Pionnier.
Baptisé en France SIDM (système intérimaire
de drone moyenne altitude longue endurance), l’Eagle
One est le fruit d’une coopération discrète
entre IAI et EADS. En réalité, à
l’exception des systèmes de transmission
« le coeur du coeur », explique-t-on
quand même chez EADS , l’avion sans
pilote et ses capteurs sont purement israéliens.
Les essais en vol ont d’ailleurs eu lieu non
loin de Tel Aviv et quelques dizaines de techniciens
et d’ingénieurs français travaillent
chez Malat... sous la responsabilité d’un
ingénieur israélien parfaitement francophone.
«
Depuis la fin des années 70, Israël est
le pays pionnier dans le secteur des drones »,
se réjouit Gad Cohen, vice-président
d’IAI. Près de 650 drones ont été
construits en Israël et l’armée
de l’Etat hébreu les utilise quotidiennement,
en particulier à Gaza. Israël est le seul
concurrent sérieux des Etats-Unis, où
General Atomics construit le Predator et Northrop
Grumman, l’énorme Global Hawk.
La
coopération d’Israël avec la France
remonte à 1995, lorsque le ministre de la Défense
d’alors, François Léotard, a conclu
l’achat de quatre drones Hunter. Ces engins,
moins sophistiqués que le SIDM, ont permis
aux spécialistes de l’armée de
l’air française d’acquérir
une première expérience dans un domaine
entièrement neuf pour eux. Retirés du
service en 2004, ces Hunter ont été
utilisés au Kosovo ou pour la sécurisation
de grands événements comme le sommet
d’Evian.
Quatorze
heures en observation. Lancé en 2001, le programme
en cours concerne trois drones et deux stations de
contrôle au sol, pour un montant de 43 millions
d’euros. Les appareils devaient être livrés
durant l’été 2003, mais, à
la suite de difficultés techniques, ils ne
devraient pas l’être avant le début
de 2006, précisait-on hier chez EADS. Les trois
engins formeront l’escadron Adour, basé
à Cognac, avec la participation de militaires
hollandais, intéressés par les capacités
de ce drone.
Pesant
1,2 tonne et d’une envergure de 16,6 mètres
l’Eagle One est prévu pour rester en
observation quatorze heures à 1.000 kilomètres
de sa base. L’Eagle One est propulsé
par un petit moteur à hélice de 115
chevaux. Depuis une altitude de 25.000 pieds (7.500
mètres), ce drone pourra transmettre des images
en temps réel, captées par des optiques
jour et nuit ou par un radar embarqué. Contrairement
à ce que font les Américains, l’armée
de l’air ne prévoit pas d’armer
ses drones de missiles air-sol.
«
Transfert de technologie ». Après l’achat
des Hunter en 1995, le programme Eagle One n’est
que le deuxième étage d’une coopération
plus large en matière de drone entre la France
et Israël. Un troisième est déjà
en cours, avec le futur EuroMale d’EADS. Annoncé
au mois de juin 2004 par la ministre de la Défense,
Michèle Alliot-Marie, il s’agit d’un
engin beaucoup plus puissant, volant à 45.000
pieds, c’est-à-dire plus haut que les
avions de ligne. Là encore, il ressemble à
l’Eagle Two d’Israel Aircraft Industries.
« Les autorités françaises souhaitent
acquérir une autonomie complète. Pour
l’EuroMale, un véritable transfert de
technologie est en cours entre Israël et la France
», explique-t-on chez EADS, où l’on
veut croire que « l’EuroMale pourrait
déboucher sur une coopération européenne
». Pour l’instant et malgré son
nom, l’EuroMale n’est guère européen,
même si l’Espagne, les Pays-Bas et l’Italie
semblent intéressés par ce projet dont
le coût est estimé à près
de deux milliards d’euros. Il devrait être
livré à l’armée de l’air
vers 2010. - Jean-Dominique Merchet, Liberation |