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Prof Albert Bensoussan

Prof Albert Bensoussan

J’aurais pu aussi bien intituler ces quelques lignes ; «Une éducation dans la haine».
Je m’en tiens ici à quelques faits qui me cognent à la gueule bien que n’étant pas boxeur.
Mon petit-neveu me met en garde : vous les Juifs vous souffrez de «victimarisme». Je reconnais volontiers notre paranoïa. Depuis si longtemps, il est vrai, mais nous sommes toujours là, n’en déplaise à Valéry et à ses civilisations promises à la mort. Le judaïsme est-il une civilisation ? Sans doute, puisqu’on cherche encore à l’éteindre. Au fait. Pour la seconde année, en ce printemps ensoleillé, le lycée Zola de Rennes présente une exposition de photos. Très belles et parlantes, et l’on sait qu’avec nos appareils performants la beauté est à portée d’objectif. Photos de qui ? Je ne veux pas m’en souvenir (comme Cervantès : « de cuyo nombre no quiero acordarme »).
Photos de quoi ? D’enfants de Palestine : heureux, malheureux, joyeux, tristes. Seul le commentaire fait mal, comme une brisure, une faille dans la beauté des choses : « 141 enfants tués par l’armée israélienne » (en 2006, au temps de « Plomb durci »). Passons sur les centaines ou les milliers d’enfants tombés récemment sous les balles syriennes, l’horreur méconnaît les frontières et le nombre. La mort d’un enfant – et même la mort d’un homme ou d’une femme – reste une monstruosité. Une double question se pose : Pourquoi la Palestine ? Pourquoi une école ?


Le combat palestinien – aussi juste que le combat de tout peuple aspirant à se regrouper en nation au sein d’un État – est devenu, au fil des ans, le seul combat capable de retenir l’opinion française. Comme naguère, au lendemain de la Libération, le combat des Juifs – rescapés des camps ou chassés des terres musulmanes – à se fonder en nation et en État. Comme les deux faces d’une même monnaie. Mais pourquoi jouer pile contre face ? Et inversement. Moi, né Juif d’Algérie, je n’ai pas de telles haines ni pareilles exclusions. Les Arabes sont mes cousins et je les aime. Je les défends de toutes mes forces quand ils sont victimes de ce racisme patent dont la France a le triste privilège (antiarabe, antinoir, antijuif, antijaune, antirom…). Et je crois de toutes mes forces que l’amour triomphera de la haine et qu’il viendra un temps de paix où Israël et Palestine marcheront du même pas en se tenant la main. « Il est un temps pour la guerre et il est un temps pour la paix », dit le Prédicateur (L’Ecclésiaste).

Un jour l’acteur Rachid Akbal, interpellé par un public qui entendait une fois de plus jouer l’un contre l’autre, s’est écrié : « Moi je ne suis pas en guerre contre les Juifs ». Inversement, bien des Juifs vous diront qu’ils ne sont pas en guerre contre les Arabes. La guerre est dans la tête de ceux qui sont entre nous deux. Alors pourquoi dans une école, bafouant le concept de laïcité qui a toujours été au cœur vibrant de l’école de la république, introduire ce concept de guerre, et le vecteur qui la sous-tend : la haine ? Dire à des jeunes, voyez, ces gosses sont victimes de bourreaux juifs (bon, israéliens, c’est vrai, mais qui fait la différence aujourd’hui ?), eh bien, ils sortiront de l’école et se diront, le cœur nourri de pitié, de rancœur et, peut-être, de haine : « Salauds d’Israéliens, salauds de Juifs ! » Est-ce là ce que l’Éducation Nationale entend promouvoir ? Une éducation de la haine ? Émile Zola a donné son nom à cet illustre lycée où l’on peut visiter la salle où eut lieu le procès en révision du capitaine Dreyfus.

Et qui résonne encore des accents de Laborit, et où plane encore les imprécations du « J’accuse », un lycée qui est le symbole de la justice et de la réparation. Il y avait dans le jardin du lycée, devant la porte, une sculpture métallique de Kadishman représentant la scène de l’infâme dégradation. Cette sculpture a été enlevée pour aller reposer dans une salle du musée de la ville. À sa place trône aujourd’hui un énorme radis rouge. Pauvre Zola !

Albert Bensoussan,

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3 Reponses to “Albert Bensoussan – Un racisme patent : Pauvre Zola !”

  1. Malgré tout le respect et toute l’admiration que j’ai pour Albert, je ne peux pas m’empêcher de réagir à un texte qui, partant des meilleures intentions dont celle d’aboutir à un compromis, abandonne l’essentiel sans pour autant être convaincant pour un œil extérieur à la communauté juive.
    Non nous ne sommes pas « paranoïaques », du moins pas en Israël (je pense d’ailleurs qu’on a vu beaucoup plus de paranoïa chez les juifs lors de la dernière élection présidentielle…). Quand Israël est délégitimé (et pas simplement critiqué comme n’importe quel Etat) c’est oui de l’antisionisme et il aurait fallu expliquer ce point au lecteur étranger qui croit de prime abord l’exposition anodine.
    Comment peut-on dire que le « combat palestinien » est « juste »? Les palestiniens qui veulent un Etat en paix avec Israël (une certaine classe moyenne, ni attirée avec les masses islamisantes ni cooptée par le népotique Fatah) ne la combattent pas parce qu’ils savent que c’est par elle que passe la construction progressive d’institutions capables de tenir tête au Hamas, parce qu’ils savent qu’Israël est loin d’être le seul responsable de leur situation (leurs propres dirigeants, les voisins arabes et l’ONU ayant joué un rôle négatif incroyable au cours dans ans). Alors, me dira-t-on, « combat » doit être pris dans un sens symbolique. Mais ce n’est pas ce que comprendra l’élève de Zola à qui on donne cet article à la sortie d’une exposition qui ne parle visiblement que de guerre. D’ailleurs personne ne le comprendra, car combat suppose opposition frontale de deux camps. Même si le « combat légitime » sous-entendu ici n’est pas la lutte armée, c’est au point la candidature à l’ONU, le travail de sape du BDS…

    Alors, plutôt que d’être gentil, il faut dans un tel document présenter et expliquer sans relâche les faits. Nul besoin de remettre en cause la « laïcité française » pour cela : si ce qui est avancé dans ce genre de manifestations est vrai, alors une telle exposition serait légitime. Voilà sur quoi il aurait fallu insister :
    - pourquoi la Palestine n’a pas d’Etat (si oublie la Jordanie, mais c’est une autre histoire), comme je l’ébauchais plus haut.
    - l’absurdité du « les enfants qui meurent à Gaza » (repris par Merah pour expliquer son geste…). Qui meurt vraiment à Gaza ? Quand ? Comment ? là encore, mettre sur un pied d’égalité « les arabes qui ne veulent pas la guerre » et « les juifs qui ne veulent pas la guerre » ne nous sert pas et ne nous fait pas justice. Lesdits « enfants » (terme pas remis en question, malgré toutes les associations cognitives qu’il entraîne) sont majoritairement des adolescents, hommes dans un ratio démesuré (ce qui contredit la thèse des frappes aveugles massives). Dire que si presque personne ne meurt côté israélien c’est que le gouvernement peut investir des millions pour protéger sa population des centaines de missiles (et pas « roquettes artisanales » de papis…) tirés chaque année sur ses zones urbaines. Dire que Gaza n’est pas occupée, que 80% des Palestiniens de Cisjordanie/Judée-Samarie vivent sous administration palestinienne, dire que le « blocus » n’en est pas vraiment un et qu’il est légitime, dire donc que personne ne meurt de faim, dire que relativement à n’importe qu’elle guerre quelques centaines de vie est un coût extrêmement faible, que tant le jus ad bellum que le jud in bello sont pour l’essentiel respectés, dire que l’ONU n’est pas un organe capable de trancher de ce qui est moral ou non, qu’elle est d’ailleurs un organe totalement illégitime…
    Je ne vous apprends ici surement rien. Mais voilà une partie de tous les présupposés que les élèves de Zola et leurs professeurs avaient surement en tête avant même l’exposition et qui mériteraient d’être battus en brèche plutôt que d’en appeler très conventionnellement à la paix entre les peuples. Au lieu de défendre le sien au final.

  2. simonviolet dit :

    un racisme qui n’est pas patent,c’est celui qui s’est déchainé hier soir à villeurbanne contre 3 jeunes qui portaient une kippa

    quand finkielkraut dit qu’il faut etre courageux pour porter une kippa en france,on le traite de parano et d’islamophobe;
    et madonna de son coté qui fait passer tout le pays pour un avatar de l’allemagne nazie,alors qu’elle ne sait rien de la france,des violences qui la secouent,et du ras-le-bol de cet ensauvagement et de cette brutalité

  3. BRAMI charles dit :

    BRAVO MR BENSOUSSAN ..IL FAUT RELEVE AUPRES DU MINISTRA DE LA CULTURE CE GENRE DE MANIF ET LUI DEMANDER SI IL ACCEPTERAIS QUE SOIT DIFFUSER DES MOMENTS D’ALERTE ET L’EXPLOSION DE ROQUETTES SUR DES LOCALITES ISRRAELIENNES VOIR LES PHOTOS DE LA TUERIE DE TOULOUSE TROP C’EST TROP IL FAUT RELEVE CE DEFI .
    ISRAEL A T’IL PROCLAME LA DESTRUCTION DE LA SYRIE ..DU LIBAN …DE L’IRAN …COMME VOISINS QUI N’ONT SIGNE UN TRAITE DE PAIX ET QUI NE LE RECONNAIT PAS GEOGRAPHIQUEMENT

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