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Prof Albert Bensoussan

Prof Albert Bensoussan

Elle gardait les yeux clos comme pour s’habituer à la nuit. Sa voix, sa belle voix d’alto s’était amenuie. J’ai entendu son souffle, avait dit sa petite-fille au téléphone, mais les mots ne lui venaient plus. Son dernier souffle.
Elle avait déserté son fauteuil pour élire comme résidence permanente son lit où elle semblait m’attendre. Mais ce n’était pas mon odalisque et nous n’étions plus amants. Hier encore, lorsque j’entrais dans sa chambre, elle se soulevait légèrement sur le coude et m’accueillait d’un large sourire. Sans nulle surprise, puisque je venais la voir tous les jours en début d’après-midi. Mais avec cette impatience qui disait l’amour qu’elle me portait. Autrefois nous étions avides l’un de l’autre. Ou dit-on amoureux ?
On lui a retiré son dentier, et maintenant elle sourit comme un bébé. Ma femme est devenue un enfant. Redevenue. La porte de la mort ressemble-t-elle à l’entrée de la vie ? Hier elle n’avait plus la force de se soulever. Paupières creuses, bouche ouverte, happant son air. Et puis quelques grimaces comme après une tétée. J’ai poussé une chaise contre son lit. Je lui ai pris la main. Il était treize heures quarante-cinq. Je n’ai lâché sa main qu’à vingt heures, quand le haut de sa gorge a cessé de hausser. À peine, grande peine. Elle dormait, en était moite. J’ai vaporisé autour de ses lèvres un peu d’eau thermale. Sans essuyer les gouttes, et son visage s’est rafraichi. Elle avait la lèvre aussi pendante qu’un chien après la course. Et puis ses doigts sont devenus bleus, et froids aussi. Les avant-bras marbrés. Mais le front restait chaud. L’infirmier est passé. Il a glissé la main sous le drap. Elle est en nage. Il lui a pris l’index, l’a pincé dans un appareil qui calculait ce qui lui restait d’oxygène. Plus tard un moteur a ronronné dans sa chambre, et des tuyaux entraient dans ses narines. Le docteur est passé, le pouls devenait inexistant. Deux fois on a usé du tensiomètre, et plus rien ne marquait. Rien ne passait. La boule, passe et manque. La poire d’angoisse. Je l’avais toujours dans ma main, mais elle ne la pressait plus. Je me suis jeté sur elle et j’ai crié : Matilda tu me meurs !… Et j’ai arrosé son visage de mes larmes. Matilda s’en était allée.

Albert Bensoussan
Le 3 janvier 2012


L’Equipe de www.terredisrael.com se joint à moi pour présenter a notre Ami et Rédacteur, Albert Bensoussan nos sincères condoléances.
Yossi Taieb
Directeur du Site

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12 Reponses to “Albert Bensoussan : Matilda s’en est allée”

  1. amiech dit :

    Mr Bensoussan

    je viens de lire le passage de votre femme pour un autre monde, j’ai été très émue, je vous présente avec retard mes sincères condoéances

    Josette

  2. Thérèse Abécassis Lichteichtein dit :

    L’émotion ressentie à la lecture de vos « mots d’amour » est très forte. Une douleur comme la votre est difficilement partageable, hélas…….. Je ne vous connais pas, mais j’ai l’impression que Matilda et vous faisiez partie de mes proches.

    Je vous adresse mes plus sincères condoléances.

  3. Georges Levy dit :

    Le récit bouleversant de cette séparation n’est pas hélas un essai de littérature mais le cri du coeur d’un homme avec qui nous partageons sa peine d’avoir perdu sa compagne.

  4. sitbon claude dit :

    mon cher albert on dit souvent qu il n y a pas de mots pour consoler mais toi l orfevre des mots a tout dit que son souvenir soit soit pour toi et les tiens une source de benedictions ,mon frere

  5. NABIL dit :

    Toutes mes condoléances professeur,moi qui suis un fervent admiratif de tous vos écrits historiques,je suis particulièrement ému par ce triste récit,et vous assure en ces circonstances douloureuses, de toute ma compassion,puisse Dieu l’introduire dans son vaste paradis,et lui accorder toutes ses grâces,et sa miséricorde.Amin

  6. Sidney dit :

    Quelle tristesse , quelle peine me prend ,
    Revivre avec notre ami préféré , Notre ami sans tache ,
    Le drame du départ de son épouse Matilda ,
    Oui ,mon frère , Cher Albert ,
    Je partage ta peine , et t’adresse mes condoléances attristées ,
    Tu le sais ,Nous sommes nombreux à tes cotés,
    Je t’embrasse
    Sidney Chouraqui

  7. martiano claudine dit :

    malgré sa souffrance elle est partie heureuse de vous avoir près d’elle et savoir combien vous l’aimiez maintenant elle vous protège et protège tout notre peuple amen !courage monsieur .

  8. betty L dit :

    LES DOULEURS D’UN ETRE CHER QUE L’ON PERT et que l’on oubliera jamais avec Mr BENSOUSSAN mes condoleances

  9. BRAMI charles dit :

    cher Monsieur toutes nos condéléances et merci pour ce descriptif
    des derniers instants nous partageons votre douleur
    que la PAIX SOIT AVEC VOUS

  10. vaknin mihal dit :

    ce n’est que vous avec vos dons qui puissiez ecrire un si beau poeme a la memoire de votre epouse{z/l}dans des moments si difficiles.
    je vous presente mes condoleances et que son amw prie pour le peuple d’Israel…Amen

  11. GeoReine dit :

    A Monsieur Albert Bensoussan
    Très émue par ce tendre récit,
    Nous prions afin que votre chère Matilda repose en Paix,
    Nous Vous souhaitons Courage et Résignation
    Près de Vous par la pensée
    Sincères Condoléances
    Georges et Reine Chouraqui

  12. gozlan lucien dit :

    Quelle tristesse, Albert BENSOUSSAN en lisant votre recit.
    Je suis tres penne de lire le deces de votre epouse de cette facon.
    J associe Lucette a mes sinceres condoleances tres attristees.
    GOZLAN Lucien, epoux de Lucette MAMANE, votre cousine.

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