pub2011

Prof Albert Bensoussan

Prof Albert Bensoussan

C’est le titre d’un ensemble de textes convergents écrits par 34 auteurs qui évoquent leur enfance, au Maghreb ou au Moyen-Orient, et rassemblés par Leïla Sebbar qui souligne :
« Ces récits d’enfance disent la fin d’un monde, d’une Histoire, d’une société cosmopolite, ils disent le pressentiment d’un exil définitif… »

La plongée dans l’enfance ressuscite un souvenir, ou une impression : Juifs et musulmans se côtoyaient là, vivaient non seulement en voisinage, en cousinage, mais aussi, d’une certaine façon, en connivence, voire en complicité.

Cependant, tout le monde s’accorde sur un fait : les Juifs étaient toujours minoritaires et inférieurs (sauf dans l’Algérie sous la France, où leur statut de citoyens français les rendait globalement antipathiques aux musulmans), et donc menacés, ici ou là, ou disons à la merci d’événements qui pouvaient se retourner contre eux.
La proclamation de l’État d’Israël a été l’un de ces événements et a déclenché, pour la plupart, le signe du départ.

une-enfance-juive

« Mais pourquoi donc sont-ils partis ? », que de fois ai-je entendu cette question étonnée au cours de séjours en terres musulmanes !


Justifiant ce livre, qui est rappel et regard en arrière, Lucette Heller-Goldenberg en revivant le Marrakech de son enfance (où son père dirigeait l’Alliance Israélite) constate : « Il n’y a plus de vie juive au Maroc, comme dans les pays musulmans qui se sont vidés de leurs Juifs. Il ne reste plus que la mémoire ». Ce livre est un immense fleuve mémorieux, car il charrie toutes les paroles, toutes les histoires. Mais alors, que de tendresse et de nostalgie dans ces multiples évocations ! Et d’abord par l’abondance d’un vocabulaire arabe, ou judéo-arabe, qui est le marqueur des racines séculaires. Chacun ou chacune y va de son petit mot du cœur, de son expression typique, de cette langue arabe choyée, caressée, bercée dans le cœur de ces enfants dont les parents et grands-parents parlaient essentiellement l’arabe – et qui l’ont oubliée. Et affirme du même coup une appartenance, une identité : « Tunisienne, je demeure » (Ida Kummer), « L’enfance à Casablanca est un film en couleurs » (Anny Dayan Rosenman), et Dany Toubiana revendiquant Guelma et tout un univers enfantin : « Lieu de mémoire qui, aujourd’hui encore, cristallise à lui seul les désillusions et les espoirs, les partages et les chamailleries, les rires et les larmes, les jeux et les rêveries ». Chacun – et ils sont trop nombreux pour être tous cités – y va de son petit souvenir d’enfance : soleil, odeurs, couleur, poivrons grillés, orange « Crush », shouk bla yehoud / kif el cadi blachoud – « un marché sans juifs est comme un juge sans témoins » – : y a-t-il, vraiment, une justice là-dedans ? Aujourd’hui on veut nous faire croire que les Juifs en terre d’Israël ont pris indûment la place des « Palestiniens » (ainsi qu’on appelait, d’ailleurs, les Juifs vivant en Israël avant l’Indépendance, et sur les murs d’Alger ne l’ai-je pas lue, cette inscription malveillante, ou cette invite : « Les Juifs en Palestine » ?), mais posons, pour finir, cette question : où est la place de ce million de Juifs qui ont déserté – parce que chassés – les terres musulmanes ? Jean-Pierre Allali, dans un lumineux essai, Séfarades – Palestiniens : les réfugiés échangés (Safed, 2005), tente d’y répondre. En refermant ce très beau livre qui, à l’initiative de Leïla Sebbar, grande ravaudeuse de mémoires, rassemble en un même projet d’appréciables plumes séfarades, francophones et anglophones, nous retiendrons le mot de la fin du mémorialiste (Yves Turquier, Beyrouth) : « Ses yeux sont pleins de larmes », en retenant les nôtres, nous qui avons tant aimé et nous sentons si mal aimés, en tant que juifs des terres musulmanes. Et puis non, gardons espoir, avec André Azoulay (Essaouira) qui intitule significativement son souvenir d’enfance : « Vers d’autres lendemains ? » (avec, toutefois, un point d’interrogation) : « Une tendance se fait enfin jour en Méditerranée musulmane pour que soit reconquise et reconstruite la diversité culturelle et spirituelle qui a façonné et largement déterminé nos sociétés. Cette reconquête est légitime en soi, mais elle peut être décisive pour que s’enclenche une autre dynamique plus particulièrement entre Juifs et Musulmans ». Pour ma part, en effet, tous mes amis arabes, berbères et musulmans sont là et m’entourent, et ils sont nombreux : oui, la paix se fera un jour, j’en suis sûr, parce que le judaïsme s’est toujours nourri d’espoir, et le vrai mot de la fin se décline en hébreu : hatikva ??????????.
Albert Bensoussan

* Une enfance juive en Méditerranée musulmane, éditions Bleu Autour, 2012, 368p., 26€.

Articles similaires

Tags: , ,

5 Reponses to “Albert Bensoussan – « Une enfance juive en Méditerranée musulmane »”

  1. AZOULAY ALAIN dit :

    Monsieur Bensoussan,
    Merci pour votre article, je vais acheter ce livre.
    A la veille de pessah vous reveillez en moi tant de nostalgie et de souvenirs de mon enfance !
    Juifs Marocain né à Casa en 1944, la flamme pour Zion m’a conduite à faire mon alyat ha noar en 1961 puis l’armée et la vie au kibboutz, je me suis marié avec une ashkénaz puis je suis retourné en France.
    Nous habitons aussi Ashdod ou j’ai acheté une résidence de vacances.
    Mon ame et mon coeur sont pleinement baignés dans le judaïsme et liés à Israël , j’ai cependant un subconscient et du vague à l’ame en pensant à mon enfance au Maroc ou dorment tant de souvenirs et je dirais à juste titre que ce que je suis aujourd’hui, ma façon d’être, de parler, de penser…
    C’est le reflet de mes 15 premières années vécues à Casablanca.

  2. esthermerizen dit :

    bonjour mr.Bensoussan,
    C’est toujours avec plaisir et nostalgie que je lis vos commentaires sur l’Algerie, moi, je suis du Maroc, mais ms meilleurs moments je les ai passes au Maroc, voila Pessah qui arrive fete de paix et de rejouissances pour Israel et pour tout
    le peuple d’Israel amen, chez nous, a El jadida, apres les nettoyages,le soir de pessah notre mere mettait sa plus nappe sur la table, les couverts en argent et les assiettes en porcelaine, quand mon pere rentrait de la syna, dans nos belles toilettes neuves ou mes freres dans leurs beaux costumes,
    dans la ferveur du moment, nous recitions en choeur la hagada,
    que de souvenirs, dans ma memoire lointaine je revois, les bougies qui scintillent, je prends un petit verre de vin, je m’endors, vaguement j’ecoute Hag Gadia ect… merci mr. Bensoussan et bonne fetes de Pesah a vous et a tous ceux qui vous lisent

  3. douieb dit :

    Quand la Tunisie a déclaré son indépendance, on a fait comprendre aux juifs qu’ils devaient partir ; mon père qui travaillait à cette époque dans une administration s’est fait dire, à plusieurs reprises, par les nouveaux arrivants tunisiens (musulmans): « mais pourquoi ne t’en vas-tu pas dans ton pays, en Palestine ».
    Alors, il faudrait savoir ce qu’on veut ; si en Tunisie, on ne voulait pas de nous à cette époque, et qu’on nous incitait à aller dans « notre pays » (Israel), pourquoi ne veut-on pas de nous aussi en Israel puisque nous avons suivi leurs conseils.

  4. gozlan lucien dit :

    Bonjour Albert,
    Toujours ces recits passionnants remplis de nostalgie,
    et aussi au pluriel,….nostalgeries???
    Vous savez nous remettre dans nos souvenirs
    quelques fois oublies, mais c est un vrai plaisir
    de vous lire… on veux tout partager.
    vos ecrits nous donnent.. envie d y retourner????
    Seulement pour voir, mais pas pour y rester!!!!
    Alors, on decide, votre ami JULIEN, et puis avec MORIEL
    D organiser une reunion, on cherche du SENSATIONNEL !!!!!
    pourquoi pas un autre lieu,…. ce sera ISRAEL.
    1962-2012 eh bien oui…. cela fait cinquante ans?????
    Comme c est vite passe, j ai bien soixante dix ans!!!!!
    On a donc propose a tous nos ascendants
    Sans oublier aussi tous nos amis d antant!!!!!!
    Juifs et non -juifs on etait tous presents.
    Pour commenter et nous recommenter
    tous les recits… que vous nous racontez!!!!!
    Albert, on s est compte, y avait quand meme pas mal
    Tout le monde n est pas venu certes,
    deux cents c etait pas mal,
    yavait bien des absents,
    Et ceux qui se sont dit,l Algerie c est fini
    Celebrer cinquante ans, ne comptez pas sur moi????
    Quel dommage, tant pis, on recommencera pas…….
    on a perdu une terre, on a decouvert un pays
    Alors c est sans regret et surtout pas de larmes
    Pour nous, mon cher Albert, c est fini l Algerie…
    Et pour parler de paix dans ce nouveau pays??????
    Elle est la dans le coeur, j en doute chez vos amis
    Les arabes , les berberes et tous ces musulmans
    Point de paix pour eux, il n y a que du sang!!!!!
    Chez les juifs pour la paix il faut dire chalom.
    et tous ces musulmans, ils cherchent les meme racines
    shine, lamed, et on finit par mem,
    Alors pour eux on a trouver salem,
    Mais ces memes racines elles ont un meme terreau
    Et pour que ca fleurisse, il faut pas que des mots
    Alors on va chercher oui on chante l Hatikva,
    C est l espoir, on espere…Mais ca n arrivera pas.
    C est a eux que revient tout ce dure travail
    qu ils aillent planter ailleurs toutes leurs racines
    ils disent ne pas avoir assez de toutes leurs terres
    et pourtant si je prends…. salem, je le mets a l envers
    j ai d abord les memes lettres… mem, lamed et shine
    alors vous voyez bien que pour vouloir chanter
    l HATIKVA pour eux….. cela les fait danser.

    un parent par alliance Gozlan lucien.

  5. cathie fidler dit :

    Malgré la nostalgie, enfin une note d’espoir après cette semaine chargé de tristesse et de haine. Merci de cette ouverture, nous en avons bien besoin.

Laisser une reponse

Vous pouvez utiliser ces balises: <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <strike> <strong>