| L’objectif est clair
: il s’agit de convaincre ceux qui, par négligence
ou par légèreté, oublient de s’attacher.
Ceux aussi, qui refusent ce geste de précaution
sous prétexte qu’il s’agit d’une
"entrave à la liberté".
Ce discours de résistance, très présent
dans les années 70 et 80, s’est toutefois
effacé peu à peu devant le consensus social
qui s’est établi dans notre pays autour
de l’utilité de la ceinture.
Est-ce à dire que tout le monde aujourd’hui
s’attache systématiquement ? Pas encore.
En fait, l’usage de la ceinture s’applique
de façon très inégale selon les
réseaux et les départements, selon les
places occupées et les observateurs. Toutefois,
chacun s’accorde sur un fait : si tout le monde
acceptait de boucler sa ceinture sur tous les trajets
et à toutes les places, le nombre de tués
diminuerait de plusieurs centaines chaque année.
En comptant le possible gain d’une bonne centaine
de vies parmi les usagers des véhicules utilitaires
et des poids lourds, cela pourrait représenter
entre 800 et 1200 vies épargnées ! Dans
son Étude sur les gisements de sécurité
routière publiée en mars 2002, le préfet
Régis Guyot affirmait que, de tous les gisements
envisagés, le port de la ceinture est celui qui
représente le meilleur rapport efficacité
(potentiel de vies épargnées) / facilité
d’exploitation (tout est en place ; il suffit
de faire appliquer la loi).
Stop aux idées
reçues !
• "Ca ne vaut pas la peine
de s’attacher pour faire quelques centaines de
mètres de la maison au travail (ou à l’école).
En ville, on ne roule pas vite…"
C’est tentant de le penser, mais les faits prouvent
le contraire. D’une part, un tiers des tués
le sont en zone urbaine, et sur de petits trajets quotidiens;
d’autre part, un choc peut être mortel dès
20 km/h lorsque l’on n’est pas retenu.
• "Je préfère me tenir
à la poignée latérale que de me
sentir coincé par la ceinture. Et puis, en cas
de choc, il y a l’airbag…"
Faux sentiment de sécurité sur toute la
ligne! Les poignées latérales sont là
pour le confort, pas pour retenir un corps qui, en cas
de choc à 50 km/h, va développer une force
de 1 à 2 tonnes ! Seule la ceinture est conçue
pour cela. Quant à l’airbag, il offre une
protection complémentaire, notamment en évitant
le contact de la tête avec le volant ou le tableau
de bord, mais il ne remplace pas la ceinture.
• "Si je ne m’attache pas,
cela ne regarde que moi car je ne fais prendre de risque
à personne d’autre qu’à moi…"
C’est un raisonnement à courte vue. En
cas d’accident et de blessures aggravées
du fait de l’absence de la ceinture, la collectivité
va devoir prendre en charge les secours, l’hospitalisation,
la rééducation… Par ailleurs, pour
ceux qui ont une famille et des responsabilités,
cela regarde aussi les proches dont l’équilibre
et l’avenir peuvent être complètement
perturbés…
Quel
gain potentiel : 800 ou 1200 vies ?
S’il est assez facile d’évaluer
à vue le port de la ceinture aux places avant,
le comptage aux places arrière s’avèrebeaucoup
plus délicat et incertain. Cela explique sans
doute les écarts entre les sources. Ainsi, selon
les calculs des experts du LAB (Laboratoire d’Accidentologie
et de Biomécanique PSA-Citroën et Renault),
tous réseaux confondus, 76 % des personnes impliquées
dans un accident et occupant les places avant auraient
bouclé leur ceinture, mais seulement 30 % aux
places arrière. Les chiffres fournis par l’institut
de sondage Lavialle, qui travaille pour la Sécurité
routière, se situent à 20 points au-dessus.
Ces différences expliquent que pour les experts
du LAB, les gains attendus d’un usage à
100 % de la ceinture frôleraient les 1200 vies
(872 aux places avant et 283 aux places arrière)
contre 800 pour la Sécurité routière.
Un
peu d’histoire…
Le principe de bretelles protectrices
destinées à retenir les passagers a tout
juste un siècle : c’est Gustave Désiré
Lebeau qui en a déposé le brevet en 1903.
Il aura cependant fallu plus de soixante-dix ans pour
voir les premiers équipements rendus obligatoires
aux places avant des véhicules neufs. C’était
en 1970. L’obligation de port n’est intervenue
qu’en 1973, et seulement hors agglomération.
L’obligation généralisée
aux places avant fut décrétée six
ans plus tard. Pour les places arrière, l’obligation
d’installer des ceintures à enrouleur date
de 1977 et l’obligation du port a été
généralisée en 1990 (lorsque le
véhicule est équipé de ceinture). |