| La
description du Rav Soloveitchik de « l’homme religieux
» va servir de description appropriée pour le
Rav Kook. Même le prix Nobel israelien de littérature,
Shai Agnon, qui n'était pas aisément impressionné,
a exprimé une admiration enthousiaste pour le Rav Kook.
Il y a une histoire connue sur Rav Kook qui le décrit
si bien et qui le rendait si unique. Quand le Rav Kook se
déplaçait en Israël , il avait la charge
de grand rabbin de Yaffo; ce travail incluait aussi les rapports
avec les Sionistes laïcs dans les implantations agricoles.
Un été, le Rav Kook et ses collègues
entrepenaient le tour des implantations agricoles dans une
tentative d’encourager les pionniers à observer
plus les mitzvot , et surtout les lois concernant l’agriculture
et les produits de la terre. Leur campagne n’avait rencontrée
qu’un minimum de réussite. Une nuit, vers la
fin du voyage, le Rav Y.M. Charlop, qui partageait la chambre
avec le Rav Kook, fût réveillé par le
bruit de son maître qui arpentait leur petite chambre.
Comme il regardait de plus près, il remarquait que
le visage du Rav Kook était tout rouge de passion et
d’exaltation. Le Rav Kook qui l’avait remarqué
s’approcha lentement de son disciple, plaçant
sa mains glaciale sur le Rav Charlop. "Qu'est-ce qui
ne va pas, maître ?" demandait le Rav Charlop.
Le Rav Kook lui a répondu,"je suis consommé
d’un amour brûlant pour Dieu." Kadish Luz,
un non - religieux membre d'un kibboutz rendait visite souvent
au Rav Kook, et ultérieurement orateur à la
Knesset, dit des années après," Quand nous
voyions le Rav Kook, nous sentions comme une boule de feu
qui s’était détachée du Mt. Sinaï
et vennait sur nous." .
Cette
histoire décrit l'essence du Rav Kook. Sa personnalité
entière était portée sur la devekut (attachement)
à Dieu. Il lui était insuportable de de gêner
son prochain dans sa vie quotidienne. Nous traitons clairement
d'un homme assez supérieur à la moyenne. Tandis
que pour nous il est difficile de se lever le matin pour aller
à la prière, le Rav Kook trouvait difficile
de prier en utilisant les standards de la prière qui
à son sens "emprisonnaient" les mots. Cette
spiritualité intense, par instants, crée un
écart entre nous et le Rav Kook.
Le
Rav Kook n'écrivait pas dans un style habituel. Son
écriture coulait d'inspiration; il essayait de capturer
ses expériences puissantes dans des mots. Lorsqu’il
écrivait sa main était conduite par les émotions
qui lui venaient en masse. Dès qu'il commençait
à écrire, il ne s’arrêtait pas.
Des fois il ne remarquait même pas qu'il avait atteint
la fin de la page et qu’il avait continué sur
la table. Il préférait même le crayon
à la plume, parce que la plume devait constamment être
trempée dans l'encrier, interrompant ainsi son écriture
passionnée. Malgré la spontanéité
de son expression , nous ne trouvons jamais de mots biffés
ou effacés dans ses manuscrits. Non seulement ses pensées
coulaient, mais elles coulaient correctement dès la
première fois. Dans ceci il est comparable à
Mozart, qui composait une symphonie en une seule fois, comme
à l’opposer de Beethoven, qui s’arrêtait
sur chaque annotation, pesant les différentes options
jusqu'à obtenir la meilleure.
Certains
érudits croient que dans sa prose chaleureuse, le Rav
Kook exprimait seulement des idées générales,
utilisant la langue de la Cabbala comme un moyen poétique
pour exprimer son expérience. Par contre, les disciples
proches du Rav Kook maintiennent que, malgré l’abondance,
d’un language fleurie, il choisissait attentivement
chaque mot. Son fils, le Rav Zvi Yehuda Kook, et le "Nazir,"
le Rav David HaCohen (qui a édité le magnum
opus du Rav Kook, "Orot HaKodesh" - Les Lumières
de Sainteté) fournit les sources du Rav Kook issues
des idées de la littérature Cabbalistique, démontrant
ainsi que les concepts et le language que le Rav Kook a employé
se réfère à des idées spécifiques.
Le Rav Kook n’écrivait pas simplement par exaltation.
En regardant par exemple le "Netzach Hod Tiferet"
ce n'est pas une description poétique aléatoire.
Chaque mot est lié à une « sefira »
spécifique de la Cabbala; si le Rav Kook mettait ces
trois mots dans cet ordre, c’est que cela est li
à une réalité métaphysique dans
des mondes superieurs.
Dans
les chapitres suivants, nous analyserons le Rav Kook du point
de vue du Rav Zvi Yehuda et du " Nazir," en supposant
que l’oeuvre du Rav Kook comprent un système
détaillé de pensée, qui prend des références
spécifiques aux concepts de la Cabbala. Le poète
Israélien, Y.Z. Rimon qui était un proche du
Rav Kook, décrit son oeuvre comme de la poésie.
A la lumière de cette déclaration, le «
Nazir » demanda au Rav Kook, « Mais n’y
a-t-il pas aussi une méthode dans votre travail ? ».
Le Rav Kook répondait par l’affirmatif. Personnellement,
je ressens une méthode non seulement dans les idées
exprimées par le Rav Kook, mais aussi dans son language
et les termes choisis.
Tandis
qu'il y n’a aucun doute que l’oeuvre du Rav Kook
était régie par l'inspiration personnelle, les
inspirations adhèrent à un modèle ordonné
de lois. Nietzsche maintenait que cela était vrai de
toutes inspirations artistiques. Vous pouvez croire que les
règles que votre professeur de piano vous enseigne
ne sont que pour les débutants, et que quand vous deviendrez
un virtuose vous pourrez évoluer libre de toute contrainte,
créant votre musique propre. Cela, cependant, n'est
pas le cas. Même le maître le plus créatif
et révolutionnaire emploie les vieilles règles,
assimilées, comme des blocs pour construire des maisons.
C'est vrai aussi bien pour le Rav Kook. Ses "règles"
sont issues du système cabbalistique du Zohar et du
Ari (Rav Yitzchak Luria, 16ème siècle). Quoi
que l'état d'extase spirituelle a suscité son
inspiration, il l’exprime selon un système fondamental.
Même si, nous nous sommes justifiés en interprétant
l’oeuvre du Rav Kook à la lumière d’un
système classique cabbalistique. Il reste néanmoins
la question à quel degré doit-on analyser chaque
mot et chaque nuance. Cela ne peut être seulement résolu
en étudiant chaque thème individuellement.
Dans
ce cours, nous ferons deux choses. La première, nous
explorerons des passages individuels de l’oeuvre du
Rav Kook, en essayant de comprendre sa vue générale
des concepts majeurs de la pensée Juive. Nous explorerons
les bases des prises de position du Rav Kook sur des sujets
spécifiques.
Nous
développerons un système qui nous permettra
de classer les idées en phrases clés.
Alors,
ensuite, nous serons capables d'aller de l'avant et de discuter
de l’attitude du Rav Kook sur des sujets spécifiques
tels que la Terre D'Israël, les juis laïcs, la science,
etc.
«
Au début de la Création il était destiné
que l'arbre ait le même goût que le fruit. Toutes
les actions qui ont un but spirituel élevé devaient
être ressenties par l’âme avec le même
sentiment d’élévation , d'allégresse
et de délice que ce que nous imaginons du but lui-même.
Mais l’existence terrestre, l'instabilité de
la vie, la lassitude de l'esprit lorsqu’il est enfermé
dans la corporalité, ont ammené à ne
goûter que le fruit de la réalisation du but
final, qui incarne l’idéal primaire, et de ne
ressentir que dans la finalité le plaisir et la splendeur.
Mais les arbres qui portent des fruits, avec tout ce qui est
nécessaire à la croissance du fruit sont devenus
de la matière ordinaire et ont perdu leur goût.
Ceci est la faute de la terre par laquelle elle fût
maudite, lorsque Adam fût lui aussi maudit“. (Orot
Hatechouva 6,7)
Dans
ce passage, le Rav Kook traite du célèbre midrash
( Genèse Rabba 5,9) où il est question de la
faute de la Terre pendant les Six Jours de la Création.
Au troisième jour, le Saint, bénit soit-Il ordonna
: « Que la Terre produise des végétaux
... des ‘arbres-fruits’, portant des fruits. »
. La terre a désobei à l'ordre originel et n’a
produit que des "arbres qui donnent des fruits".
Dans les yeux des Sages, la terre a fauté en ne produisant
pas des "arbres-fruits". Quels sont donc , ces arbres
auxquels l'écorce et les branches avaient eux-mêmes
un goût de fruit ? Nous connaissons uniquement les arbres
dont l'extérieur brun est employé pour le bois
de chauffage, tandis que seul le fruit offre un bon goût.
Ce
midrash nous intrigue. Comment des objets inanimés
peuvent-ils fauter ? Est-ce que la terre a le choix délibéré,
comme l’homme, de se révolter contre son Créateur
? Dans une de ses lettres, le Rav Kook explique que le midrash
emploie le mot "faute" pour décrire un défaut
de la nature. Ce défaut, qui semble être un phénomène
naturel, est le sujet dont le Rav Kook faisait mention précédement.
Le
Rav Kook explique le midrash par une parabole:
«
Nous connaissons tous le phénomène qui veut
que lorsqu’on comtemple quelque chose d'une haute nature
spirituelle, nous nous remplissons d’une certaine sensation
d’« allégresse et de joie ». Imaginons
que nous sommes le Grand Prêtre entrant dans le Saint
des Saints à Yom Kippur. Ce serait surement une expérience
très enrichissante. Mais nous savons tous qu'il n'est
pas si facile d’atteindre ce niveau de spiritualité.
La préparation nécessaire est énorme.
Et c’est précisément pendant ce processus
de préparation fastidieux qu'il est si facile de perdre
l'inspiration représentée par le but à
atteindre. »
Par
exemple, imaginez un professeur qui sort de l'université.
Il est plein de rêves d’éducation des jeunes
de classes sociales défaforisées, voulant fournir
aux enfants une chance de réussir dans ce monde. Mais
dès le début il est confronté aux réalités
pénibles et banales de l’enseignement. Les copies
à corriger s’entassent sur son bureau. Son travail
devient une corvée. Le faible reflet de son but est
la seule chose qui le retient.
C’est
dans cette situation que le Rav Kook voit le résultat
de la faute de la Terre. Dans la parabole le Fruit c’est
le but, le gôut correspond à l’inspiration
et l’arbre représente les moyens de réaliser
le but.
A
l'origine, les moyens d'arriver au but étaient supposés
être remplis des mêmes sens de plaisir et inspiration
que le résultat final. La satisfaction de la fin pénétrait
le processus qui y menait. Cependant, le péché
de la Terre était de garder toute l'inspiration dans
le but, laissant aux moyens un goût insipide.
«
Mais chaque défaut est destiné à être
réparé. Ainsi nous sommes assurés que
le jour viendra où la Création retournera à
son état originel, et l’arbre aura le goût
du fruit. Alors la terre se repentira de sa faute et il n’y
aura plus d’obstacles aux délices de la lumière
idéale, qui sera soutenue par des moyens appropriés
sur la voie de la réalisation et stimulera son émergence
de potentialité vers la réalité“.
(Orot Hatechouva 6,7)
Il
y a un espoir pour le monde malgré la faute de la terre.
Le Rav Kook dit que chaque faute tôt ou tard sera réparée,
même celle de la terre. Aujourd'hui déjà,
nous commençons à voir les débuts de
ce « Tikkun » (réparation).
Les
hommes idéalistes qui éprouvent le plaisir de
la finalité dans les moyens servent d’exemple.
Il y a 15 ans de cela, j'étais un des membres fondateur
de la ville d’Ofra. Nous avions commencé dans
un campement de barraquements provisoires. Toute la journée
nous faisions des travaux extrêmement durs, afin de
poser des clôture sur les montagnes environnantes. Mes
compagnons avaient le feu dans leurs yeux. Chaque mètre
parcouru avait autant de signification pour eux que le résultat
final de leur labeur. Ils avaient rapproché l'écart
qui éxistait entre la finalité et les moyens.
Ce
passage a servi de modèle à la pensée
du Rav Kook en matière de finalité et de moyens.
Cela va nous permettre d’identifier maintenant ces idées
d’arbre et de fruit et de finalité et de moyens
avec un nouvel ensemble de concepts : le Kodesh et le Chol
(le sacré et le profane). Les concepts de finalité
et de moyens du Rav Kook vont nous servir de base à
la compréhension du rapport entre le Kodesh et le Chol.
Le
Kodesh est l'intérieur, "le goût" de
la réalité; il est la signification de l'existence.
Le Chol qui est détaché du Kodesh devient ainsi
fade et neutre, sans aucune signification. C'est, bien sûr
là, une formulation extrême. Il n'y a pratiquement
rien dans le monde qui n'ait pas une certaine forme de sens.
Cependant, nous décrivons le Kodesh et le Chol comme
ayant des niveaux différents de sens .
A
la lumière de cette définition nous découvrons
que le rapport entre le "fruit et l'arbre" peut
être aborder de façons différentes. Plus
les moyens, représentés par l’arbre, s’identifiront
au but à atteindre, le fruit, plus ils auront du goût
et du sens (les deux traductions du mot Hébreu «
ta'am »). Et inversement, plus les moyens se détacheront
de ce qui doit être le but ultime, plus il deviendront
insipides, superficiels et vides de sens. Le judaïsme
essaie de nous éduquer à sanctifier nos vies,
ou autrement dit, à mettre le goût du fruit dans
l'arbre. Il est de notre devoir de relier tous les éléments
profanes et matériels, de la vie aux buts spirituels
qui reflètent la signification absolue de l'existence,
donc à Dieu Lui-même.
Cette
conférence a été préparée
par : Simmy Mirvis
Traduction
& adaptation française par:Dan Klajmic
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