous, ont souffert dans leur chair et leur âme, de la fin de l’Algérie Française, et pour plusieurs du terrorisme, racontent chacun à sa façon leur vision du passé, leur vécu et ces fragments de mémoire.
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