par Rav
Hillel Rachmani
Cours 2 : Les
éclairs de Sainteté dans le monde
Dans le chapitre
précédent, nous décrivions la perspective
envisagée par le Rav Kook du rapport entre l'expérience
de l'homme lors de l’effort à réaliser
ses buts et les buts eux-mêmes. Comme nous l’avons
vu, chaque niveau du texte révélait une compréhension
plus profonde non seulement du sujet de la discussion, mais
encore d'autres concepts essentiels dans la philosophie du
Rav Kook.
En
examinant attentivement chaque sujet de cette façon,
nous espérons arriver à une image complète
de la pensée du Rav Kook. Dans ce chapitre, nous verrons
une autre facette de sa vision philosophique et mystique,
nous essaierons de progresser encore dans la compréhension
de la philosophie du Rav Kook. dans ce chapitre, nous explorerons
la nature de lumière et de l’obscurité.
Dans Orot
HaKodesh (volume 2 / page 303) le Rav écrit:
"
Les lumières sacrées qui scintillent à
des points spécifiques dans le temps et dans l’espace,
doivent être évaluées à leur juste
valeur, avec la connaissance qu'elles sont secrètement
propagées à travers tout l'espace, qu'ils voyagent
à travers des passages dissimulés et retirés
des courants, jusqu'à qu’ils réapparaissent
telle une tache lumineuse."
Dans ce
paragraphe, le Rav Kook esquisse son concept de la nature
de la lumière et de l’obscurité, qu'il
appliquera ultérieurement à trois manifestations
distinctes de sainteté. Le Rav Kook énonce que
n'importe où une concentration de "lumière"(ou
sainteté) existe, la sainteté existe aussi dans
la zone qui entoure l’"obscurité",
bien qu'elle ne peut pas être distinguée. Cet
"invisible" flux de sainteté qui se révèle
vers un point central de "lumière". Cela
peut être comparé à un disque noir avec
un point de lumière au centre. Le Rav Kook dit que
nous ne pouvons pas distinguer la lumière centrale,
qui est étincelle, qui est mélangée au
noir qui se trouve autour de la lumière que nous ne
pouvons pas voir, mais que chacun peut découvrir dans
ce point central de concentrion de la lumière.
Après
l’établissement de ce principe fondamental, le
Rav Kook l'applique maintenant.
"La
sainteté de l'homme, révélée par
la nation Juive, se trouve cachée dans chaque homme,
parmi toute l'humanité, dans les profondeurs de térritoires
inviolés, et elle s’écoule continuellement
par un labyrinthe caché, pour venir enfin allumer la
lueur de l'âme Juive."
Le Rav
Kook applique en premier ce principe à l’humanité
comme un tout. Il décrit les Juifs comme la concentration
centrale de sainteté, tandis que les autres nations
existent dans la " périphérie“. Selon
le Rav Kook, la sainteté qui est révélée
dans la nation Juive existe dans les autres nations aussi.
La nation juive distille des flux de sainteté vers
les autres nations. La sainteté existe parmi toutes
les nations du monde, mais elle est révèlée
par l'histoire et l’esprit collectif du peuple Juif.
(Ici nous avons à peine abordé ce sujet. Dans
un prochain cours nous expliquerons comment le Rav Kook percevait
la complexité de la nature du peuple Juif.)
Le Rav
Kook poursuit:" La sainteté de l’espace
remplit le monde entier, mais elle reste cachée et
invisible, et les vagues secrètes de sainteté
avancent interminablement vers leur révélation
finale, jusqu'à trouver leur expression à travers
la Terre d'Israël, le pinacle de toute la poussière
de l'univers, et de là, vers l’endroit sacré,
le Temple sacré, et le Rocher du Fondement,De de Sion,
l’epitomé de la beauté; Dieu est apparu.'"
Le Rav
Kook applique maintenant ce principe au royaume de l’"espace."
La sainteté existe de façon dissimulée
dans le monde entier. Ces flux de sainteté convergent
vers Eretz Yisrael, où ils se manifestent et trouvent
leur expression dans le centre du Temple Sacré, le
Beit Ha - mikdash. La Terre D'Israël, donc, est l'expression
de la sainteté de tous les pays du monde ; à
l’intérieur de la Terre d'Israël le point
de concentration de la sainteté est le Temple.
Le troisième
domaine auquel le Rav Kook applique ce principe est le royaume
du "temps." Il écrit:
"
La sainteté du temps traverse l'éternité,
quotidiennement exprimant la bénédiction, et
les rayons de lumière sacrée sont attirés
le long d'un sentier secret, jusqu'à leur révélation
aux temps sacrés, par la sainteté du Shabbat,
qui est l'origine de tous les temps sacrés et émane
avec la sainteté vers le monde entier et vers Israël;
et par la sainteté des jours fériés,
qui servent de réceptacles d'émanation sacrée;
et par les juifs, qui sanctifient les jours fériés."
Le Rav
Kook explique que toutes périodes du temps sont sacrées,
encore habituellement cette sainteté est dissimulée.
Cette sainteté s’exprime et se concentre à
périodes qui ont été désignées
aussi sacrées. Ceux-ci incluent le Shabbat, qui réfléchit
la sainteté dissimulée des autres jours de la
semaine, et des fêtes juives. On peut maintenant imaginer
la concentration incroyable de sainteté et d’énergie
spirituelle créée lorsque le Grand-Prêtre
entrait dans le Saint des Saints du Temple à Yom Kippour.
La sainteté de l'homme, du lieu et du temps converge
pour donner l'expression à la sainteté au monde
entier, et à son tour, d’insuffler de la sainteté
dans le monde qui l’entoure.
Après
avoir illustré son concept original avec les exemples
ci-dessus, le Rav Kook fournit une autre vision qui accroît
et approfondit notre compréhension de son idée.
"
C'est similaire au rapport de l'âme et des sens,l'oeil
voit et l'oreille entend, dont la lumière n'est pas
étrangère mais plutôt contient de la lumière
de vie qui inonde l’âme et accorde la vie à
l’être entier, et à son tour donne à
l’homme une qualité de vie par les cadeaux de
la vue et de l’ouï ; cet éclatement de potentiel,
quand il atteint le point plus haut de sa révélation,
trouve l'expression par la vue et l’ouï.“
Bien que
ce n'est pas l'endroit pour expliquer de façon aprofondie
cette phrase, je me permettrais de relever un point. La forme
du corps humain n'est pas aléatoire. Nous pouvons apprendre
beaucoup de choses de par la structure du corps humain. Par
exemple, la plupart des zones du corps sont fermées,
tandis que dans certains endroits- les organes sensoriels
- il y a des ouvertures. Le Rav Kook voit dans ces emplacements
des points de "lumière" dans une zone d'obscurité.
Néanmoins, ces points ne sont pas indépendants.
Ils sont reliés et réagissent au corps entier.
Ils sont l’expression de la vie de l'âme qui insuffle
à l'organisme dans son entier. Qui nous permet de nous
mouvoir.
"
Ainsi il est avec toutes les diverses révélations
dans notre monde, à travers les annales de l’histoire,
les révélations naturelles et surnaturelles;
quelque soit ce qui est révélé dans un
temps défini n’est autre qu’une expression
concentrée d'une multitude de forces qui sommeillaient,
dont l’action était retardée jusqu'à
ce que l'heure appropriée soit arrivée. Les
seuls vrais changements se trouvent dans leur nomination [de
l'étincelle de sainteté], dans la révélation
et l’expression publique. L'essence n'est pas nouvelle,'depuis
la création,J’(Dieu) ai existé.'"
Le phénomène
de concentration et d’effusion d'énergie spirituelle
peut aussi être vu dans le procédé historique.
Il n’y a pas d'événement dans l'histoire
qui soit spontané ou fortuit. Mais, les événements
sont le résultat d'une concentration de forces qui
se sont formées lentement, jusqu'à ce qu’ils
éclatent et se révélent.
Nous avons
pu mieux comprendre la vision du Rav Kook sur l'interaction
du profane et du sacré, que nous avons vu dans le cours
précédent. Nous décrivions deux niveaux
- l'arbre et le fruit (cf cours n°1). A l'origine les
deux devaient être reliés, mais ultérieurement
ils ont été séparés. Si nous comprenons
le fruit comme le point de convergence de sainteté,
et l'arbre comme la zone périphérique, nous
pouvons expliquer à nouveau l'idée de l'arbre
perdant son goût. L'arbre ne perdait pas nécessairement
son goût totalement, mais plutôt le goût
était dissimulé dans l'arbre et ne pouvait seulement
trouver son expression que dans le fruit!
Bien que
les concepts évoqués par le Rav Kook soient
beaux, élevés et inspirés, ils ne restent
pas dans le royaume philosophique seul, mais peuvent avoir
des ramifications directes sur nos vies. En acceptant ces
idées cela peut profondément orienter notre
vision envers le royaume profane. Les laïcs (en terme
d'homme, d’endroit et de temps) ne doivent pas être
vu comme totalement dépourvu de sainteté. Plutôt,
le sacré sert de point central pour mettre en relief
la sainteté qui peut être trouvé aussi
dans le profane. Cela concerne notre interaction avec les
juifs laïcs ou notre concept de Sionisme séculaire.
Le Rav Kook ne les voyait pas comme étrangers et extérieurs
à la sainteté, mais plutôt comme la base,
ou l'arbre, qui doit s’efforcer d’acquerir le
goût du fruit. Non seulement le sacré doit servir
d’expression au profane, mais il doit aussi accomplir
sa responsabilité envers le profane afin de lui extraire
sa sainteté cachée.
Le Rav
Kook finit sur une note d'espoir prophétique:
"A
l'égard de Sion je ne serais pas silencieux, et à
l'égard de Jerusalem encore je ne le serais pas, jusqu'au
moment où sa vertu sera aussi claire que la lumière,
et que le salut brûle comme une torche, et les nations
verront Votre vertu et les rois verront Votre gloire et Vous
aurez une nouvelle renomée, proféré par
la bouche de Dieu."