Hébron : La ville de nos pères - Première partie
Villes d'Israel
Hébron bible en mains : Le but incontournable de cette visite est le caveau des patriarches et l’incroyable expérience d’une fillette de 13ans.
Arrivée à Hébron
Nous arrivons à Hébron "par la route des pères" qui est la nationale 60 où selon le livre de la Genèse nos ancêtres sont passés. On les retrouve tout d'abord à Beer Shéva avec le puits Abraham jusqu'à Jenin. C’est à Hébron que David fut désigné « roi de Juda » par la population de la région (2S 2,4), et c’est à partir de cette ville qu’il régna pendant sept ans et demi avant de faire de Jérusalem la capitale d’un royaume comprenant la Judée et Israël (2S 5,1-5). C’est aussi à Hébron que son fils Absalom établit son quartier général, d’où il conspira contre David (2S 15,7-11). La ville d’Hébron passa éventuellement sous le contrôle des Édomites, et à l'époque des Maccabées, Judas et ses frères en firent la reconquête (1M 5,65). Pendant leur révolte les Juifs se sont trouvés aussi dans le Goush Etsion. Ils ont toujours planté de la vigne dans la région de la tribu de Yéhouda et la bénédiction du vin de cette région est connue car une légende raconte que le vin coulait tellement à profusion que les femmes auraient pu laver leur linge avec du vin à la place de l'eau. En passant par Kiriat Arba pour rentrer à Hébron nous longeons une grande maison abandonnée. Non seulement elle est fermée mais des lattes de bois clouées au mur obturent les fenêtres. On l'appelle "Beit Ashalom" ou "la maison des discordes" Cette grande maison de quatre étages entre Hébron et la grotte de Mahpéla a été achetée par un riche juif newyorkais pour que des Juifs religieux puissent s'installer dans la ville et qu'ils puissent y vivre. Au mois de mars 2007, une vingtaine de familles, soit quelque 150 personnes, vinrent s’installer dans ce bâtiment situé entre Kiryat Arba et Hébron. Au cœur d’une guerre juridique - la propriété du bâtiment n’ayant toujours pas été établie par les juges - la Cour suprême a prononcé, le 16 novembre 2008, un arrêt, imposant aux habitants d’évacuer la maison sous trois jours, et permettant aux services de sécurité de procéder à leur expulsion par la force, si nécessaire. Toute la transaction a été filmée, et on voit le vendeur qui reçoit l'argent des acheteurs. Cela rappelle un peu la transaction d'Abraham Avinou (le patriarche), qui est relatée dans la Paracha (lorsqu'il a acheté la grotte de Mahpéla (Ma'arat Hamahpela). Cette transaction a été parfaitement documentée, à dessein bien évidemment, en pensant qu'un jour, il y aurait certainement des contestations comme c'est souvent le cas dans cette région d'Israël. Par ailleurs, il est important de préciser que l'argent qui a permis de financer cette acquisition n'est pas n'importe quel argent. Ce Juif américain n'est pas un riche millionnaire comme ceux que soudoient bien souvent, malheureusement de nombreuses personnes. Il s'agit d'un donateur qui a "cassé sa tirelire", qui a utilisé toutes les économies de sa retraite parce que son grand-père faisait partie de ces Juifs de Hébron qui ont été massacrés en 1929 lors du tristement célèbre pogrom.
Le Caveau des Patriarches
Le Caveau des Patriarches a été construit par le roi Hérode le Grand. À l’origine, le monument hérodien était à ciel ouvert. Si on fait abstraction des créneaux et du minaret, datant de l’époque de Saladin au Moyen Âge, la muraille que l’on peut admirer actuellement donne une bonne idée de ce à quoi pouvait ressembler le mur entourant l’esplanade du temple de Jérusalem (duquel seule la section inférieure est d’époque hérodienne). Certains blocs de pierres sont immenses, le plus gros mesurant de sept mètres et demi de largeur! Les pierres ont été posées les unes sur les autres en laissant à chaque fois un décalage d’un centimètre et demi vers l’intérieur afin de créer l’illusion, vue du sol, que le mur est parfaitement vertical. Le Caveau des Patriarches abrite les tombeaux d’Abraham et de Sarah, d’Isaac et de Rebecca, de Jacob et de Léa. Ce sont bien évidemment des cénotaphes, c’est à dire des tombeaux commémoratifs qui n’ont jamais vraiment contenu le corps des patriarches ; ils datent d’ailleurs tous du Moyen Age. Il y a même, dans un coin de la section musulmane, une empreinte de pied qui serait celle d’Adam, une tradition islamique faisant d’Hébron le lieu où Adam et Ève seraient venus s’installer après avoir été chassés du jardin d’Éden. Hébron est une des plus anciennes villes de Judée. Le livre des Nombres rapporte qu’elle fut fondée sept ans avant la ville égyptienne de Tanis, elle-même fondée vers 1720 avant notre ère (Nb 13,22). Selon la Bible, la ville portait le nom de Qiryat-Arba (Jos 14,15), qui signifie « la ville des Quatre », peut-être en référence au nombre de clans qui y résidaient ou au nombre de collines de la région. La Bible raconte que c’est à Hébron qu’Abraham s’établit avec sa famille, après avoir quitté « Ur en Chaldée » (en Irak actuel) suite à l’appel de Dieu (Gn 13,18). À la mort de Sarah, Abraham négocie l’achat d’un terrain comportant un champ et une tombe, la grotte de Makpéla, dans laquelle il dépose la dépouille de sa femme (Gn 23,1-20). Abraham lui-même sera enterré à cet endroit (Gn 25,8-10), ainsi qu’Isaac et sa femme Rebecca, puis Jacob et première femme, Léa (Gn 49,29-33). Après la sortie d’Égypte, alors que les Hébreux erraient dans le désert, des éclaireurs envoyés à Canaan par Moïse se rendirent à Hébron et rapportèrent que ce pays « ruisselle de lait et de miel » mais qu’il est habité par des géants, les Anaqim, les fils d’Anaq (Nb 13). Après la conquête de Canaan, Josué confia la région à Caleb, un de ses espions, qui en expulsa les fils Anaq (Jos 14,13-14; 15,13-14). Il y a environ 700 ans, les musulmans mamelouks conquirent Hébron. Ils firent de l’édifice une mosquée et en interdirent l’accès aux Juifs. Les Juifs priaient près de la septième marche à l’extérieur du bâtiment. Lors de la libération de Hébron en 1967 le Grand Rabbin de Tsahal, le Général Shlomo Goren (de mémoire bénie), fut le premier juif à pénétrer à nouveau dans le Caveau. Tsahal détruisit ces marches pour que ce symbole disparaisse à jamais. Depuis, il faut sans cesse lutter pour restituer aux Juifs le droit de prier sur les lieux encore sous l’autorité du Waqf musulman qui s’est emparé de l’endroit au moment de la conquête musulmane. De nombreuses restrictions sont imposées aux Juifs dans leurs prières ou diverses coutumes juives sur la tombe des Patriarche, en dépit de l’importance du lieu, de son ancienneté et de sa sainteté dans la tradition de l’histoire juive (pour exemple : l’accès au caveau de Isaac Avinou Nous est interdit - partie arabe ! Et ce à l’intérieur du caveau !)
Et selon la Bible - Genèse chap. 18
Comme Abram était assis à l'entrée de sa tente, l'Eternel lui apparut parmi les chênes de Mamré. Abram levant les yeux vit devant lui trois visiteurs... Aussitôt Abram se prosterna à terre et dit : - Seigneur, si j'ai trouvé grâce à tes yeux, je t'en prie ne passe point loin de ton serviteur. Permettez qu'on apporte un peu d'eau et reposez-vous sous cet arbre. Dans l'Ancien Testament, dans le livre La Genèse chapitre 23, il est fait mention de l'achat du terrain par Abraham, comportant une grotte, connue sous le nom de Makpéla, était située à la proximité de la ville d’Hébron, dans laquelle le patriarche voulut y enterrer son épouse Sarah : « Je suis étranger et habitant parmi vous ; donnez-moi la possession d'un sépulcre chez vous, pour enterrer mon mort et l'ôter de devant moi de me céder la caverne de Macpéla, qui lui appartient, à l'extrémité de son champ, de me la céder contre sa valeur en argent, afin qu'elle me serve de possession sépulcrale au milieu de vous [...] Abraham comprit Éphron ; et Abraham pesa à Éphron l'argent qu'il avait dit, en présence des fils de Heth, quatre cents sicles d'argent ayant cours chez le marchand. Le champ d'Éphron à Macpéla, vis-à-vis de Mamré, le champ et la caverne qui y est, et tous les arbres qui sont dans le champ et dans toutes ses limites alentour, devinrent ainsi la propriété d'Abraham. Après cela, Abraham enterra Sarah, sa femme, dans la caverne du champ de Macpéla, vis-à-vis de Mamré, qui est Hébron, dans le pays de Canaan ». C’est auprès de Sarah qu’Isaac et Ismaël enterreront, plus tard, leur père Abraham (Gn:25,9). Jacob, vers la fin de son séjour en Égypte, nous apprend que Léa, sa première épouse, ainsi qu’Isaac et sa femme Rébecca, ses parents y avaient aussi reçu leurs propres sépultures (Gn 49,31) ; il demande donc, à ses fils de ramener ses os en Canaan et de les déposer à côté de ceux de ses pères, à Makpéla (Gn 50,13). Les Mamelouks ont faits plusieurs sortes de travaux à l'extérieur et à l'intérieur de la tombe des patriarches. Dans les sous sols de cet édifice des tombes y ont été découvertes mais le Waqf a fermé définitivement ces ouvertures. Lorsque les Mamelouks ont découvert ces sarcophages en 12678 ils se les approprièrent et interdire à tous les non musulmans de venir prier dans ce lieu. Hébron comme les autres villes du pays, a connu un nombre impressionnant d’occupants et de conquérants, la ville en a souffert, cependant, tous les nouveaux venus avaient comme dénominateur commun le respect des lieux saints. La muraille qui entoure les repaires des tombeaux, a fini elle aussi, par être considérée comme partie intégrante du site religieux. Si aujourd’hui, près de huit cent ans plus tard, nous pouvons encore admirer le magnifique édifice de la Mah’pela, c’est parce qu’en cette année de 1260, les mongols allaient connaitre enfin leur première défaite, face à Baybars et ses mamelouks. Non content d’avoir préservé l’édifice historique de Mah’pela, Baybars, entreprendra la construction de certains édifices secondaires dépendants du sanctuaire, et peut être même, le couronnement crénelé qui rappelle les créneaux de certaines portes du Caire nous dit le chercheur français Abel. Ce fut également à partir de cette époque que les musulmans, sur son ordre interdirent l’accès de l’intérieur de l’enceinte aux “infidèles”. Cette interdiction mérite d’attirer notre attention, elle ne correspond pas (encore) aux normes musulmanes. En 1260, Baybars établit la domination des Mamelouks; des minarets sont construits sur la Mosquée Ibrahami construite à cette époque au-dessus du Tombeau des Patriarches.
Octobre 1968.
Mosche Dayan, alors Ministre de la Défense, demande à Yehouda Arbel, Responsable des Services Secrets de la Region de Jérusalem, de se présenter à son Bureau. La situation autour du Caveau de la Makhpela est loin d'être tranquille, lui dit-il ... Certains colons y ont installé une Synagogue et je ne veux pas de guerre de Religion. Il faut trouver une solution pour éviter toute friction entre Juifs et Arabes. Le Caveau se trouve sous le sol de la mosquée. Si nous trouvions une entrée qui y mène sans passer par la mosquée, nous aurions trouve la solution au problème ; Les arabes prieront en haut et les Juifs en bas - Très vite, Arbel rencontra le Cheikh Attaf, chef spirituel de la mosquée qui, en lui faisant visiter l'endroit, lui montra une petite lucarne (petite fenêtre dans le toit) et lui confia que dans son enfance, il descendait là pour ramasser l'argent et papiers sur lesquels les musulmans formulaient leur vœux. Ainsi Arbel avait la solution, Il attendit le moment propice. Le 10 Octobre 1968, un terroriste lança une grenade sur des fideles juifs qui priaient sur les marches de la mosquée; L'attentat fit 40 blessés et l'armée imposa le couvre-feu et ferma la mosquée. Voila l'occasion se dit Arbel. De retour chez lui, il posa la question à son épouse si leur fille Mikhal âgée de 13 ans, fluette mais curieuse, pourrait descendre par la lucarne. " Non seulement elle acceptera mais elle sera enchantée" Arbel téléphona ensuite à Re'havam Zéevi, Général d'Etat-major, en lui demandant de faire en sorte que la mission soit entourée du plus grand des secrets. Gandhi éloigna la garde de l'endroit et fournit tout le matériel indispensable. Arbel arriva à la mosquée avec sa fille et les soldats qui l'entourèrent le prirent pour un fou lorsqu'ils comprirent ce qu'il voulait faire. Le père attacha sa fille à une corde et la fit pénétrer par cette lucarne d'un diamètre de 28 cm à peine, annulant ainsi un décret local vieux de 700 ans qui interdisait à tout juif d'y pénétrer. La seule crainte était que Mikhal ne s'évanouisse par asphyxie avant qu'elle n'ait eu le temps de réagir. Son père lui avait donné une bougie et des allumettes pour tester la quantité d'air. La descente se fit sans encombre et Arbel écoutait en haut la description minutieuse de sa fille; Elle décrivit 3 pierres tombales, deux lisses et une décorée. A l'Est, elle voyait une entrée qui donne sur un couloir. Il lui demanda alors de marcher le long du couloir en comptant le nombre de pas. C'est ce qu'elle fit et à un certain moment, il ne l'entendit plus mais elle déroula la corde d'environ 20 mètres. Apres quelques minutes, qui lui sembla sûrement une éternité, elle revint et signala que le couloir donnait sur des escaliers qui montaient et se terminaient sur une sorte de petite plateforme. Au dessus d'elle, elle voyait une énorme pierre soutenue par deux crochets. Elle photographia l'endroit et le dessina dans ses moindres détails. Ils avaient commencé l'opération à 22h30. Elle se termina à 03h00 du matin. Arbel développa immédiatement les clichés pour les remettre à Moshé Dayan. La réaction de Dayan fut on ne peut plus claire « es-tu devenu fou ». Mikhal descendit encore deux fois, toujours à l'occasion d'un couvre feu. Osant toujours un peu plus, son père lui demanda de déplacer la pierre tombale décorée qui, selon ses estimations, cachait la suite du couloir. Ce qu'elle essaya de faire, mais en vain. - Ainsi se termina l'Opération "Patriarches " la première et pour l'instant la dernière du genre dans le Caveau
Baruch Goldstein
Baruch Goldstein, c'est ce médecin intégriste qui, le 25 février 1994, avait froidement assassiné au fusil d'assaut 29 pèlerins musulmans avant d'être lapidé par les survivants. Il avait bien choisi son jour, ce fanatique à la barbe de prophète: un matin de ramadan pour les musulmans, et la fête de Pourim, qui rappelle aux juifs comment certains d'entre eux échappèrent jadis au martyre en Perse. Il avait surtout soigneusement choisi son lieu: le caveau des Patriarches où se rassemblent les pèlerins par centaines et milliers, le caveau des Patriarches.