| L'histoire
exceptionnelle des violons
Durant
le concert, les solistes et les musiciens du grand orchestre
joueront avec des violons hors du commun, qui ont partagé
leur destin avec celui du Peuple Juif.
Ces
violons ont été retrouvés presque
entièrement détruits, dans le silence
de l'enfer, dans les camps libérés et
les ghettos vides, à la fin de la Deuxième
Guerre Mondiale.
Un
par un, ces violons ont été rendus à
la vie par le luthier Amnon Weinstein et pour la première
fois, après un silence de plus de 60 ans, ils
se remettront à jouer sous le ciel de Jérusalem.
L'histoire
du violon de Motelé
Imaginez
un violon serré dans les bras d'un enfant endormi
quelque part au pied d'un grand chêne, à
la lisière d'une forêt. Voilà une
image si paisible que l'on oublie presque que nous sommes
en 1944 et que cette forêt est située à
la frontière entre l'Ukraine et la Biélorussie.
Les
partisans qui trouvent l'enfant endormi apprennent qu'il
est le seul survivant d'une rafle organisée par
les allemands dans son quartier. Il se nomme «
MOTELE ». Avec son violon, il s'était caché
puis enfui vers la forêt. La folie du destin voulut
que dans cette forêt, se cacha un groupe de partisans
juifs du nom de « les groupes juifs de l'oncle
Misha ». Sous le commandement d'un dénommé
Moshé Gildenman, ce groupe allait bientôt
compter un membre de plus : le jeune Motele.
Un
jour, Gildenman décide d'envoyer Motele dans
la ville située en bas, sur l'autre rive de la
rivière « Vrouzt ». Sa mission :
se mêler à la foule, le jour du nouvel
an et noter les allers et venues des soldats allemands.
C'était en effet le seul jour où l'on
pouvait circuler librement sans contrôle de papiers.
En fait, le rêve complètement fou de Gildenman
était de reprendre la ville aux allemands afin
de la remettre à l'Armée Rouge dont les
canons commençaient déjà à
résonner.
Et
voilà que le gosse, vêtu de haillons, se
retrouve à même la pierre usée du
parvis de l'église. Là, mêlé
aux mendiants qui viennent quêter l'aumône
d'un jour de fête, il joue de son violon. On dirait
qu'il rêve les yeux ouverts. Il rêve qu'il
est dans le plus beaux des palais, il rêve qu'il
est sur la plus prestigieuse des scènes, drapée
de ces majestueux rideaux rouges qui fascinent tous
les enfants qui vont au théâtre pour la
première fois de leur vie.
Soudain,
il aperçoit dans la foule qui l'écoute,
un officier allemand. Avec son bâton, l'officier
lui fait signe de le suivre. Motele se lève et
le suit sans dire un mot. Ils arrivent dans une grande
bâtisse. Motele comprend bien vite que c'est là
que les officiers allemands se réunissent en
allant ou en revenant du front qui se rapproche de jour
en jour. « Tu joueras ici tous les soirs, et voilà
le pianiste qui t'accompagnera », lui dit l'officier.
Chaque
soir après sa prestation, Motele reçoit
une gamelle de soupe dans la cuisine qui se situe dans
la cave de la bâtisse. Dans le dédale des
couloirs qui y mènent, Motele remarque une espèce
d'entrepôt vide, en mauvais état, avec
quelques fissures aux murs qui ne demandent qu'à
s'ouvrir… « Il faut absolument que je sorte
de là et que j'en parle à mes amis dans
la forêt », se dit Motele et c'est sous
des cordages nauséabonds entassés dans
une charrette, que Motele atteint la rivière.
Il la traverse pour rejoindre son groupe et parle des
fissures qui parcourent les murs de cette cave.
La
suite, vous pouvez sûrement l'imaginer. Mais…
peut-être pas tout à fait encore…
À partir de ce jour, Motele entre et sort du
club des officiers avec sous son bras, le violon dans
son étui.
Seulement
voilà, dans l'étui, il n'y a pas de violon.
Le violon, Motele l'a caché dans le vieil entrepôt
désaffecté. L'étui, quant à
lui, est rempli d'explosifs nécessaires à
l'élargissement définitif de ces fissures
qui courent par grand bonheur, du bas en haut des murs.
Ce
soir, les officiers ont bu plus que d'habitude. Motele
en profite pour céder sa place à un violoniste
allemand un peu saoul lui aussi et personne ne remarque
ce manège. Avec empressement, Motele descend
à la cuisine où il doit recevoir sa gamelle.
La cuisine est fermée. C'est normal, l'heure
est tardive. Le cœur de Motele bat si vite qu'il
pourrait battre le rythme de la mazurka qu'il vient
de jouer. Le chemin est libre.
Motele
dispose les explosifs tels que les partisans lui ont
enseigné, allume la mèche et se met à
courir non sans avoir pris son violon qu'il avait failli
oublier.
Dès
que l'explosion retentit, Motele court vers le lieu
de rencontre, au bout de la grande rue. Dans la pagaille,
on ne remarque pas un gosse qui court. Le vacarme des
explosions se mêle aux hurlements des sirènes
et aux tirs aveugles des soldats allemands. Motele a
déjà atteint la rivière qu'il traverse
en compagnie de ses amis partisans. Dans ses bras,
il serre fort son violon et avant de s'endormir ce soir-là,
Motele prend soin d'essuyer la poussière et les
cendres sur son bois afin qu'il soit aussi reluisant
que d'habitude.
Quelques
semaines plus tard, les Allemands battent en retraite
et les Russes les poursuivent jusque dans la forêt
des partisans. Ce soir, avant de dormir, Motele n'aura
pas le temps d'essuyer et de briquer son violon.
Ce
soir, il s'endort trop tôt et pour toujours dans
une clairière qu'il traverse au mauvais moment
pour prévenir un officier russe qui n'avait pas
vu les soldats allemands embusqués.
Gildenman,
le commandant des partisans, ramasse alors le violon
de Motele. Il ne l'essuiera plus et ne le fera plus
briller. Après la guerre, c'est avec le violon
de Motele que Gildenman rejoint Israël. Bien plus
tard, il le donnera à son fils qui à son
tour le donnera à son fils.
Durant
des dizaines d'années, ce violon au bois usé
par le froid et la pluie se retrouve enroulé
entre vêtements et couvertures dans la vieille
armoire que toutes nos grands-mères semblent
avoir achetée au même endroit. Et pourtant,
il y a quelques années à peine, par un
hasard qui n'arrive peut-être pas par hasard,
notre Maître luthier, Amnon Weinstein rencontre
le petit-fils de Gildenman et découvre, avec
une émotion partagée de tristesse et d'émerveillement,
le violon caché dans l'armoire.
Il
va falloir des années pour reconstruire le violon
de Motele, pour retrouver le même bois, trouver
les cordes qui vont avec ce bois. Aujourd'hui, au moment
où vous lisez ces quelques lignes, le violon
de Motele est en train de revivre et il peut de nouveau
jouer. En fait, le violon de Motele est à l'image
de tout un peuple. Il a beau être fragile, il
vibre encore et il ne s'arrête pas de naître
et de renaître...
Quant
à nous, nous vous racontons cette histoire car
il va bientôt se passer quelque chose d'extraordinaire.
Le
24 septembre prochain, quelques jours avant Rosh Hashana,
le violon de Motele va, pour la première fois,
après plus de 60 ans de silence, se mettre à
jouer. Il va jouer la Hatikva au pied même des
murailles millénaires de Jérusalem, illuminées
de mille feux et lumières, et tout cela, dans
les mains fragiles d'un jeune violoniste israélien
de 12 ans, l'âge qu'avait Motel et l'âge
qu'il aura pour toujours...
Si
nous pouvions encore parler à Motele, nous lui
dirions peut-être ces quelques mots : «
Souvent, tu aimais jouer en fermant les yeux. Tu rêvais
alors que tu étais sur une grande scène,
quelque part dans une grande capitale d'Europe ou d'Amérique.
Et bien sache que ton violon va bientôt jouer
sur la plus belle des scènes. Ensemble avec d'autres
violons qui, eux aussi, ont survécu à
l'enfer, il va jouer une grande symphonie, comme celle
que tu rêvais d'interpréter un jour, dans
les mains d'un des plus grands violonistes au monde,
Shlomo Mintz. Il sera accompagné par un grand
orchestre philharmonique au pied des murailles de Jérusalem.
Ce sera le couronnement du 60ème Anniversaire
de l'État d'Israël.
Oui,
Israël existe depuis 60 ans et pour tout dire,
tu y es pour quelque chose » ...
'les
violons dans les familles de musiciens, des armes chez
des résistants a travers les siècles,
du courage chez les soldats du monde entier, ainsi que
chez les musiciens et les résistants de tous
temps; mais la musique juive qui renaît de ses
cendres, nous fait penser a la Tora qui continue et
se développe dans le monde entier, et qui n'est
particulier qu'au peuple juif .' Michel
Le
Maître Luthier AMNON WEINSTEIN
'Nous
essayons tous de comprendre le futur et pourtant, dans
le même temps, nous fouillons le passé.
Les historiens cherchent les preuves du passé,
les écrivains cherchent des histoires et les
musiciens recherchent les musiques oubliées.
En
tant que luthier, je cherche des violons sur lesquels
des Juifs ont joué pendant des mariages et d'autres
réjouissances. Après tout, il n'y a rien
de plus beau qu'un 'violon Juif' jouant de la musique
'Klezmer'!
Après
la Shoah, depuis qu'une grande partie du monde culturel
Juif fut effacé, je cherche des lambeaux de culture,
des violons poussiéreux et en mille morceaux
– et j'essaye de les rendre à la vie, de
les recoller, de les réparer afin qu'ils puissent
encore une fois se remettre à jouer des mélodies.
Ainsi, en cherchant, je trouve des violons marqués
d'une ou de plusieurs 'Etoiles de David' gravées
en marqueterie et immédiatement, montent à
mes oreilles, les mélodies de mon enfance. Même
si les musiciens qui jouaient sur ces violons ont disparu,
j'essaye de leur promettre que leur musique renaîtra
et sera de nouveau jouée'.
Amnon
Weinstein
Maître Luthier
Envoi
de Leah.R.
|