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Professeur
de Chimie et dirigeant sioniste, premier président
de l'Etat d'Israël.
Né
en Russie, Weizmann fut actif dans le Mouvement Sioniste
depuis sa création. En 1903 il fut l'un des fondateurs
de la "Fraction démocratique", qui soutenait
l'idée du "sionisme pratique". En 1904,
il émigra en Angleterre où il joua un rôle
important dans les débats menant à l'obtention
de la Déclaration Balfour en 1917.
De
1920 à 1948, avec une seule brève coupure
(1931-35), Weizmann fut le président de l'Organisation
Sioniste. Sa politique modérée de coopération
avec le gouvernement britannique fut la cause principale
de sa défaite au Congrès sioniste de 1931.
Il prêchait aussi la modération concernant
les Arabes; jusqu'à 1937, il appela à une
parité politique entre les deux peuples de Palestine,
sans tenir compte du déséquilibre de leur
force numérique. A partir de 1937, il soutint l'idée
du partage entre deux Etats séparés, de préférence
dans le cadre d'une Fédération du Moyen-Orient.
Weizmann
soutint le Programme de Biltmore institué par David
Ben Gourion, qui appelait à la création d'une
communauté juive en Palestine; toutefois Ben Gourion
l'accusait d'agir souvent avec trop d'indépendance.
La politique modérée de Weizmann n'était
pas en accord avec le combat violent qui se développait;
de plus, son absence de Palestine aggravait son manque de
contacts avec les dirigeants du pays. Cependant, il garda
un prestige considérable, et se trouva en première
ligne du combat final (1946-48) pour la création
de l'Etat d'Israël.
En
mai 1948, Weizmann devint le premier président de
l'Etat (il prêta serment le 16 février 1949),
mais du fait que cette fonction était purement représentative,
et à cause de sa mauvaise santé, il ne prit
pas une part active aux décisions politiques.
Ses
projets favoris étaient l'Université Hébraïque
de Jérusalem, ouverte en 1925, et l'Institut Weizmann
des Sciences de Rehovoth, ouvert en 1934. Plus d'info sur
l'Institut Weizmann à Rehovot, cliquez
ici
Son
autobiographie, Le jugement et l'erreur, est un document
sioniste important.
Source
: Political Dictionary of the State of Israel

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Chaïm
Weizmann est né en 1874 à Motol - un petit
shtetl (bourgade) isolé situé dans une région
marécageuse et terne, à quarante kilomètres
de Pinsk. Troisième de douze enfants, Weizmann grandit
dans une famille animée, imprégnée
de tradition juive. C'est un enseignant du cheder (école
primaire) qui l'initia aux sciences naturelles en les introduisant
subrepticement aux côtés des études
juives. Weizmann quitta la maison à l'âge de
onze ans pour être interne au lycée de Pinsk
- une démarche rare à l'époque.
A
l'âge de 18 ans, ses aptitudes pour la science le
conduisirent en Allemagne où il étudia la
biochimie dans l'un des établissements scientifiques
les plus prestigieux d'Europe - l'Ecole polytechnique de
Berlin. C'est dans cette ville qu'il fréquenta pour
la première fois les cercles intellectuels sionistes
et qu'il adhéra aux idées d'Ahad Haam - une
forme de "sionisme spirituel" qui soutenait que
la Palestine devait constituer un centre spirituel pour
le judaïsme. Cette philosophie devait inciter Weizmann
à défendre l'idée d'une Université
juive à Jérusalem. Par la suite, il fut influencé
par le "sionisme politique" de Théodore
Herzl, qui mettait l'accent sur l'obtention d'une charte
internationale en faveur du peuplement juif de la Palestine.
Weizmann devint un membre actif, puis une personnalité-clé
du mouvement sioniste - durant toute une vie caractérisée
par des relations complexes, et parfois orageuses, avec
des sionistes moins modérés.
En
1901, Weizmann reçut son doctorat de l'Université
de Fribourg en Suisse, et commença sa carrière
universitaire à Genève. Dès lors, Chaïm
Weizmann répartit sa vie entre une féconde
carrière scientifique et une très intense
activité sioniste.
Weizmann
se montra critique à l'égard de Herzl qui
privilégiait les formes extérieures de la
diplomatie en tant que moyen de réaliser les objectifs
du sionisme, qualifiant ces efforts de "naïfs
et voués à l'échec". Le sionisme,
estimait-il, ne pouvait reposer seulement sur la stature
politique individuelle de quelques personnalités
introduites dans les cours d'Europe ; il devait se fonder
sur le développement d'institutions culturelles,
éducatives et sociales dans la patrie juive, dans
le cadre de l'édification concrète d'un Etat.
En
1904, Weizmann quitta Genève pour l'Angleterre où
il poursuivit sa longue carrière de chercheur à
l'Université de Manchester, mêlée au
militantisme sioniste en Angleterre. Son approche empirique
le conduisit à épouser un sionisme fondé
sur une synthèse entre l'activité diplomatique
et l'activité de peuplement. Il soulignait que même
si l'on parvenait à obtenir une charte en faveur
du peuplement en Palestine, elle serait sans effets si elle
ne pouvait compter sur une société juive en
émergence, enracinée dans la terre de Palestine.
Bien que n'étant pas socialiste, Weizmann soutenait
vigoureusement la forme de peuplement collectiviste (le
kibboutz).
Afin
de gagner des sympathies pour les aspirations juives du
retour à Sion, Weizmann commença à
cultiver les contacts avec les membres du gouvernement britannique,
les "décideurs" de l'époque. Sa
diplomatie personnelle se caractérisait par un esprit
raffiné et une faculté intuitive pour présenter
la cause sioniste en des termes qui trouvaient un écho
chez son interlocuteur - qu'il s'agisse d'un aristocrate
anglais ou d'un juif du shtetl. Ainsi, en 1906, lorsque
Lord Balfour, perplexe, l'interrogea sur le rejet par les
sionistes du programme de l'Ouganda, Weizmann - qui s'était
opposé à la proposition du sixième
Congrès sioniste (1903) d'établir provisoirement
les juifs d'Europe de l'Est en détresse en Ouganda
- demanda à l'homme politique britannique "s'il
échangerait Londres contre Paris", en rappelant
que "Jérusalem était déjà
juive lorsque Londres n'était qu'un marécage".
En
1916 - au milieu de la Première Guerre mondiale -
Weizmann, qui effectuait des recherches en chimie à
l'Université de Manchester, découvrit un procédé
pour synthétiser l'acétone, un solvant utilisé
dans les usines de munitions. Ses contacts avec la société
de Manchester et son inspection de la production de masse
de l'acétone synthétique pour les Alliés
lui ouvrirent les portes des milieux gouvernementaux britanniques
où il continua à se faire le porte-parole
éloquent du sionisme. Les redevances de son brevet
sur l'acétone apportèrent au scientifique
juif la sécurité et l'indépendance
financières - c'est-à-dire à la fois
le confort matériel et la possibilité de se
consacrer sans rémunération au sionisme, en
assumant notamment la présidence du mouvement sioniste.
Weizmann
avait une physionomie marquante - lourde tête chauve,
profonds yeux perçants, rehaussés par une
moustache et un bouc soignés - dont la présence
et l'éloquence produisaient un impact durable. Lord
Balfour commenta une fois, laconiquement, que "le Dr
Weizmann aurait pu charmer un oiseau et lui faire quitter
son arbre".
Lorsque
Lloyd George, alors ministre des Munitions, fut nommé
premier ministre et Arthur Balfour ministre des Affaires
étrangères, les années de persuasion
et de "sensibilisation" persévérante
en faveur du sionisme jouèrent un rôle décisif
dans la décision de la Grande-Bretagne de promulguer
la Déclaration Balfour. Une rare conjonction des
intérêts stratégiques juifs et britanniques,
et l'empathie personnelle pour le Dr Weizmann et sa cause
- fruit de huit années de ce qu'on appellerait aujourd'hui
des "relations publiques" - aboutirent à
ce document, approuvé le 2 novembre 1917 par le gouvernement
britannique, et qui proclamait sa sympathie pour les objectifs
du sionisme en Palestine.
Informant
Weizmann de la décision, Lord Mark Sykes, ministre
de la guerre du Cabinet, déclara : "Dr Weizmann
- c'est un garçon !" De fait, ce document marquant,
qui mènera à l'octroi d'un mandat britannique
sur la Palestine par la Société des nations,
fut une étape décisive de la naissance d'un
Etat juif, et fut considéré comme la réalisation
la plus remarquable de Chaïm Weizmann.
En
1918, Weizmann fut chargé de diriger la commission
sioniste envoyée par la Grande-Bretagne en Palestine
pour étudier le développement du pays. Il
tenta également de parvenir à une coopération
et à des relations pacifiques avec les Arabes qui,
estimait-il, trouveraient un avantage économique
dans l'entreprise sioniste. Weizmann rencontra l'émir
Feisal, alors le dirigeant incontesté du nationalisme
arabe naissant. Faisal promit de reconnatre les objectifs
sionistes en Palestine pour autant que les objectifs du
nationalisme arabe seraient atteints en Irak et en Syrie.
Malheureusement, cet accord fut de courte durée.
La
même année, Weizmann assista à la pose
de la première pierre de l'Université hébraïque
de Jérusalem et, en 1919, dirigea la délégation
sioniste à la Conférence de la Paix à
Versailles. Sa plaidoirie en faveur de la reconnaissance
internationale de la déclaration Balfour fut entendue
: en 1922, la Société des nations accorda
à la Grande-Bretagne le Mandat sur la Palestine,
au moyen d'un document qui mentionnait le lien historique
entre le peuple juif et la Palestine.
En
1920, Weizmann fut élu président de l'Organisation
sioniste mondiale. Il souligna qu'un "Etat ne pouvait
pas être créé par décret"
; les sionistes, pensait-il, devaient porter leurs efforts
également sur le peuplement du pays et les pouvoirs
de la science pour bâtir une "nouvelle société
juive". En 1924, Weizmann irrita considérablement
les sionistes polonais en proclamant : "Nous ne voulons
pas édifier notre Foyer national sur le modèle
de Dezika et Neleviki" (quartiers commerciaux juifs
de Varsovie) ; il était cependant très admiré,
voire adulé, par les masses juives qui voyaient en
lui l'éloquent porte-parole de leurs aspirations.
Pendant
les deux décennies suivantes, Weizmann réussit
à élargir le soutien en faveur du mouvement
sioniste et à inclure des non-sionistes dans la collecte
de fonds en Occident pour la poursuite du peuplement juif,
grâce à la création du Kéren
Hayessod, l'instrument financier du mouvement sioniste.
Sa
ligne fut par la suite remise en question à la fois
par les sionistes américains qui s'interrogeaient
sur la nécessité d'un peuplement juif organisé
et sur les implications concrètes de la Déclaration
Balfour, et plus tard, par le courant révisionniste
au sein du sionisme, opposé à sa politique
modérée à l'égard de la Grande-Bretagne
; son programme sioniste associant "diplomatie et activités
de peuplement" demeura cependant l'approche du courant
sioniste général et de l'ensemble de ses institutions.
Poursuivant
son travail scientifique, au début des années
1930, Weizmann posa les fondations de l'Institut Daniel
Sieff à Rehovot, aujourd'hui rebaptisé Institut
scientifique Weizmann. En 1937, Weizmann s'installa à
Rehovot, continuant à s'exprimer en faveur de la
cause sioniste à travers le monde, tout en étant
éclipsé par ceux qui s'opposaient à
sa politique modérée et pro-britannique.
Malgré
les changements de la politique anglaise après les
émeutes arabes de 1921, 1929 et 1936-39, changements
qui aboutirent en 1939 à la promulgation du Livre
Blanc limitant strictement l'immigration juive et l'acquisition
de terres, Weizmann pensait que s'aliéner le soutien
britannique constituerait une erreur stratégique
et saperait les intérêts sionistes ; il fallait,
selon lui, faire changer la politique du Royaume-Uni par
la persuasion et non par la confrontation. S'adressant à
la Commission Peel en 1937, Weizmann déclara : "Il
y a dans cette partie du monde [l'Europe] 6 000 0000 de
personnes... pour lesquelles le monde est divisé
en des endroits où ils peuvent vivre et en des endroits
où ils ne peuvent pas s'installer". Le message
était clair. La politique anglaise demeura cependant
inchangée et ses implications furent tragiques. A
la fin de la Seconde Guerre mondiale, les terribles dimensions
de la tragédie qui s'était abattue sur le
judaïsme européen étaient patentes ;
mais les Britanniques n'étaient toujours pas prêts
à admettre les réfugiés juifs en Palestine.
L'adoption
par Weizmann du "gradualisme" fut symboliquement
illustrée par un incident survenu au Kibboutz Houlda.
Arrivant plusieurs heures après l'heure prévue,
le dirigeant sioniste expliqua ainsi son retard : "Le
wagon sioniste roule lentement". En 1946, à
l'âge de 72 ans, Weizmann essuya un vote de défiance
lors du congrès sioniste d'après-guerre. Par
déférence pour sa personne, le poste de président
ne fut pas pourvu. D'autres dirigeants sionistes, avec à
leur tête David Ben-Gourion, prêts à
la confrontation avec la Grande-Bretagne, assumèrent
le rôle principal dans les affaires sionistes.
Weizmann continua néanmoins à jouer un rôle
crucial pour lever des obstacles sur la voie de l'indépendance.
En 1947, lorsque les Britanniques déposèrent
le problème de la Palestine devant les Nations unies,
il s'adressa à l'Assemblée générale,
appelant les délégués à avoir
à l'esprit leur "mission historique" ;
ainsi, un intense travail de pressions exercées en
coulisses - y compris celui de Weizmann - fut un facteur
déterminant dans la décision de l'Assemblée
générale d'inclure le Néguev dans le
territoire destiné à l'Etat juif en vertu
de la résolution de partage de l'ONU. Cette résolution
fut adoptée le 29 novembre 1947 par un vote de 33
voix pour, 13 contre et 10 abstentions.
L'Etat d'Israël fut proclamé le 14 mai 1948,
la veille de l'expiration du mandat britannique. Sa reconnaissance
par les Etats-Unis était due en partie à l'intervention
de Weizmann qui, en mars 1948, avait rencontré le
président Truman dans des circonstances pénibles
et fatidiques. A cette époque, compte tenu des hostilités
en cours, Truman envisageait le report du partage. Cédant
aux instances de son ancien associé et ami personnel,
un juif qui compara sa vénération pour le
dirigeant sioniste au respect que Truman lui-même
éprouvait pour Andrew Jackson, il accepta de recevoir
Weizmann. Peu après la proclamation de l'indépendance
d'Israël, les Etats-Unis annoncèrent qu'ils
reconnaissait le nouvel Etat.
En
février 1949 - un mois après les premières
élections générales - la Knesset réunie
en session spéciale à Jérusalem élut
Chaïm Weizmann premier président de l'Etat d'Israël.
Sa désignation fut un acte de reconnaissance envers
son exceptionnelle contribution à la naissance de
l'Etat d'Israël. Il fut cependant froissé par
le caractère limité de sa fonction, essentiellement
honorifique.
Chaïm
Weizmann mourut en 1952 à Rehovot où il est
enterré, près du campus de l'Institut scientifique
qui porte son nom.
Source
: Site du Ministère des Affaires étrangères
d'Israel |