1870 :Décret Crémieux donnant la nationalité française aux juifs d’Algérie. Ce décret sera durant des décennies régulièrement contesté par les européens de souche (pillages de magasins juifs, émeutes, lutte contre les « syndicats judéo opportunistes », ligues anti-juives).
1894 : Sur fond d’antisémitisme violent, condamnation du capitaine Dreyfus pour espionnage au profit de l’empire allemand
1897 : Un juif est nommé professeur à la faculté de droit d’Alger. Un dénommé Massimiliano Milano dit Max Régis se met à la tête du journal « ‘L’ANTIJUIF »Il veut ,à défaut d’éliminer les juifs, leur rendre la vie impossible.Une intense propagande antisémite est déclenchée.
13 janvier 1898 : au nom de l’affaire Dreyfus. Le journal L’Aurore publie l’article d’Emile Zola « J’accuse » qui dénonce, au nom des valeurs universelles, la condamnation d’un innocent.

20-25 janvier 1898 : Menées par Max Régis, qui en mai 1898 sera élu maire d’Alger, de violentes émeutes antijuives sont menées dans toute l’Algérie qui voit le triomphe des antisémites aux élections.
A Alger, la foule déchainée est maitresse de la rue.
En Oranie des agents de police juifs sont révoqués, des malades juifs soignés dans les hôpitaux sont révoqués.
TEXTE
Le samedi suivant, 22 janvier 1898, il se rendit à la synagogue. Il entendit quelques murmures réprobateurs, sur son passage : celui qui ouvrait son magasin le jour du sabbat ne faisait pas l’unanimité. Mais il voulait parler avec les siens de la situation insurrectionnelle du pays et des multiples vexations que, depuis quelques jours, sa communauté supportait. Les extrémistes, menés par Max Régis, étaient irrités par les rebondissements suscités par l’affaire Dreyfus en métropole. Ils parlaient de sécession et d’expulsion des juifs. Devait-on prêter crédit à de telles rumeurs ? Tout le monde était tendu. Après l’espoir de l’émancipation et de la liberté retrouvée, allait-on revenir au règne de l’humiliation et de l’exil ? David pensa à la judéria de Tolède, entièrement détruite par les fanatiques chrétiens, il y avait cinq cents ans. La même horreur pouvait-elle se reproduire ici ? Les rabbins exhortèrent les fidèles à faire preuve de patience, à se montrer discrets, à ne pas traîner dans les rues et à attendre que les esprits se calment.
En quittant le temple, David se rendit au magasin. Conscient de l’absurdité de son geste, mais mû par un profond désir d’affirmation, il ouvrit grandes les portes. Il était seul, droit sur le seuil, les mains sur les hanches, fier, le front haut.
Il entendit un grondement sourd, comme une vague déferlant irrésistiblement. La judéria de Tolède ! pensa-t-il. Le bruit s’amplifia, plantant des banderilles d’angoisse dans son ventre. Puis les phrases scandées devinrent audibles : « À bas les juifs ! Abrogeons le décret ! Dreyfus traître ! »
Une meute armée envahit les rues et fit la chasse à cette engeance qui avait l’outrecuidance de vouloir sortir de l’obscurantisme. David vit accourir quelques coreligionnaires affolés. Il les poussa dans sa boutique et referma vivement les portes. Les bruits de pas se firent plus pressants, les assaillants arrivaient, frappant de leurs bâtons les vitrines des commerces imprudemment exposées, brisant avec fracas tout ce qui pouvait l’être. Ce n’étaient que cris de haine.
Calfeutré dans son local, David était calme. Il attendait la fin avec courage. Autour de lui, les quelques malheureux qu’il avait sauvés priaient, paniqués. Personne ne parlait. Une éternité sembla s’écouler… Puis les vociférations diminuèrent d’intensité pour n’être plus qu’un bruissement lointain. La troupe était passée et, ô miracle, sans causer le moindre dégât dans le magasin. Les hommes se détendirent, certains se mirent même à rire nerveusement. « C’est fini », dit David, soulagé, tout en rouvrant la boutique. Il proposa à ses compagnons d’infortune, encore sous le choc, d’attendre que tout danger soit complètement écarté avant de repartir.
Didier Nebot : » mémoire d’un dhimmi »
Président de MORIAL
Source : Site de Morial www.morial.fr
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Nous nous permettons de vous présenter un blog présentant 36 clichés photographiques peu connus et oubliés:
http://rennesetdreyfus.blogspot.fr/
Les plaques argentiques ont été prises durant le procès de Rennes par Auguste HAUTEBERT, un rennais habitant entre la prison et le Lycée.
Les photos sont conservées aux Archives départementales d’Ille-et-Vilaine depuis 1977 ans et semblent avoir été oubliées dans les fonds d’archives.
Nous vous en souhaitons une bonne lecture.