«
Mon itinéraire est le suivant : né à
Alger dans une famille traditionnelle enracinée
en Algérie, avec une ascendance marocaine, et
plus lointainement espagnole (Tolède serait le
berceau ancestral, mais mes 2 patronymes - Bensoussan
et Benayoun - sont également attestés
au XIVe siècle à Majorque), j'ai vécu
une enfance heureuse et pieuse, où le temps se
partageait harmonieusement entre un judaïsme quotidiennement
vécu au sein de la famille et à la synagogue,
et une adhésion à la culture française
passionnément entretenue par l'école et
l'université.
Mes études ont été jalonnées
par une agrégation d'espagnol, un doctorat d'études
ibériques et un doctorat ès-Lettres.
Ma carrière s'est déroulée successivement
aux universités de Paris-Sorbonne et de Rennes.
Parallèlement j'ai commencé à écrire
et à publier : mon premier texte fut publié
par le Congrès Juif Mondial à Alger en
1957 : L'humanisme dans la pensée juive médiévale.
Mais mon premier texte de fiction paraît seulement
en 1965, Les Bagnoulis (Mercure de France) et raconte,
sous la fable, le naufrage de l'Algérie française.
J'ai publié, depuis, une bonne vingtaine de fictions,
dont Frimaldjezar qui a obtenu en 1976 le " Prix
de l'Afrique méditerranéenne " et
qui a été traduit et publié en
espagnol sous le titre Argelayer .»
----
Né
le 8 avril 1935 à Alger, il y passe ses 26 premières
années et en est à jamais marqué.
Agrégé de l’université, docteur en études ibériques
et docteur ès Lettres, il enseigne au lycée Bugeaud
d’Alger, puis en Métropole, après avoir accompli ses
obligations militaires en Algérie pendant 18 mois.
Assistant
à la Sorbonne en 1963, il est professeur de 1966 à 1995
à l’université de Rennes, où il réside (Médaille de
la Ville en 1998) en compagnie de son épouse Mathilde.
Parallèlement à ses travaux universitaires (Retour
des caravelles, essai sur la littérature latino-américaine)
– professeur émérite, officier des Palmes Académiques
–, il mène avec brio une carrière de traducteur littéraire.
Cet
érudit enthousiaste est la voix française du
Péruvien Mario Vargas Llosa (La tante Julia
et le scribouillard, prix du meilleur livre étranger ;
Tours et détours de la vilaine fille), de l’Argentin
Manuel Puig (Le baiser de la femme-araignée),
des Cubains Guillermo Cabrera Infante (Trois tristes
tigres, prix du meilleur livre étranger) et Zoé
Valdés (L’éternité de l’instant), mais aussi
de Picasso (Écrits, prixVasari 1990). Il obtient le prix Cultura Latina
de traduction en 1985 et rassemble son expérience dans
l’essai J’avoue que j’ai trahi (2005), mais cette
« traîtrise » supposée n’est qu’une provocation
du langage pour exprimer, au-delà d’une bien réelle
fidélité, son attachement passionnel au livre et à l’auteur,
cet autre qui lui ressemble, parce que Bensoussan
n’a jamais traduit que des écrivains exilés, des personnes
déplacées comme lui.
Chroniqueur
littéraire depuis plus de trente ans, notamment dans
La Quinzaine Littéraire et Le Magazine Littéraire,
outre le domaine hispanique dont il a toujours été un
fidèle serviteur (il préface, avec bonheur, Cent
ans de solitude, de Gabriel García Márquez), il
rend compte d’ouvrages en relation avec l’Algérie et
le judaïsme, notamment dans Information Juive (dont
il est, depuis 1961, l’un des plus anciens collaborateurs),
dans L’Arche, ou dans L’Algérianiste (où
il signe maintes nouvelles), et il publie quelques
essais dont L’échelle sépharade et L’échelle
algérienne.
Mais
quel que soit l’écrit, on reconnaît toujours la même
plume sensuelle, poétique, émouvante, frémissante et
passionnée, de celui qui cherche à dire le juste et
le vrai. C’est en écrivain juif français d’Algérie (prix
du Congrès Juif Mondial en 1956) qu’il construit toute
son œuvre, mélange de véracité et de fiction, depuis
1965, avec Les Bagnoulis, considéré comme un
des tout premiers récits à regarder en face la guerre
d’Algérie. Il obtient le prix de l’Afrique méditerranéenne
en 1977 pour Frimaldjezar, qui se veut reconstruction
fantasmée de sa ville natale et conjuration de l’exil.
Albert
Bensoussan, qui a publié une trentaine de fictions (La
Bréhaigne, L’échelle de Mesrod, L’œil de la sultane,
Le chemin des Aqueducs,Pour une poignée de
dattes, Aldjezar, Mes Algériennes…), est le conteur
de sa ville, Alger, et de la vie juive qui fut celle
de sa famille jusqu’à l’Indépendance. Chacun de ses
livres est un parcours nostalgique, sans fin, des rues
de la ville, et se veut la reconstitution d’une topographie
bousculée par cette Histoire qui l’a bouleversé, lui,
toute sa famille, et des milliers de personnes de cette
génération. Ses personnages sont les êtres familiers
qu’il a côtoyés, qu’il fait revivre en les mettant en
scène, les immortalisant, et dont il parle souvent avec
humour, drôlerie, et toujours avec émotion : «Je
me suis dépouillé de mon enfance par lambeaux successifs
que j’ai appelés livres. Chaque livre publié était livre
de ma chair arrachée, de ma mémoire abolie ».
Mais
le trait majeur de sa démarche littéraire est l’amour
de la langue, avec le recours à un vocabulaire inédit,
ainsi qu’en atteste le titre, parfois déroutant, de
ses ouvrages, soit qu’il plonge dans le quotidien qu’il
transfigure par le style, soit qu’il invente un étrange
parler mêlant le français et l’arabe, l’hébreu et le
pataouète, qui dit mieux que tous les discours
ce que furent l’exil, la perte des repères, la trahison
des mots et la faillite de la langue, mais avec toujours,
à l’arrivée, le désir de recréer la vie d’une communauté
qui a existé et qui n’est plus.
Nicole
MADAR
Bibliographie choisie :
Les Bagnoulis, Paris, Mercure de France,
1965, repris dans Algérie,
les romans de la guerre, Paris, Omnibus, 2002.
La Bréhaigne, Paris, Denoël, 1974.
Frimaldjezar, Paris, Calmann-Lévy, 1976.
Au nadir, Paris, Flammarion, 1978.
L’Échelle de Mesrod, Paris, L’Harmattan, 1984.
Le dernier devoir, L’Harmattan, 1988.
L’Échelle séfarade, Paris, L’Harmattan, 1993.
Une saison à Aigues-les-Bains, Paris, Maurice Nadeau,
1994.-
L’œil de la sultane, Paris, L’Harmattan, 1996.-
Une enfance algérienne
(collectif)[« L’enfant
perdu »], Paris, Gallimard, 1997.
Retour des caravelles, Rennes, PUR, 1999.
L’Échelle algérienne, Paris, L’Harmattan, 2001.
Pour une poignée de dattes, Paris, Nadeau, 2001.
Aldjezar, Paris, Al Manar, 2003.
Mes Algériennes, Paris, Al Manar, 2004.
J’avoue que j’ai trahi, Paris, L’Harmattan, 2005.
Sroulik (en collaboration), Paris, Nadeau, 2006.
C’était leur France (En Algérie avant l’Indépendance),
(collectif) [« Appelez-moi France »], Paris,
Gallimard, 2007.
Albert Bensoussan a été traduit en anglais,
en espagnol, en allemand et en italien.