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Je
suis né à Alger en 1945 dans un milieu totalement assimilé
(mon grand père déjà était officier dans l’armée française)
J’ai
fait mes études secondaires chez les Jésuites et effectué
de fréquents séjours chez les moines trappistes, de
Notre Dame de l’Atlas, près de Médéa. J’ai été vite
séduit par la vie contemplative, savoir repousser les
vanités est contagieux.
Rencontre
avec le silence, le vrai, celui qui fait mal parce que
ne rien entendre c’est être en prise directe avec une
forme de néant, fulgurance du chant grégorien qui nourrit
autant qu’il élève, grandeur de ces moines qui renoncent
au monde par amour pour lui.
L’objectif
des Jésuites fut de tenter de me convertir. Et je dois
dire que vers 16, 17 ans je l’ai envisagé. Je n’y ai
pas donné suite car je savais que la conversion me fermerait
le monde de mes origines que je devais connaître avant
d’abandonner.
J’ai
toutefois appris chez les Jèses (terme familier pour
désigner les Jésuites) mon métier d’enseignant.
J’ai
appris que derrière un mauvais élève se cache souvent
une nature rebelle et blessée et que, la mission première
de l’éducateur est d’abord de rassurer, ensuite de convaincre
et puis d’exiger mais d’exiger jusqu’à l’épuisement.
Merci
à eux de m’avoir convaincu que j’étais capable de faire
bien plus que je ne pensais.
On
le voit, je garde un souvenir ému de ces années où tout,
néanmoins, ne fut pas qu’austérité, mais ce serait lÃ
une autre histoire.
Tout
en poursuivant des études d’histoire et de philosophie,
je lisais ou plutôt je dévorais tout ce qui me tombait
sous la main et qui avait rapport avec le Judaïsme que
je découvris. Je m’inscrivis dans un mouvement de jeunesse
sioniste qui se trouvait près de chez moi : le DROR,
j’y rencontrais de jeunes juifs pour la première fois.
Et
puis l’Algérie devint indépendante. Je ne connaissais
des Arabes que ce que les Français en disaient. Je voulais,
par moi-même m’en faire une idée. Je proposais donc
mes services au journal algérien AL CHAAB, « le peuple
» et à ma demande, je rédigeais une rubrique hebdomadaire
« entretiens pédagogiques » Ce job me permit de rencontrer
des militants du FLN, des hommes d’honneur qui valaient
mieux que leur réputation.
Et
puis la venue en France. Poursuite des études et inscription
au CFJ (centre de formation des journalistes.) Premières
armes à COMBAT sous la direction de Philippe Tesson,
homme d’une intelligence rare et véritable aristocrate
de la pensée. Rencontres avec des hommes et des femmes
éminents de divers milieux.
Je
reste encore profondément marqué par le court entretien
que j’eus avec André Malraux à l’occasion de l’inauguration
de la Maison de la culture de Bourges. A cette occasion
je rencontrai mon ami TADAO TAKEMOTO, qui deviendra
traducteur en japonais des œuvres de Malraux et Conservateur
en chef des musées impériaux, perdu de vue depuis.
Adhésion
à l’UJP (Union des Jeunes pour le Progrès) ou jeunes
gaullistes. Je quittai le mouvement en 1967 en raison
de la position du général de Gaulle sur le conflit israélo
arabe.
Quelques
années plus tard je demandai à la fille d’André Malraux,
Florence Resnais, l’épouse du metteur en scène, Alain
Resnais l’autorisation d’appeler André Malraux la section
lycée de l’école privée que je fondai en 1975, cela
en souvenir de cette rencontre flamboyante.
C’est
à cette époque que je connus Annie qui deviendra ma
femme. Mon témoin au mariage civil fut mon cher ami,
le Père Nicolas Ozolïn, recteur de l’institut de théologie
orthodoxe de Paris et actuel producteur de l’émission
Orthodoxie sur FR 2.
C’est
aussi à cette période que je renonçai au journalisme
et optai définitivement pour exercer le plus beau métier,
sacerdoce par bien des aspects : enseignant.
Pour
de multiples raisons j’optai pour l’enseignement privé
et fus nommé dans une école près d’Orsay, en région
parisienne. Mes premiers élèves m’y attendaient, le
destin aussi. Je me rappelai en effet qu’un homme dont
on parlait beaucoup dans les milieux juifs y dispensait
un enseignement original. J’allais à Orsay et rencontrai
Manitou (son souvenir est bénédiction) J’opérai alors
un virage et commençai à me sentir concerné par l’engagement
religieux. S’en suivit également, un engagement communautaire.
Je
devins vice président des communautés juives de Massy
Antony Fresnes et assistai son Président, mon ami, Yvon
Abisseror, pour l’organisation et l’animation des activités
jeunesse. Le rabbin de la communauté, le Rav David Khalifat
devint mon Maître et plusieurs soirées qui devinrent
des nuits fébriles furent consacrées au Michné Thora
de Rambam (Maïmonide.) Je découvris alors l’Etude, telle
qu’entendue par les maîtres sépharades, trésor de lumières
et puits d’amour.
Avec
Yvan Picard, ami proche, nous éditions un journal communautaire
OR VECHALOM.
Je
fus autorisé à dispenser des cours de pensée juive que
j’organisais chez moi ou dans les communautés d’Orsay/Les
ullis et Brunoy. Je fus responsable du Talmud Thora
dans la Communauté de Massy où je rajoutais au programme
établi un cours sur l’histoire de l’Etat d’Israël.
J’incitai
mon épouse à créer à Massy une section de la Wizo qui
vit le jour sous le nom de Ramot Méir.
Puis
en 75, je décidai, sans un sou, de fonder, près de Paris,
une école qui existe toujours et dont la vocation serait
l’accueil d’élèves en échec. La réputation de l’établissement
deviendra assez vite une référence dans la région parisienne,
dès qu’on évoquera le cas d’un ado en échec.
Des parents dont j’avais aidé les enfants m’aidèrent
sans contre partie à monter l’école. Ce furent les années
ardentes.
J’en
fus le patron de 75 Ã 2003 ; avec la naissance de mes
trois enfants (aujourd’hui mariés et vivant en Israël)
cette école m’a apporté les plus grandes joies de ma
vie.
Redonner
confiance à des ados, les remettre debout, leur apprendre
les vertus de la revanche, que peut-on vouloir de plus
pour justifier une vie ?
Les
liens que j’ai maintenus avec certains anciens élèves
sont les soleils de mes jours sombres. Aurai-je le courage
de porter témoignage sur ces années en écrivant l’histoire
édifiante de cette école ?
Et
puis en 1996, difficultés croissantes pour écrire, raideur
du bras droit. Consultation à la Pitié Salpêtrière,
le couperet tombe : maladie de Parkinson !
En
2003, exténué, je passais le relais.
Période
noire ! Sans le courage, la présence de ma femme, mon
rocher, et l’attention de mes enfants aurais je pu tenir
? Je l’ignore.
Mon
travail, mon efficacité passaient par la parole, et
celle-ci commençait à me trahir. Alors, je me suis jeté
sur l’écriture, par clavier interposé, seule planche
de salut. Je sentais que je n’avais pas encore terminé
mon contrat…
On
dit que le Ciel n’envoie d’épreuves qu’à ceux qui sont
capables de les surmonter. Avec le recul j’y distingue
une part de vérité. Mais vivre ces moments d’incertitude
fut une vraie souffrance.
Publication
d’un premier roman de mauvaise qualité et en 2005, publication
d’un essai dont je reste satisfait LA VOCATION ANTISEMITE.
On devine la thèse défendue…
Quelques
réactions me confirmèrent qu’une nouvelle voie, une
nouvelle chance m’étaient offertes : je pouvais encore
être utile par l'écriture. Alors j’écris….
Et
quand je lis dans un de vos commentaires qu’on peut
éprouver de la honte à reconnaître qu’on n’a jamais
rien lu de moi, cela ne nourrit pas ma vanité, je pense
vraiment avoir passé cette étape, mais confirme qu’en
me lisant, on reconnaît que quelque chose, de l’ordre
du témoignage est susceptible de passer, d’aider, d
édifier.
Je
ne suis pas homme à me laisser consoler par des fadaises,
mais j’affirme que si la maladie peut tuer, elle aide
aussi à voir ce que le bien portant ne distingue que
par l’effort et l’imagination.
Tout
comme André Malraux, je crois que « si la vie est passablement
absurde, ce qui ne l’est pas, c’est tout ce qu’on peut
faire pour les autres. »
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