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Sur les ailes d'El Al par Albert Bensoussan

Sur le tard, j’ai fait ce que tu n’as jamais fait de toute ta longue vie, si pleine et si accomplie.

À chacune de nos traversées entre Alger et Port-Vendres, ou entre Alger et Marseille, pieds nus dans notre cabine pour famille nombreuse, jamais tu ne manquas ni min’ha, ni arbit, ni la prière du matin, recouvert de ton talit et enroulé de téfilines. Et dans l’intervalle, ouvrant ton Téhilim de voyage, qui avait été imprimé à Londres en 1926, et qui nous venait d’un de ces soldats anglais et juifs venus libérer le sol algérien le 8 novembre 1942, tu te plongeais dans la récitation des chants de David en t’accompagnant sur le guittit des moteurs ronronnants du Kairouan, sur le kinor du Djebel-Amour, sur les néguinot du Sidi-Mabrouk. Et c’est ce même psautier primesautier quelque peu chiffonné, et ravaudé tant bien que mal, que j’ai sous les yeux, une fois ma ceinture attachée, mon siège redressé, et les moteurs du Boeing ronflant sous mes plantes, tandis que dans un arrachement qui presse un peu au ventre je m’élève dans le ciel gris et froid de Roissy. Un Téhilim du prime saut.

De même priais-tu dans le train qui emportait toute ta maisonnée jusqu’à Tlemcen chaque été, où nous allions en pèlerinage sur la tombe du Rab – Ephraïm Enkaoua, le rabbin docteur miracle exilé de Tolède après l’expulsion espagnole et qui, après avoir guéri la fille du Sultan fut récompensé par l’autorisation faite aux Juifs d’habiter au centre de la « cité des cascades ». Mais Tlemcen et alentour, c’était aussi un pèlerinage aux sources familiales : les cousins tlemcéniens, la maison de Lalla Sultana à Montagnac, qui s’appellerait ensuite Remchi, la cour parfumée aux poivrons de mes oncles Samuel et Simon, avec leur forge derrière les chambres et l’odeur du crottin des chevaux venus se faire ferrer par celui que ma sœur Estelle appelait pompeusement « le Maréchal ». Après quoi, entassés dans le taxi de Maurice Laskar, l’ami d’enfance de ma mère, nous irions jusqu’à Nédroma, où vivaient encore tata Marie et l’oncle Samuel, le gazé des Dardanelles qui tenait une boutique de tabac à chiquer et priser, ce chema qui s’entassait dans une pyramide de boîtiers ronds en fer-blanc ; nous retrouvions là tous les rejetons de nos multiples rameaux, dont la plupart ont abouti à Netanya. Et l’on achèverait ce périple, royalement, à Ghazaouet, qui s’appelait encore Nemours, où tu étais né, papa, et là, sur la plage au parfum de pastèque, à l’ombre des tamaris, nous pouvions nous purifier au bain primordial, et tu ne manquais jamais de prononcer la prière inaugurale du Chéhé'héyanou qui nous a fait vivre jusqu’à ce temps-là – lazémane azé – en te glissant dans l’eau tiède de notre Méditerranée. Là-bas la mer était rose, le ciel couleur d’orange, le soleil comme un gros jujube de Rosh Hachana et la lune telle une rondelle de chocolat dans son papier platine.

Alors, dans le train qui reliait Alger à Saint-Barbe du Tlélat où l’on prenait la correspondance pour Tlemcen – le traintrain, disait maman, et ren-den-den et ren-den-den –, nous occupions tout un compartiment, Estelle et moi couchant par terre, Renée et Lulu en bout de banquette où nos parents pouvaient s’allonger, Alfred et Simon trouvant place dans les filets normalement réservés aux bagages qui, eux, s’entassaient sous les sièges. Maman emportait pour cela un couchage confortable qui se réduisait à quelques grosses couvertures de laine qui, toutes, avaient été tissées au village par Lalla, avec cette même laine que ma mère, en son jeune âge, était allée quérir, au temps de la tonte, sur les collines de Bné-Ouarsous où Sidi Mes’od, mon grand-père, faisait paître un modeste troupeau de mérinos. Pour rester tout à fait entre nous, on tirait les rideaux des fenêtres, et ce compartiment était notre logis clos et notre synagogue où, papa, tu faisais toutes nos prières quotidiennes, et nous, les garçons autour de toi, pas assez nombreux pour le minyane, mais qu’importe, chacun de mes frères valait le double de son poids ; et moi je me pressais contre ta jambe, tressé à toi comme un phylactère, tandis qu’au matin, dès les premiers rayons, revêtu de ton long châle de laine noir et blanc, et ligoté de bandelettes de cuir, tu posais ta paume sur mon front, démêlant mes mèches et récitant la bénédiction par Ephraïm et Ménashé. Et la paix par ta voix n’a jamais cessé de descendre au puits de mon cœur.

Sauf que ce que je viens d’accomplir ici, dans les airs, non, tu ne l’as jamais fait. C’est pourquoi je sais que je l’ai fait pour toi, dans ton prolongement, et cet héritage d’une foi simple et totale. Dans l’avion – bamatoss – d’El Al, entre Roissy et Ben Gourion, comme j’avais coiffé ma kipa sitôt assis à mon siège et bouclé de ceinture, car je me sentais enfin chez nous en volant sur une aile casher, voilà qu’un grand escogriffe également enkipé passe dans les travées et me montre du doigt. Oui, il me choisit parmi d’autres qui sont restés en cheveux et m’invite à le suivre entre les sièges : nous cherchons un minyane, dit-il pour toute explication. Et voilà, à l’arrière de l’avion, entre les placards aux munitions de bouche et la porte ouverte des toilettes, gênant quelque peu l’évolution des hôtesses de l’air, nous sommes installés, droit dressés pour la téfila, et ce chalia’h nous dit qu’il faut prier en nous situant bien dans l’axe de l’avion puisqu’il vole vers Jérusalem. Jamais orientation n’aura été aussi pieusement fidèle, ni flèche mieux dirigée vers le mille. Alors défilent la amida, et le qaddiche, et alénou léchabéa’h, tout bien comme il faut, et nous savons faire les trois pas en avant et les trois pas en arrière par déférence et dévotion, et nous tourner de droite et de gauche, vékara zé el zé véamar, ah ! quel sens nouveau prend l’ouverture de mes lèvres à cet instant ???? ???? ! Oui, pour la première fois de ma vie, je fais ma prière sans toucher le sol, suspendu dans l’éther, et plus rien ne m’étonnerait, pas même de croiser au large le char de feu du prophète Eliyahou, ou la chape de braise d’Elisha, son disciple prophétique, celui qui ramène les morts à la vie.

Puis c’est l’heure de arbit. Pour la première fois, de si haut, de si loin, je conçois comment le Créateur a suspendu sur l’encre des hublots tous ces luminaires, et accroché en broche élégante ce croissant de lune au sein de la nuit. Alors, dans mon cœur et regagnant ma place vers l’avant je balbutie des bribes de la birkat halévana, où le ciel raconte la gloire de D.ieu, tant de fois clamée en haut de la terrasse de notre immeuble à Alger, à la face de l’univers et à la tête du mois, moi pressé contre le corps de mon père… Et pour la première fois je loue notre Seigneur sur les hauteurs, baméromim, dans les soubresauts et les turbulences. Et me voilà malgré moi haussé à trois reprises sur les talons tandis que mes lèvres qu’une main de feu a entrouvertes laissent fluer en toute sonorité : qaddosh, qaddosh, qaddosh, ...

Mais qui pourrait se surprendre ou s’étonner ? Qui saurait seulement me montrer du doigt ? Cet avion est l’aigle de David, et ses passagers une belle horde juive avide de retrouver sa Terre. ‘Ozi vézimrat yah vayéhi-li lichou’ah, car l’Éternel est ma force, à lui vont mes chants d’amour, car c’est lui qui me sauve, m’a sauvé et me sauvera, confiant que je suis dans l’intemporalité du verbe qui gomme toute frontière temporelle et chronologique, laissant place à l’innocence de la foi, la pureté de la prière, et cette attente toujours inscrite dans un à présent augural.

Albert Bensoussan

 
   
 

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