| |
C'est
à DJERBA, après la destruction du premier
Temple par Nabuchodonosor en 586, que quelques milliers
juifs trouvèrent refuge, ils avaient suivi le
prophète Jérémie qui lui allait
se diriger vers Eléphantine en Haute Egypte,
ces juifs ont traversé la Cyrénaique et
la Tripolitaine, La majorité d'entre eux serait
composée de Cohen (Cohanim) qui auraient même
apporté avec eux des pierres du Temple édifié
par Salomon, les autres juifs surtout l'élite
et les Hauts Fonctionnaires ayant été
massivement déportés à Babylone.
On pense que la Synagogue dite de la Ghriba date de
cette époque. Cependant, ces juifs auraient rejoint
d'autres familles qui avaient suivi les Phéniciens
et avaient contribué à l'édification
de Carthage pour fonder leur première diaspora.
Il existe 11 synagogues dans l'île, de Djerba
et on dénombre en 1999 une population de plus
de mille juifs vivant dans deux quartiers que l'on appelle
"Hara Kebira" et "Hara Sghira" avec
leurs maisons décorées avec des mains,
des dessins d'yeux, des poissons et des étoiles
de David.
Les juifs organisent tous les ans lors de Lag Bahomer
une Hilloula , les femmes viennent particulièrement
prier pour leur fertilité et celle de leur descendants.
De nos jours, la communauté juive de Djerba semble
vivre en parfaite harmonie avec ses concitoyens arabes,
malgré un climat pesant depuis septembre 2 000.
Au
premier, puis au second siècle, après
la destruction du second Temple, d'autres juifs viennent
rejoindre leurs frères. En effet, plusieurs centaines
de milliers de juifs sont massacrés ou déportés
par les romains (Titus et Trajan au 1er siècle
puis Hadrien au 2ème siècle) dans toute
la Méditerranée. A Gamarth, près
de Tunis, on a découvert une nécropole
juive datant de cette époque. On est à
peu près certain de l'époque, les juifs
vivants après le second Temple parlaient l'araméen.
Ils sont nombreux, arrivent même par le sud, venant
du Yémen, passant par le Soudan, et le Sahara,
si nombreux qu'ils font du prosélytisme, et convertissent
des tribus Berbères; à l'époque
on trouve des juifs dans le Sahara, dans le Hoggar,
au Mali à Tombouctou, et au Niger, ces derniers
venaient de l'Empire juif du Touat situé plus
au nord, (d'où sont issus les noms de Touitou,
Touati,).
Le Talmud raconte qu'au II ème siècle,
Rabbi Akiba fit un séjour dans cette province
appelée alors "Césarienne",
il venait de Judée, pour consolider l'instruction
et la culture juive, et contrer celle imposée
par les Romains.
Les juifs sont nombreux lorsque s'écroule l'Empire
romain, ils voient passer de nombreux conquérants
: Les Vandales tolérants (vers 430), les Grecs
de Byzance qui imposent la conversion et les répriment
durement, ils assistent aux débuts officiels
du catholicisme (St Augustin, d'origine Berbère
vit à Hippone, l'actuelle Anaba).
Une impératrice juive, la
Kahéna, fait face à l'invasion
des Arabes en 693, son Empire chevauche la Tunisie (Gabes)
et l'ouest de l'Algérie (jusque dans les Aurès).
Elle meurt au combat à la tête de sa cavalerie
après avoir fait subir de très lourdes
pertes aux conquérants arabes, et les berbères
sont dès lors obligés de se convertir
massivement, sous peine de mort, à l'Islam. Ils
gardent encore à ce jour des coutumes de cette
époque et demeurent rebelles à la culture
et à la langue arabe.
D'autres juifs viennent alors enrichir les "autochtones"
ils suivent les troupes arabes et viennent de Perse
et d'Irak (Bagdad est la ville-phare de cette époque),
plus instruits, ces juifs contribuent à la construction
de Kairouan, et à son resplendissement. Kairouan
devient la nouvelle capitale de l'Ifrikya Ces juifs
apportent avec eux le Talmud et les commentaires rabbiniques
jusque là inconnus dans cette contrée.
Sous une lourde domination musulmane, fortement imposés,
souvent humiliés, ou battus, appelés "Dhimmis",
ils sont considérés comme citoyens de
seconde zone, néanmoins « protégés
» par les gouvernants, et plus tard par le Bey,
sous la domination Ottomane, lequel nommait un Caid
parmi ses sujets juifs, on peut citer les COHEN-TANOUDJI
et les SCEMAMA. Jamais persécutés, les
juifs qui se comptent par dizaine de milliers, peuplent
de nombreuses villes : Bizerte, Tunis, Hamam Lif (cité
de Naro, où on a trouvé les restes d'une
synagogue en 1883), Gabès, Tozeur, Hadrumète,
Gafsa, Sfax, Sousse, des communautés nomades
vivent sous la tente dans le sud tunisien, d'autres
dans des maisons troglodytes à Tataouine et à
Matmata, mais ceux de Djerba gardent jalousement le
secret de leur identité.
En Tunisie, on assiste à une ghettoisation des
communautés, avec un regroupement des juifs dans
les "haras", c'était pour des raisons
de sécurité, mais aussi pour des raisons
sociologiques et religieuses.
A Kairouan, Jacob ben Nissim ben Josias, fonda une Yéshiva
réputée, au IX éme siècle,
à la fin du X éme siècle, un esclave
Huchiel ben Elhanan devint l'autorité spirituelle
du judaisme en Afrique du Nord, deux grandes autres
sommités s'illustrèrent dans cette ville
: Issac ben Amram Hamoussalem et Isaac Israëli,
médecins réputés. Au XI ème
siècle, Kairouan fut décrétée
ville sainte de l'Islam, et fut interdite aux juifs.
Ces derniers quittent la ville; ils n'y sont jamais
retournés.
Les
siècles passent, l'Espagne est devenue musulmane
depuis 711. Dans la péninsule ibérique,
les trois religions cohabitent, la civilisation resplendit
et éblouit le monde par l'éclat des découvertes
scientifiques et philosophiques.
En
1239, une colonie de Juifs de Jerba s'établit
en Sicile, ou ils obtinrent les concessions de cultiver
le Henne, l'Indigo (Tekhelet) et les palmeraies royales.
C'était courant pour les hommes juifs de la population
de Jerba de chercher à vivre à l'étranger,
mais ils revenaient toujours sur l'ile ou leurs familles
étaient restées.
L'échange
de marchandises entre Malte et l'Italie était
dans les mains des juifs, qui cultivaient les produits
et procédaient eux mêmes à leur
exportation.
Maimonides,
dans une lettre qu'il écrivit à son fils,
exprima sa basse opinion concernant leurs superstitions
et capacité spirituelle, mais les loua pour leur
foi.
Mais
après la "Reconquista" (1492) voulue
et orchestrée par Isabelle la Catholique, fuyant
l'inquisition, les juifs s'éparpillent dans le
bassin méditerranéen, certains gardent
la langue judéo espagnole, le Ladino, on les
retrouve à Alexandrie, à Smyrne, à
Salonique. D'autres se rendent au Maroc surtout à
Fès puis à Meknès, quelques rares
familles se réfugient en Tunisie.
Aux
19ème et 20ème siécles, les Yeshivot
de Jerba produirent beaucoup de rabbins et scribes et
ainsi fournirent des rabbins pour les communautés
de toute l'Afrique du nord.
David
Idan établit une imprimerie en Hébreu
à Jerba en 1904 et beaucoup de livres, principalement
les "Hagaddot" de Pessah et autres articles
liturgiques, étaient imprimes dans cette imprimerie
jusqu'en 1960.
En
1946, il y avait encore quelques 4.900 juifs a Jerba,
établis à Hara Al-sghira, Al-Hara Al-Kabira,
et Houmt-Souk, la ville principale de l'ile.
A
la fin des années 60, il ne restait plus que
1.500 d'entre eux, la majorité émigrant
en Israël et s'installant dans les Moshavs (la
plupart étaient au Moshav Eitan). Ceux qui resterent
sur l'ile, continuèrent à travailler dans
le commerce.
Le
pèlerinage de la Ghriba à Djerba réunit
tous les printemps plus de 5 000 juifs venus de France,
d'Israël, et du Canada, et après un arrêt
de quatre années du au déclanchement de
la seconde intifada par les palestiniens, ce pèlerinage
a repris avec
Vigueur en 2005, les journalistes Alexandre Adler et
Yvan Levai étaient invités par le Ministre
du tourisme, M. Tijani Haddad.
En Avril 2002, de graves attentats se sont produits
en Tunisie à l'encontre de la toute petite communauté
juive. Le premier à Djerba, ou un membre tunisien
d'Al Kaida a fait sauter un camion rempli de bombonnes
de gaz devant la Ghriba, tuant 18 touristes allemands
et deux français, le second attentat est la saccage
de la synagogue de la Marsa et le troisième,
l'incendie de la synagogue de Sfax, sur ce dernier,
on ne possède pas de témoignage averti.
D'autres incidents antisémites ont eu lieu, notamment
des dégradations et des profanations dans les
cimetières juifs mais aucun renseignement officiel
n'en rend compte.
En
Novembre 2005, Sylvan SHALOM, Ministre des Affaires
Etrangères de l'Etat d'Israël, se rend en
Tunisie et viste Jerba. (Source d'informations : Bernard
COHEN-HADRIA 1999 et Beth Hatefutsoth, Jerusalem, Israel.
Traduction par Linda Garcini)
Les
juifs de Tunisie - Cliquez
ici |