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"Nos ancêtres les Gaulois"
L'identification des Juifs de France et de Tunisie aux valeurs de la Troisième République
par le Dr Reuven (Roger) COHEN
"L'instituteur national". C'est ainsi que Pierre Nora définit Ernest Lavisse dans "Les Lieux de Mémoire". Lavisse écrivit, en 1884, le petit manuel d'Histoire de France, "Le Petit Lavisse", à l'usage des écoles primaires, réédité tout le long de la Troisième République et connu de tous les élèves de l'Ecole primaire républicaine, en France et dans les colonies. Dans une certaine mesure, nous pouvons dire que Lavisse "institua" l'Histoire de France pour les classes primaires de l'Ecole républicaine promue par Jules Ferry. Il fit de cette histoire un chant d'amour pour la France et une sorte de catéchisme patriotique.
"Jamais la flèche de Strasbourg ne s'effacera de mon horizon, écrivait-il encore en 1891, exigeant la revanche contre l'Allemagne afin de reconquérir l'Alsace et la Lorraine, rappelle Droz dans 'Les relations franco- allemandes intellectuelles de 1871 à 1914'. L'espoir et la confiance que j'avais en moi, je les ai inlassablement prêchés à des millions d'enfants".
Ce petit livre d'histoire avait pour but, avant toute chose, d'éduquer les élèves des différentes classes du primaire à être de bons petits Français imbus de la Grandeur de la France et de la Gloire de la République. La première leçon commençait par le fameux "Nos ancêtres les Gaulois". Il traitait ensuite du genre de vie de ceux en qui on voyait alors les fondateurs de la France et de leur lutte pour la liberté de "Notre Pays". Leur guerre contre Rome est une suite d'exploits et de bravoure, qu'Axtérix immortalisa.
"A l'enseignement de l'histoire incombe le glorieux devoir de faire aimer et comprendre la patrie, déclarait Lavisse le 15 juillet 1891, dans son discours d'inauguration d'une école à Nouvion en Thiérache. Nos ancêtres les Gaulois et les forêts des druides, Charles Martel à Poitiers, Roland à Roncevaux, Godefroy de Bouillon à Jérusalem, Jeanne d’Arc, tous nos héros du passé, même enveloppés de légendes… si l’écolier n’emporte pas avec lui le vivant souvenir de nos gloires nationales, s’il ne sait pas que nos ancêtres ont combattu sur mille champs de bataille pour de nobles causes, s’il n’a point appris ce qu’il a coûté de sang et d’efforts pour faire l’unité de notre patrie (…) s’il ne devient pas un citoyen pénétré de ses devoirs et un soldat qui aime son drapeau, l’instituteur aura perdu son temps. »
Pour les petits Juifs de France, comme pour les petits Juifs de Tunisie inscrits à l'école primaire de la République, le fait de réciter la leçon d'histoire en déclamant "Nos ancêtres les Gaulois", ne posait aucun problème d'identité.
La chose s'explique par l'engouement de l'élite de la communauté juive de France et de Tunisie pour les valeurs républicaines. L'identification de l'élite de la communauté juive de Tunisie pour ces valeurs, que les représentants de la Troisième République en Tunisie colportaient dans leurs malles, rayonna sur la majorité de leurs coreligionnaires.
Ces petits Juifs, en récitant la leçon, savaient bien que leurs ancêtres étaient les descendants d'Abraham. Mais, en la récitant, c'était la culture des Ancêtres de la leçon qu'ils adoptaient et à laquelle ils s'identifiaient.
Quant à cette élite, la chose s'explique surtout par le changement de son statut social, qui était dû à sa foi et à sa fidélité à l'égard des principales normes sociales qui géraient la mobilité sociale dans cette République.

La montée rapide des Juifs dans l'échelle sociale et politique de la société française, dès les débuts de la Troisième République, reflète l'idéologie sociale et la philosophie politique des philosophes et des hommes au pouvoir. Depuis 1870, ceux-ci se sont appuyés sur cette idéologie et sur cette philosophie afin de "modeler"cette République.
Cela a permis à Crémieux, alors ministre de la justice, de faire adopter par le gouvernement, de suite après la naissance de la nouvelle République et l'abolition du Second Empire, le décret portant son nom.
Ce décret a permis de changer radicalement la vie des Juifs d'Algérie et plus tard, en décembre 1923, celle des Juifs de Tunisie.

C'est dans l'intention de comprendre pourquoi la Troisième République joua un tel rôle dans le sort des Juifs de France et des Juifs de Tunisie, eux qui étaient considérés par le régime beylical comme des dhimis, des hommes soumis et dépendants, que dans les limites d'un article restreint, cette Page d'Histoire voit le jour.

Nous savons que tout a commencé par l'acte de l'Emancipation des Juifs de France en 1791.
Cet acte "formateur" a changé du tout au tout le statut du Juif.
Selon Paul Sebag, cité par Claude Nataf dans "Entre Orient et Occident, Juifs et Musulmans en Tunisie" (ed. Denis Cohen-Tanoudji), en 1791, les Juifs de Tunisie eurent connaissance de cet acte : "Malgré l'absence d'un texte précis, dit Paul Sebag, on peut croire que les Juifs de Tunisie, qui étaient au courant de tout ce qui se passait en Europe, ont appris avec un vif intérêt l'extension aux Juifs français de la déclaration des Droits de l'Homme, réalisée par un décret de l'Assemblée Constituante en date du 27 septembre 1791; l'intégration des Juifs de France, avec l'accord du grand Sanhédrin, par les décrets napoléoniens du 17 mars 1808 et du 20 juillet 1808; et l'émancipation des Juifs dans tous les pays ou les armées impériales faisaient triompher les principes de la Révolution Française. Ainsi seulement peut-on comprendre l'ardente sympathie à l'égard de la France dont font preuve alors les Juifs de la Régence."
Supprimons le petit vocable "alors", et l'observation de Claude Sebag sur "l'ardente sympathie à l'égard de la France" devient une constante qui caractérise la position des Juifs de Tunisie à l'égard de la France, tout le long du 19ème et du 20ème siècle.
Il n'y a donc pas lieu de s'étonner, que le quotidien de langue française, Le Petit Matin, rapporte, le 15 mai 1939, qu'à la cérémonie commémorative organisée à Tunis pour le cent cinquantième anniversaire de la Révolution, l'avocat Robert Scemama qui intervint au nom du Parti Radical, commence son allocution ainsi : "Nous les Français, qui avons fait la Révolution de 1789…" (Claude Nataf, ibidem).
Le décret du 27 septembre 1791 a eu pour résultat plus révolutionnaire encore, d'entraîner chez le nouvel émancipé une motivation passionnée à servir l'Etat, selon les lois établies par la constitution et appliquées à tous les citoyens.
Cette motivation atteint sa pleine réalisation pendant la Troisième République.

Dans un livre dont le titre évoque ces premiers "Fous de Dieu" qu'étaient les Zélotes de l'époque de Massada, "Les fous de la République, histoire politique des Juifs d'Etat de Gambetta à Vichy", Pierre Birnbaum raconte qu'à cette époque "Les Archives israélites dressent périodiquement un Tableau d"honneur des Israélites français" afin de célébrer "ceux qui ont obtenu de l'avancement dans les diverses administrations du pays ou qui ont été admis dans les écoles du gouvernement".
"Ce sont les nouveaux héros, ajoute Birnbaum, dont les milieux juifs honorent les moindres faits et gestes, commentant sans se lasser chacune de leur promotion au sein de l'Etat."
Ces héros ne ressemblent pas aux "Juifs de cour" portés surtout vers le monde des affaires et de la Banque. Ces "héros" sont des hauts fonctionnaires qui ont à cœur de bien servir l'Etat, et qui ne cachent en aucune façon leur appartenance communautaire. Les Millaud, Crémieux, Raynal, Lisbonne remplissent des fonctions de haut niveau. Ce sont des hommes proches du pouvoir, liés d'uns manière intime à Gambetta. A l'avènement de la République, "Parmi les nombreux préfets nommés au même moment par Gambetta, ajoute Birnbaum, Eugène Lisbonne est installé à la tête de l'Hérault : il y sera président du conseil général et sénateur, incarnant à lui seul dans la région le nouveau régime républicain."

L'intégration des Juifs dans tous les domaines de la vie sociale française, malgré les pamphlets antijuifs du début des années 80 du siècle , n'a pas été freinée pendant "L'Affaire Dreyfus", que je ne traiterai pas dans cette Page d'Histoire.
Elle n'a été brisée qu'au lendemain du "Front populaire", lorsque cette République a fait appel à Philippe Pétain, qui n'a eu pour souci principal que celui de ramener celle-ci à ce qu'il pensait être les valeurs authentiques du peuple français et de la France, valeurs antinomiques à celles du Front populaire et, pour la plupart, à celles de la Troisième République.
Car cette Troisième République a forgé, à coté des valeurs et des normes politiques et sociales empruntées à la Première, de nouvelles normes et valeurs républicaines auxquelles les Juifs souscrirent avec enthousiasme.
Comme on s'en souvient, la Première République a été constituée pendant la Révolution Française, un jour après l'abolition de la royauté du 21 septembre 1792, lorsque le mot de "république" fut officiellement employé dans les actes publics. La date du 22 septembre 1792 marqua donc le début de l'an I de la République.

Qu'en fut-il des Juifs de France pendant la Deuxième République?
Cette république vit le jour avec la chute de Louis-Philippe, lors de la révolution de 1848, à l'époque du "Printemps des Peuples" ?
Elle fut de courte durée, tumultueuse et noyautée par les socialistes, qui cependant cédèrent à Lamartine, lors de son fameux discours sur le drapeau tricolore, et renoncèrent à le remplacer par le drapeau rouge.
Cet aspect nationaliste, qui caractérisa, cinquante ans, plus tôt la République de 1792, se retrouve accentuée dans l'esprit de celle de 1870 et dans les cadres éducatifs et les messages dispensés à la jeunesse. Nous y reviendrons.
Les Juifs, pendant cette Deuxième République sont peu actifs et peu nombreux, moins "voyants", quoique dans le sud et dans le nord-est de la France leur statut économique ne soit pas parmi les plus faibles.
La Troisième République emprunta fort peu de normes et de valeurs à la Deuxième République
Ceux de la Troisième accusaient leurs aînés, qu'ils qualifiaient de "Vielles Barbes", d'utopisme et de manque de pragmatisme. Ils ne se rapprochèrent d'eux que lorsque ils adoptèrent cette idée de Fraternité dominante qui était un des pivots importants de leur idéologie. Le Radical Léon Bourgeois, en 1894, traduisit cette idéologie de Fraternité en théorie sociale structurée qu'il baptisa "Le Solidarisme". Le but des Radicaux était alors de barrer la route aux socialistes marxistes, lors de leur montée en flèche aux élections parlementaires de 1893.
Ces "Vielles Barbes", comme les nommaient leurs cadets, qui eux aussi en portaient une, ont presque tous disparus du premier rang des politiciens de la Troisième. Seul Thiers est là. Il nous faut signaler aussi Jean Macé, qui fut le fondateur de la très influente Ligue Française de l'Enseignement, où les Juifs furent actifs, comme le furent les Protestants et les Francs Maçons. Louis Blanc ne brille plus, et les Socialistes révolutionnaires disparaissent avec la chute de la Commune de Paris en 1871.

On ne retrouve donc les Juifs, et en force, qu'avec la Troisième République.
Il est nécessaire cependant de relativiser leur présence.
En effet si nous prenons Paris comme critère, Paris qui fut tout le long du 19ème siècle un pôle d'attraction certain pour les Juifs, les statistiques nous révèlent une image plus nuancée.
Une des constatations qui est une constante dans leur sociologie est qu' en particulier sous la Troisième République, leur force économique et politique est disproportionnée par rapport à leur nombre.
En 1789, on compte 500 Juifs à Paris.
Ils sont 3 855 sous l'Empire, 8 684 en 1831, 11 164 en 1861, 25 172 en 1872, et 44 000 en 1891.
Mais ce qui fait grosse impression vers la fin du 19ème siècle et provoque la montée de l'antisémitisme, c'est que plus de la moitié des Juifs de France vivent à Paris, et qu'ils occupent des postes importants dans la fonction publique. De plus, ils jouent un rôle influent auprès des groupements gouvernementaux et dans l'Economie.
"Lors de l'Affaire Dreyfus leur nombre sur l'ensemble du territoire est d'environ 70 000 sur plus de 38 millions d'habitants, ce qui relativise la pseudo 'invasion juive' dénoncée par les antisémites", écrit Béatrice Philippe dans son livre 'Les Juifs à Paris à la belle époque', à qui nous avons emprunté ces chiffres.
Mais comme Paris est le centre du pouvoir et le centre des affaires, et que le pouvoir de cette Troisième République est centraliste et un tant soit peu absolu, comme le soutient Odile Rudelle dans son livre "La République Absolue", cette intégration des Juifs dans l'appareil de la République et dans son économie éclate aux yeux.

Qu'a changé cette Troisième République dans la politique et dans la mentalité de la société française pour que les Juifs grimpent si rapidement dans l'échelle sociale et politique de la France ?
Je ne citerai que les deux normes principales à l'aide desquelles la morale républicaine aspirait à modeler la Troisième République. Elle les souligna et les glorifia dans les écrits de ses philosophes et dans les discours de ses hommes politiques. Ce sont ces normes, qui à mon avis, gérent pendant cette période la mobilité sociale au sein de la Société française.

Tout d'abord, il nous faut signaler la norme sociale du "Mérite", norme issue de la Révolution. Il s'agit de ce critère de distinction qui récompense les Méritants par une promotion assurée, et qui représente une des pierres angulaires du régime social et politique de cette République, ce régime dont on a souligné l'intention d'être une "Méritocratie".
Or, cette norme égalitaire, qui ne fut pas une aspiration toujours repoussée à un avenir meilleur, mais une réalité que le pouvoir sut concrétiser au présent, se révéla comme une des grandes réalisations dans le domaine des "faits de société" de cette République.
Elle a transformé aussi la vie des Juifs naturalisés Français en Tunisie.

L'Ecole républicaine du Protectorat en a fait un principe sacré que les jeunes élèves, de toutes les communautés, ont appris à connaître et à respecter. Mais il ne fait aucun doute que ce sont les élèves juifs qui se sont distingués dans cet espace social. Ils en ont fait un tremplin qui a aidé les "démunis" méritants à gravir les échelons scolaires et universitaires, cela à coté du système des écoles de l'Alliance sur lequel nous reviendrons.
Les hommes politiques de cette République, afin de faire de la République un régime modèle, comptaient sur la conduite civique de ces membres dévoués à la France et assoiffés de progrès personnel fondé sur leur travail et leur assiduité. Aussi encourageaient-ils les citoyens, sans distinction de "race", de religion et de couleur, à se distinguer par leurs dons, leur travail et leurs compétences, afin de renforcer l'Etat et la République. En contre partie, celle-ci leur assurait "d'avancer", de grimper, de droit, les échelons de l'échelle sociale, politique et administrative.
Car pour ces leaders qui ont modelé la Troisième République, la France et la République ne faisaient qu'un. Le slogan par lequel tout homme politique français conclut son discours "Vive la République, Vive la France" illustre bien cet esprit, jusqu'à nos jours.

Les Juifs ont de suite saisi l'opportunité qui se présentait à eux et, encouragés par leur communauté, comme le rappelle Birnbaum que nous avons déjà cité, ils ont tout fait pour "mériter de la République". Et cela dans tous les domaines. Du domaine financier, lorsque la Banque Rothschild aida la jeune République à régler, plus rapidement que prévu, la dette rocambolesque de la défaite, que lui avait fixée Bismarck, et qui maintenait jusqu'à son paiement les troupes d'occupation allemandes sur le territoire Français, et jusque dans le domaine de leur participation à la Défense nationale, où les jeunes recrues juives étaient encouragées par les leaders communautaires de faire tout sacrifice exigé, afin de bien servir la Patrie française et la République face à tout danger éventuel.

Conscients que le sentiment national (on pourrait même dire "nationaliste") de cette République dans les deux décennies qui suivirent la défaite face à la Prusse, représentait une norme d'intégration et d'ascension sociale, les Juifs s'efforcèrent de se distinguer dans ce domaine aussi.
"En octobre 1876, écrit Birnbaum, le sénateur Adolphe Crémieux et le député Eugène Lisbonne participent, en compagnie des soldats israélites du contingent, à l'office de Kippour, à Montpellier. Au cours de cette cérémonie, Crémieux prononce un discours qui en dit long sur les sentiments patriotiques des soldats juifs : "Vous voilà soldats, mes chers enfants, soldats de notre chère France. Vous battrez-vous ? Aurons-nous la guerre ? Si vous vous battez, battez-vous comme le faisaient vos ancêtres le peuple de Dieu, défendant la patrie (…) vous êtes soldats français. Vous voilà au milieu de vos concitoyens, citoyens comme eux (…) Aimez la, aimez cette République française qui vous a fait français et vous a donné des droits et des devoirs égaux à ceux de ses autres enfants; aimez bien ceux dont vous êtes devenus camarades; contractez avec eux des liens fraternels. Enfants, vive la France, Vive la République !"
Le même Eugène Lisbonne qui incarna à lui seul le régime républicain dans l'Hérault, fut nommé Préfet. A l'époque où les armées de Bismarck s'approchent de Paris, il fait preuve d'un patriotisme enthousiaste et proclame, souligne Birnbaum, dès le 7 septembre : "Citoyens, à notre poste chacun de nous ! La patrie fait appel suprême à tous ses enfants. Serrons-nous et en avant, car ce qu'il faut sauver, c'est le foyer pour chacun, c'est la France pour tous."

Le Nationalisme, le Patriotisme militariste, a été, après le Mérite, la norme de conduite civique la plus soulignée qui a modelé cette République dans les premières années de sa création.
Il s'agit de la seconde norme importante qui gérait l'intégration des citoyens et leur mobilité sociale au sein de la Société française.
Mais, si du point de vue social, nous la plaçons au second rang, du point de vue national, elle tient la première place et représente la condition sine qua non de la première. Car, pour cette République, le Mérite social n'est rien, s'il n'inclut les devoirs et les sacrifices que l'Amour de la Patrie exige du citoyen.
Cette République fut plus nationaliste que les précédentes. Ce fut, avec la Laïcité, son trait de caractère le plus marqué. Il serait plus exact de parler de Neutralité en terme de religion plutôt que de Laïcité, car s'il y eut laïcisation de l'Etat, il n'y eut en aucune façon, comme pendant la Première République "Déchristianisation" de la société. La société civile Française tenait à demeurer, comme auparavant, "La fille aînée de l'Eglise", et il faudra attendre l'année de 1905 pour que soit parachevée la Séparation de l'Eglise et de l'Etat.
Si la norme du Mérite s'adressait à l'individu, celle du Nationalisme s'adressait à la nation entière. Faire partie de la Nation signifiait se sacrifier pour la Patrie Républicaine.
Les différentes communautés, les différentes régions, même celles qui traditionnellement étaient antirépublicaines, les villages les plus ignorés de cette "France profonde", cette France mythique qui fut, au début du 20ème, et pendant Vichy, la fierté de l'extrême droite française, témoignaient leur attachement à la République par le biais de leur ferveur nationaliste. Ils attendaient d'elle qu'en retour, elle sache leur témoigner sa reconnaissance en déversant sur eux sa manne.

C'est ainsi que les villages les plus reculés entretenaient dans leur école primaire un "Bataillon scolaire". Ce cadre éducatif et militaire était chargé de dispenser aux élèves de la classe terminale du "Primaire" (la classe du Certificat d'Etudes Primaires) une préparation militaire qui avait pour but de défendre la Patrie et de préparer la Revanche contre l'Allemagne afin de libérer les régions d'Alsace et de Lorraine conquises par celle-ci lors de la guerre de 1870.
André Siegfried, dans son Journal, rappelle que dans son milieu, autour de 1880, on ne songeait pas à séparer la République de la Patrie et de l'Armée. "Nous grandissions dans l'espoir de la revanche, dans le culte du drapeau, dans l'admiration de l'armée alors en voie de renaissance. C'était le temps des bataillons scolaires et l'on voyait comme un spectacle naturel les instituteurs conduisant militairement leurs troupes d'écoliers…Dans le milieu où je vivais, on se disait que la république était l'instrument le plus efficace de la renaissance française." (Droz)
Ainsi, l'Ecole républicaine, cette école qu'institutionnalisa Jules Ferry avec l'aide de La Ligue Française de l'Enseignement, cette école qui fut la fierté de la Troisième République, fut une école animée par un esprit nationaliste et patriotique militariste, des plus accentués qui soient en démocratie républicaine.

C'est cet esprit patriotique, souligne Mona Ozouf dans son livre "L'Ecole, l'Eglise et la République 1871-1914", qui caractérisait aux yeux des élèves, des instituteurs et des parents - plus encore que la laïcité - l'ethos de l'école primaire républicaine : "C'est donc le patriotisme qui donne à l'enseignement laïque sa véritable unité. L'école laïque retentit de chansons martiales. Destinées aux enfants des écoles maternelles, voici par exemple deux vers de 'L'écolier Soldat' (L'école maternelle 1er mai 1882) :
'L'heure a sonné, marchons au pas
Jeunes enfants, soyons soldats ".

Les "Hussards noirs de la République", tel que Péguy avait baptisé les instituteurs du Primaire, pour le tablier noir qu'ils portaient en classe comme leurs élèves et le rôle qu'ils jouèrent dans la "républicanisation" de cette France profonde, sont avant tout des instituteurs du patriotisme militariste. Celui-ci repose sur le respect profond et l'amour inconditionnel qu'ils parviennent à insuffler à leurs élèves pour l'Armée et l'Education militaire que l'école primaire dispense dans ses Bataillons scolaires.
"De l'amour de la patrie, les républicains espèrent qu'il réconciliera les générations et unifiera la France, ajoute Mona Ozouf. En attendant, il unifie tous les enseignements donnés à l'école. Le patriotisme marque évidemment l'histoire, école privilégiée du sentiment national ; la géographie, qui fait à 'la défense du territoire avec ses ouvrages défensifs, points fortifiés et batteries' une part essentielle (L'Ecole, le 6 janvier 1884)."
Le premier des bataillons scolaires fut créé à Paris, sur l'initiative d'Aristide Rey et par décision du conseil municipal de la capitale, en 1881. Très rapidement il fut imité par la plupart des Conseils municipaux des villes et des villages de France. Chacun de ces Conseils voulait avoir "son" bataillon scolaire.
Mais la République ne pouvait accepter que ces initiatives ne soient contrôlées par le pouvoir. N'était-elle pas cette "République absolue" dont parle Rudelle ?
Aussi, le 6 juillet 1882, un décret du gouvernement officialise la création des bataillons scolaires et crée les cadres et les instruments administratifs destinés à les contrôler.
La très puissante Ligue de l'Enseignement, sous la présidence du personnage charismatique que fut Jean Macé, soutient cette initiative jusque dans les communes les plus reculées du territoire. "L'important, écrit Jean Macé, c'est de commencer tout de suite et de donner aux campagnes de France le spectacle de leurs enfants se préparant dès l'école à défendre le sol de la Patrie, si jamais l'étranger essayait de revenir le fouler'. Le même Macé publiera en 1885 une préface à un ouvrage intitulé "Manuel de tir à l'usage des écoles primaires, des lycées et des bataillons civiques." (Droz)
Quoique l'âge minimal prescrit par le décret gouvernemental pour participer aux exercices de tir fût de 13 ans, dans les villages où les classes supérieures réunies ne parvenaient pas à atteindre le nombre "d'élèves soldats" (ou "scolos") fixé par un de ses articles, les élèves de 10 et 11 ans faisaient partie du bataillon scolaire et s'entraînaient au tir, sur les fameux "fusils scolaires" fabriqués à leur mesure, par la fabrique d'armes Andreux.
Tout un appareil de manuels d'instruction militaire destinés aux bataillons scolaires, et d'instructeurs de l'armée supervisés par le Ministère de l'éducation nationale, est mis en place afin de préparer, à l'aide des bataillons scolaires, les futurs soldats. L'appel de la Patrie pour la défense du pays commence dès l'école primaire.

Les Juifs de France répondent "présents" à cet appel. "L'entrée dans l'armée est d'ailleurs une des voies royales de l'intégration à l'Etat, la preuve ultime de leur "régénération" finale, écrit Birnbaum. En devenant soldats, ils font la preuve de leur courage et de leur vigueur, démentant les stéréotypes antisémites : dès le début du siècle, ils entrent par exemple à l'Ecole Polytechnique et gravissent lentement les échelons de la carrière. A vrai dire, dans l'armée, institution profondément catholique et conservatrice, ils n'accèdent que tardivement aux grades les plus élevés auxquels on s'intéresse. Du coup, lorsque, en novembre 1870 Léopold Sée est nommé général de brigade après avoir été cité à l'ordre de l'armée le 27 août 1870, pour sa conduite lors des batailles de Gravelotte et de Saint-Privat où il a été blessé, il est le premier Juif à parvenir à ce grade."
La norme du Mérite et celle du Patriotisme militariste, ont joué toutes les deux un rôle décisif lors de cette nomination.

Dès l'arrivée des Français à Tunis, en 1881, les Juifs de Tunisie ont exprimé une vive sympathie pour les valeurs républicaines que colportaient avec eux les officiers supérieurs de l'armée, dont la plus représentative, dans les colonies, était celle du patriotisme. Il est étonnant de constater que, comme les Juifs de France, un certain patriotisme habitait les élites de la communauté juive de Tunisie vis-à-vis de la France.
L'œuvre de l'Alliance Israélite Universelle y était pour beaucoup.
Cependant, il faut ajouter le fait qu'elles considéraient ce pays comme le terroir qui, depuis la Révolution, avait le mieux mis en pratique certaines des valeurs universelles exprimées lors de la Révélation du Sinaï. A ce sujet, Claude Nataf rappelle qu'à l'occasion de la commémoration du premier centenaire de la Révolution Française, "Le grand Rabbin de Tunisie, Eliahou Borgel, explique à ses coreligionnaires réunis à la synagogue de la Hara le sens de la Révolution de 1789 et l'assimile à la Révélation du Sinaï."
Le même Claude Nataf ajoute que lors de la réception que Théodore Roustan, alors consul à Tunis, organisa pour saluer les officiers supérieurs des troupes françaises après leur arrivée à Tunis en 1881, celui-ci "Voulut réunir une chorale d'enfants pour chanter la Marseillaise. Il ne put la trouver qu'à l'école de l'Alliance, les écoles chrétiennes n'enseignant pas alors à leurs élèves, ce chant considéré comme séditieux jusqu'en 1890 et le ralliement du Cardinal Lavigerie à la République."
Les valeurs de la Révolution sont donc perçues par les Juifs de Tunisie comme ces valeurs éternelles et universelles, que les représentants de la République Françaises colportent avec eux, et qu'ils se font fort de réaliser là où la France s'installe. Les Juifs les adoptent avec empressement et soutiennent inconditionnellement la présence française en Tunisie.
Certains titres des Journaux en judéo-arabe rappellent la triade révolutionnaire inscrite sur le drapeau que les troupes Françaises ont brandi lors de leur arrivée à Tunis. Claude Nataf les cite : "El Horrya (La Liberté), El Estaoua (L'Egalité), El Haqiqa (La Vérité).
Relatant une réception des Corps Constitués à la Résidence Générale à l'occasion de ce centenaire, "Le journal La Dépêche tunisienne, ajoute Nataf, rapporte en ces termes les propos du même Grand Rabbin Eliahou Borgel : ' Nous tenons, comme Israélites, à saluer en vous le représentant de ce beau Pays de France qui a été le berceau de notre émancipation et celui de l'égalité de tous devant la loi".

"L'œuvre civilisatrice de la France", autrement dit son œuvre colonisatrice, trouva une aide substantielle auprès des missionnaires, non seulement ceux de l'Eglise Catholique, comme cela se passa au cours des siècles précédents, mais ceux de la communauté juive de France agissant au sein de L'Alliance Israélite Universelle.
"L'Alliance", comme il était coutume de la nommer, fut fondée en 1860 à Paris, sous le Second Empire, dans le but de propager l'émancipation des Juifs d'Europe obtenue à la suite des troupes napoléoniennes, au bassin méditerranéen et au proche orient et jusqu'en Mésopotamie.
La Troisième République encouragea ses intentions et fit, sans les reconnaître officiellement, de ses représentants, des représentants de la République.

"Au moment de l'installation du Protectorat, écrit Guy Dugas dans "Le goût de Tunis" (Ed. Philippe Di Folco), la Tunisie compte environ 40.000 Juifs, plus de 10.000 Italiens, environ 7.000 Maltais et quelques centaines de Grecs, contre 700 Français tout au plus. Sans compter le million et demi de Tunisiens musulmans que l'on désigne sous le terme d'Indigènes.
S'adjoindront encore à cette 'chakchouka d'existences' plusieurs milliers de Russes blancs installés à Bizerte à la fin de 1920 et dans les premiers mois de 1921, quelques centaines d'Arméniens fuyant le génocide turc, des Polonais, des Espagnols chassés par la guerre civile…"
Dans cette 'chakchouka d'existences', telle que définit Dugas la population locale en 1881, la communauté juive était, après les Indigènes, la plus importante du point de vue démographique.
Il était donc naturel que les Autorités françaises du Protectorat s'appuient sur elle, d'autant plus qu'avec l'aide des fonctionnaires de l'Alliance, cette communauté leur était acquise. Depuis l'entrée des troupes françaises en Tunisie, les représentants de la République, chargés d'enraciner le Protectorat au sein de la population, avaient trouvé un "intermédiaire idéal" en la communauté juive, intermédiaire qui l'aida à pénétrer les différentes communautés et la population "indigène". L'Alliance, quant à elle, joua dans ce domaine le rôle de catalyseur qui accéléra l'engagement du Juif qui faisait partie de l'élite de la communauté à soutenir "L'œuvre civilisatrice de la France" en Tunisie, et à manifester publiquement son enthousiasme et son empressement à l'accueillir.
Il va de soi, que l'élite de la population tunisienne arabe ne vit pas d'un bon œil ces effusions d'amitié pour la République Française et ses valeurs, que les troupes colonisatrices colportaient avec elles.

Dans son livre "Les Missionnaires Juifs de la France 1860-1939", Elizabeth Antébi raconte comment, après la création de la première école de l'Alliance à Tunis, ses écoles se créent dans les principales villes de Tunisie avec fracas et brillance : "Le 29 mai 1878, on inaugure l'école de garçons par un grand bal auquel participent toutes les notabilités – en majorité chrétienne – de la ville. La France, en la personne de Roustan, chargé d'affaires en Tunisie, a facilité l'achat de la maison d'école, les démarches, l'installation."
Il est à remarquer, que Roustan agit ici comme s'il s'agissait d'une école de la Mission du Ministère de l'Education française, et ce, avant même l'installation du Protectorat. Sa présence patronnera ainsi les écoles créées dans les autres principales villes de Tunisie.
Antébi poursuit : "En 1883, l'A.I.U, ouvrit son école de Sousse, en 1905, celle de Sfax. A Sfax, Cazès était déjà intervenu auprès de l'Evêque catholique pour faire cesser "la cérémonie de Judas", chère aux Grecs et aux Maltais, au cours de laquelle on brûlait 'le traître juif'. Il avait été soutenu dans plusieurs de ses démarches par d'anciens camarades ou disciples de Crémieux ou de Gambetta, comme le vice-consul de France à Gabes."
Les Missionnaires juifs de la France sont présents partout en Tunisie, où il s'agit de défendre la liberté et la dignité des Juifs, et leurs interventions sont soutenues par les hauts dignitaires du Protectorat qui s'inspirent des hommes au pouvoir à Paris. "Cependant, dès décembre 1883, fait remarquer Antébi, le secrétaire de l'A.I.U, Isidore Loeb, avait jaugé la situation avec son réalisme habituel". En effet, dans les milieux parisiens le vent tournait en faveur des Indigènes. Loeb se fait un devoir de modérer l'ardeur des représentants de l'Alliance en Tunisie et leurs exigences vis-à-vis du Pouvoir du Protectorat en place. "Il faut que nos coreligionnaires de Tunis comprennent bien une chose, c'est que le gouvernement et les fonctionnaires feront toujours plus d'avances aux Arabes qu'aux Israélites, pour la raison bien simple qu'ils ont tout à gagner des Arabes, tandis que les Israélites sont toujours acquis à la cause française".

Parmi les forces politiques de la gauche républicaine, "Les fondateurs de la Troisième République" tels que les qualifie Barral dans son livre, tous ne soutiennent pas la politique de Ferry et de Gambetta en matière de colonialisme.
Ceux-ci y voyaient un moyen de redorer le blason de l'armée terni par le désastre de Sedan, et de tranquilliser Bismarck quant aux véritables intentions de la République. Celui-ci, en effet, voyait avec une inquiétude croissante l'esprit de revanchisme, que la Ligue des Patriotes de Déroulède s'efforçait d'implanter en France. Aussi, lors du Congrès de Berlin de 1885 chargé de régler la répartition de l'Afrique entre les états d'Europe, Bismarck fit un gros effort pour satisfaire la politique coloniale des hommes du Gouvernement français, les Opportunistes, tels qu'on les nommait alors, sans le moindre soupçon de blâme.
Clemenceau s'opposait fermement à cette politique.
A son avis, cette politique avait pour but de détourner le gouvernement et l'armée de leur rôle principal : celui de préparer la France républicaine à "la revanche", afin de reconquérir les provinces spoliées d'Alsace et de Lorraine. "Le tombeur de ministères", tel que l'on qualifiait Clemenceau ("C'est, toujours le même ministère que je fais chuter, rétorquait-il avec humour"), provoquera d'ailleurs la crise de 1885 et la chute du gouvernement de Ferry le 30 mars 1885, après l'échec militaire et la retraite désastreuse des troupes Françaises de la forteresse de Lang Son en Indochine, en Janvier.

Mais le message de Ferry sur l'importance du colonialisme arrivait à temps voulu. Les esprits des Français y étaient déjà ouverts. Une nouvelle mentalité animait la société française et l'armée, grâce au succès que connurent la conquête de la Tunisie et l'installation du Protectorat. La colonisation des terres riches de la région de l'Enfida en Tunisie avait éveillé les intérêts financiers, et les comptes rendus de Paul Bert sur l'œuvre de la France en Indochine, avaient fait honneur à l'armée et à l'administration française dans cette colonie.
Aux yeux de la plupart des Français, le colonialisme avait effacé le choc de la défaite et rendu prestige et grandeur à la France.
Lors de son intervention à La Chambre, le 29 juillet 1985, Jules Ferry revient sur les principales raisons du "système" qui conduit la France dans son œuvre colonisatrice : "L'honneur de la France, dit-il, exige que l'on ne se laisse pas jouer plus longtemps par un petit peuple barbare ; autrement, c'est la civilisation tout entière qui est compromise dans l'Extrême Orient. [...] Notre politique coloniale [...] systématique [...] repose tout à la fois sur des principes économiques et sur des intérêts, sur des conceptions humanitaires de l'ordre le plus élevé, et sur des considérations politiques..." (Le Journal Officiel)

Les élites des Juifs de Tunisie, croyaient fermement que les " conceptions humanitaires de l'ordre le plus élevé" dont parlait Ferry, représentaient pour eux l'occasion de se libérer de la tutelle des éfendis et des autorités du Bey et d'entraîner à leur suite leurs coreligionnaires. Les droits universels auxquels elles aspiraient se rattachaient à ces conceptions humanitaires.
En ce sens, Claude Nataf, rappelle que "C'est au nom des principes de 1789 que Mardochée Smadja et ses disciples réclament le rattachement des Juifs de Tunisie aux juridictions françaises laïques, et non à la justice beylicale qui repose sur des principes fondamentaux religieux, l'égalité des traitements qui impliquent que les malades juifs puissent être admis à l'hôpital public, et les aliénés à La Manouba, au lieu d'être pris en charge par la communauté."
De plus, le rappel que cette " politique coloniale [...] systématique [...] repose tout à la fois sur des principes économiques et sur des intérêts", ajoutait une bonne raison de soutenir cette cause. Les élites juives y voyaient les principes du libéralisme économique que ce colonialisme apportait avec lui, ce libéralisme dénué de "bakchich" officiel, ces fameux pots de vin qui faisaient partie intégrante de l'économie traditionnelle ottomane. Elles y voyaient encore l'arrivée massive des capitaux que la France s'apprêtait à investir en Tunisie et qui permettraient à leurs coreligionnaires d'améliorer leur situation économique.
Pour toutes ces bonnes raisons, elles soutinrent sans hésiter le colonialisme français et l'installation du Protectorat en Tunisie.

Et cependant, ces élites juives de Tunisie savaient qu'en Algérie, leurs coreligionnaires étaient malmenés par les agissements des bandes antisémites de Max Régis.
"Toujours en Algérie, souligne Zeev Sternhell dans 'La droite révolutionnaire, les origines françaises du fascisme 1885-1914', des déchaînements violents éclatent sur l'ensemble du territoire dès le mois de mai 1897, des magasins juifs sont pillés et des synagogues saccagées. Mais c'est surtout entre le 22 et le 24 janvier 1898 que des émeutes particulièrement sanglantes, de véritables pogromes, ont lieu dans toutes les villes d'Algérie […] Les bandes de Régis avaient aussi leurs hymnes qui pour les marchands juifs des rues Babazoum ou de La Lyre annonçaient les débuts d'un nouveau pogrom. Avec la 'Marseillaise antijuive, qui se chantait sur l'air des 'Pioupious d'Auvergne', la plus fameuse de ces chansons était 'La marche antisémite' dont le refrain était :

'A mort les juifs ! A mort les juifs !
Il faut les pendre
Sans plus attendre,
'A mort les juifs ! A mort les juifs !
Il faut les pendre
Par le pif ! "

Les élites juives de Tunisie étaient conscientes que l'antisémitisme est contagieux et que la vague qui secouait la population juive dans le pays voisin déferlerait sur eux aussi. Prises entre deux feux, celui des Tunisiens arabes militants pour l'indépendance de la Tunisie au sein du Destour, et celui des Européens de confession catholique à tendance antisémite, la chose était inéluctable.
Cela arriva bien avant que n'éclatent les maltraitances et les malveillances dont les Juifs furent victimes pendant l'occupation allemande de la Tunisie, lors de la Seconde Guerre Mondiale. L'explosion de haine du 27 août 1917, à laquelle avaient pris part plus de 50 soldats arabes de l’armée française, sabre au poing, pillant avec l’aide d’Arabes sfaxiens les boutiques des orfèvres juifs dans la ville arabe, s’était terminée par un pogrome en règle à Moulinville, le quartier européen où habitaient les Juifs plus aisés, épargnant les non Juifs. L’émeute de décembre 1931, contre les commerçants juifs accusés de contacts intimes avec des femmes arabes dans leur arrière boutique de tissus, et celle de juillet 1932 contre les frères Didi qui dégénéra en un pogrome qui dura prés de trois jours, n’eurent rien à envier à celle de 1917.

Contre cette haine antisémite, certains membres de ces élites juives choisirent la solution communiste. Le P.C.T se targuait de surmonter ces tiraillements communautaires et de faire régner dans ses rangs la triade républicaine dans son intégrité "Liberté, Egalité, Fraternité."
Cette triade révolutionnaire, que les Juifs, depuis sa création, avaient considérée comme ayant le pouvoir de les faire accéder à une Liberté à part entière, s'avéra soudain impuissante dans la pratique. A partir du moment où certains membres de leurs élites ne purent accepter le fait que la République, représentée par les autorités du Protectorat, n'était pas en mesure de la faire respecter, ils choisirent le parti politique qui assurait qu'il le ferait.
Paul Sébag, dans "Communistes de Tunisie 1939-1943, Souvenirs et Documents", souligne le fait que dans les cadres du Parti communiste de Tunisie le nombre de Juifs était des plus importants: "La création du Parti communiste de Tunisie remonte au début des années vingt […] Tous les éléments de la population s'y trouvaient représentés, mais ils ne l'étaient pas en proportion de leur importance. Les Européens – français ou italiens – y étaient assez nombreux, mais les musulmans l'étaient bien moins. C'étaient des Juifs – tunisiens, français ou italiens - qui constituaient plus de la moitié des effectifs. La surreprésentation de cet élément n'était pas un fait nouveau, dès lors qu'à la veille de la guerre on la déplorait au congrès de l'Ariana. Mais alors que jusque-là les Juifs communistes avaient été surtout des employés de banque, des employés de bureau et des employés de magasin, on comptait maintenant parmi eux de nombreux intellectuels : avocats, médecins, ingénieurs, professeurs, étudiants en cours d'études, parmi lesquels il y en avait plus d'un qui appartenait à une famille aisée."
Liés étroitement au Parti communiste de France, et malgré leur engagement idéologique contre le colonialisme représenté en Tunisie par le Protectorat, ces Juifs communistes demeurèrent profondément ancrés dans l'ethos de la Troisième République, dans son discours et dans son utilisation des symboles et des mythes de la Révolution Française.

L'identification des Juifs de Tunisie à ce fameux code historique que forgea Lavisse pendant la Troisième République, n'avait rien à envier à l'identification que manifestaient à son égard les Juifs de France. Aussi, à la fin du Protectorat français en Tunisie, la grande majorité des Juifs de Tunisie plia bagage pour rejoindre, sans grands moyens - et comme si la chose était tout à fait naturelle - le pays de " "Nos ancêtres les Gaulois".

 
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Dr Cohen Reuven (Roger) vit au Kibboutz Sdot Yam.
Il est né à Sfax (Tunisie) et a étudié au Lycée Carnot, à l’Institut des hautes Etudes de Tunis et ensuite à l’Université de Toulouse.

Il a une Maîtrise d'histoire et un doctorat de philosophie obtenu à l'Université de Tel Aviv

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