Attaché aux grands principes de la Révolution de 1789, et champion infatigable des Juifs de France, il sera Président du
Consistoire Central (1842-1845) et, plus tard, Président de l’Alliance
Israélite Universelle (1863-1880).
Dès 1842, il est élu député et commence une
longue carrière politique où il sera successivement membre important dans
différents gouvernements.
«L’Affaire de Damas», en 1840, marque un point
culminant de l’activité juive d’Adolphe Crémieux : Le Consulat de France à
Damas répand la rumeur selon laquelle des Juifs commettent des « meurtres
rituels » et incite les autorités turques à prendre des mesures
d’arrestation.
Crémieux sera l’avocat des Juifs arrêtés et
torturés, également accusés à tort de l’enlèvement et du meurtre du Père Thomas
de Camangiono, supérieur des Capucines, et de son domestique Ibrahim. Crémieux
sera soutenu par la famille de Rothschild de Vienne, Londres et Paris ainsi que
par Sir Moses Montefiore et l’orientaliste Salomon Munk. Cette affaire fit
couler beaucoup d’encre.
En 1858, il se rend à Oran pour y défendre
deux Juifs de Mostaganem, traduits devant le Conseil de Guerre. Crémieux
connaissait bien les Juifs d’Algérie : il avait effectué près de dix-sept fois
le voyage pour aller plaider de grandes causes.
Lors du premier voyage de Napoléon III en
1860, les Juifs lui remirent une pétition exprimant leur désir d’embrasser la
loi civile française ; une deuxième pétition lui fut encore remise lorsque
l’empereur revint en 1865. Le sénatus-consulte du 14 juillet 1865 répondait à
ces démarches.
En 1870, il accomplit entre autres la réforme
de l’Organisation administrative de l’Algérie et la naturalisation des Juifs
algériens.
La même année, Napoléon engage inconsidérément
la France dans une guerre contre la Prusse. Des Juifs d’Algérie participent activement aux combats sous le drapeau français. Après la défaite de Sedan,
c’est la débâcle, la capitulation et le 1er septembre 1870, la chute du Second
Empire. Napoléon III est renversé.
Un gouvernement provisoire de Défense
Nationale est constitué. Il siège à Tours. Adolphe Crémieux est nommé ministre
de la Justice. Il prépare une constitution algérienne (décrets pour une réforme
de l’administration) et soumet, entre autres, au Conseil du gouvernement, le
décret qui portera son nom, ratifié et proclamé le 25 octobre 1870 par
l’Assemblée Nationale.
Le «Décret Crémieux » déclare citoyens
français les Israélites indigènes d’Algérie, tout en accordant le droit de
refuser cette naturalisation pendant un an. Ils sont 34.500 Algériens à obtenir
la nationalité française, rejoignant ainsi, 80 ans plus tard, les Juifs de
France. Le mérite de Crémieux fut incontestable dans l’affaire des Juifs
algériens, sous des gouvernements et des régimes différents.
Administration modifiée par les récents décrets,
le territoire forme désormais trois départements (Alger, Oran et Constantine) ;
c’est l’aboutissement d’une longue lutte et une succession de mouvements
commencés dès le début de la colonisation française. En 1871, Adolphe Crémieux
est élu député d’Alger à l’Assemblée Nationale et, en 1875, Sénateur inamovible
de la Troisième République pour les trois départements d’Algérie.
Dès le début, les
adversaires de l’émancipation des Juifs algériens et du Décret Crémieux, en
particulier, sont en premier lieu le Gouverneur général de l’Algérie, le Baron
Durieu, les hauts fonctionnaires de son administration ainsi que le Général
Augeraud, commandant de la région d’Alger.
Les colons d’Algérie alignent leurs tendances
sur la droite métropolitaine raciste, antisémite et demandent, dans leur
programme, l’abrogation du Décret Crémieux ; leur antisémitisme est fondé sur
le refus absolu d’accepter des indigènes juifs sur un pied d’égalité avec les «
pieds noirs ». La situation devient l’enjeu d’une lutte malveillante, souvent
violente et anti-juive, qui durera des années et dont nous pourrions parler
longuement.
Quant aux Arabes, ils n’élèvent aucune
protestation, une minorité insignifiante y voit une porte ouverte pour tous
ceux qui désirent cette naturalisation et cette émancipation. De grands
notables arabes déclarent :
“Cette mesure n’a froissé personne et n’a
excité les colères de personne parce qu’elle est rationnelle.”
Mais la majorité musulmane, fière de son
identité collective, s’attacha à préserver une autonomie liée au système
juridique de la charia, s’opposant souvent à tout individu désireux de se faire
naturaliser, ne pouvant l’approuver et s’y soumettre.
Plusieurs grandes familles influentes forment
l’intelligentsia juive et c’est là qu’on allait bientôt trouver les premiers
Juifs d’Algérie exerçant des professions libérales : magistrats, médecins,
avocats, notaires, huissiers, ingénieurs, officiers dans l’armée et professeurs
d’Université. L’assimilation culturelle est, dès lors, très rapide.
Elle provoque une rupture pleine de
circonstances avec le vieux monde juif et l’éloignement du judaïsme.
Le grand journaliste éditorialiste Émile
Touati (17) souligne, dans le journal
«L’Information Juive», en 1961 :
«Qu’il importe de préciser avec rigueur, mais
de façon concise, un certain nombre de points fondamentaux » :
1. Le décret Crémieux ne fut pas une mesure de
circonstance.
2. Le décret Crémieux ne fut pas un privilège.
3. Le décret Crémieux n’a plus qu’un intérêt
historique.
La portée du décret Crémieux aura des
conséquences prévues et imprévues qui marqueront le judaïsme algérien jusqu’à
son exode, en 1962.
Cette période sera traversée par des luttes
intestines au sein des communautés, des débats passionnés et violents entre les
dirigeants des différentes tendances, principalement au consistoire d’Oran
entre les grandes familles de Simon Kanoui et Haïm Benichou, où s’emmêleront
des conflits avec les Grands Rabbins Mahir Charleville et, plus tard, Moïse
Netter, nommés par le Consistoire Central de France(18).
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